Adina Revol, Docteure en science politique, précédemment porte-parole de la Commission européenne en France. Adina Revol a publié « Rompre avec la Russie. Le réveil énergétique européen », aux éditions Odile Jacob. Elle enseigne les affaires européennes à Sciences Po Paris et à l’ESCP.
Interview organisée et conduite par Pierre Verluise, docteur en Géopolitique, fondateur du Diploweb, il produit Planisphère sur Radio Notre Dame et RCF. Cette émission a été diffusée en direct le 10 mars 2026.
Synthèse par Émilie Bourgoin, étudiante en dernière année de Master Sécurité et Défense à l’Université d’Ottawa, après un BBA à l’EDHEC. Elle a travaillé en alternance au sein de la cellule sûreté d’un grand groupe. Elle a la charge du suivi hebdomadaire de l’actualité des livres, revues et conférences géopolitiques comme de la rédaction des synthèses des épisodes de l’émission Planisphère pour Diploweb.
Aujourd’hui l’Union européenne est contrainte de repenser ses fondations, mais elle semble parfois dans un état de sidération ou de somnambulisme. Guerre en Ukraine, dépendance énergétique, défense, démocratie… autant de sujets qui invitent à s’interroger : Europe, année zéro ? Pour en parler au micro de Planisphère, Pierre Verluise est heureux de recevoir Adina Revol. Podcast et synthèse rédigée.
Cette émission [1] Planisphère, Europe, année zéro ? Avec A. Revol, sur RCF-RND
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Synthèse de cette émission, Planisphère, Europe, année zéro ? Avec A. Revol. Rédigée par Emilie Bourgoin pour Diploweb.com . Revue et validée par A. Revol
Dans cet entretien accordé à l’émission Planisphère, Adina Revol, docteure en sciences politiques et ancienne porte-parole de la Commission européenne en France, propose une lecture lucide et critique de l’état de l’Union européenne. Face à la guerre en Ukraine, à la dépendance énergétique, aux fragilités démocratiques et aux enjeux de défense, elle défend l’idée que l’Europe traverse un moment fondateur : une véritable « année zéro ». Cette période impose de revisiter des choix historiques non résolus et de refonder l’autonomie stratégique européenne sur des bases concrètes, politiques et démocratiques. Cette émission a été enregistrée avant le début de la guerre israélo-américaine contre l’Iran, le 28 février 2026, mais ce nouveau conflit dont personne ne peut prévoir l’issue et les conséquences ne fait qu’ajouter à l’urgence de cette refondation.
Adina Revol dénonce une idée reçue persistante : celle d’une Union européenne toute-puissante et responsable de tous les maux nationaux. Selon elle, « l’Europe » est trop souvent utilisée comme un bouc émissaire par les responsables politiques nationaux, alors même que les décisions européennes résultent de mandats donnés… par les États membres. La Commission ne fait que proposer des textes, lesquels sont ensuite adoptés par les gouvernements et le Parlement européen. Cette instrumentalisation politique affaiblit la compréhension du fonctionnement démocratique de l’UE et nourrit la défiance citoyenne.
L’intervenante insiste sur le caractère fondamentalement démocratique de l’Union européenne. Pourtant, cette réalité est largement invisibilisée dans l’espace public. L’Europe souffre d’un déficit d’incarnation médiatique et territoriale, ce qui la rend vulnérable aux discours populistes. Cette logique s’observe aussi bien dans les anciens que dans les nouveaux États membres, y compris en Europe centrale et orientale, pourtant largement bénéficiaires des fonds européens. Ce paradoxe alimente une montée du populisme, souvent renforcée par des stratégies d’ingérence étrangère.

Une autre idée reçue dénoncée par Adina Revol est celle d’une Europe abstraite et éloignée du quotidien des citoyens. En réalité, l’Union a profondément transformé la vie des Européens : liberté de circulation, ciel unique européen, concurrence dans le transport aérien ou encore disparition des frontières internes. Ces acquis sont aujourd’hui considérés comme allant de soi, en particulier par les jeunes générations, qui n’ont pas connu l’Europe des visas et des contrôles systématiques. Ce manque de mémoire collective affaiblit la perception de la valeur ajoutée européenne.
Fidèle à l’héritage des pères fondateurs, Adina Revol défend une « Europe du concret », seule capable de donner corps au projet européen. C’est dans cette logique qu’elle s’est engagée dans la vie politique locale en Ille-et-Vilaine, afin de relier action européenne et réalités territoriales. Pour elle, l’ancrage local et l’accès aux financements européens sont des leviers essentiels pour rendre l’Europe tangible et utile aux citoyens.
Pour Adina Revol, la priorité numéro un de cette « Europe année zéro » est la maîtrise du destin énergétique européen. Sans autonomie énergétique, aucune souveraineté n’est possible : ni industrielle, ni militaire, ni technologique. L’Europe a longtemps externalisé son approvisionnement, notamment depuis la Russie, au nom d’une illusion d’interdépendance pacificatrice. Or, dépendre de régimes autoritaires empêche toute liberté stratégique et expose l’Union à des chantages majeurs.
L’Europe a échoué à construire une véritable union de l’énergie dès ses origines. Faute de compétence européenne claire en la matière, chaque État a conservé son propre mix énergétique. Cette fragmentation a conduit plusieurs pays, dont l’Allemagne, à renforcer leur dépendance au gaz russe, en espérant que les échanges économiques favoriseraient la démocratisation de Moscou. Cette stratégie s’est révélée être une erreur majeure, exploitée par Vladimir Poutine comme une arme géopolitique.
Depuis son arrivée au pouvoir, Vladimir Poutine poursuit un projet néo-impérial assumé, considérant la chute de l’URSS comme une catastrophe historique. L’énergie est devenue un instrument central de cette stratégie. Les Européens, et notamment l’Allemagne, n’ont pleinement pris conscience du danger qu’au moment de l’invasion de l’Ukraine en février 2022, révélant brutalement l’ampleur de leur vulnérabilité.
La guerre en Ukraine est, selon Adina Revol, une guerre existentielle pour l’Europe. Il ne peut y avoir de paix durable sans une défaite claire de Vladimir Poutine. Toute solution de type « gel du conflit » serait illusoire, car le régime russe n’a jamais respecté ses engagements [2]. Laisser faire aujourd’hui, c’est accepter des agressions futures, y compris contre les États membres de l’OTAN.
L’entretien met également en lumière la fragilité croissante des alliances occidentales. Le retour de Donald Trump sur la scène politique américaine illustre un basculement vers une logique transactionnelle, où les alliances sont subordonnées aux rivalités sino-américaines. Dans ce contexte, l’Europe doit comprendre qu’elle est un acteur stratégique indispensable, mais encore trop peu consciente de son propre poids géopolitique.
Le 24 février 2022 marque aussi le réveil brutal de l’Europe sur les questions de défense. Pendant des décennies, les États européens ont externalisé leur sécurité à l’OTAN, principalement aux États-Unis, tout en sous-investissant dans leurs capacités propres. Aujourd’hui, l’Union fait face à un monde de « retour des empires », où la puissance militaire redevient centrale.
Adina Revol souligne l’absence d’un véritable marché européen de la défense : multiplicité des équipements, manque d’interopérabilité, lourdeurs administratives. La Commission européenne a lancé l’idée d’un « Schengen de la défense » [3], visant à faciliter les mobilités militaires et la coopération industrielle. L’objectif est clair : acheter ensemble, produire en Europe et réduire la dépendance aux armements américains, qui représentent aujourd’hui la majorité des capacités européennes.
L’idée d’une armée européenne n’est pas nouvelle : elle remonte aux débuts de la construction européenne avec la Communauté européenne de défense (CED). Abandonnée à l’époque, cette ambition revient aujourd’hui au cœur du débat stratégique. Pour Adina Revol, l’Europe doit enfin résoudre ce qu’elle a laissé en suspens depuis les années 1950, malgré des contraintes budgétaires importantes.
Enfin, Adina Revol plaide pour une refondation démocratique de l’Union européenne. Elle défend le lien direct entre les élections européennes et la présidence de la Commission, estimant que le non-respect de ce principe en 2019 a fragilisé la légitimité démocratique européenne. L’Europe doit devenir une union des peuples, incarnée par des figures politiques identifiables à l’échelle continentale.
Les progrès technologiques, notamment en matière de traduction et d’intelligence artificielle, ouvrent de nouvelles perspectives pour une démocratie européenne de proximité. Là où la barrière linguistique freinait autrefois l’émergence de leaders européens, il devient désormais possible d’imaginer des campagnes véritablement transnationales. L’incarnation politique apparaît ainsi comme la clé du renouveau démocratique européen.
Encore plus
. Adina Revol, « Rompre avec la Russie. Le réveil énergétique européen », aux éditions Odile Jacob.
. La Commission s’oriente vers un « espace Schengen militaire » et la transformation de l’industrie de la défense, 19 novembre 2025. Voir le communiqué de presse
. Touteleurope.eu Touteleurope.eu se présente comme le site de référence sur les questions européennes, premier site francophone d’information pédagogique sur l’Union européenne.
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[1] Cette émission a été enregistrée le 3/02/2026 et diffusée le 10/03/2026
[2] NDLR : Pour mémoire, par sa signature au bas du mémorandum de Budapest (1994), la Russie s’engageait à respecter les frontières de l’Ukraine dans ses tracés de 1991… en échange de la livraison des armements nucléaires ex-soviétiques précédemment en Ukraine. Un engagement violé dès 2014 par l’annexion illégale de la Crimée puis la déstabilisation du Donbass.




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