Élisa Chelle, Professeure agrégée de science politique à l’Université Paris Nanterre. Elle a récemment publié chez Odile Jacob, « La Démocratie à l’épreuve du populisme : Les leçons du trumpisme ».
David Cadier, Senior Research Fellow à l’IRSEM, expert en politiques étrangères européennes, relations UE-Russie et populisme.
Cette émission est née d’une conférence publique organisée le 5 novembre 2025 par Pierre Verluise. Docteur en Géopolitique, fondateur du Diploweb, il produit Planisphère sur Radio Notre Dame et RCF. Il a co-réalisé le montage aval. Cette émission a été diffusée en direct le 13 janvier 2026.
Synthèse par Émilie Bourgoin, étudiante en dernière année de Master Sécurité et Défense à l’Université d’Ottawa, après un BBA à l’EDHEC. Elle a travaillé en alternance au sein de la cellule sûreté d’un grand groupe. Elle a la charge du suivi hebdomadaire de l’actualité des livres, revues et conférences géopolitiques comme de la rédaction des synthèses des épisodes de l’émission Planisphère pour Diploweb.
Nous sommes chaque semaine bousculés par une actualité internationale disruptive. Manifestement, le monde n’est plus comme avant. Mais comment le comprendre ? Voici un an, Donald Trump faisait son retour à la Maison Blanche. Plus dur avec ses alliés européens qu’avec des régimes autoritaires, les Etats-Unis contribuent à rebattre les cartes. Alors, la puissance américaine est-elle devenue prédatrice ou en péril ? A l’approche de l’anniversaire du retour de D. Trump nous vous proposons deux émissions à partir des propos des experts rassemblés lors d’une conférence publique, le 5 novembre 2025, à l’ENC Blomet (Paris). Voici, Trump II, quoi de neuf. Première partie avec Élisa Chelle puis David Cadier. Podcast et synthèse rédigée.
Cette émission [1] Planisphère, Trump II. Quoi de neuf ? 1er partie. Avec E. Chelle et D. Cadier, sur RCF-RND
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Synthèse de cette émission, Planisphère, Trump II. Quoi de neuf ? 1er partie. Avec E. Chelle et D. Cadier. Rédigée par Émilie Bourgoin pour Diploweb.com.
CETTE émission Planisphère revient sur la politique étrangère des États-Unis sous Donald Trump, un an après son retour à la Maison-Blanche. Dans un monde marqué par des crises et un désordre international croissant, les choix américains interrogent leurs alliés, en particulier européens. Deux spécialistes analysent les logiques et ambiguïtés du trumpisme : Élisa Chelle, professeure de science politique à l’Université Paris-Nanterre, puis David Cadier, chercheur à l’IRSEM. Leurs interventions mettent en lumière un style politique populiste qui bouleverse les équilibres géopolitiques, tout en répondant à des attentes internes contrastées.

Pour Élisa Chelle, on ne peut interpréter la politique étrangère de Donald Trump qu’en tenant compte des fractures internes au Parti républicain. Celui-ci se compose à la fois d’un courant isolationniste, hostile aux interventions extérieures coûteuses depuis les attentats du 11 septembre et d’un courant interventionniste, souvent nourri d’une vision idéologique et religieuse de la mission américaine dans le monde. Trump n’ayant aucun intérêt politique à trancher entre ces deux factions, il adopte une position fluctuante, qui lui permet de conserver le soutien des uns comme des autres. Les revirements apparents sont donc moins des incohérences que le résultat d’une stratégie d’équilibriste.
NDLR : L’intervention des Etats-Unis au Venezuela les 2 et 3 janvier 2026 est postérieure à cet enregistrement, mais cette intervention confirme le propos tenu.
Trump privilégie une diplomatie du Verbe, où l’annonce publique, la menace et la provocation priment souvent sur l’action concrète. Les ultimatums spectaculaires, les déclarations contradictoires et les improvisations calculées créent un climat de tension permanente qui lui permet d’afficher une posture de fermeté sans engager immédiatement des moyens militaires. Cette communication agressive sert autant à rassurer sa base politique qu’à déstabiliser ses interlocuteurs, tout en minimisant les risques et les coûts pour les États-Unis. La diplomatie devient alors un théâtre où se joue la puissance plus qu’elle ne s’exerce matériellement.
Dans ce cadre, Trump a recours à une stratégie récurrente : déclarer la victoire pour clore symboliquement un débat. Peu importe que les conflits restent ouverts ou que la réalité contredise ses propos, l’essentiel est de façonner la perception publique. Cette rhétorique performative lui permet d’entretenir l’image d’un dirigeant efficace, capable de régler les crises par sa seule volonté politique. Elle nourrit également le sentiment que, sous sa présidence, les États-Unis reprennent leur position dominante, même lorsque les faits restent ambigus.
Élisa Chelle souligne que Trump transpose directement à la scène internationale sa culture entrepreneuriale : toute relation devient un deal bilatéral, évalué avant tout en termes financiers. Il privilégie les rapports de force directs plutôt que les institutions multilatérales, qu’il juge contraignantes et inefficaces. Les alliés sont ainsi sommés de « payer leur part » et les partenaires stratégiques deviennent avant tout des clients ou des investisseurs. Cette vision marchande de la diplomatie est au cœur de son discours « America First » et elle correspond parfaitement aux attentes d’un électorat qui voit dans la mondialisation une source de déclassement.
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Planisphère. Planisphère. Trump II. Quoi de neuf ? E. Chelle et D. Cadier
Cette diplomatie transactionnelle fonctionne politiquement aux États-Unis, car elle permet à Trump de revendiquer des succès tangibles, emplois, contrats, investissements, tout en se présentant comme défenseur du contribuable américain. Mais cette approche mine la confiance entre alliés, affaiblit les mécanismes collectifs de sécurité et crée une incertitude stratégique profonde. Pour les Européens, Japonais ou Sud-Coréens, la question devient : peut-on encore compter sur la parole américaine ? Le doute s’installe, ce qui pousse ces partenaires à chercher des alternatives, voire à envisager plus d’autonomie stratégique.
Le slogan « America First » est au cœur de cette démarche. Élisa Chelle montre qu’il s’agit d’un signifiant volontairement flou, dans lequel chaque catégorie de l’électorat peut inscrire ses propres attentes : protection économique pour les uns, retrait militaire pour les autres, défense identitaire pour d’autres encore. Ce flou entretenu permet à Trump de fédérer des sensibilités très diverses tout en renforçant la polarisation entre « le peuple » et « les élites ». Il s’agit moins d’un programme structuré que d’un récit identitaire mobilisateur.
Les trois tactiques identifiées par Élisa Chelle, coercition à faible coût, bilatéralisation des relations internationales et chauvinisme économique, forment un véritable style populiste de gouvernement. Ce style repose sur l’émotion, la personnalisation et la confrontation permanente. Il est redoutablement efficace sur le plan intérieur, mais il fragilise l’ordre international, encourage les adversaires à tester les États-Unis et prive les alliés de la stabilité dont ils ont besoin pour agir.
David Cadier s’intéresse ensuite à la politique américaine à l’égard de la guerre en Ukraine. Les positions de D. Trump sont marquées par les revirements, les annonces improvisées et les déclarations à effet médiatique. Cette imprévisibilité nourrit la confusion parmi les alliés européens, qui ne savent plus comment anticiper l’évolution de la politique américaine. Le rapport aux partenaires devient dès lors anxiogène car la cohérence stratégique semble céder la place au calcul politique immédiat.
Malgré cette apparente instabilité, il est possible d’identifier des constantes. Trump cherche d’abord à obtenir un accord de paix, ou plus exactement un « deal », dont la valeur réside surtout dans sa capacité à renforcer son image personnelle. Il souhaite ensuite réduire la responsabilité sécuritaire américaine en Europe, en transférant davantage de charges aux États européens. Enfin, il ambitionne de normaliser les relations avec la Russie, dans une logique pragmatique plutôt que normative. L’important n’est pas la cohérence, mais l’efficacité perçue.
David Cadier insiste sur le fait que l’administration Trump adopte une lecture différente de celle des Européens : la guerre n’est pas seulement l’expression d’un impérialisme russe, mais un engrenage stratégique comparable à celui de 1914. Par ailleurs, les États-Unis tendent à réorienter leurs priorités vers d’autres régions du monde. L’Europe cesse d’être un centre stratégique majeur, ce qui confirme un mouvement de fond engagé depuis plusieurs années.
La diplomatie américaine devient progressivement un levier de mobilisation politique interne. Dans une logique populiste, le leadership repose sur la relation directe entre le chef et sa base, bien plus que sur les institutions. Les décisions de politique étrangère servent alors à nourrir ce lien et à maintenir un climat de campagne permanente. Cela explique en partie la radicalité et la théâtralité des annonces concernant l’Ukraine.
Cette imprévisibilité affaiblit la capacité de coordination transatlantique. Les Européens doivent non seulement combler le retrait progressif des États-Unis dans le soutien à l’Ukraine, mais aussi construire leur propre stratégie de sécurité, ce qui suppose de prendre davantage de risques. Or cette évolution se produit sans garantie claire sur la position future de Washington, ce qui complique considérablement la prise de décision.
Les analyses d’Élisa Chelle et de David Cadier convergent : la politique étrangère de Donald Trump relève d’un populisme géopolitique fondé sur la personnalisation du pouvoir, la transaction économique et la mobilisation émotionnelle. Ce modèle renforce Trump sur la scène intérieure, mais il fragilise les structures internationales et brouille les repères de sécurité des alliés, en particulier Européens. Dans ce contexte, l’Union européenne est confrontée à un défi stratégique majeur : assumer davantage sa propre défense tout en composant avec une Amérique devenue incertaine, mais toujours centrale dans l’équilibre du monde.
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[1] Propos enregistrés lors d’une conférence publique le 5/11/2025 ; radiodiffusés le 13/01/2026. Les partenaires de cette conférence : Diploweb.com, ENC, IRSEM, Radio Notre-Dame et RCF, OPEXAM, Politique Américaine et le Centre géopolitique.




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