Cartes. Mer Baltique : de la mer d’ambre à la mer d’ombres

Par Alain NONJON, Jean-François SEGARD, Michel NAZET, le 28 mars 2019.

Alain Nonjon, Professeur honoraire de classe préparatoire au Haut enseignement commercial, conférencier, directeur de collection chez Ellipses. Michel Nazet, spécialiste de géopolitique, est diplômé en histoire-géographie, droit et sciences politiques (IEP Paris). Co-directeurs de « Géopolitique. Atlas des 160 lieux stratégiques du monde », cartographie Jean-François Ségard, Paris, Ellipses, 2018.

La mer Baltique est un point de contact entre la Russie et des pays de l’Union européenne voire de l’OTAN. Deux cartes commentées pour en saisir l’importance stratégique.
Les deux cartes sont présentées en pied de page.

Avec l’autorisation de l’éditeur, ces deux cartes sont extraites de Michel Nazet et Alain Nonjon (dir), cartographie Jean-François Ségard, « Géopolitique. Atlas des 160 lieux stratégiques du monde  », Paris, Ellipses.
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"Il (Pierre le Grand) voulait joindre par des canaux, dont il dressa le plan… s’ouvrir des chemins nouveaux de la mer Baltique au Pont-Euxin et à la mer Caspienne, et de ces deux mers à l’Océan septentrional."
Voltaire, Histoire de Charles XII, 1731.

Sur 365 000 km2, la mer intracontinentale baltique est un espace semi-fermé englobant les différents territoires riverains, qu’ils soient européens (les États baltes, la Finlande, la Suède, le Danemark, l’Allemagne et la Pologne) ou russes (l’enclave de Kaliningrad et la région de Saint-Pétersbourg).

Un espace un peu tombé en déshérence

Elle fut un intense foyer de commerce dès le haut Moyen Âge à la fois avec les Vikings mais surtout avec l’association de la ligue de la Hanse du XIIe au XVIIe siècle, puissante association marchande qui compta jusqu’à 200 villes et était fondée sur la réciprocité des échanges (elle est reformée depuis 1991 avec l’Union des villes de Baltique). L’affirmation russe puis la signature des traités de Westphalie (1648) marquèrent le déclin de cet espace. Elle joua par la suite un rôle périphérique, d’abord neutralisée après les guerres napoléoniennes, puis pendant les deux conflits mondiaux et enfin comme frontière secondaire de la guerre froide, limes plus que frontière chaude, même si elle fut une zone de contact direct stricto sensu via la Finlande et les rivages baltes, entre l’URSS et le bloc occidental. Par ailleurs, cet espace est peu unifié culturellement entre monde scandinave, germanique, balte, russe et divisé sur le plan religieux entre luthéranisme, catholicisme ou encore orthodoxe.

Un renouveau qui peut s’expliquer par le renouveau russe

La Russie bénéficie d’un double accès à la Baltique avec la région de Saint-Pétersbourg (et ses terminaux portuaires : Primorsk, Vyborg,…) et l’enclave de Kaliningrad. Cette mer occupe une double fonction : économique car elle fournit 90 % de la production mondiale d’ambre ; militaire comme principale base russe sur la Baltique après la perte des pays baltes. La progression des frontières de l’UE et de l’OTAN dans la région est un sujet sensible pour Moscou qui a obtenu de l’OTAN que ses troupes ne stationnent pas dans les pays baltes et qu’ils reconnaissent les minorités russophones, privées de la pleine citoyenneté.

Un désenclavement pour les régions septentrionales de l’Union européenne

Pour l’Union européenne, l’espace n’apparaît pas au premier abord comme stratégique même si l’Union partage depuis 1995 et 2004, 2 244 km de frontières communes avec la Russie. Certes, la Commission européenne a lancé en 2009 la première macro-région associant les huit pays riverains ainsi que la Norvège, la Russie et la Biélorussie. Ces coopérations s’articulent aujourd’hui autour de thèmes majeurs comme le désenclavement, la prospérité ou encore l’environnement. L’essentiel passe en matière désenclavement par des travaux d’infrastructures terrestres comme les projets Via Baltica (axe routier raccordant les États baltes à l’Europe centrale via la Pologne), Rail Baltica (liaison à grande vitesse entre Varsovie et les capitales baltes, voire Helsinki via un tunnel sous-marin) et Triangle nordique (ponts de l’Øresund depuis 2000 et du détroit de Fehmarn prévu en 2018).

Des enjeux énergétiques et de développement durable

Les échanges d’hydrocarbures avec la Russie y sont régis sur le mode interétatique. L’Allemagne s’est assurée de contourner à la fois les voies terrestre et maritime avec son projet de Nord Stream, gazoduc sous-marin de 1 198 km reliant Greifswald et Vyborg, qui lui permet de sécuriser ses approvisionnements en provenance de Russie. Ce gazoduc n’est pas sans inquiéter les pays voisins car il alimente à la fois le chantage énergétique russe mais aussi les peurs environnementales. La Baltique est d’autre part une mer peu profonde, menacée dans sa biodiversité par la surpêche et la production industrielle mais aussi par les déchets militaires de la Deuxième Guerre mondiale. En 1974 puis en 1992, les pays de la Baltique ont signé une convention pour la protection du milieu marin (dite convention d’Helsinki).

Une région en alerte géopolitique

Depuis 2014 du fait de la crise ukrainienne et de l’annexion illégale de la Crimée par la Russie, les violations des espaces aériens et maritimes par les forces russes se multiplient : sous-marin russe dans l’archipel de Stockholm en octobre 2014, survol aérien de l’Estonie en avril 2016. Les tensions se polarisent : Kaliningrad, les îles d’Åland, de Gotland ou encore de Bornholm (enjeu pour cette dernière entre le Danemark et la Pologne). Traditionnellement pacifistes voire neutres, les pays nordiques (Danemark, Finlande, Islande, Norvège et Suède), malgré leurs orientations différentes en matière de sécurité extérieure (Certains appartiennent à l’OTAN comme le Danemark, l’Islande, la Norvège et/ou à l’UE comme le Danemark, la Finlande, la Suède), ont signé le 10 avril 2016 une déclaration commune. Finlande et Suède prévoient en particulier de disposer en 2023 d’une Task force navale bilatérale permanente pour patrouiller, chasser les sous-marins suspects et s’appuyer mutuellement en cas d’attaque militaire.

Manœuvres navales

Les flottes russe et chinoise ont conduit des manœuvres navales (joint sea 2017) communes en mer Baltique en juillet 2017. C’est une façon affichée de répliquer à l’augmentation des effectifs de l’Alliance Atlantique dans les pays baltes et en Pologne et rappeler que tant en mer de Chine méridionale que dans la Baltique les Américains ne sont pas les seuls maîtres du jeu. Les pays riverains ne s’y trompent pas quand le ministre polonais de la défense parle « d’une menace pour le monde libre » et que la Lituanie réinstalle le service militaire obligatoire face à la menace russe.

Copyright pour le texte et la carte Nonjon/Nazet/Ségard/Ellipses 2018

Les deux deux cartes

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Carte. Mer Baltique : de la mer d’ambre à la mer d’ombres

Cliquer sur la vignette pour agrandir cette carte extraite de Michel Nazet et Alain Nonjon (dir), cartographie Jean-François Ségard, « Géopolitique. Atlas des 160 lieux stratégiques du monde  », Ellipses. Cette carte présente les héritages de la Guerre froide, une zone d’échanges et les incidents OTAN/Russie depuis 2010.



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Carte. Mer Baltique : frontières, centres urbains, ressources et infrastructures

Cliquer sur la vignette pour agrandir cette carte est extraite de Michel Nazet et Alain Nonjon (dir), cartographie Jean-François Ségard, « Géopolitique. Atlas des 160 lieux stratégiques du monde  », Ellipses. Cette carte présente les frontières terrestres et maritimes, les principaux centres urbains, les ressources et les infrastructures.



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La mer Baltique est un point de contact entre la Russie et des pays de l’Union européenne voire de l’OTAN. Deux cartes commentées pour en saisir l’importance stratégique.


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