Carte 2/3 Tectonique de la plaque géopolitique européenne. Sécuriser sa sphère d’influence jusqu’à se frotter à l’« étranger proche » russe (1991-2024) ?

Par AB PICTORIS, Pierre VERLUISE, le 18 mai 2024.

Conception de la carte : Blanche Lambert et Pierre Verluise.
Réalisation de la carte : AB Pictoris. AB Pictoris est une jeune entreprise française fondée par Blanche Lambert, cartographe indépendante. Passionnée de cartographie et de géopolitique, elle a obtenu un Master en Géopolitique (parcours cyber, IFG, Paris VIII) et en Géostratégie (Sciences Po Aix) après une licence de Géographie et Aménagement du Territoire (Paris I).
Commentaire de la carte : Pierre Verluise, Docteur en Géopolitique, fondateur du Diploweb.com, enseignant dans plusieurs Master 2. Auteur, co-auteur ou directeur d’une trentaine d’ouvrages. Producteur de trois Masterclass sur Udemy : "Les fondamentaux de la puissance" ; "Pourquoi les données numériques sont-elles géopolitiques ?" par Kévin Limonier ; "C’était quoi l’URSS ?" par Jean-Robert Raviot.

L’Europe géographique post-Guerre froide voit sa tectonique géopolitique profondément renouvelée sous la pression de forces qui étendent ou réduisent les regroupements – plaques – politiques et stratégiques. L’OTAN comme la Russie réorganisent leurs influences, avec des résultats variables et non sans tensions. Cette carte commentée permet de situer dans l’espace les nouvelles dynamiques.

Carte grand format en pied de page. Deux formats disponibles : JPG et PDF haute qualité d’impression.

A LA FAVEUR de la Seconde Guerre mondiale, plusieurs pays précédemment indépendants sont intégrés de force à l’Union des Républiques Socialistes Soviétiques : Estonie, Lettonie, Lituanie… D’autres pays deviennent des satellites de l’Union soviétique : zone soviétique en Allemagne devenue République Démocratique d’Allemagne, Pologne, Tchécoslovaquie [1], Hongrie, Roumanie, Bulgarie… Ils forment alors avec l’URSS le « bloc de l’Est ».
Durant le second semestre 1989 s’engage un processus complexe et interdépendant de désatellisation, via l’ouverture du Rideau de fer, sous l’effet de forces internes et externes, convergentes et divergentes. Cette histoire reste pour partie à écrire mais ce sera difficile puisque les archives des différents services de renseignement qui y ont participé ne sont toujours pas ouvertes.

L’année 1991 est à la fois marquée par l’éclatement de la Yougoslavie – communiste mais en froid avec Moscou – et l’implosion de l’URSS, à l’initiative de la Russie, de l’Ukraine et de la Biélorussie. Ici encore, l’accès à toutes les archives permettrait d’avoir une vision plus précise des calculs et erreurs des uns comme des autres, mais aussi des résultats. En admettant que nous disposions d’une vision complète des résultats.

Quoi qu’il en soit, ces évènements coproduisent progressivement de nouvelles dynamiques.

Carte 2/3 Tectonique de la plaque géopolitique européenne. Sécuriser sa sphère d'influence jusqu'à se frotter à l'« étranger proche » russe (1991-2024) ?
Carte 2/3 Tectonique de la plaque géopolitique européenne. Sécuriser sa sphère d’influence jusqu’à se frotter à l’« étranger proche » russe (1991-2024) ?
Conception : B. Lambert et P. Verluise. Réalisation B. Lambert AB Pictoris. Voir au format PDF haute qualité d’impression
Lambert-Verluise/Diploweb.com

D’anciens satellites de Moscou et d’anciennes Républiques soviétiques (Baltes) continuent à craindre la Russie. Parce que l’Union européenne des années 1990 n’a pas la volonté et encore moins la capacité d’incarner une protection face à une Russie que l’on a enterré un peu vite, l’OTAN s’étend vers l’Est, à la demande de ces pays. La Pologne, la République Tchèque et la Hongrie font leur entrée dès 1999.

La Russie, de son côté, tente de restaurer son autorité sur ce qu’elle appelle dès les années 1990 son « étranger proche », soit les autres anciennes Républiques soviétiques. Moscou y voit sa zone d’intérêts privilégiés et attend que les populations de ces quatorze pays fassent leur deuil d’une possible divergence avec la Russie. La proximité géographique avec la Russie leur imposerait de prendre en compte les intérêts économiques, politiques et stratégiques de Moscou. Bref une forme de retour à la doctrine de souveraineté limitée chère au dirigeant soviétique Léonid Brejnev (1964-1982) Après avoir contribué à faire imploser l’URSS, la Russie tente de restaurer son influence sur les anciennes Républiques soviétiques via diverses organisations : la Communauté des États Indépendants (CEI), l’Organisation du traité de sécurité collective (OTSC) bras armé de la CEI, et l’Union économique eurasiatique (UEE) qui se veut le pendant économique de la CEI.

Pour diverses raisons liées à des représentations mentales et politiques, l’Ukraine est considérée comme « le gros morceau » que Moscou entend impérativement reprendre sous sa coupe. Vue de la Russie poutinienne, l’Ukraine n’existe pas en tant que nation, et encore moins comme souveraine.
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A partir de la Révolution orange (2004) s’engagent des mouvements complexes et parfois contradictoires. Les dirigeants ukrainiens sont loin d’être homogènes et cohérents dans leur désir de rapprochement avec l’Union européenne. Et les pays membres de l’UE ont des approches différentes de l’Ukraine. Cependant, la fin de l’année 2013 et le début de l’année 2014 marque un moment de bascule quand la Russie entend empêcher la signature d’un accord d’association Ukraine / Union européenne. Sous la pression de l’Euromaïdan, le Président ukrainien pro-russe doit quitter son pays. L’annexion illégale de la Crimée en février 2014 par la Russie puis son soutien aux séparatistes du Donbass ont pour fonction de complexifier un rapprochement Kiev / Bruxelles.

Pourtant, Kiev signe peu après un accord d’association avec l’UE. Et l’ Ukraine met fin à sa participation aux organes statutaires de la CEI en 2018. Les candidatures informelles ou formelles de l’Ukraine à l’OTAN et à l’UE sont des irritants pour Moscou. Quand la Russie prétend « neutraliser » l’Ukraine, c’est en fait pour l’avoir à sa botte et pouvoir l’utiliser dans sa bataille contre l’OTAN et l’UE.

La Moldavie a également annoncé son retrait de la CEI, mais ce pays est fragilisé depuis le début des années 1990 par la sécession illégale de la Transnistrie où stationne la XIV e armée russe. Un territoire que la Russie pourrait utiliser pour peser sur la situation en Ukraine, en Roumanie et plus largement sur l’OTAN et l’UE. La Moldavie est également candidate à l’UE.

La relance de la guerre d’agression russe en Ukraine, le 24 février 2022 a même conduit deux États membres de l’Union européenne précédemment très attachés à leur neutralité à sauter le pas d’une adhésion à l’OTAN : la Finlande et la Suède. Autrement dit, cette guerre que la Russie n’ose même pas appeler par son nom durant plus de deux ans a conduit à un nouvel élargissement de l’OTAN.

Aux représentations de l’URSS durant la Guerre froide viennent donc s’ajouter les crimes de guerre russes en Ukraine. Autrement dit, la Russie s’est remise en difficulté pour quelque temps.

Soulignons, cependant, que V. Poutine bénéficie de soutiens internes et externes, notamment la République populaire de Chine, l’Iran, la Corée du Nord et de bien d’autres, trop heureux de contester les pays dits « Occidentaux » qui n’ont pas toujours brillé, il est vrai, par leur non-violence et leur cohérence.

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Copyright pour le texte Mai 2024-Verluise/Diploweb.com

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Carte 2/3 Tectonique de la plaque géopolitique européenne. Sécuriser sa sphère d’influence jusqu’à se frotter à l’« étranger proche » russe (1991-2024) ?

Conception : B. Lambert et P. Verluise. Réalisation B. Lambert AB Pictoris. Voir au format PDF haute qualité d’impression



Document ajouté le 17 mai 2024
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Taille : 1600 x 1142 px

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[1La Tchécoslovaquie se divise pacifiquement le 1er janvier 1993


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