Jean-Baptiste Velut, Professeur à l’Université Sorbonne Nouvelle, spécialiste de la politique commerciale et des relations État-marché aux Etats-Unis. Clément Renault, Chercheur “Renseignement, guerre et stratégie” à l’IRSEM et enseignant à Sciences-Po, spécialiste du renseignement.
Cette émission est née d’une conférence publique organisée le 5 novembre 2025 par Pierre Verluise. Docteur en Géopolitique, fondateur du Diploweb, il produit Planisphère sur Radio Notre Dame et RCF. Il a co-réalisé le montage aval. Cette émission a été diffusée en direct le 20 janvier 2026, jour du 1er anniversaire du retour de D. Trump à la Maison-Blanche.
Synthèse par Émilie Bourgoin, étudiante en dernière année de Master Sécurité et Défense à l’Université d’Ottawa, après un BBA à l’EDHEC. Elle a travaillé en alternance au sein de la cellule sûreté d’un grand groupe. Elle a la charge du suivi hebdomadaire de l’actualité des livres, revues et conférences géopolitiques comme de la rédaction des synthèses des épisodes de l’émission Planisphère pour Diploweb.
Nous sommes chaque semaine bousculés par une actualité internationale disruptive. Manifestement, le monde n’est plus comme avant. Mais comment le comprendre ? Voici un an, Donald Trump faisait son retour à la Maison Blanche. Plus dur avec ses alliés européens qu’avec des régimes autoritaires, les Etats-Unis contribuent à rebattre les cartes. Alors, La puissance américaine est-elle devenue prédatrice ou en péril ? Pour l’anniversaire du retour de D. Trump, nous vous proposons deux émissions à partir des propos des experts rassemblés. Voici « Trump II, quoi de neuf ? » Deuxième partie, avec Jean-Baptiste Velut et Clément Renault. La puissance américaine sous Trump II se durcit, mais se fragilise. L’arsenalisation du commerce et la politisation du renseignement traduisent moins une stratégie cohérente de domination qu’une réaction défensive face à un monde devenu multipolaire. À court terme, ces choix peuvent produire des effets de contrainte. À long terme, ils accélèrent la perte de leadership des États-Unis, au profit d’acteurs plus constants et plus lisibles, au premier rang desquels la Chine, tout en poussant les Européens à repenser leur autonomie stratégique. Podcast et synthèse rédigée.
Cette émission [1] Planisphère, Trump II. Quoi de neuf ? 2e partie. Avec J-B. Velut et C. Renault, sur RCF-RND
Lien direct vers cette émission sur RCF, avec possibilité de récupérer l’iframe.
Cette émission, Planisphère, sur Spotify
Synthèse de cette émission, Planisphère, Trump II. Quoi de neuf ? 2e partie. Avec J-B. Velut et C. Renault. Rédigée par Émilie Bourgoin pour Diploweb.com. Relue et validée par J-B Velut et C. Renault
LE RETOUR de Donald Trump à la Maison-Blanche marque une rupture profonde dans l’ordre international tel qu’il s’était structuré depuis la fin de la Guerre froide. Dans un contexte de multiplication des crises et d’instabilité géopolitique, la puissance américaine semble adopter des comportements de plus en plus imprévisibles, tant sur le plan économique que sécuritaire.
Cette synthèse revient sur deux dimensions clés de cette transformation : l’arsenalisation de la politique commerciale américaine et la politisation du renseignement, à travers les analyses croisées de Jean-Baptiste Velut et Clément Renault. Ensemble, leurs interventions permettent de poser une question centrale : la puissance américaine est-elle en train de se renforcer par la contrainte, ou bien révèle-t-elle au contraire une fragilité stratégique croissante ?
Jean-Baptiste Velut définit l’arsenalisation de la politique commerciale comme l’instrumentalisation assumée de l’économie à des fins stratégiques et politiques. Droits de douane, restrictions à l’exportation ou sanctions deviennent des leviers de pression diplomatique. S’il rappelle que les liens entre commerce et sécurité ne sont pas nouveaux, notamment durant la Guerre froide, il souligne que leur usage est aujourd’hui beaucoup plus frontal, décomplexé et politisé, s’inscrivant dans une logique de géoéconomie assumée.
La principale nouveauté du second mandat de Trump réside dans ce que Peter Feaver appelle le transactionnalisme nu. Les mesures commerciales ne servent plus uniquement à obtenir des concessions économiques ou stratégiques, mais deviennent des outils punitifs personnalisés, utilisés pour sanctionner des partenaires en désaccord avec les positions politiques ou personnelles du président des Etats-Unis. Des alliés traditionnels comme le Canada, le Brésil ou l’Union européenne se retrouvent ainsi ciblés, parfois pour des motifs sans lien direct avec le commerce, ce qui rompt avec les pratiques diplomatiques classiques.
L’un des constats les plus marquants est l’effacement de la distinction entre alliés et adversaires. Les principaux partenaires commerciaux des États-Unis, à savoir le Canada, le Mexique et l’Union européenne, ne sont plus protégés par leur statut stratégique. Cette évolution affaiblit durablement la crédibilité américaine : l’alliance n’est plus un filet de sécurité, mais une relation conditionnelle, instable et réversible, soumise à la volonté politique du moment.
La Chine a repris les outils extra-territoriaux américains pour les retourner contre eux.
Face à cette stratégie agressive, la Chine apparaît comme le seul acteur capable de résister efficacement. Pékin utilise à son tour des restrictions commerciales ciblées, notamment sur des ressources critiques, pour contraindre Washington. Jean-Baptiste Velut souligne l’ironie de la situation : la Chine a repris les outils extra-territoriaux américains pour les retourner contre eux, tout en apparaissant plus lisible et cohérente dans sa stratégie de long terme : dominer les secteurs de haute technologie, tout en maîtrisant l’ensemble des chaînes de valeurs. C’est le cas des restrictions aux exportations de terres rares qui, par effet, de miroir, s’appliquent aux produits étrangers qui contiennent des terres rares chinoises ; ou de la liste chinoise “des entités non-fiables,” visant certains exportateurs américains, qui ressemble étrangement à la liste d’entités (entity list) américaine.
Contrairement au premier mandat (janvier 2017 – janvier 2021), où la sécurité économique semblait constituer un fil conducteur, la présidence Trump II se caractérise par une grande incohérence stratégique. Certaines décisions comme la levée de restrictions sur les semi-conducteurs avancés, les ventes d’actifs stratégiques ou encore les sanctions symboliques, semblent dictées davantage par des considérations personnelles que par une doctrine structurée. Cette personnalisation de la politique étrangère fragilise la lisibilité de la puissance américaine et peut, dans certains cas, alimenter la défiance de ses partenaires, dans d’autres, promouvoir une culture du clientélisme à l’échelle mondiale.

Jean-Baptiste Velut insiste sur la nécessité de dépasser les mythes pour analyser le déclin américain. Les États-Unis demeurent une puissance majeure, mais font face à un déclin technologique relatif face à la Chine. Une étude récente de l’Australian Strategic Policy Institute montre que Pékin domine désormais la majorité des technologies jugées critiques, alors que Washington occupait une position quasi hégémonique au début du XXIe siècle. Sur le plan commercial, la Chine est, en l’espace de deux décennies, devenue le premier partenaire de la plupart des pays du monde, y compris en Europe, accentuant la perte de leadership américain.
Sur Spotify
Planisphère. Trump II. Quoi de neuf ? Deuxième partie. JB. Velut et C. Renault
Clément Renault rappelle que le renseignement constitue l’un des trois piliers de la décision stratégique américaine, aux côtés de la diplomatie et de la force militaire. Les coopérations internationales en matière de renseignement, sont essentielles au fonctionnement de l’appareil sécuritaire américain. Elles reposent sur une confiance mutuelle, en parallèle des relations diplomatiques officielles.
Selon Clément Renault, le second mandat de Trump marque une politisation profonde et multiforme du renseignement. Celle-ci se manifeste par :
. l’usage sélectif ou détourné des évaluations fournies par les services,
.la réorientation idéologique des priorités de l’ensemble de la communauté du renseignement,
.et l’exploitation des services à des fins politiques personnelles.
Les priorités sécuritaires sont de plus en plus indexées sur les enjeux de politique intérieure (immigration clandestine, trafic de drogues, etc. ), au détriment de menaces stratégiques de long terme.
Cette politisation entraîne des évictions de personnels, une remise en cause des analyses discordantes et une fragilisation du fonctionnement interne des agences. Sur le plan international, elle met sous tension les coopérations historiques, notamment au sein du réseau des Five Eyes, pourtant indispensable à la collecte globale du renseignement. Si ces alliances sont difficiles à rompre en raison de leur interdépendance, elles font néanmoins l’objet de réajustements importants.
Face à l’incertitude générée par Trump II, Clément Renault observe une intensification des coopérations de renseignement entre États européens, en dehors du cadre institutionnel de l’Union européenne. Ces coopérations ad hoc, bilatérales ou multilatérales, permettent de compenser partiellement la fragilisation du lien transatlantique. Toutefois, l’idée d’un service de renseignement européen intégré demeure, à ce stade, irréaliste.
Les analyses croisées de Jean-Baptiste Velut et Clément Renault convergent vers un même diagnostic : la puissance américaine sous Trump II se durcit, mais se fragilise. L’arsenalisation du commerce et la politisation du renseignement traduisent moins une stratégie cohérente de domination qu’une réaction défensive face à un monde devenu multipolaire. À court terme, ces choix peuvent produire des effets de contrainte. À long terme, ils accélèrent la perte de leadership des États-Unis, au profit d’acteurs plus constants et plus lisibles, au premier rang desquels la Chine, tout en poussant les Européens à repenser leur autonomie stratégique.
Copyright pour la synthèse 2026-Bourgoin/Diploweb.com
Voir cette vidéo sur la chaîne youtube / Diploweb
Lire la synthèse de la vidéo complète
Parce que l’information est un – précieux - bien public
A condition de ne rien modifier et de faire un lien vers la page source du Diploweb.com de chaque émission, il est autorisé de reprendre sur des sites académiques, éducatifs ou institutionnels les codes des fichiers son et / ou vidéo ainsi que les biographies et la synthèse rédigée d’une ou de plusieurs émissions Planisphère.
[1] Propos enregistrés lors d’une conférence publique le 5/11/2025 ; radiodiffusés le 20/01/2026. Les partenaires de cette conférence : Diploweb.com, ENC, IRSEM, Radio Notre-Dame et RCF, OPEXAM, Politique Américaine et le Centre géopolitique.




SAS Expertise géopolitique - Diploweb, au capital de 3000 euros. Mentions légales.
Directeur des publications, P. Verluise - 1 avenue Lamartine, 94300 Vincennes, France - Présenter le site© Diploweb (sauf mentions contraires) | ISSN 2111-4307 | Déclaration CNIL N°854004 | Droits de reproduction et de diffusion réservés
| Dernière mise à jour le dimanche 8 février 2026 |