Podcast et synthèse rédigée

Planisphère. Quelle est la stratégie de Trump II ? Avec M. Quessard

Par Emilie BOURGOIN, Maud QUESSARD , Pierre VERLUISE, le 1er avril 2026  Imprimer l'article  lecture optimisée  Télécharger l'article au format PDF

Maud Quessard, Maître de conférences des universités, Directrice du domaine « Europe, Espace Transatlantique, Russie » à l’IRSEM, l’Institut de Recherche Stratégique de l’Ecole Militaire. Maud Quessard a notamment signé « La puissance sans principe – Géopolitique du trumpisme », Étude 126, IRSEM. 
Interview organisée et conduite par Pierre Verluise, docteur en Géopolitique, fondateur du Diploweb, il produit Planisphère sur RCF Notre Dame. Cette émission a été diffusée en direct le 31 mars 2026.
Synthèse par Emilie Bourgoin, étudiante en dernière année de Master Sécurité et Défense à l’Université d’Ottawa, après un BBA à l’EDHEC. Elle a travaillé en alternance au sein de la cellule sûreté d’un grand groupe. Elle a la charge du suivi hebdomadaire de l’actualité des livres, revues et conférences géopolitiques comme de la rédaction des synthèses des épisodes de l’émission Planisphère pour Diploweb.

Comment comprendre la politique étrangère de Donald Trump… et ses conséquences stratégiques pour les alliés occidentaux ? D’ailleurs, Trump II a-t-il une stratégie ? Ukraine, Gaza, Venezuela, Iran… la question se pose. Pour y répondre, Planisphère a la joie de recevoir Maud Quessard. Podcast et synthèse rédigée.

Cette émission [1] Planisphère, Quelle est la stratégie de Trump II ? Avec M. Quessard, sur RCF Notre Dame

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Synthèse de cette émission, Planisphère, Quelle est la stratégie de Trump II ? Avec M. Quessard. Rédigée par Emilie Bourgoin pour Diploweb.com. Revue et validée par M. Quessard

LE RETOUR de Donald Trump à la présidence des États-Unis depuis le 20 janvier 2025 soulève une interrogation centrale en relations internationales : existe-t-il une véritable stratégie derrière ce que certains perçoivent comme une diplomatie erratique ? À travers l’analyse de Maud Quessard, spécialiste de la politique étrangère américaine, il apparaît que le « trumpisme stratégique » ne relève pas de l’absence de stratégie, mais d’une transformation profonde des logiques traditionnelles de puissance. Entre recentrage hémisphérique, diplomatie transactionnelle et remise en cause du multilatéralisme, cette politique redéfinit les équilibres internationaux et impose aux alliés occidentaux, notamment européens, une adaptation accélérée.

Une stratégie formalisée mais atypique : le « trumpisme stratégique »

Contrairement à une idée répandue, l’administration Trump II s’appuie bien sur des documents stratégiques formels, notamment la « National Security Strategy » (2025) et la « National Defense Strategy » (2026). Ces textes révèlent un recentrage sur l’hémisphère occidental, inspiré de la doctrine Monroe, que Trump rebaptise symboliquement « doctrine Donro ».

Cependant, cette stratégie se distingue par sa nature profondément politique et personnalisée : les documents accessibles, valorisent la figure présidentielle et s’éloignent du langage technocratique habituel. Ils traduisent une vision du monde fondée sur la hiérarchisation des alliances, où la loyauté envers les États-Unis devient le critère principal du soutien.

Ainsi, le trumpisme stratégique ne repose pas sur une grande stratégie cohérente au sens classique, mais sur une logique impériale et transactionnelle centrée sur les intérêts immédiats des États-Unis.

Planisphère. Quelle est la stratégie de Trump II ? Avec M. Quessard
Maud Quessard
Maud Quessard, Maître de conférences des universités, Directrice du domaine « Europe, Espace Transatlantique, Russie » à l’IRSEM. Maud Quessard a notamment signé « La puissance sans principe – Géopolitique du trumpisme », Étude 126, IRSEM. Crédit photographique : Pierre Verluise pour Diploweb.com
Verluise/Diploweb.com

Une diplomatie du spectacle et du rapport de force

L’un des traits majeurs de Trump II est la substitution d’une diplomatie experte par une « diplomatie spectacle ». Inspirée de l’univers médiatique, elle repose sur des coups de force visibles, rapides et politiquement valorisables.

Cette approche se traduit par :

. des interventions ponctuelles (ex : Venezuela) assimilables à des opérations de démonstration,

. une gestion plus complexe et incertaine de dossiers structurants (Iran),

. une volonté constante de conclure des « deals ».

Une vulnérabilité politique intérieure.

Toutefois, cette stratégie présente une contradiction interne : elle s’oppose aux attentes d’une partie de la base électorale isolationniste (MAGA), créant ainsi une vulnérabilité politique intérieure.

Une redéfinition conditionnelle des alliances occidentales

Le trumpisme redéfinit profondément le lien transatlantique. Les alliances ne sont plus considérées comme des engagements durables fondés sur des valeurs communes, mais comme des relations conditionnelles et asymétriques.

Les conséquences sont multiples :

. mise sous pression des Européens pour augmenter leurs dépenses militaires,

. incertitude stratégique pour les alliés (Europe, Japon, Corée du Sud),

. affaiblissement du cadre normatif international porté historiquement par les États-Unis.

Ce repositionnement agit paradoxalement comme un accélérateur de l’autonomie stratégique européenne, notamment au sein de l’OTAN. L’imprévisibilité américaine devient un facteur de structuration pour l’Europe.

Une fragmentation accélérée de l’ordre international

Trump II ne se contente plus de critiquer le multilatéralisme : il cherche à le contourner en créant des formats alternatifs, assimilables à des « clubs privés » d’États.

Cette évolution se manifeste par :

. une défiance vis-à-vis des organisations internationales (ONU, OMC),
. une « privatisation » des relations internationales,
. une ouverture vers des partenariats opportunistes avec les pays du Sud.

Ce faisant, les États-Unis contribuent paradoxalement à la dynamique de désoccidentalisation du monde, renforçant les puissances révisionnistes comme la Chine et la Russie.

Le rôle central de la technologie et la privatisation de la puissance

Un autre pilier du trumpisme stratégique est la montée en puissance des acteurs technologiques. La stratégie cyber de 2026 illustre une délégation accrue du pouvoir stratégique aux Big Tech.

Cette évolution entraîne :
. une privatisation de l’influence géopolitique américaine,
. un rôle croissant des plateformes dans la production des récits stratégiques,
. une dépendance accrue des démocraties occidentales.

Face à cela, l’Union européenne tente de résister par la régulation (DSA, AI Act), mais reste structurellement dépendante des infrastructures technologiques américaines.

Une stratégie contrainte par la multipolarité des crises

Enfin, Trump II se heurte à un dilemme stratégique classique : la gestion simultanée de plusieurs théâtres (Ukraine, Moyen-Orient, Indo-Pacifique).
Or, la priorité américaine demeure la Chine, ce qui crée une tension entre :
. les engagements au Moyen-Orient (Iran, Gaza),
. les enjeux en Europe (Ukraine),
. la compétition en Indo-Pacifique.

Cette dispersion stratégique limite la capacité américaine à agir efficacement sur tous les fronts et ouvre des fenêtres d’opportunité pour la Chine - et peut-être paradoxalement pour les Européens.


Encore plus
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Conclusion

La politique étrangère de Trump II ne relève ni du chaos ni d’une stratégie classique, mais d’une transformation profonde des logiques de puissance. Elle repose sur trois piliers : transactionnalité, personnalisation et remise en cause des normes internationales. Ses conséquences sont majeures : fragilisation des alliances, accélération de la fragmentation mondiale et montée des acteurs privés.

Pour approfondir ces enjeux, plusieurs ressources académiques sont particulièrement recommandées :
. Maud Quessard, La puissance sans principe – Géopolitique du trumpisme, Étude 126, IRSEM, septembre 2025.
. Maud Quessard, « De la lutte informationnelle à l’arme cognitive », Revue internationale et stratégique, n°140, 2025.
. Elie Baranets, La part du lion : Trump et les enjeux indivisibles, Note de recherche 151, IRSEM, mars 2026.
. Maud Quessard & Clara Henoux, « La puissance sous condition », IHEDN / La Documentation française, 2026.

Copyright pour la synthèse Mars 2026-Bourgoin/Diploweb.com


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[1Cette émission a été enregistrée le 17/03/2026 et diffusée le 31/03/2026.

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