Mathieu Mérino, Docteur en science politique, occupe le poste de chercheur Afrique de l’Ouest/bande saharo-sahélienne à l’IRSEM. Il est également chercheur associé à Sciences Po Bordeaux et enseignant à l’Institut de relations internationales et stratégiques de Paris (IRIS Sup’).
Carine Pina est chercheure Chine/Monde chinois à l’IRSEM. Docteur en droit et économie du développement, politologie/sinologue, elle travaille sur la Chine et ses relations internationales dans leurs aspects économiques, sociaux et stratégiques, en particulier sur les migrations internationales chinoises, les communautés chinoises et leurs liens avec l’expansion internationale de la Chine. Elle est aussi chercheure associée au CESSMA/Inalco et chargée de cours à l’ICP et à LCAO-Université Paris Cité.
Interview organisée et conduite par Pierre Verluise, docteur en Géopolitique, fondateur du Diploweb. Il produit Planisphère sur RCF Notre Dame. Cette émission a été diffusée en direct le 24 mars 2026.
Synthèse réalisée par Emilie Bourgoin, étudiante en dernière année de Master Sécurité et Défense à l’Université d’Ottawa, après un BBA à l’EDHEC. Elle a travaillé en alternance au sein de la cellule sûreté d’un grand groupe. Elle est en charge du suivi hebdomadaire de l’actualité des livres, revues et conférences géopolitiques comme de la rédaction des synthèses des épisodes de l’émission Planisphère pour Diploweb.
Quelles sont les formes et les limites des avancées de la République populaire de Chine sur le continent africain ? Quels sont les secteurs clés ciblés par Pékin pour y marquer des points ? La présence de la Chine en Afrique pose de nombreuses questions. Pour mieux comprendre, Planisphère reçoit deux des trois co-directeurs de l’étude 129 de l’IRSEM : « La Chine en Afrique. Des « diplomaties » alternatives pour de nouveaux enjeux sécuritaires ». Pour en parler, nous avons l’honneur de recevoir Mathieu Mérino et Carine Pina. Podcast et synthèse rédigée.
Cette émission [1] Planisphère, La Chine en Afrique : quelles « diplomaties » alternatives ? Avec M. Mérino et C. Pina, sur RCF Notre Dame
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Synthèse de cette émission, Planisphère, La Chine en Afrique : quelles « diplomaties » alternatives ? Avec M. Mérino et C. Pina. Rédigée par Émilie Bourgoin pour Diploweb.com . Revue et validée par M. Mérino et C. Pina
A L’OCCASION de la publication de l’étude collective n°129 de l’IRSEM, « La Chine en Afrique : des diplomaties alternatives pour de nouveaux enjeux sécuritaires », et en s’appuyant les travaux des différents contributeurs, Mathieu Mérino et Carine Pina analysent les formes, les ambitions et les limites de l’engagement chinois sur le continent africain.
Si la Chine est aujourd’hui le premier partenaire commercial de l’Afrique, sa présence dépasse largement le simple cadre économique. Elle s’étend aux domaines sanitaire, informationnel et sécuritaire. Cette montée en puissance suscite, toutefois, interrogations et critiques croissantes. L’Afrique apparaît ainsi comme un laboratoire des ambitions globales de Pékin, mais aussi comme un révélateur de ses contradictions.
Depuis une quinzaine d’années, la Chine occupe la place de premier partenaire commercial du continent africain, avec environ 350 milliards de dollars d’échanges en 2025. Une des clefs de cette réussite est que Pékin renforce sa dynamique d’échanges avec les pays africains par des mesures favorables aux exportations desdits pays, avec par exemple la suppression à venir des droits de douane pour les pays partenaires.
Cependant, cette relation s’inscrit dans une compétition internationale intense. L’Afrique n’est plus une périphérie dominée par l’Occident, mais un espace stratégique convoité par de nombreux acteurs comme les États-Unis, la Russie, la Turquie, l’Inde ou encore les monarchies du golfe Persique. Pour les États africains, cette diversification de partenariats possibles représente une opportunité à la fois pour rééquilibrer leurs échanges avec le reste du monde mais également d’affirmer leur souveraineté dans un contexte de recomposition des relations internationales. La Chine évolue donc dans un environnement où son influence est forte, mais non exclusive.

Carine Pina souligne que la présence chinoise ne repose plus uniquement sur les grandes entreprises publiques. Elle inclut désormais PME, entrepreneurs indépendants, étudiants et travailleurs qualifiés. Des communautés importantes se sont ainsi implantées dans plusieurs pays, comme en Afrique du Sud, en Angola ou bien en République démocratique du Congo.
Cette dimension humaine consolide alors les réseaux économiques et favorise une implantation de long terme. La Chine agit ainsi à la fois par l’État et au travers de sa diaspora, renforçant en profondeur de son ancrage.
Comme le souligne Xavier Aurégan, co-auteur de cette étude, la coopération sanitaire constitue un pilier historique des relations sino-africaines depuis les années 1960. Des missions médicales ont été déployées dans de nombreux pays. Toutefois, cette coopération s’est progressivement « commercialisée », l’Afrique étant devenue un important marché pour des produits pharmaceutiques chinois. Aujourd’hui, certaines limites sont même observées avec le manque d’adaptation aux besoins locaux ou encore la tendance à privilégier l’image internationale de la Chine.
Sur le plan informationnel, la contribution de Selma Mihoubi montre que Pékin développe un récit d’amitié Sud-Sud à travers des médias comme Xinhua et Radio Chine Internationale. L’objectif est de présenter la Chine comme un partenaire bienveillant et non colonial. Néanmoins, ces contenus sont souvent centrés sur la Chine elle-même, ce qui limite leur audience et leur crédibilité auprès des opinions publiques africaines.
La Chine est devenue un acteur sécuritaire important en Afrique. Comme l’explique Quentin Couvreur dans cette étude, elle figure parmi les principaux contributeurs aux opérations de maintien de la paix de l’ONU, tant en troupes qu’en financement, avec une majorité de ses effectifs déployés sur le continent. Cet engagement vise à affirmer son statut de puissance responsable tout en protégeant ses investissements et ses ressortissants.
Parallèlement, Carine Pina y précise de quelle manière Pékin y a renforcé sa protection consulaire et développé des coopérations policières avec plus de quarante pays africains. Elle a également mené des opérations d’évacuation de grande ampleur, notamment en Libye en 2011. Mais, comme le soulignent la contribution de Simon Menet puis celle d’Alessandro Arduino, les autorités chinoises demandent également aux différents acteurs (entreprises et individus) d’assurer par eux-mêmes leur protection ce qui explique le recours aux services des sociétés privées de sécurité et l’apparition de sociétés chinoises dans ce secteur.
En fait, plus la Chine s’impose, plus elle est contestée.
Cependant, son engagement reste prioritairement centré sur la défense de ses propres intérêts. La Chine adopte une approche prudente, attachée au principe de souveraineté des États et limite son implication dans les dimensions les plus sensibles des mandats onusiens. Elle demeure ainsi une puissance sécuritaire en construction, dont la légitimité comme garant de la sécurité collective reste discutée.
Longtemps perçue comme un partenaire alternatif aux anciennes puissances coloniales, la Chine peut parfois être considérée comme une puissance dominante. Sa logique de rentabilité, son poids économique et les enjeux liés à la dette nourrissent, en effet, critiques et méfiances.
En fait, plus la Chine s’impose, plus elle est contestée. Elle rejoint ainsi le rang des puissances traditionnelles soumises aux critiques des sociétés civiles et des médias africains.
La présence chinoise en Afrique est multiforme et structurante : économique, diplomatique, informationnelle et sécuritaire. Elle illustre les ambitions globales de Pékin et fait du continent africain un terrain d’expérimentation stratégique.
Toutefois, cette montée en puissance révèle aussi des limites : adaptation parfois insuffisante aux réalités locales, priorité donnée aux intérêts chinois et perception croissante d’échanges asymétriques. D’autant plus que l’Afrique n’est plus un acteur passif mais bien un acteur stratégique, capable de jouer sur la mise en compétition des différentes puissances internationales, obligeant alors la Chine à ajuster en permanence son positionnement.
. Alexandre Lauret, Mathieu Mérino, Carine Pina (dir.), « La Chine en Afrique : Des « diplomaties » alternatives pour de nouveaux enjeux sécuritaires », Étude 129, IRSEM, décembre 2025.
. Selma Mihoubi, Planisphère. Le Sahel, espace de confrontation informationnelle ? Sur Diploweb.com, avec sa synthèse rédigée validée
. Selma Mihoubi, « Géopolitique des médias chinois en Afrique de l’Ouest. Un ancrage local aux visées globales ? » Diploweb.com, 2021.
. Xavier Aurégan, « Chine, Puissance africaine. Géopolitique des relations sino-africaines », Dunod, 2024, 272 pages.
. Ali Laïdi, émission Aux avants postes, « Militaires chinois en Afrique : une présence de moins en moins discrète ? », France 24, 21 octobre 2025
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[1] Cette émission a été enregistrée le 17/02/2026 et diffusée le 24/03/2026.




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