Maxime Lefebvre, ancien ambassadeur et professeur de relations internationales à l’ESCP. Directeur, avec Vanessa Strauss-Kahn, de l’Institut géopolitique de l’ESCP. Il est notamment auteur du « Jeu du droit et de la puissance. Précis de relations internationales », PUF Major, et co-auteur avec Yves Doutriaux et Florence Chaltiel de « Propos sur la souveraineté européenne. Défis sanitaires, sécuritaires, démocratiques », éd. Dalloz.
Interview organisée et conduite par Pierre Verluise, docteur en Géopolitique, fondateur du Diploweb, il produit Planisphère sur RCF Notre Dame. Cette émission a été diffusée en direct le 12 mai 2026.
Synthèse par Emilie Bourgoin, étudiante en dernière année de Master Sécurité et Défense à l’Université d’Ottawa, après un BBA à l’EDHEC. Elle a la charge du suivi hebdomadaire de l’actualité des livres, revues et conférences géopolitiques comme de la rédaction des synthèses des épisodes de l’émission Planisphère pour Diploweb.
Les dirigeants mondiaux sont régulièrement désarçonnés et leurs nerfs mis à rude épreuve par le président des Etats-Unis, Donald Trump. Beaucoup ont fait les frais de ses moqueries et de ses foucades. Les Européens, supposés alliés ont été plus d’une fois bousculés voire humiliés sinon menacés. Alors, comment les Européens gèrent-ils Trump ? Pour répondre au micro de Planisphère, nous avons l’honneur de recevoir Maxime Lefebvre.
Cette émission Planisphère [1], Comment les Européens gèrent-ils Trump ? Avec M. Lefebvre, sur RCF Notre Dame
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Synthèse de cette émission, Planisphère, Comment les Européens gèrent-ils Trump ? Avec M. Lefebvre. Rédigée par Emilie Bourgoin pour Diploweb.com . Revue et validée par M. Lefebvre
LE RETOUR de Donald Trump à la Maison Blanche en janvier 2025 a profondément rebattu les cartes des relations internationales. Son style politique, jugé imprévisible et transgressif, déstabilise aussi bien ses adversaires que ses alliés, notamment européens. Dans ce contexte, Maxime Lefebvre, ancien ambassadeur et spécialiste des relations internationales, propose une analyse nuancée du personnage, de sa méthode et des stratégies adoptées pour interagir avec lui. Cette réflexion permet de mieux comprendre les logiques à l’œuvre dans la diplomatie contemporaine.
Donald Trump apparaît comme un leader excessif, provocateur et souvent déroutant. Ses déclarations et initiatives peuvent sembler incohérentes, voire chaotiques, notamment dans des dossiers complexes comme l’Iran. Cependant, Maxime Lefebvre insiste sur le fait qu’il ne s’agit pas d’un dirigeant irrationnel : derrière ses excès se cache une forme de logique, difficile à décrypter mais bien réelle.
Son mode d’action repose sur une communication erratique et des objectifs multiples, parfois contradictoires. Cette absence apparente de stratégie structurée rend sa politique difficile à anticiper, notamment pour les Européens, qui doivent en subir les conséquences tout en s’adaptant rapidement.
Trump applique en politique internationale une méthode inspirée de son ouvrage « The Art of the Deal » . Cette approche repose sur plusieurs principes : demander beaucoup, adopter des positions extrêmes, brouiller les repères et utiliser les médias pour créer un rapport de force favorable.
Cette stratégie vise à désorienter les interlocuteurs afin d’obtenir des concessions. Malgré son caractère déstabilisant, elle peut produire des résultats, comme en témoignent certains accords commerciaux avantageux… pour les États-Unis. Toutefois, elle se distingue des approches plus structurées et stratégiques de puissances comme la Chine ou la Russie.
Le fonctionnement de la diplomatie américaine sous Trump se caractérise par une forte personnalisation du pouvoir. Contrairement à une tradition diplomatique professionnelle, les États-Unis fonctionnent largement selon un système de loyauté politique, où les postes clés sont confiés à des proches du président.
Lors de son second mandat, Trump s’est entouré de fidèles, renforçant ainsi la centralisation des décisions autour de son cercle personnel. Cette évolution réduit le rôle des diplomates traditionnels et accentue l’imprévisibilité de la politique étrangère américaine.
Loin de la toute puissance, Donald Trump reste contraint par plusieurs facteurs.
Malgré son image d’homme sans limites, Donald Trump est contraint par plusieurs facteurs. L’opinion publique américaine, les échéances électorales et la situation économique jouent un rôle déterminant dans ses décisions.
Son approche repose sur une logique pragmatique : il privilégie le business et la stabilité économique, même s’il peut recourir à la force. Par ailleurs, il cherche généralement à éviter les engagements militaires prolongés, bien qu’il n’hésite pas à brandir cette option pour renforcer sa position.
Maxime Lefebvre identifie une méthode efficace pour interagir avec Trump, fondée sur trois principes essentiels :
. Garder son sang-froid : ne pas réagir aux provocations ni entrer dans l’escalade verbale.
. Maintenir le dialogue : privilégier la négociation et rechercher des compromis.
. Fixer des limites : poser des lignes rouges claires lorsque les intérêts fondamentaux sont en jeu.
Certains dirigeants, comme ceux du Japon ou du Mexique, ont su appliquer cette méthode avec succès, combinant fermeté et diplomatie.
Contrairement à certaines perceptions, les Européens ont globalement su gérer Donald Trump de manière relativement efficace. Leur unité constitue un atout majeur dans le rapport de force.
Ils ont réussi à maintenir le dialogue, à négocier des compromis économiques et à influencer certaines positions américaines, notamment sur l’Ukraine. Par ailleurs, ils ont su affirmer des lignes rouges sur des sujets clés comme la régulation numérique ou l’intégrité territoriale du Groenland.
Cependant, leur position reste fragile, notamment face aux initiatives militaires américaines, comme en Iran, où ils adoptent une posture prudente pour éviter l’escalade tout en préservant leurs intérêts.
L’analyse de Maxime Lefebvre met en lumière une transformation profonde des relations internationales, marquées par l’instabilité, la personnalisation du pouvoir et la montée des rapports de force. Face à ces évolutions, la compréhension des dynamiques géopolitiques devient essentielle, y compris pour les acteurs économiques.
C’est dans cette perspective que s’inscrit l’Institut géopolitique de l’ESCP, co-dirigé par Maxime Lefebvre. Cet institut vise à intégrer la géopolitique au cœur de la formation et de la réflexion stratégique, en créant des passerelles entre le monde académique et les sphères professionnelles. À travers ses travaux et ses événements, il contribue à mieux appréhender les risques géopolitiques, désormais centraux dans un environnement international incertain.
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[1] Cette émission a été enregistrée le 14/04/2026 et diffusée le 12/05/2026




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