Podcast et synthèse rédigée

Planisphère. Quelles recompositions géopolitiques en Afrique ? Avec N. Bagayoko

Par Emilie BOURGOIN, Niagalé BAGAYOKO, Pierre VERLUISE, le 17 décembre 2025  Imprimer l'article  lecture optimisée  Télécharger l'article au format PDF

Niagalé Bagayoko, Docteur en sciences politiques, responsable de la formation Afrique à la FMES et présidente du think tank ASSN.
Interview organisée et conduite par Pierre Verluise, docteur en Géopolitique, fondateur du Diploweb, il produit Planisphère sur Radio Notre Dame et RCF. Cette émission a été diffusée en direct le 16 décembre 2025.
Synthèse par Émilie Bourgoin, étudiante en dernière année de Master Sécurité et Défense à l’Université d’Ottawa, après un BBA à l’EDHEC. Elle a travaillé en alternance au sein de la cellule sûreté d’un grand groupe. Elle a la charge du suivi hebdomadaire de l’actualité des livres, revues et conférences géopolitiques comme de la rédaction des synthèses des épisodes de l’émission Planisphère pour Diploweb.

En Afrique, les positions françaises ont été pour le moins bousculées ces dernières années. Pour actualiser notre compréhension de ce continent, il faut donc clarifier les dynamiques des acteurs géopolitiques. Pour ce faire, planisphère reçoit le docteur Niagalé Bagayoko. Podcast et synthèse rédigée.

Cette émission [1] Planisphère, Quelles recompositions géopolitiques en Afrique ? Avec N. Bagayoko, sur RCF-ND

Lien direct vers cette émission sur RCF, avec possibilité de récupérer l’iframe.

Ce numéro de Planisphère sur Spotify, avec la possibilité de s’abonner au compte

Synthèse de cette émission, Planisphère, Quelles recompositions géopolitiques en Afrique ? Avec N. Bagayoko. Rédigée par Emilie Bourgoin pour Diploweb.com. Relue et validée par N. Bagayoko

CES dernières années, les positions françaises en Afrique ont été profondément bousculées. Pour actualiser notre compréhension du continent, il faut clarifier les jeux d’acteurs, étatiques et non étatiques, qui reconfigurent pouvoir, influence et récits. Invitée de Planisphère, Niagalé Bagayoko dresse un panorama sans fard des rapports de force et des angles morts européens.

Présence française : d’un dispositif central à une reconfiguration contrainte

L’échec de l’intervention au Sahel (militaire et civile) a conduit à l’expulsion des forces françaises du Mali, Niger, Burkina Faso, et à la fermeture de programmes de développement (AFD). La présence militaire française se réduit à deux bases (dont Djibouti en pivot), avec maintien d’effectifs au Gabon et fin de dispositifs en Côte d’Ivoire, Sénégal, Tchad. Au cœur : une contestation souverainiste et nationaliste remettant en cause l’efficacité et la légitimité françaises.

Russie : retour sélectif, résultats militaires mitigés, supériorité informationnelle

La Russie combine retours historiques (ex. Mali) et implantations inédites (RCA). Les performances militaires de Wagner sont contrastées (revers au Mozambique, limites en Libye et Soudan, échec à Tin-Zaouatine après la reprise de Kidal). Là où Moscou excelle, c’est dans l’informationnel : relais audiovisuels (RT, Sputnik), radios locales en langues nationales, société civile et récits calibrés, un maillage capacitaire souvent sous-estimé par Paris.

Planisphère. Quelles recompositions géopolitiques en Afrique ? Avec N. Bagayoko
Niagalé Bagayoko
Niagalé Bagayoko, Docteur en sciences politiques, responsable de la formation Afrique à la FMES et présidente du think tank ASSN.
Crédit photographique : RFI

Pourquoi la France a-t-elle été rejetée ? La force des récits et des perceptions

Au-delà des opérations adverses, la désaffection précède l’offensive russe : résultats jugés insuffisants contre les groupes armés, tonalité moralisatrice des partenaires internationaux, effets pervers d’une communication qui minimise les capacités adverses. Sur ce terreau prospèrent théories du complot (ex. fantasmes de prédation des cheptels), qui cristallisent un soupçon généralisé envers « les acteurs traditionnels ».

Moyen-Orient : puissances établies et nouveaux médiateurs

L’Arabie saoudite déploie de longue date réseaux religieux, éducatifs et humanitaires. Le Qatar s’affirme économiquement et diplomatiquement (médiations RDC–Rwanda, dialogue inter-tchadien, formats régionaux). L’Iran s’appuie notamment sur les diasporas libanaises (dont chiites). La Turquie conjugue activisme économique et sécuritaire (diplomatie des drones TB2). Israël relance ses liens africains et ambitionne une place accrue dans les enceintes panafricaines. Ces acteurs s’imbriquent dans les agendas locaux plus qu’ils ne les dictent.

États-Unis : faible priorité stratégique, mais activisme à géométrie variable

Structurellement, l’Afrique demeure en queue de priorités américaines, malgré des pics d’intérêt (ex. AGOA sous B. Clinton). Sous D. Trump, le prisme a souvent été contentieux (ex. Afrique du Sud) mais ponctué d’initiatives ciblées (médiations, dossiers sécuritaires). En parallèle, un soft power religieux (évangéliques, réseaux conservateurs catholiques) travaille les sociétés sur le temps long.

Les sociétés africaines au centre : souverainismes, conservatismes, instrumentalisations

Les élites et opinions publiques africaines sont actrices des recompositions. Une lame de fond patriote/souverainiste, souvent conservatrice sur les questions sociétales, reconfigure les attentes envers l’État, les partenaires extérieurs et les normes « libérales ». Les puissances extérieures sont fréquemment instrumentalisées par des coalitions locales, d’où la nécessité d’entrer par les dynamiques internes, plutôt que d’imposer des cadres exogènes.

Conseil de sécurité de l’ONU : le verrou est d’abord intra-africain

L’absence d’un siège africain permanent au Conseil de sécurité de l’ONU tient moins à l’opposition des P5 qu’aux rivalités entre États africains (Afrique du Sud, Nigeria, Algérie, Égypte) et aux débats sur une représentation par pays ou par l’Union africaine. Cette fragmentation affaiblit la capacité de projection institutionnelle du continent.


Encore plus

Tous les podcasts géopolitiques de l’émission Planisphère depuis septembre 2024, en un clic. Et avec en bonus une synthèse rédigée, c’est possible ? Oui, ici.


Changer de méthode : écouter, co-construire, s’ancrer dans le local

La séquence récente plaide pour une refonte des approches européennes : humilité stratégique, co-production avec des acteurs locaux, compréhension des hybridations entre institutions formelles et dispositifs informels (chefferies, milices, sécurités communautaires). L’enjeu n’est pas seulement capacitaire : il est épistémique (prendre en compte les cadres de lecture africains).

Pour aller plus loin

. ASSN (African Security Sector Network) : think tank fondé par des universitaires et praticiens africains, centré sur la gouvernance du secteur de la sécurité. Ses travaux analysent l’hybridité des ordres sécuritaires (interactions formel/informel) et accompagnent institutions nationales, UA et CEDEAO. Objectif : produire des diagnostics situés et des réformes contextualisées.

. SHEGA (Session des Hautes Études Géopolitiques Africaines) – FMES : formation conçue et dirigée par Niagalé Bagayoko à destination de décideurs européens souhaitant maintenir, élargir ou initier une présence en Afrique. Format : sept sessions mensuelles de deux jours (janvier–juillet), dont un voyage d’étude (ex. Addis-Abeba : Union africaine et organisations partenaires). Parti pris méthodologique fort : ≈80 % d’intervenants africains, pour ancrer l’analyse dans les perspectives du continent et rompre avec les approches prescriptives venues d’Europe.

Copyright pour la synthèse Décembre 2025-Bourgoin/Diploweb.com


Parce que l’information est un – précieux - bien public
A condition
de ne rien modifier et de faire un lien vers la page source du Diploweb.com de chaque émission, il est autorisé de reprendre sur des sites académiques, éducatifs ou institutionnels les codes des fichiers son et / ou vidéo ainsi que les biographies et la synthèse rédigée d’une ou de plusieurs émissions Planisphère.


Pour ne rien rater de nos nouvelles publications, abonnez-vous à la Lettre du Diploweb !

[1Cette émission a été enregistrée le 10/10/2025 dans le cadre des RSMED à Toulon, avec les moyens de RCF Méditerranée, diffusée le 16 décembre 2025.

Diploweb est sur Tipeee
Vous aussi soyez acteur du Diploweb ! Soutenez-nous via notre page tipeee.com/Diploweb
Les livres de Diploweb sont sur Amazon
des références disponibles via Amazon sous deux formats, Kindle et papier broché

DIPLOWEB.COM - Premier site géopolitique francophone

SAS Expertise géopolitique - Diploweb, au capital de 3000 euros. Mentions légales.

Directeur des publications, P. Verluise - 1 avenue Lamartine, 94300 Vincennes, France - Présenter le site

© Diploweb (sauf mentions contraires) | ISSN 2111-4307 | Déclaration CNIL N°854004 | Droits de reproduction et de diffusion réservés

| Dernière mise à jour le dimanche 4 janvier 2026 |