D’une Union européenne pusillanime à une UE puissance ?

Par Pierre VERLUISE, le 5 mars 2022  Imprimer l'article  lecture optimisée  Télécharger l'article au format PDF

Docteur en géopolitique de l’Université Paris IV – Sorbonne. Fondateur associé de Diploweb. Professeur en CPGE à Blomet (Paris). Chercheur associé à la FRS. Auteur, co-auteur ou directeur d’une trentaine de livres. Producteur de trois Masterclass sur Udemy : "Les fondamentaux de la puissance" ; "Pourquoi les données numériques sont-elles géopolitiques ?" par Kévin Limonier ; "C’était quoi l’URSS ?" par Jean-Robert Raviot.

Comment la guerre russe en Ukraine pourrait-elle contribuer à changer l’ADN de l’Union européenne en matière de puissance ? Il conviendrait de se défaire d’un héritage contraire et de prendre conscience des réalités géopolitiques en apportant des réponses mesurées à la hauteur de nos capacités.

Cet accouchement d’une UE puissance dans les fracas de la guerre russe en Ukraine sera douloureux et long, tellement nous avons tardé.

DEPUIS LA Révolution orange de 2004 – née de la contestation d’une élection truquée par un candidat pro-russe – les relations de l’Ukraine avec la Russie sont complexes [1]. En 2014, l’occupation illégale par la Russie de la Crimée et le soutien de Moscou à une guerre dite hybride dans l’Est de l’Ukraine marque une étape supplémentaire [2]. Il s’agissait pour Moscou de mettre dans les chaussures d’un pays souverain des silex tranchants pour l’empêcher de suivre librement son chemin, pourquoi pas vers l’OTAN et l’UE ? En 2008, pourtant, l’Allemagne fédérale et la France avaient donné satisfaction à la Russie en bloquant la mise en place d’un processus structuré de rapprochement entre l’Ukraine et l’OTAN. Par gêne, cette affaire est aujourd’hui passée sous silence, mais la non-appartenance de l’Ukraine à l’OTAN pèse lourd dans sa situation stratégique de février 2022. Parce que l’Ukraine ne peut se prévaloir de l’article 5 du traité de Washington qui pose le principe d’une défense collective. En cas d’attaque contre un membre de l’Alliance, cette action est considérée comme une attaque tournée vers tous les Alliés. En conséquence, les pays de l’OTAN se contentent pour l’essentiel en février 2022 de regarder ce qui se passe derrière la frontière ukrainienne, en évitant autant que faire se peut l’escalade.

L’UE, pour sa part, a engagé en 2014 la négociation d’un accord d’association avec l’Ukraine, bien qu’elle ne soit déjà plus à cette date souveraine sur la totalité de son territoire. Un accord d’association entre en vigueur le 1er septembre 2017. Il s’agit d’approfondir les liens politiques et économiques comme le respect de valeurs communes. En revanche, il n’est pas alors question d’une candidature à l’UE et encore moins d’une adhésion à l’UE, sauf dans la tête de certains Ukrainiens, Polonais, Lituaniens, etc… A vrai dire cette procédure se retrouve avec la Géorgie et la Moldavie qui ont aussi des ou une partie(s) de leur territoire occupée(s) par des forces russes ou pro-russes. Cette pratique de l’UE – signer un accord d’association avec un pays pour le moins en délicatesse avec la Russie témoigne - au choix - d’une belle audace ou d’une part de légèreté si l’UE n’est pas prête à une réaction violente de la Russie qui considère qu’il s’agit de « son étranger proche ». Un concept hérité des années B. Eltsine qui conteste aux républiques ex-soviétiques la possibilité de faire des choix souverains, éventuellement contraires à ce que le Kremlin juge être ses intérêts privilégiés. Une forme de réactualisation du concept du dirigeant soviétique L. Brejnev d’une « souveraineté limitée » pour les pays satellites de l’URSS. Ce qui n’a pas empêché trois anciennes républiques socialistes soviétiques – Lettonie, Estonie, Lituanie – d’intégrer l’OTAN puis l’UE en 2004.

Le 24 février 2022, en violation flagrante de ses engagements [3] et du droit international le plus basique en matière de respect des frontières d’un État souverain, la Russie de V. Poutine engage une guerre contre l’Ukraine, par au moins quatre axes. Ce qui donne immédiatement lieu dans nombre de pays de l’Union européenne à des commentaires où se mêlent émotions et discours presque guerriers à l’encontre de V. Poutine. Sa figure qui en fascinait plus d’un et en tétanisait beaucoup, se trouve subitement identifiée à celle d’un « dictateur ». En France, le Ministre de l’Économie, des Finances et de la Relance Bruno Lemaire déclare le 1er mars 2022 à Franceinfo, en détachant bien ses mots : « Nous allons livrer une guerre économique et financière totale à la Russie »… pour rétropédaler quelques heures plus tard au sujet du mot guerre. Dans une déclaration transmise à l’AFP le ministre de l’Économie précise que « le terme de guerre utilisé ce matin sur Franceinfo était inapproprié et ne correspond pas à notre stratégie de désescalade », ajoutant que « nous ne sommes pas en conflit contre le peuple russe ». La couverture médiatique des jours suivants souligne d’ailleurs combien des Russes s’opposent à cette guerre de l’armée russe en Ukraine. Une écoute attentive de plusieurs commentaires durant la première semaine a pu laisser penser que quelques-uns se verraient bien faire du « regime change » jusqu’en Russie, puisque ce serait la personne du désormais « dictateur » qui poserait problème. Bel enthousiasme pour une Union européenne qui manque de manière ontologique d’une culture – et des moyens – de la puissance autre que commerciale [4]. Nous serions ainsi en train de vivre le passage d’une Union européenne pusillanime [5] à une Union européenne puissance [6]. Ce qui nous conduit à la problématique suivante : comment la guerre russe en Ukraine pourrait-elle contribuer à changer l’ADN de l’Union européenne en matière de puissance ? Il conviendrait de se défaire d’un héritage contraire (I) et de prendre conscience des réalités géopolitiques (II) en apportant des réponses mesurées à la hauteur de nos capacités (III).

D'une Union européenne pusillanime à une UE puissance ?
Pierre Verluise
Capture d’écran, Francetvinfo, 4 mars 2022, journal de 23 h

I. Il conviendrait de se défaire d’un héritage contraire…

La visite des cimetières et lieux de mémoire des Guerres mondiales remettra à chacun les idées en place : que la construction dans les années 1950 de l’Europe communautaire vise d’abord à empêcher le retour de la guerre entre ses pays membres est respectable [7]. Mieux encore, l’adhésion à l’Europe communautaire nécessite d’être en paix avec ses voisins, notamment quant aux tracés frontaliers. Ceci afin d’éviter d’importer des conflits, ce qui paraît prudent. Autrement dit, l’Europe communautaire a dans son ADN la recherche de la paix par l’exclusion de l’usage de la puissance militaire entre ses membres, voire avec le reste du monde. La plupart de ses états membres s’en remettent volontiers voire aveuglément aux États-Unis, via l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN) pour assurer leur sécurité. Une « division du travail » qui convient très bien aux États-Unis puisque cela leur assure la construction d’un marché commun pacifié dans lequel leurs investissements, entreprises, services et produits peuvent prospérer, sans risquer l’émergence d’un concurrent géopolitique et encore moins stratégique. Il n’y a guère que la France – sortie du commandement militaire intégré de l’OTAN en 1966 mais toujours membre de l’OTAN – à surveiller d’un œil tant son ADN comporte une quête de puissance. Et pour cela, l’Allemagne fédérale « fait bien le job » lorsqu’elle ajoute en 1963 au traité de l’Élysée un préambule qui lui ôte son ambition de puissance indépendante des États-Unis ; puis la situation devient très confortable à compter de 1973 avec l’adhésion du Royaume-Uni. Londres torpille avec conscience et régularité les tentatives françaises de construire une défense européenne. Sans parler de la participation du Royaume-Uni au réseau Échelon qui le met en position d’espionner les autres pays membres de l’Europe communautaire pour le compte des États-Unis.

Et durant la Guerre froide (1947-1990 ou 1991), ce ne sont pas les pays de l’Europe communautaire mais les États-Unis qui ont pour l’essentiel conduit et gagné la Guerre froide [8]. En revanche, la France a cru jouer un jeu qui se voulait – évidemment – subtil avec l’URSS. Ce qui lui a attaché une casserole à sa réputation stratégique dans les pays satellites. Une fois libérés de l’URSS, en 1989, nombre d’entre eux ont gardé une méfiance récurrente à l’égard de Paris dès que la France tente de renouer le dialogue avec la Russie. Chargé en 2019 par le Président de la République française E. Macron d’une mission de dialogue avec la Russie, l’ambassadeur P. Vimont a été contraint de consacrer une large part de son temps à dégoupiller ces « malentendus » avec les pays d’Europe balte, centrale et orientale [9].

Une fois la Guerre froide terminée, l’Europe communautaire devenue Union européenne avec le traité de Maastricht (1993) n’offre manifestement pas les garanties de sécurité jugées nécessaires par les anciennes républiques soviétiques et anciens pays satellites de feu l’URSS qui aspirent légitimement à la sécurité. Ce qui contribue mécaniquement à la réinvention de l’OTAN. Seule l’OTAN est jugée capable d’apporter face à la Russie les garanties de sécurité auxquelles aspirent légitimement des pays qui viennent de retrouver leur liberté.

D’ailleurs l’UE elle-même - via le traité de Nice [10] puis le traité de Lisbonne [11] - fait de l’OTAN un cadre de référence pour sa défense.

C’est donc l’OTAN qui donne indirectement le rythme et le périmètre des élargissements de l’Union européenne. Au XXIe s. tous les pays entrés dans l’UE à la faveur de trois élargissements (2004, 2007, 2013) étaient précédemment devenus membres de l’OTAN. Ce qui exprime assez clairement leur priorité, mais aussi une forme de quasi-procédure non dite entre les élargissements de l’OTAN et de l’UE. Les élargissements ont significativement augmenté le nombre de pays membres de l’UE également membres de l’OTAN. Rassurés par leur appartenance à l’OTAN – dont les États-Unis sont en quelque sorte le garant en dernier ressort – la plupart des pays membres de l’UE ont significativement diminué leurs efforts de défense une fois la Guerre froide terminée, y compris la France. C’est la première violation russe de la frontière ukrainienne en 2014 qui a conduit quelques pays à inverser la tendance, dont la France. La Pologne et la Lituanie ont alors engagé des efforts soutenus, par crainte de la Russie. Fin 2021, il est facile de mémoriser que 21 des 27 pays membres de l’UE font partie des 30 pays membres de l’OTAN. Et les pays officiellement candidats à l’UE sont généralement déjà candidats ou membres de l’OTAN.

Accessoirement, la France de N. Sarkozy a réintégré en 2009 le commandement militaire intégré de l’OTAN, s’imaginant pouvoir y exercer une influence décisive sur sa nouvelle doctrine et lever un obstacle à l’émergence d’une défense européenne plus ou moins autonome de l’OTAN puisque n’étant plus identifiée comme « empêcheuse de tourner en rond ». Cela n’a pas empêché la France d’E. Macron d’essuyer en septembre 2021 un terrible retour aux réalités géopolitiques et stratégiques lorsque les États-Unis ont fragilisé un large pan de la stratégie française dans l’Indo-Pacifique via l’annulation d’un contrat de vente de sous-marins fabriqués par Naval Group à l’Australie. Le Royaume-Uni est de cette alliance AUKUS mais a quitté l’UE depuis le 31 janvier 2020.

Mis à part la France, de manière quasi obsessionnelle diraient certains pays membres de l’UE, rares sont les États membres à se préoccuper de la puissance dans son acception la plus complète. Encore Paris le fait-elle parfois de manière maladroite, avec force mouvements de menton, et une certaine malchance dans ses engagements aux résultats inégaux, par exemple en Afrique (Libye, Mali…). Ce qui vient conforter les autres États membres dans leur idée qu’il vaut mieux ne pas se préoccuper de cette question épineuse et se reposer sur les États-Unis. Quitte à avaler d’énormes couleuvres durant les années Trump, voire de franches humiliations comme la chancelière A. Merkel.

Parce que le nazisme s’est appuyé sur une école géopolitique, l’Allemagne fédérale s’est interdite depuis ses origines de penser géopolitique. Depuis 1949, la RFA néglige la voie militaire de la puissance pour privilégier – avec succès – la voie économique. Au début du XXIe s. la presse allemande privilégie un suivi très sérieux de l’actualité économique et commerciale mais néglige en dehors des périodes de crise sa dimension géopolitique. Il n’existerait pas, m’a confié récemment un expert allemand, d’équivalent du Diploweb.com dans le pays le plus peuplé, le plus riche et probablement le plus influent de l’UE. Alors même que l’Allemagne compte de nombreux think tanks de politique étrangère richement dotés en moyens financiers comme en personnels. Autrement dit, le public allemand de bonne volonté ne trouverait pas de façon régulière de quoi nourrir régulièrement une approche géopolitique et stratégique de l’Union européenne et du vaste monde. `Permettez-moi d’espérer qu’il n’en est rien. Il faut cependant bien admettre que le Chef d’état-major de la composante terrestre des forces armées allemandes, le général Alfons Mais a publié le 24 février 2022 sur son compte Linkedin : « Vous vous réveillez le matin et vous réalisez qu’il y a la guerre en Europe. […] Dans ma 41e année de service en temps de paix, je n’aurais pas cru devoir vivre une autre guerre. Et la Heer que j’ai l’honneur de commander est plus ou moins à sec » au point que les « options politiques que nous pouvons proposer pour soutenir l’OTAN sont extrêmement limitées ». Et d’ajouter : « Nous l’avons tous vu venir et n’avons pas pu faire passer nos arguments pour tirer et mettre en œuvre les leçons de l’annexion de la Crimée ». Le 27 février 2022, le nouveau chancelier allemand Olaf Scholz a annoncé que la RFA consacrera désormais chaque année 2% de son produit intérieur brut (PIB) à la défense, soit une augmentation significative puisque selon l’OTAN l’Allemagne aurait consacré 1,53% de son PIB aux dépenses militaires en 2021.

En France, le Conseil national de la recherche scientifique (CNRS), le Conseil national des Universités et de nombreuses universités ont longtemps regardé avec suspicion la géopolitique, également à cause du dévoiement de la géopolitique par des nazis. Ce qui a obligé depuis des décennies celles et ceux qui souhaitaient faire de la recherche ou de l’enseignement géopolitique à des manœuvres de contournement. Jusqu’à produire une situation tragi-comique : contrairement à la théorie du ruissellement du savoir de l’Université vers l’enseignement secondaire, c’est par le lycée que la géopolitique a enfin fait récemment son entrée dans le corpus des spécialités possibles des élèves de Première et Terminale. Celles et ceux qui ont apprécié cette formation doivent cependant attendre l’entrée en Master pour pouvoir approfondir post-bac cette matière. Autrement dit, avec la remarquable incohérence qui caractérise les réformes de l’enseignement, la géopolitique est quasi abandonnée en L1, L2 et L3 aux classes préparatoires et aux formations privées.

Gérard Chaliand, extrait de « Le savoir de la peau. Mémoires », éd. L’Archipel, 2022, p. 318.
« Nous avons perdu le désir collectif de faire, de créer, d’avancer… en un mot, nous avons perdu confiance en nous-mêmes. Comment susciter le retour à ce désir de puissance au sein d’une population vieillissante, à la démographie chancelante, dopée à un consumérisme à haute dose conjugué à un individualisme forcené, et refusant jusqu’à la notion même de risque ?... »

Comparée à l’Allemagne, la France compte nettement moins de think tanks de politique étrangère et relations internationales, rarement capables de faire plus de cinquante feuilles de paie par mois. Ils sont parfois tellement fragiles que l’un d’entre eux a été accroché dans un rapport de l’IRSEM [12] pour avoir co-organisé des événements publics avec l’ambassade de la République populaire de Chine systématiquement introduits par une allocution de l’ambassadeur de Chine, et dont la plupart des intervenants chinois provenaient de structures du Parti-État, y compris d’une importante agence de renseignement. Bref, de participer à des opérations d’influence d’une puissance étrangère, en l’occurrence au sujet des nouvelles routes de la soie présentée en des termes forgés par le Parti communiste chinois (des « relations gagnants-gagnants ». Pour faire bon poids, il faut y ajouter plusieurs publications dans une revue d’influence du Parti distribuée en France auprès des supposés influenceurs.

Certes, il faut pour cela avoir l’échine souple, mais cela témoigne aussi d’un éco-système des think tanks français étonnamment fragile pour un pays qui se vit encore comme une puissance – reste à la qualifier – et entend éclairer l’Union européenne quant à la puissance à l’occasion de la Présidence française (du Conseil des ministres) de l’Union européenne au 1er semestre 2022. Dans cette intention, la guerre russe en Ukraine peut-être aussi bien un obstacle qu’une opportunité. Par définition, il faut attendre la fin juin 2022 pour commencer à en évaluer les résultats.

II. … et de prendre conscience des réalités géopolitiques…

Sous l’effet du fracas des armes russes en Ukraine, les pays et institutions de l’Union européenne prennent subitement conscience à compter du 24 février 2022 de la nécessité de se doter des moyens de la puissance. Sous le coup de l’émotion, les États membres dans le cadre du Conseil transgressent même un tabou avec une étonnante facilité en permettant à l’UE de financer la livraison d’armes à l’Ukraine pour lui permettre de combattre la Russie, notamment dans le ciel. C’est la Commission qui met en œuvre, mais ce sont les États qui livreront [13].

Comparaison n’est pas raison, mais pour mémoire, l’attentat du 17 septembre 1986 à Paris, rue de Rennes (7 morts, 55 blessés) visait à faire cesser les livraisons d’armes de la France à l’Irak dans le cadre du conflit qui l’opposait à l’Iran. La livraison d’armes à un État en guerre n’est donc pas anodine.

L’attaque russe de l’Ukraine est quasi-unanimement présentée dans les médias français comme illégitime, ce qu’elle est indiscutablement. Comme en décembre 1988 lors du tremblement de terre en Arménie soviétique, les émotions sont mobilisées via des images et des capsules sonores pour générer un processus d’identification à la victime. Pour des raisons de relative proximité culturelle cela fonctionne. Et les Ukrainiens sont indiscutablement victimes de l’hubris de V. Poutine.

Reste que dans les soubassements de cette guerre s’exercent des forces profondes qui échappent aux commentaires. Ainsi, que la Pologne et la Lituanie voient dans l’Ukraine une partie de l’ancienne terre de la « République des deux nations », soit de la « République fédérale aristocratique » formée de 1569 à 1795. Celle-ci s’étendait très à l’Est de la capitale actuelle de l’Ukraine. Quant à la Russie, chacun devrait savoir qu’elle a construit un discours faisant de l’Ukraine une terre russe. Le Professeur Daniel Beauvois a écrit en 2006 un éclairage académique de ces représentations qui se transforment parfois en actions [14]. Les États-Unis – où vivent des diasporas de nombreux pays - notamment de Pologne, de Lituanie et d’Ukraine - jouent aussi leur partition. Après avoir gagné la Guerre froide, il s’agit de gagner l’après Guerre froide et de contenir autant que faire se peut l’influence de la Russie. Et l’Ukraine est bien une terre de transition, une marge voire un « État tampon » – statuts pour le moins inconfortables - entre les pays intégrés à leur demande à l’OTAN et la Russie. C’est donc logiquement là que se joue la bataille. Bataille d’influence d’abord, mais aussi bataille militaire pour la Russie depuis 2014 avec un net changement de nature en 2022. En 2014, la Russie a décidé d’empêcher l’adhésion de l’Ukraine à l’OTAN en lui plaçant deux silex dans ses chaussures, l’occupation illégale de la Crimée et la déstabilisation du Donbass. Le 24 février 2022 V. Poutine a décidé de franchir une étape décisive en portant la guerre sur de larges pans du territoire ukrainien. Ce ne sont plus deux silex dans les chaussures de l’Ukraine mais des tonnes de bombes sur la tête des Ukrainiens. Afin à minima de s’assurer de la main mise russe sur la partie orientale de l’Ukraine et de pouvoir multiplier pour de nombreuses années ses capacités de nuisance voire d’instrumentation de la Russie sur ce territoire. Peut-être même V. Poutine envisage-t-il de mettre la main sur l’ensemble du territoire ukrainien, c’est du moins l’impression d’E. Macron après avoir échangé par téléphone avec V. Poutine le 3 mars 2022.


Pourquoi parler d’Union européenne puissance et pas d’ « Europe puissance » ?

Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement, du moins essayons-nous. Le mot Europe est couramment utilisé pour désigner sans l’expliciter l’Europe communautaire puis l’Union européenne après le traité de Maastricht. Or l’Europe c’est aussi l’Europe géographique qui par convention intègre la Russie jusqu’à l’Oural, donc l’Ukraine, mais aussi la Norvège, la Suisse, etc.

Dès lors parler d’ « Europe puissance » est une facilité qui conduit – voire signale – une forme de confusion. Puisqu’il s’agirait alors d’intégrer non seulement la Suisse, la Norvège et l’Ukraine mais aussi la partie occidentale de la Russie à la construction d’une puissance de l’Union européenne. En crayonnant une carte, chacun sent bien que cela n’a guère de sens. A une situation complexe il ne semble pas nécessaire d’ajouter de la confusion conceptuelle.

Voici pourquoi, il semblerait préférable de gagner en précision.


Les pays de l’Union européenne redécouvrent que la guerre peut survenir en Europe. Du moins en Europe géographique, puisque l’Ukraine est sans conteste dans le périmètre de l’Europe géographique – qui s’étend jusqu’à l’Oural par une « convention » à l’initiative du tsar Pierre Le Grand. En revanche, l’Ukraine n’est pas de l’Union européenne, ni de l’OTAN. Ce qui explique d’ailleurs les procédures mises en place par l’UE comme par l’OTAN, essentiellement sous forme de sanctions, et de placement de troupes à proximité de la frontière de l’OTAN afin de prévenir une attaque russe sur le territoire de l’OTAN qui changerait en une seconde la nature du conflit. L’OTAN est prête à en défendre le moindre centimètre carré.

A vrai dire, les pays de l’Union européenne ne devraient pas être surpris par ce « retour de la guerre » en Europe. Parce qu’en 2008 déjà, la Russie a franchi la frontière d’une ex-république soviétique, la Géorgie, pour en accaparer deux régions : l’Ossétie du Sud et l’Abkhazie. Soit environ 20% de la superficie de ce territoire. Il s’agissait – déjà – de l’empêcher de rejoindre l’OTAN. Mais de larges pans des opinions publiques des pays fondateurs de l’UE considèrent que la Géorgie… c’est loin. Ainsi, voici déjà 14 ans, le signal était déjà clair pour qui voulait l’entendre. Les anciennes républiques socialistes soviétiques Baltes et certains anciens pays satellites de l’URSS ont mieux compris le signal.

Plus récemment, en 2014, la Russie a franchi les frontières de l’Ukraine en faisant main basse sur la Crimée puis en soutenant des forces de chaos dans l’Est de l’Ukraine, dans la région du Donbass. Ainsi, voici 8 ans, nous avons déjà eu une piqure de rappel aux réalités géopolitiques et stratégiques. Et une fois encore, des pans des opinions publiques de pays de l’UE considèrent que « les sanctions économiques ne servent à rien, après tout, pourquoi ne pas laisser la Crimée aux Russes ? » Il est vrai que les réseaux et médias d’influence russes – RT et Sputnik - travaillent plus ou moins habilement ces réflexes de Pavlov. C’est pour les contrer que la Commission européenne a développé à la suite de cette guerre de 2014 East Stratcom à l’instigation de la Pologne et de la Lituanie, un pôle d’étude de la désinformation russe, en ciblant dans un premier temps la désinformation russe vers les ex-républiques soviétiques, puis en élargissant dans un deuxième temps vers les pays membres de l’UE, via la traduction d’articles du site EUvsDisinfo.eu [15]. Un site ressource qui reste longtemps en dessous des radars des grands médias français.

La guerre oppose un pays-continent qui a une solide culture de la violence et tous les outils de la dissuasion nucléaire à un pays – l’Ukraine – qui s’est défaite de ses armes nucléaires en échange de la garantie de sécurité de ses frontières, n’est pas membre de l’OTAN, et n’est armée principalement que de son courage. Ce qui est beaucoup et peu à la fois. Cette guerre vient accélérer la construction de sa conscience nationale, mais à quel prix ! Les appels à sa candidature à l’UE négligent le fait que l’UE n’a pas grand-chose à lui offrir en terme de défense, et que depuis le début du XXIe s c’est généralement l’adhésion à l’OTAN qui précède la candidature et l’adhésion à l’UE. Si dans un plan machiavélique la Russie pourrait se satisfaire d’une promesse d’adhésion de l’Ukraine à l’UE – parce que cela mettrait Moscou en position de force par rapport à Bruxelles – une adhésion de ce qu’il reste de l’Ukraine à l’OTAN semble difficile à imaginer dans les circonstances présentes. Même si pour l’heure, c’est d’abord l’OTAN qui est à la manœuvre de contention de la Russie.

Cette guerre en Ukraine survient dans un contexte variable selon les pays de l’UE et / ou de l’OTAN. Dans le cas de la France, début février 2022 au moins 3 candidats à l’élection pour la présidence de la République sont pour le moins ambigus dans leur relation à V. Poutine. Il s’agit de M. Le Pen, E. Zemour, J-L Mélenchon. Ce qui représenterait début mars 2022 environ un tiers des intentions de vote au premier tour. Dans un pays où un ancien Premier ministre - F. Fillon - peut aller vendre sans barguigner sa connaissance intime des rouages de l’État français et son carnet d’adresses à une grande entreprise gazière russe, cela peut faire réfléchir [16]. Quand l’exemple vient d’un ancien locataire de Matignon, pourquoi un électeur moins informé ne déciderait-il pas lui aussi de s’asseoir sur des informations critiques à l’égard de la Russie poutinienne ? Il y aurait lieu de se pencher également sur certaines accointances avec Moscou de plusieurs personnalités et courants de son parti d’origine, Les Républicains.

Cette prospérité des poutinolâtres est l’écho inversé de l’isolement prononcé et prolongé de celles et ceux qui depuis deux décennies alertent sur la nature autoritaire de V. Poutine.

Pour d’autres poutinolâtres, il est bien pratique en mars 2022 de se prêter à un exercice d’auto-blanchiment en cherchant à identifier des périodes et des inflexions, des occasions ratées, pour surtout s’excuser de n’avoir pas vu que V. Poutine n’a jamais été démocrate et a toujours eu pour ambition de restaurer au bénéfice de la Russie la puissance disparue de l’URSS, y compris aux dépens de ses ex-républiques voisines de la Russie. Il était pourtant possible de se préoccuper des façons dont il a pesé sur la Tchétchénie [17], sur l’Ukraine dès 2004, sur la Géorgie dès 2008, puis a contribué au retour d’un président pro-russe en Ukraine en 2010 pour empêcher en 2013 la signature d’un accord d’association avec l’UE, puis faire main basse sur la Crimée en mars 2014 et soutenir à compter de cette même année la déstabilisation de l’Ukraine orientale afin de peser sur l’évolution politique, diplomatique et stratégique de l’Ukraine. La façon la plus cynique avec laquelle V. Poutine – sous le coup de sanctions post-Crimée - est revenu à la table des puissances en 2015 à la faveur de la crise en Syrie aurait pu alerter les moins lucides des analystes. Plusieurs ont préféré ressentir une mauvaise joie devant ce tour de force cynique.

Au lieu de s’informer aux sources indépendantes et de qualité nous avons laissé s’installer et prospérer des réseaux et relais d’influence russes. Les médias du Kremlin RT et Sputnik ne se sont pas gênés pour mettre de l’huile sur le feu durant la crise des Gilets jaunes lors que laquelle la Ve République a vacillé sur ses bases les 1er et 2 décembre 2018. Le 2 décembre 2018, l’ambiance était crépusculaire à l’Élysée et dans les ministères régaliens. Et nombre de journalistes – parfois expérimentés – et d’experts et même parfois de hauts fonctionnaires – ont contribué à leurs émissions avec une innocence confondante. Pour ma part, je garde dans ma messagerie trace de plusieurs invitations à participer à des émissions auxquelles je me suis toujours refusé à donner une suite favorable. Pourquoi ? Parce que participer sur un média contrôlé par le Kremlin à une quelconque émission, même pour y avoir un propos indépendant sur la Russie poutinienne, c’est légitimer ce support de propagande. Que tant d’esprits réputés « brillants » - puisque c’est le compliment ultime en France - ne l’aient pas compris témoigne de l’état d’hébétude dans lequel nous sommes collectivement tombés à l’égard d’un des plus grand pays producteur de désinformation, depuis des lustres.

Il est vrai que dans le cas de la France, la russophilie est une longue tradition qui remonte au moins au XIXe siècle. Aux pieds du Quai d’Orsay, le pont Alexandre III destiné à symboliser l’amitié franco-russe en porte témoignage depuis son inauguration en 1900. Les réseaux russes n’ont cessé de prospérer et de se réinventer jusqu’à pénétrer l’entourage de plusieurs candidats à la présidentielle de 2022.

Autrement dit, face à la guerre conduite par la Russie en Ukraine, nous partons de très bas.

III… en apportant des réponses mesurées à la hauteur de nos capacités

Une fois présenté le point de départ, il est possible de faire une première esquisse de réponse à la question posée : comment la guerre en Ukraine pourrait-elle contribuer à changer l’ADN de l’Union européenne en matière de puissance ?

Le choc de la guerre russe en Ukraine est tel que nous avons pu assister durant la première semaine à moult retournements de vestes et à des propos parfois presque guerriers. Cela fait penser à ces nouveaux convertis qui vitupèrent plus forts que ceux dont la foi a déjà traversé moult épreuves.

L’Union européenne est sur un autre registre. Par sa violence, V. Poutine a réussi en trois jours à faire ce que l’UE n’avait pas su faire depuis des décennies :accoucher d’une UE déterminée, rapide et solidaire. Même si c’est l’OTAN qui assure concrètement la défense de l’UE, l’architecture de sécurité qui se recompose actuellement avec l’UE dépasse le seul aspect militaire.

Il importe cependant d’éviter à tout prix une escalade incontrôlée derrière la mise en œuvre de sanctions économiques, financières et diplomatiques. L’UE toute à sa joie d’exister doit résister à la tentation de multiplier les déclarations qui risqueraient d’importer le conflit sur son territoire, sans le moindre bénéfice pour les Ukrainiens qui ne pourraient même plus y trouver un précieux refuge.

Il convient donc de raison garder et de conserver le sens de la mesure. A qui parlons-nous ? A Vladimir Poutine qui a une culture du rapport de force et un usage décomplexé de la violence. C’est son terrain. Accessoirement, nous sommes pour lui à la fois transparents et prévisibles, du moins jusqu’à la veille de son attaque de l’Ukraine. « Accessoirement », comme quelques pays dont la France, la Russie dispose de la dissuasion nucléaire. Et le 4 mars 2022 Moscou joue habilement ( ?) de manœuvres et de bombardements aux abords d’une centrale nucléaire ukrainienne. Ce qui génère des effets de crainte immédiats sur des pans des opinions publiques de l’Europe géographique, voire au-delà.


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. Pierre Verluise, Quels sont les fondamentaux de la puissance ?

. Jean-Robert Raviot, C’était quoi l’URSS ?

. Kevin Limonier, Pourquoi les données numériques sont-elles géopolitiques ?


Il s’agit de bien peser le sens des mots comme la mesure des conséquences possibles de nos actes. Non pas pour ne rien dire ou ne rien faire, mais pour ne pas fournir trop aisément du carburant à un dirigeant relativement isolé qui manque de contre-pouvoirs susceptibles de le ramener à un peu de pondération.

Puisque cette guerre marque très probablement une césure dans l’histoire du XXIe s et le possible avènement d’une plus large compréhension de la nécessité de se doter enfin d’une géopolitique de l’Union européenne capable d’en assurer la sécurité et la puissance, il importe de prendre le temps de penser les fondamentaux de cette puissance. Nos moyens sont significatifs, certes, mais ils sont aussi limités. Nos outils peuvent être augmentés par des choix pertinents, reste à savoir lesquels et à qui en faire payer le prix. La puissance est à la fois politique, militaire, diplomatique, économique, culturelle et technologique. Ses fondamentaux ne doivent plus être négligés : la population, le territoire et le désir de puissance.

Les projections démographiques sont claires, faute d’un nombre de naissances suffisant, l’UE devient sous nos yeux un asile de vieillards. La crise économique et budgétaire de 2008 a suspendu des mesures qui commençaient à faire leur chemin pour mettre en place des politiques des populations. Plusieurs années à compter de 2015, un solde naturel négatif n’est compensé que par un solde migratoire positif pour arriver à un solde total légèrement positif à l’échelle de l’UE. L’Allemagne en 2015, la Pologne en 2022 ont accueilli des réfugiés pour de nobles raisons mais cela ne règle pas complètement leurs tendances lourdes au vieillissement et à la dépopulation.

Faisons-nous suffisamment pour que nos territoires se développent véritablement de façon convergente et innovante au lieu de voir sans cesse s’élargir le fossé entre les gagnants et les perdants de la mondialisation ? Perdants qui sont autant de marge de manœuvre pour des puissances étrangères pas nécessairement bien intentionnées, et pas seulement russes. Ce sont d’autres pays et acteurs qui manœuvrent dans les espaces urbains abandonnés par l’État de droit depuis des décennies. Sur la richesse produite, quelle part investissons-nous pour prendre en charge nous-même notre sécurité nationale et celle de l’Union européenne ?

Nous l’avons démontré à contrario jusqu’à l’impuissance durant des décennies – il n’y a pas de puissance sans désir de puissance. Aurons-nous enfin collectivement suffisamment conscience de la nécessité de nous mettre en capacité de reprendre la maitrise de notre sécurité, donc de notre devenir ? Comment saurons-nous donner vie à cette définition de la puissance par Serge Sur : « On définira la puissance comme une capacité - capacité de faire ; capacité de faire faire ; capacité d’empêcher de faire ; capacité de refuser de faire. »

Un des défis majeurs est de réaménager autant que faire se peut d’un commun accord le lien de sécurité entre les États-Unis et l’UE dans sa combinaison avec l’OTAN. Celle-ci prouve actuellement sa raison d’être. Par sa guerre en Ukraine, V. Poutine vient bien involontairement de prolonger la légitimité de l’OTAN aux yeux de nombreux citoyens et décideurs des pays membres de cette organisation. Les États-Unis ont déjà engagé et poursuivront très probablement une bascule de leurs priorités sur l’Asie et plus particulièrement la Chine. Les États-Unis ont à la fois beaucoup fait durant les deux Guerres mondiales et la Guerre froide pour assurer la liberté d’une large partie des pays devenus par la suite membres de l’UE – mais certains étaient derrière le Rideau de fer – et tout fait – notamment avec l’appui de la RFA et du Royaume-Uni pour empêcher l’UE de devenir une puissance complète. Nous sentons bien à cet instant combien notre situation serait plus délicate encore sans l’OTAN mais nous devons bien comprendre qu’il va falloir un jour prochain nous prendre davantage en charge dans la défense de nos intérêts propres. Encore faut-il savoir les définir. Comme je l’écrivais dès le 7 novembre 2019 [18] – pardon de me citer mais une partie des questions attend encore une réponse : « l’Union européenne – recomposée – se donnerait les moyens d’une autonomie stratégique. Cela passerait par le renforcement de la capacité d’analyse, la mise en cohérence des approches, la levée des tabous sur la question de la puissance, l’identification des alliés et des ennemis, la juste compréhension des menaces et des opportunités. Il importe d’être en mesure de répondre aux questions suivantes : qui sommes-nous ? Quelles sont vraiment nos valeurs ? Quels sont véritablement nos intérêts ? Quels sont nos objectifs stratégiques et quels moyens y consacrons-nous ? Quel leadership ? »

Face à une Russie – et à une Chine – qui à un horizon prévisible ont une faible probabilité de devenir des puissances démocratiques stables respectueuses du droit international. Les réponses deviennent urgentes.

Concrètement, celles et ceux qui se préoccupent et se préoccuperont de penser l’UE présente et à venir travailleront-ils encore avec des bouts de ficelles dans un ridicule qui confine au pathétique ? Ou bien porté par une véritable conscience partagée de la nécessité de défendre nos chances dans un monde durablement tragique, pourront-ils disposer des capacités nécessaires ? Et seront-ils à la hauteur ? Il nous faut, d’urgence, apprendre à comprendre les prochains enjeux, les stratégies, intégrer les trahisons possibles, réfléchir à 360 degrés.

*

Comment la guerre en Ukraine pourrait-elle contribuer à changer l’ADN de l’Union européenne en matière de puissance ? Il conviendrait de se défaire d’un héritage contraire et de prendre conscience des réalités géopolitiques en apportant des réponses mesurées à la hauteur de nos capacités.

Cet accouchement d’une UE puissance dans les fracas de la guerre russe en Ukraine sera douloureux et long, tellement nous avons tardé. Il importe de suivre ce que deviendra la « boussole stratégique ». Il faut souhaiter que les démocrates Ukrainiens puissent tirer bénéfice de notre transformation. Nous saurons... d’ici deux décennies si nous avons été collectivement médiocres ou responsables.

Copyright 5 mars 2022-Verluise/Diploweb.com


Trop succinctes indications bibliographiques pour approfondir la question de la puissance de l’Union européenne

. Pierre Buhler, « Quel « soft power » européen ? Un espace politique s’ouvre aujourd’hui », Diploweb.com, 21 juin 2020.
. Nicolas Tenzer, Europe-puissance : comment bâtir un projet réaliste ? Diploweb.com, 6 décembre 2020.
. Maxime Lefebvre, « Europe puissance, souveraineté européenne, autonomie stratégique : un débat qui avance pour une Europe qui s’affirme ». Fondation Robert Schuman, Question d’Europe, n°582, 1er février 2021.
. Bruno Dupré, « Souveraineté européenne, autonomie stratégique, Europe puissance : quelle réalité pour l’Union européenne et pour quel avenir ? » Fondation Robert Schuman, Question d’Europe, n°620, 24 janvier 2022.
. Sylvain Kahn, « Invasion de l’Ukraine par la Russie : que faire ? » Terra Nova, 1er mars 2022.

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Plus

. Pierre Mirel, Entre Association et Adhésion : quel destin européen pour l’Ukraine, la Moldavie et la Géorgie ?

En déclarant que « l’Ukraine appartient à notre famille européenne », le Conseil européen n’a pas promis son adhésion mais élaboré une formule de compromis entre les États membres qui le souhaitent et ceux qui restent prudents. Quels sont les règles, critères et la pratique en matière d’adhésion à l’Union ? Quelles sont les conditions et les obstacles à cette voie ? Non seulement à l’obtention de ce statut mais aussi, à plus long terme, aux conséquences potentielles de ces adhésions. Quelles réponses de l’UE : grand saut, petits pas ou une alternative ? Fort d’une exceptionnelle expérience des élargissements de l’UE, Pierre Mirel présente un tableau remarquablement documenté. Il termine sa démonstration par une proposition.

. Régis Genté, Stéphane Siohan, Pierre Verluise, Ukraine : Quelles perspectives géopolitiques et stratégiques ? Entretien avec R. Genté et S. Siohan

Comment durant les dernières décennies ont évolué les relations entre l’Ukraine et la Russie ? Comment, depuis 2014, la guerre de la Russie contre l’Ukraine accélère-t-elle la cristallisation d’une identité nationale ukrainienne ? Avec la relance de la guerre le 24 février 2022, quel est l’objectif majeur de V. Poutine à l’égard de l’Ukraine ? Quelles sont les intentions du Président Vladimir Poutine à l’égard des 14 autres Républiques ex-soviétiques ?


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[1Par souci de simplification le propos se limite ici au XXIe s, mais il faudrait remonter bien avant pour saisir tous les nœuds qui existent entre ces deux entités. Ne serait-ce que mentionner l’Holodomor, soit la famine provoquée artificiellement de 1932-1933 en Ukraine par le régime soviétique largement dominé par les Russes. Le Diploweb.com a publié dès le 27 février 2022 un « Dossier géopolitique : Russie et Ukraine, quelles relations ? » qui permet de remonter plusieurs siècles en arrière dans les relations et les jeux entre ces deux entités … et d’autres acteurs dont la Pologne.

[2Avec près de 14 000 morts et de nombreux blessés et déplacés début 2022.

[3Notamment le mémorandum de Budapest (1994) qui reconnait les frontières de l’Ukraine – Crimée comprise – en échange de la livraison à Moscou des armes nucléaires héritées de l’URSS. Ceci afin de limiter la prolifération des armes nucléaires.

[4Il est d’usage de présenter l’UE comme une puissance commerciale, mais cette formule mériterait d’être interrogée puisque mis à part une poignée de pays dont l’Allemagne au premier titre, la plupart des membres de l’UE ont une balance commerciale extra-UE largement déficitaire, dont la France…

[5Le dictionnaire de l’Académie française défini ainsi pusillanime : « XIII e siècle. Emprunté du latin pusillanimis, de même sens, formé à partir de pusillus, « tout petit », lui-même dérivé de pu(t)tus, « petit garçon », et animus, « souffle ; vie, esprit ».Craintif, timoré ; qui manque de courage, d’audace. Un homme pusillanime. Par métonymie. Une âme, un caractère pusillanimes. Conduite, attitude pusillanime. Des hésitations pusillanimes. »

[6S’inspirant de Raymond Aron, Serge Sur affine ainsi la définition de la puissance : « On définira la puissance comme une capacité - capacité de faire ; capacité de faire faire ; capacité d’empêcher de faire ; capacité de refuser de faire. »

[7Pour autant, depuis plusieurs décennies l’argument « L’Europe, c’est la paix » laisse de plus en plus indifférent les jeunes générations. Il est pratique d’incriminer les enseignants – bouc émissaires peu coûteux – mais une simple vérification dans les enseignement d’histoire-géographie détruit cet argument de café du commerce puisque l’enseignement des deux Guerres mondiales et de la Guerre froide y occupent des places conséquentes.

[8Notamment via l’Initiative de défense stratégique (IDS), surnommée la Guerre des étoiles, dont l’intention était d’asphyxier économiquement le régime soviétique.

[9Cf. Pierre Vimont et Bruno Tertrais, « Quelles relations franco-russes ? » Visioconférence réalisée le 16 novembre 2020, disponible sur le Diploweb.com à l’adresse https://www.diploweb.com/Video-P-Vimont-et-B-Tertrais-Quelles-relations-franco-russes.html

[10Le premier renforcement des relations entre l’UE et l’OTAN se fait à la faveur du traité de Nice (2001, effectif en 2004) conçu pour préparer l’élargissement de l’UE du 1er mai 2004. L’article 17 du traité sur l’Union européenne (TUE), modifié par le traité de Nice, encadre le champ des possibles. L’alinéa 1 débute ainsi : « La politique étrangère et de sécurité commune (PESC) inclut l’ensemble des questions relatives à la sécurité de l’Union, y compris la définition progressive d’une politique de défense commune, si le Conseil en décide ainsi. Il recommande, dans ce cas, aux États membres d’adopter une décision dans ce sens conformément à leurs exigences constitutionnelles respectives. » Ce même alinéa pose aussitôt les limites : « La politique de l’Union au sens du présent article n’affecte pas le caractère spécifique de la politique de sécurité et de défense de certains États membres, elle respecte les obligations découlant du traité de l’Atlantique Nord pour certains États membres qui considèrent que leur défense commune est réalisée dans le cadre de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN) et elle est compatible avec la politique commune de sécurité et de défense arrêtée dans ce cadre. » Autrement dit, la PESC ne peut en aucune façon être « incompatible » avec les intérêts de l’OTAN. Il en va de même pour la Politique Européenne de Sécurité et de Défense (PESD).

[11Le 1er décembre 2009, le traité de Lisbonne (2007) devient effectif avec un nouveau concept : la Politique de Sécurité et de Défense Commune (PSDC) qui remplace la PESD. L’UE apparaît dans une relation encore resserrée avec l’OTAN. Elle doit, en effet, respecter les obligations découlant du traité de l’Atlantique nord qui reste, pour les États qui en sont membres, « le fondement de leur défense collective et l’instance de sa mise en œuvre ». L’usage répété du singulier (« le fondement », « l’instance ») retient l’attention. En février 2008, le général Michel Fennebresque écrit à ce sujet dans la revue Défense nationale : « Ces derniers mots, qui avaient été ajoutés dans le projet de traité constitutionnel par la CIG de 2004, sont très restrictifs car, pris au pied de la lettre, ils pourraient interdire toute initiative européenne en matière de défense, toute action autonome de l’Union en ce domaine. »

[12Paul Charon et Jean-Baptiste Jeangène Vilmer, « Les opérations d’influence chinoises. Un moment machiavélien », 2021, disponible sur le site de l’IRSEM. Voir pages 312 à 315 de la première édition.

[13Selon Gérard Araud, message twitter.

[14Daniel Beauvois, « Deux « prétendants » historiques à la domination de l’Ukraine », n°10 de la revue Transitions et sociétés, juillet 2006. Cet article est disponible depuis novembre 2006 sur le Diploweb.com dans sa première maquette, à l’adresse https://www.diploweb.com/forum/ukraine06112.htm Voir aussi, dirigé par Pierre Verluise, le « Dossier géopolitique : Russie et Ukraine, quelles relations ? » mis en ligne sur Diploweb.com le 27 février 2022 à l’adresse https://www.diploweb.com/Dossier-geopolitique-Russie-et-Ukraine-quelles-relations.html

[15Cf. Eléonore Lebon Schindler, « Quelle désinformation russe ? EUvsdisinfo.eu la réponse d’East Stratcom pour la Commission européenne », publié le 2 septembre 2020 sur Diploweb.com à l’adresse https://www.diploweb.com/Quelle-desinformation-russe-EUvsdisinfo-eu-la-reponse-d-East-Stratcom-pour-la-Commission-europeenne.html

[16Il est vrai qu’un autre ancien Premier ministre s’est transformé en propagandiste de la République populaire de Chine, alors, pourquoi se gêner ?

[17Cf. Dès le début des années 2000, le livre d’Anna Politkovskaïa, « Tchétchénie, le déshonneur russe » (éd. Buchet Chastel) était documenté et limpide sur la culture de la violence de la Russie poutinienne.

[18Pierre Verluise, « L’Europe stratégique de 1989 à 2019 : de l’éclatement du Bloc de l’Est à l’implosion de l’OTAN ? », publié sur le Diploweb.com le 7 novembre 2019 à l’adresse https://www.diploweb.com/L-Europe-strategique-de-1989-a-2019-de-l-eclatement-du-Bloc-de-l-Est-a-l-implosion-de-l-OTAN.html

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