Victoria Volat a été durant 5 ans analyste géopolitique pour la région Amérique latine-Caraïbe. Victoria Volat est aujourd’hui doctorante en relations internationales à l’Université de Tours. Ses travaux portent sur les cas de Cuba, du Venezuela et le statut de pays « infréquentable », ce qu’il dit de ces pays, mais aussi ce qu’il dit de nous. Victoria Volat s’exprime en son nom propre.
Interview organisée et conduite par Pierre Verluise, docteur en Géopolitique, fondateur du Diploweb, il produit Planisphère sur RCF Notre Dame. Cette émission a été diffusée en direct le 7 avril 2026.
Synthèse par Emilie Bourgoin, étudiante en dernière année de Master Sécurité et Défense à l’Université d’Ottawa, après un BBA à l’EDHEC. Elle a travaillé en alternance au sein de la cellule sûreté d’un grand groupe. Elle est en charge du suivi hebdomadaire de l’actualité des livres, revues et conférences géopolitiques comme de la rédaction des synthèses des épisodes de l’émission Planisphère pour Diploweb.
Rappelez-vous, dans la nuit du 2 au 3 janvier 2026, les Etats-Unis ont conduit une opération militaire éclair au Venezuela, pour capturer le président vénézuélien, Nicolas Maduro. Une actualité chassant l’autre, le Venezuela est passé au second plan. Il s’agit pourtant d’un moment de bascule géopolitique à plusieurs échelles. Il est d’autant plus utile de revenir sur cette opération, son contexte et ses suites. Pour cela, Planisphère a le privilège de recevoir Victoria Volat.
Cette émission [1] Planisphère, Le Venezuela, un moment de bascule géopolitique ? Avec V. Volat, sur RCF Notre Dame
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Synthèse de cette émission, Planisphère, Le Venezuela, un moment de bascule géopolitique ? Avec V. Volat. Rédigée par Emilie Bourgoin pour Diploweb.com. Revue et validée par V. Volat
L’INTERVENTION MILITAIRE menée par les États-Unis au Venezuela dans la nuit du 2 au 3 janvier 2026 constitue, selon Victoria Volat, un tournant géopolitique majeur. Pour en comprendre la portée, il faut dépasser une lecture immédiate centrée sur Nicolás Maduro et replacer l’événement dans une histoire plus longue : celle d’un pays structuré par la rente pétrolière, miné par des crises politiques récurrentes et incapable de stabiliser durablement son système politique. L’opération américaine apparaît ainsi comme le produit d’une crise interne ancienne, progressivement internationalisée et comme un révélateur des transformations actuelles de l’ordre international.

Victoria Volat commence par déconstruire une idée reçue : celle selon laquelle Hugo Chávez aurait, à lui seul, fait entrer le Venezuela dans le chaos. La IVe République (1959-1999), souvent idéalisée, fut certes une période de prospérité relative grâce au pétrole, mais aussi une période marquée par la corruption, l’exclusion politique et une forte dépendance à la rente. L’alternance entre deux grands partis a durablement marginalisé une partie des gauches, tandis que la répression du Caracazo en 1989 a montré la profondeur de la crise sociale et politique. Le chavisme s’inscrit donc dans un terrain déjà fragilisé.
Le chavisme émerge dans ce contexte de discrédit des élites traditionnelles. Hugo Chávez apparaît comme une figure de rupture, porteuse d’un projet de réduction des inégalités, de souveraineté nationale et d’intégration régionale. C’est ce qui explique son fort écho au Venezuela comme à l’international. Mais ce modèle conserve des fragilités structurelles, notamment la dépendance au pétrole et la corruption. La rupture la plus nette intervient sous Nicolás Maduro, dans un contexte de crise économique et de durcissement du pouvoir. Selon Victoria Volat, c’est cette évolution autoritaire et cynique qui a profondément accentué la polarisation politique au Venezuela.
Pour Victoria Volat, l’opération états-unienne de janvier 2026 ne peut être comprise sans rappeler l’incapacité durable des élites vénézuéliennes à construire un compromis politique. Cette impasse a favorisé l’internationalisation de la crise, jusqu’à offrir aux États-Unis l’occasion de reprendre l’initiative dans l’hémisphère. Le coût pour le Venezuela est immense : il touche à la souveraineté nationale, mais aussi à la maîtrise de la rente pétrolière, ressource centrale dans l’économie comme dans l’identité politique du pays.
Victoria Volat insiste sur la portée plus large de cet événement. L’opération états-unienne marque le retour d’une logique du « illégal mais légitime », déjà observée dans d’autres crises internationales. Ce type d’intervention affaiblit le droit international, accroît la méfiance entre les États et nourrit l’idée d’un double standard occidental. Il contribue ainsi à fracturer davantage les relations entre l’Occident et les Suds, tout en offrant des arguments supplémentaires aux puissances révisionnistes. Le Venezuela devient alors l’un des symboles d’un ordre international brutalisé.
Victoria Volat établit également un parallèle entre le Venezuela et d’autres théâtres récents, comme l’Iran depuis le 28 février 2026. Dans les deux cas, elle souligne les limites d’une approche consistant à croire qu’en neutralisant un dirigeant, on règle automatiquement le problème politique qu’il incarne. Éliminer un chef ne suffit pas à faire disparaître les idées, les réseaux ou les frustrations sociales qui ont soutenu un régime. Cette remarque invite à penser les interventions non seulement dans leur efficacité immédiate, mais aussi dans leurs conséquences politiques à long terme.
L’un des apports importants de l’intervention de Victoria Volat est de rappeler que l’Amérique latine ne peut plus être considérée comme une région périphérique par les Européens. Les deux espaces partagent désormais certaines vulnérabilités face aux pressions et aux logiques d’ingérence américaines. Dans cette perspective, l’Amérique latine peut devenir pour l’Europe un partenaire stratégique, à la fois sur le plan économique, énergétique et diplomatique. Les débats autour de l’accord UE-Mercosur doivent ainsi être pensés non seulement comme une question commerciale, mais aussi comme un signal géopolitique plus large.
Trois mois après l’intervention militaire de janvier 2026, Victoria Volat estime qu’il existe un risque réel de vassalisation du Venezuela par les États-Unis. Ce risque est politique, car Washington semble peser sur les équilibres internes, mais aussi économique, à travers le retour massif des intérêts états-uniens dans le secteur pétrolier. Or, dans un pays où la rente structure tout, cette dépendance peut rapidement devenir un levier de contrôle. S’y ajoute un risque de tensions internes, notamment au sein des forces armées et des partisans du chavisme, à qui l’on a longtemps présenté les États-Unis comme l’ennemi principal.
Malgré cela, Victoria Volat souligne aussi quelques éléments d’espoir. Certaines mesures, comme la loi d’amnistie pour les prisonniers politiques ou l’ouverture limitée à des figures de l’opposition, montrent qu’un dialogue devient peut-être possible. Ces gestes restent fragiles, mais ils auraient été impensables sous Maduro. La grande question reste celle d’une véritable transition démocratique. Sans élections crédibles ni compromis politique durable, le pays risque de reproduire les frustrations qui ont justement nourri la crise actuelle.
Un monde plus conflictuel, plus fragmenté et moins protégé par les normes.
L’intervention américaine de janvier 2026 au Venezuela ne constitue pas seulement un épisode spectaculaire de politique de puissance. Elle révèle une crise historique du système politique vénézuélien, l’échec des élites à construire une issue nationale et la montée d’un ordre international plus brutal, où la souveraineté des États les plus fragiles est de plus en plus exposée. Pour Victoria Volat, le Venezuela est à la fois un cas national singulier et un révélateur global : celui d’un monde plus conflictuel, plus fragmenté et moins protégé par les normes. Pour l’Union européenne, cette séquence rappelle enfin que l’Amérique latine n’est plus une périphérie, mais un espace stratégique qu’il devient nécessaire de penser sérieusement.
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[1] Cette émission a été enregistrée le 17/03/2026 et diffusée le 7/04/2026




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