Les opérations hybrides russes en Europe : un léger parfum de guerre ?

Par Cyril GLOAGUEN, le 22 mai 2026  Imprimer l'article  lecture optimisée  Télécharger l'article au format PDF

Cyril Gloaguen, ancien attaché naval et militaire en Russie et au Turkménistan, ancien collaborateur des Nations Unies en Abkhazie/Géorgie. Docteur en géopolitique (IFG, Paris VIII). Auteur de plusieurs articles sur le Diploweb.com dont récemment : « Stratégie. Portrait possible du missile russe Oreshnik tiré sur l’Ukraine le 21 novembre 2024 » ; et « Le couple SNLE Borey-missile Bulava, une histoire de la Force océanique stratégique (FOST) russe ».

Depuis février 2022, la Russie a considérablement intensifié ses opérations hybrides contre les pays européens soutenant l’Ukraine. Sabotages d’infrastructures, incendies criminels, colis piégés, tentatives d’assassinats, déstabilisation politique et recrutement de « petites mains » locales : le spectre de ces actions, souvent attribuées au GRU, au SVR et au FSB, s’est élargi bien au-delà du cyber et de la désinformation. Loin d’être des incidents isolés, ces opérations constituent, selon l’analyse, une véritable composante de la guerre en cours — une « guerre de nouvelle génération » visant à affaiblir les arrières européens, semer la psychose et faire pression sur les soutiens à Kiev. L’Allemagne et la Pologne en sont les principales cibles. Ce recensement, classé par pays et par année, révèle l’ampleur d’une stratégie hybride assumée par Moscou, qui exploite diasporas, vulnérabilités sociétales et faiblesses des États européens. Avec en pied de page un document PDF exceptionnel.

EN

Since February 2022, Russia has dramatically intensified its hybrid operations against European countries supporting Ukraine. From infrastructure sabotage and arson attacks to booby-trapped packages, assassination attempts, political destabilization, and the recruitment of local operatives, the range of these actions — frequently attributed to the GRU, SVR, and FSB — has expanded far beyond cyberspace and disinformation campaigns. Far from isolated incidents, these operations form a deliberate component of the ongoing war : a “new generation warfare” strategy designed to weaken Europe’s rear, sow fear among populations, and erode political support for Kyiv. Germany and Poland stand out as the primary targets. This country-by-country and year-by-year inventory highlights the scale of Moscow’s hybrid strategy, which systematically exploits European diasporas, societal vulnerabilities, and state weaknesses.

LE LECTEUR trouvera en pied de page, classées par pays et par année, les principales « opérations hybrides » documentées attribuées à la Russie à l’encontre des pays européens depuis février 2022, date du déclenchement de la guerre en Ukraine. Cyberattaques et campagnes de désinformation ne sont pas ici répertoriées car trop nombreuses et, par essence, difficiles à attribuer de manière fiable. La dernière lettre d’information économique de la DRSD en donne toutefois un aperçu général pour la France [1].

Le spectre des opérations russes contre les pays européens s’est considérablement élargi ces dernières années, tout comme leurs pendants américain et chinois. En réalité, celles-ci n’ont jamais cessé depuis la fin de la Guerre froide. Elles prenaient, à l’époque, la forme de « classiques » campagnes de recueil de renseignements militaires, technologiques, politiques et économiques, mais, comme sous l’URSS, avaient aussi pour but la neutralisation d’opposants politiques réfugiés en Europe, dans les pays du Golfe ou en Turquie (A. Litvinenko, A. Perepilichnyy, Z. Khangoshvili, M. Kuzminov, U. Israilov, par exemple). Après le fameux discours de V. Poutine en février 2007 devant la traditionnelle conférence de sécurité de Munich, cet espionnage connaît une nette intensification, avant de littéralement exploser à partir de 2014, avec l’occupation de la Crimée et les premiers combats au Donbass, et surtout de février 2022, date de l’offensive générale contre l’Ukraine.

Les opérations hybrides russes en Europe : un léger parfum de guerre ?
Cyril Gloaguen
Ancien attaché naval et militaire en Russie et au Turkménistan, Cyril Gloaguen est ancien collaborateur des Nations Unies en Abkhazie/Géorgie, docteur en géopolitique (IFG, Paris VIII). Crédits photos : droits réservés
Gloaguen/Diploweb.com

La Russie, dès lors, ne retient plus ses coups : il n’est dès lors plus seulement question de cyberattaques (hameçonnages, attaques par déni de service distribué (DDoS), vols de données, défacements de sites, etc.), de soutien financier ou médiatique aux « idiots utiles » (politiques, journalistes, certains chefs d’entreprise, quidams, panafricanistes…), de manipulations des opinions publiques plus ou moins grossières, de fausses alertes à la bombe ou de révisionnisme historique. Désormais, elle recourt à des sabotages physiques de sites industriels et militaires, d’infrastructures sous-marines, ferroviaires et routières, à des campagnes terroristes contre des cibles civiles (restaurants, aéroports, entrepôts, supermarchés, etc.) au moyen de colis piégés, à des opérations de déstabilisation politique en exploitant les antagonismes politiques, ethniques ou religieux, à des missions de reconnaissance d’axes et d’infrastructures militaires, voire à des tentatives d’assassinats de patrons de la BITD. Certaines de ces attaques sont particulièrement odieuses, comme celle menée en 2025 près de Katowice, en Pologne, contre un train transportant du charbon, ou la tentative d’attentat à l’explosif déjouée en 2024 contre un magasin Bricorama en région parisienne. Elles auraient pu provoquer la mort de plusieurs dizaines de personnes si elles n’avaient pas été neutralisées à temps. Fin 2025, c’est une épidémie de vols de drones qui s’empare littéralement de l’Europe. Si beaucoup relèvent de la bêtise de particuliers sans liens avec les services russes (ou chinois), Moscou en tire néanmoins profit et attise les braises médiatiques : l’ombre portée du GRU, du SVR et du FSB semble désormais s’étendre partout sur le continent.

Contrairement aux Américains et aux Chinois, les Russes ne pratiquent toutefois pas, ou alors très à la marge, l’arsenalisation du droit (lawfare) ou la prise de participations dans des entreprises critiques.

Les principales cibles des actions russes sont les pays les plus impliqués dans l’aide à l’Ukraine : l’Allemagne et la Pologne.

. Pays les plus impliqués dans l’aide à l’Ukraine, Allemagne et Pologne constituent les principales cibles de ces actions. En 2025, selon le renseignement intérieur allemand (BfV), les entreprises d’outre-Rhin ont ainsi été ciblées par « 321 cas suspects de sabotage guidés par un État étranger [2] » (Russie et Chine) dont les coûts directs et indirects se seraient élevés à plus de 289 milliards d’euros en 2025, soit une hausse de 8 % de plus qu’en 2024. Le tout récent piratage de la messagerie Signal utilisée par les hauts-responsables allemands montre que les services russes ne baissent pas la garde, bien au contraire.

La Pologne connaît elle aussi, depuis 2024, une « montée sans précédent » des attaques hybrides, selon son Agence de sécurité intérieur (ABW) [3]. Ces opérations, menées principalement par la Russie, mais aussi par la Biélorussie et la Chine, ont conduit à l’ouverture de 69 enquêtes (48 en 2025 et 21 en 2024), soit autant que durant l’ensemble des trois décennies précédentes, et à l’inculpation de 82 personnes, dont 62 placées en détention. En réaction, Varsovie a lancé en 2025 l’opération Horizon, qui a mobilisé jusqu’à 10.000 soldats pour protéger les infrastructures critiques et le cyberespace.

Un peu partout en Europe, les services de renseignement et de police signalent des achats de biens immobiliers à proximité d’installations militaires ou d’infrastructures sensibles.

Nommer « hybrides » ces opérations édulcore, selon nous, à la fois leur ampleur géographique (échelle du continent), leurs effets (économiques et psychologiques) sur les infrastructures et les populations frappées et leur rôle dans la stratégique militaire russe qui les qualifie de «  pressions politico-militaires  ». Associée à divers outils de coercition indirecte (sphère informationnelle, cyber, menaces nucléaires, diplomatie, déstabilisation des régimes politiques, « crise migratoire » fomentée en 2021 par Moscou et Minsk, etc.), cette « guerre de nouvelle génération », est théorisée par la doctrine russe d’emploi des forces [4], que certains ont qualifiée de « doctrine Gerasimov », du nom de l’actuel chef de l’Etat-Major général (CEMG) qui l’aurait inspirée [5]. On est ici proche du concept français de M2MC, soit Multimilieux (terre, mer, air, espace extra-atmosphérique et cyberespace) // Multichamps (champs informationnel et électromagnétique), adaptation des concepts américains de Multi-Domain Operations (MDO).

Ces opérations spéciales qui émaillent aujourd’hui les pages des faits divers des journaux européens doivent donc être comprises comme une phase du conflit (ukrainien) et non comme un acte extérieur à ce même conflit. On peut les voir comme des couches superposées les unes aux autres, chacune venant renforcer l’effet de la précédente de façon à saturer l’espace médiatique européen et provoquer un « effet masse » au sein des services chargés de les détecter et de les déjouer.

Ce sont là, en conséquence, de véritables actes de guerre perpétrés contre les infrastructures, les régimes politiques et les économies de pays que le Kremlin perçoit comme base arrière des opérations militaires en Ukraine.

Le modus operandi des opérations russes

La multiplication de ces opérations, les acteurs impliqués et leurs méthodes de recrutement, les sites visés, les contextes, les dénégations ironiques du Kremlin…, tout ramène d’autant plus aux dirigeants russes que ceux-ci ne se privent pas de menacer explicitement leurs adversaires, parfois nominativement. Ces menaces officielles, régulières − où le nucléaire tactique joue un rôle psychologique central − ont pour but de faire pression sur les opinions publiques et les gouvernements européens afin de provoquer l’arrêt des aides financières et des livraisons d’armes à l’Ukraine (stratégie à laquelle les partis d’extrême-droite et d’extrême-gauche européens sont très sensibles), de terroriser les opposants en exil et de donner à la population russe l’impression que le Kremlin maîtrise le conflit et impose à ses adversaires son rythme et sa volonté. Des personnalités comme D. Medvedev, les porte-parole du Kremlin et du Ministère des Affaires étrangères (D. Peskov, M. Zakharova), l’ancien secrétaire du Conseil de sécurité N. Patrushev, l’ancien ministre de la Défense Sergueï Shoygu, une kyrielle de députés (Leonid Slutskiy, Alexeï Chepa, Andreï Kolesnik, Andrey Kartapolov , Viatcheslav Volodin, Viktor Sobolev, Alexeï Shuruvliev…), le ministre des Affaires étrangères Serguey Lavrov et V. Poutine eux-mêmes, sans oublier l’écosystème médiatique et intellectuel, V. Soloviov, M. Khodarenok, S. Karaganov, P. Zarubin, A. Dugin en tête, sont passés maîtres dans cet exercice.

Faire croire que les services de renseignement russes, leurs réseaux et leurs affidés sont partout présents, libres de leurs mouvements.

En utilisant sur le sol britannique du polonium-210 contre A. Litvinenko (2006), puis du Novitchok contre S. Skripal et sa fille (2018), deux agents neurotoxique ou radioactif qu’ils sont seuls à utiliser [6], les services russes entendaient marquer les esprits. Une balle eût été plus rapide, mais moins médiatique. Frapper là où et quand on le souhaite, partout sur le territoire européen, c’est à la fois prouver sa force, sa capacité à résister aux sanctions et aux condamnations diplomatiques occidentales, c’est exposer au grand jour l’impuissance des pays visés à se défendre, y instaurer la psychose de l’attentat, laisser croire que les services de renseignement russes, leurs réseaux et leurs affidés sont partout présents, libres de leurs mouvements. Plus explicite encore, peut-être, cette publication par le Kremlin, le 15 avril 2026, d’une liste de onze entreprises européennes, turques et israéliennes impliquées dans la fabrication de drones pour l’armée ukrainienne, assortie d’un avertissement au «  public européen  » invité à comprendre « les véritables causes des menaces qui pèsent sur sa sécurité  ». L’inénarrable D. Medvedev ajoutait sur son compte X que ces entreprises étaient des « cibles potentielles » qui pouvaient être frappées à tout moment. Maxim Kuzminov, ce pilote d’hélicoptère qui avait fait défection en août 2023 avant de trouver refuge en Espagne où il est assassiné par un inconnu, avait été publiquement qualifié de « cadavre moral » par le chef du renseignement extérieur (SVR), Sergueï Narychkine peu après qu’une chaîne publique russe eût laissé entendre que le GRU avait reçu ordre de l’éliminer. De même, le nom du PDG de Rheinmetall, Armin Papperger, est-il plusieurs fois cité par de hauts responsables russes, dont V. Poutine lui-même, avant que l’homme d’affaires ne soit visé par une tentative d’assassinat.

Notons que les assassins, même issus des services de renseignement (FSB, SVR ou GRU) sont parfois aisément identifiables. Il est vrai qu’ils agissent souvent à visage découvert. C’est le cas, par exemple, des assassins de Zelimkhan Khangoshvili, de S. Skripal (qui survit) ou de A. Litvinenko. Ce n’est pas un hasard.

Ajoutons, enfin, que ces menaces à répétions peuvent se révéler contreproductives et finir par affaiblir le narratif russe. On ne peut ainsi, depuis au moins le milieu des années 2000, menacer d’anéantir Berlin ou Varsovie, alors qu’on n’a toujours pas, après quatre ans de guerre en Ukraine, réussi à occuper l’intégralité de l’oblast de Lougansk. De même, on ne peut brandir en permanence la menace du feu nucléaire, sans finir par laisser croire à l’adversaire que l’on aboie plus qu’on ne mord. Mais on sort là de notre sujet.

Ces « opérations spéciales » sur le Vieux Continent mettent en exergue, par ailleurs, deux failles majeures : la facilité avec laquelle les services russes et leurs exécuteurs des basses œuvres se déplacent entre pays européens (espace Schengen, notamment) et la présence sur ces mêmes territoires d’importantes populations russes [7], ukrainiennes, biélorusses et moldaves, diasporas qui constituent le principal – mais non l’unique – vivier dans lequel les services russes puisent selon leurs besoins, notamment depuis que les multiples renvois de diplomates russes ont, ces dernières années, compliqué le recours aux agents professionnels. Quelle que soit l’origine de ces populations (humanitaire, tourisme, affaires, échanges universitaires ou scientifiques, etc.), elles constituent en raison même de leur masse et de l’autorisation qui leur est accordée d’effectuer des allers-retours entre leur pays d’origine et leur lieu de résidence temporaire (maisons secondaires, hôtels, campings, hébergements d’urgent, CADA, etc.) une vulnérabilité pour le moins malvenue alors même, comme le souligne le récent rapport de la DRSD cité plus haut [8], la menace humaine demeure la plus importante.

Cette aisance des services russes à s’affranchir des frontières – et donc à atteindre sans entraves ou presque leurs cibles potentielles (personnes et lieux) – conjuguée à la facilité d’inonder de faux narratifs et de fake news un écosystème numérique et médiatique européen ouvert et non-censuré, donne au Kremlin un avantage stratégique majeur en cas de conflit. Les Russes bénéficient ici des mêmes facilités matérielles et humaines que les Israéliens en Iran ou au Liban ou les Ukrainiens en Russie (réseaux historiques, recours aux opposants ou aux descendants d’Ukrainiens, diasporas, langue commune, etc.). Moscou peut, par ailleurs, s’appuyer sur ses relais hongrois, serbes, autrichiens [9] ou slovaques qui lui servent de bases arrières sûres, sans compter l’immense cohorte des « idiots utiles » − personnalités et partis sympathisants partout en Europe. L’asymétrie est frappante : les services européens ne sauraient opérer de la même manière sur le sol russe, faute de pouvoir accéder aux oppositions, faute de s’exprimer librement dans l’espace public ou se mouvoir librement dans l’espace cyber, médiatique et géographique.

Les acteurs des opérations russes

Les acteurs des opérations hybrides russes en Europe, par origine géographique
Conception et réalisation : Cyril Gloaguen pour Diploweb.com
Gloaguen/Diploweb.com

Les auteurs directs de ces opérations sont d’origine variée (tous sont toutefois originaires du continent européen), mais Russes et Ukrainiens pro-russes (56) dominent sans surprise le classement devant des nationaux (23), parfois, notamment en Allemagne, d’origine russe ou ukrainienne. Moldaves (de Transnistrie), Serbes et Biélorusses sont également nombreux. Dans au moins une affaire (blanchiment d’argent et contournement des sanctions européennes), une mafia (irlandaise en l’occurrence) est impliquée.

L’argent semble être la motivation principale qui pousse ces « petites mains » à passer à l’acte. L’idéologie, hors manipulation de groupes politisés, arrive loin derrière, tout comme le chantage, la naïveté ou la manipulation. Les sommes versées, lorsqu’elles sont connues, sont souvent modestes : quelques centaines d’euros pour des tags à Paris en juin 2024, « 400€ » pour chacune des trois personnes impliquées, toujours à Paris, dans l’affaire des cercueils déposés devant la Tour Eiffel, mais 4000 à 6000€ pour des incendies d’entreprises en Angleterre et en Pologne. Le jeune Ukrainien chargé d’incendier un magasin Ikea à Vilnius, en novembre 2025, se serait vu, lui, promettre 10.000€ et une voiture. Un paiement en cryptomonnaie est aussi parfois mentionné.

Sans surprise, la Russie puise de préférence dans le vivier des chômeurs, des marginaux et des petits délinquants, souvent recrutés via la messagerie Telegram par une tête de réseau qui demeure hors du pays-cible, gère la logistique (transport, hébergement, fourniture du matériel, paiement) et reçoit ses ordres d’un officier traitant russe utilisant un pseudo. Le GRU, selon certaines sources, pourrait utiliser les réseaux de recrutement de mercenaires dont dispose Wagner en Europe, notamment dans les pays d’Europe centrale et orientale. Les noms d’anciens agents, de membres de mouvements d’extrême-droite moldaves (Transnistrie) et bulgares, voire ceux de nostalgiques de l’URSS (Pays baltes, Allemagne) apparaissent également dans plusieurs affaires, même si les sources judiciaires sont souvent lacunaires.

S’ils viennent à être arrêtés, ces exécutants sont laissés à leur sort. Les peines infligées semblent toutefois plutôt légères (le plus souvent de simples amendes ou des peines de prison avec sursis pour les actes les moins graves), même si des condamnations plus lourdes ont pu être prononcées (6 ans pour une préparation de sabotage en Allemagne, par exemple, ou 5 ans pour un ancien agent autrichien). Les agents russes professionnels (GRU, SVR ou FSB) emprisonnés finissent le plus souvent par être échangés contre des Occidentaux détenus en Russie (ainsi en est-il de Vadim Krasikov, du couple Dultsev, de Mikhail Mikushin, Pavel Rubtsov, Vadim Konoshchenok, etc.).

Ces exécutants peuvent agir en réseaux constitués, même si ce ne semble pas être la règle, et être réutilisés pour mener plusieurs opérations de front. C’est le cas en France, par exemple, pour les opérations « mains rouges », « étoiles de David » ou celle des cercueils déposés devant la Tour Eiffel. Eurojust, l’Agence de l’Union européenne pour la coopération judiciaire en matière pénale, joue donc sans surprise un rôle important dans la lutte contre l’action des services russes dès lors que celle-ci revêt une dimension transfrontalière claire.

Enfin, comme pendant la Guerre froide, la question se pose de la manipulation par les services russes de groupes d’extrême-gauche [10] ou d’extrême-droite, voire, depuis quelques années, d’une coordination avec les réseaux pro-palestiniens, pro-iraniens, islamistes ou chinois. Cette question n’est pas anodine dans la mesure où cibles et intérêts de la Russie et ceux de ces groupes peuvent se recouper (entreprises de défense, infrastructures énergétiques, personnels politiques, militaires, par exemple). Ainsi, fin mars 2026, en République tchèque, des militants pro-palestiniens (« Faction du Tremblement de Terre ») ont-ils incendié un atelier du groupe LPP Holding qui produit du matériel militaire pour Israël, mais aussi … pour l’Ukraine. Pour les services de police et de renseignement l’attentat sous « fausse bannière » n’est pas une vue de l’esprit.

Perspectives en cas de conflit ouvert

Tant que la Russie n’aura pas atteint ses buts de guerre en Ukraine, tant que l’essentiel de son corps de bataille sera englué dans les boues de Pokrovsk ou de Kostyantynivka et que pèsera sur son flanc méridional la menace d’une armée ukrainienne, première armée conventionnelle d’Europe, elle ne pourra, nous semble-t-il, se lancer dans une guerre ouverte contre les pays européens, y compris contre les Baltes [11], ni même, comme l’avancent certains analystes, « tester l’article 5 ».

Moscou pourrait être tenté de provoquer une grave crise politico-militaire dans le but de forcer l’Europe à abandonner son aide matérielle et financière à l’Ukraine.

Relativisons immédiatement cette opinion toute personnelle : dans les mois à venir et dans le cas où un retrait américain de l’OTAN devenait réalité, hypothèse qu’on ne peut dorénavant plus exclure, Moscou pourrait toutefois être tenté de provoquer une grave crise politico-militaire dans le but de forcer l’Europe à abandonner son aide matérielle et financière à l’Ukraine.

Dans ce cas de figure, le rythme et le périmètre des opérations spéciales seraient considérablement renforcés tout en demeurant sous le seuil conflictuel. Celles répertoriées dans le tableau ci-dessous ne sont qu’un aperçu des moyens matériels et humains que Moscou mettrait alors en œuvre sur le sol européen. Parmi ces opérations passées, nombre ont vraisemblablement échappé à la vigilance des services de police et de renseignement européens qui ont laissé derrière elles des réseaux d’exécutants encore non activés, des agents dormants, des caches d’armes et d’explosifs, etc., et, sur les réseaux informatiques, quantité de « pièges » largement documentés par la littérature spécialisée (backdoors, rootkits, droppers/downloader, virus dormants, etc.) qui ne seraient activés qu’en début de crise contre les infrastructures stratégiques (énergie/eau, transports, banques, chauffage urbain, administrations, réseaux d’entreprises, télécommunication, aéroports, ports, etc.). Depuis février 2022, les unités cyber du GRU et du FSB se sont largement fait la main contre les réseaux énergétiques ukrainiens. On se souvient ainsi des deux blackouts électriques de décembre 2015 et de décembre 2016 à Kiev et dans l’ouest du pays. En Europe, une vingtaine d’opérations de ce genre leur sont attribué : en Suède, dans les pays Baltes, en Norvège et surtout en Pologne, fin décembre 2025, en plein hiver, contre une trentaine d’installations d’énergies renouvelables (éolien et solaire), des systèmes de chauffage et de contrôle, que l’attaque a endommagés, sans toutefois provoquer de blackout grâce à l’inertie du réseau polonais. En cas de tensions exacerbées avec la Russie, l’arme cyber, dopée à l’IA, jouerait d’autant plus un rôle central que certains pays européens sont de toute évidence mal protégés. La cyberattaque, mi-avril 2026, d’un gamin de 15 ans contre le site de l’Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) prétendument « très sécurisé », est encore venue le confirmer, si besoin était.

Au vrai, le « cybergeddon » attendu au début du conflit en Ukraine n’a pas eu lieu et les experts se contredisent quant aux raisons qui expliquent l’impact relativement limité de ces attaques cyber russes : surévaluation de leurs capacités techniques, rivalités inter-agences (FSB, GRU, SVR), priorités divergentes, priorités mises sur la collection d’informations au détriment des destructions, modération recherchée pour éviter une trop forte réaction occidentale et une découverte des pièges posés, actions menées par des cybercriminels patriotes mais peu professionnels, création de services spécialisés occidentaux efficaces (COMCYBER/ANSSI/CERT-EU, Viginum, CCDCOE de Tallin…), etc. On ne peut toutefois exclure que, en cas de fortes tensions entre l’Europe et la Russie, les cyberattaques russes se révèlent nettement plus efficaces et destructrices que ce qui a été observé jusqu’à présent. Au chaos que créerait de telles attaques dans la vie quotidienne d’un pays moderne et très connecté comme la France, par exemple, viendraient s’additionner, sur fond de gesticulations militaires conventionnelles et nucléaires, fake news, campagnes de désinformation et de sabotage de façon à rendre inacceptable auprès des populations visées toute aide à l’Ukraine (« cette guerre n’est pas nôtre »). Ici ou là, un gouvernement européen sympathisant ou tout simplement populiste pourrait céder, cesser ses aides financières et militaires, désarticulant ainsi le dispositif mis en place par l’OTAN (une OTAN européanisée, s’entend) pour faire face à la crise.

A ces opérations attendues, Moscou pourrait en ajouter d’autres, moins conventionnelles. Citons-en quelques-unes (il y en a sûrement de nombreuses autres) :

. Multiplication, tant que dure le conflit en Ukraine, des violations « accidentelles » par des drones de combat des espaces aériens des pays limitrophes. Les services russes pourraient également accroître leurs campagnes de harcèlement au moyen de drones de type FPV, armés ou pas, prépositionnés dans des conteneurs maritimes, des camions, des véhicules de particuliers, dans les ports, sur les parkings d’aéroports, le long de routes stratégiques (axes ouest-est de l’OTAN, notamment), au centre des grandes villes... Comme l’a montré l’opération ukrainienne Toile d’araignée de juin 2025, ces petits drones d’origine civile ne sont pas identifiables (issus du commerce) et peuvent aisément être contrôlés à distance (cartes SIM et réseaux mobiles 4G LTE locaux, etc.) depuis les territoires russe et biélorusse, de l’enclave de Kaliningrad, de Transnistrie ou d’une quelconque ambassade.

. Attisement des irrédentismes dans les régions multiethniques d’Europe. Celles-ci ne manquent pas : Transcarpathie, Kosovo, Bosnie-Herzégovine, Macédoine du Nord, Gibraltar, Baie de Piran, îles de la mer Egée, minorités russes ou russophones des pays Baltes, minorités hongroises en Roumanie (Transylvanie), Slovaquie et Serbie, territoires d’outre-mer pour la France (Corse, Caraïbes, Mayotte, Nouvelle-Calédonie…), etc.

. Mobilisations publiques des diasporas russes à l’image des « Marche des immortels » (Bessmertnyy Polk) organisée chaque mois de mai un peu partout en Europe, aux Etats-Unis et au Canada. Rappelons que cette diaspora russe est organisée en Europe en de multiples associations historiques, culturelles, artistiques, professionnelles, d’entraide et de « compatriotes », de fraternités cosaques, de maisons ses sciences et de la culture, d’organisations scoutes, de communautés orthodoxes, écoles, et, bien sûr, par les ambassades et autres consulats. Toutes ne sont bien entendu pas pro-Kremlin, mais les services russes y ont leurs réseaux. La seule communauté russe d’Allemagne, la plus importante d’Europe, compterait entre 3,5 et 4,5 millions de personnes.

. Déstabilisation des sociétés multiculturelles d’Europe occidentale. Toutes les sociétés multiculturelles sont instables et violentes. En France, les émeutes de 2005 et de 2023, le mouvement des Gilets Jaunes, le saccage, récemment, de la mairie de Fresnes, les troisièmes mi-temps de matchs de football, les enfants-tueurs liés au narcotrafic, etc., ont montré combien une simple étincelle (fumigène dans une mosquée, tir d’un policier, rumeur sur les réseaux sociaux, etc.) peut embraser un quartier, une ville, voire le pays tout entier. Les services russes ne peuvent pas ne pas avoir intégré ce paramètre à la fois ethnique et religieux dans la planification de leurs opérations spéciales en Europe. En 2021, la « Fondation pour combattre l’injustice », créée par feu Evgueniy Prigozhin, le directeur de Wagner, proposait déjà par voie de presse à plusieurs médias et associations français de financer une « campagne informationnelle sur le sujet de la violence policière » [12].

. Livraisons d’armes et d’explosifs. Les mouvements d’extrême-gauche et d’extrême-droite, les bandes de cité, les narcotrafiquants, le crime organisé ou tel ou tel groupe radicalisé pourraient recevoir des armes, selon des schémas qu’on a connus dans les années 1970, par exemple (Brigades rouges, Bande à Bader, GRAPO, CCC, Action directe…). Notons que les liens entre trafiquants d’armes russe et mafias italiennes (Ndrangheta, Camorra, Cosa Nostra) et balkaniques, par exemple, sont des faits connus et documentés de longue date.

Les services russes ont vraisemblablement identifié de longue date les personnalités civiles et militaires dont la disparition déstabiliserait un groupe industriel.

. Assassinats ciblés en faisant appel à des tueurs issus de réseaux criminels, mais aussi − pourquoi pas ? − recrutés parmi ces milliers de jeunes mineurs désœuvrés, qui peuplent nos villes, et prêts à assassiner pour quelques centaines d’euros comme on l’a vu récemment dans plusieurs affaires liées au narcotrafic. La question des assassinats ciblés qui, sous la Guerre froide, était dévolue aux commandos du KGB ou du GRU infiltrés, est à envisager sérieusement. Elle ne l’est pas. Les services russes ont vraisemblablement identifié de longue date les personnalités civiles et militaires dont la disparition déstabiliserait un groupe industriel (cf. l’affaire du PDG de Rheinmetall en 2024, par exemple [13]), un service logistique, un programme de R&D ou une brigade d’infanterie. A l’heure d’internet, des cyberattaques généralisées, et des outils d’identification d’images, rien de plus facile que de cibler une personnalité [14], quelle qu’elle soit, de suivre son évolution au sein de sa société ou de son armée, de trouver son adresse personnelle, son poste ou affectation… Cela dit, le statut de l’intéressé n’en fait pas obligatoirement une cible stratégique. Il peut être plus intéressant pour l’adversaire d’assassiner un ingénieur atomicien, par exemple, dont la mort empêchera le SNLE ou le Charles-de-Gaulle d’appareiller, qu’un CEMA qui serait aussitôt remplacé par son adjoint.

. Manipulation des ONG. Les multiples ONG environnementales et anticapitalistes européennes, dont plusieurs enquêtes montrent combien les actions peuvent être téléguidées au profit d’intérêts inverses aux causes qu’elles défendent [15], parfois sans que leurs militants n’en aient conscience, représentent une cible de choix en raison de leurs facultés à mobiliser des centaines, voire des milliers de manifestants, souvent violents, autour d’une cause ou d’un objectif. La facilité avec laquelle certaines ONG écologistes et pacifistes ont ainsi pu, dans le passé, pénétrer dans des enceintes militaires ou sensibles (centrales nucléaires par exemple, ou, récemment, dans des bases aériennes ou navales en Grande-Bretagne) ne laisse d’inquiéter.

. Utilisation des syndicats. A ces « idiots utiles », on peut ajouter certains syndicats pacifistes et anticapitalistes dont grèves et mouvements de blocage peuvent mettre à l’arrêt un pays, un réseau de transport ou d’énergie, une usine pendant plusieurs jours, ou bloquer le développement d’un programme d’armement. Ainsi en est-il, par exemple, de la CGT quand elle s’oppose à la construction de drones militaires dans les usines Renault (en coopération avec Turgis & Gaillard) ou manifeste à St Nazaire contre la construction du futur porte-avions [16]. Rien de bien nouveau, ici, sous le soleil !

. Actions coordonnées avec des organisations alliées. On pense ici aux réseaux iraniens (Harakat Ashab al-Yamin al-Islamia, dernièrement), pro-palestiniens, islamistes en général, voire chinois. On ne peut pas, enfin, ne pas questionner la position que la Chine adopterait en cas de tensions fortes entre pays européens et son allié russe (arrêt des livraisons de terres rares, de semi-conducteurs, produits finis ou semi-finis, etc.)

Moscou a ouvert sur nos territoires un nouveau front qui ressemble à l’hydre de la Mythologie : que l’on coupe une tête ici et une autre repousse là.

Ces opérations dites « hybrides » ne sont pas autre chose qu’une guerre de basse intensité en cours sur le sol européen. Une guerre qui ne dit pas son nom. Sabotages, incendies, tentatives d’attentats, assassinats ciblés, vols de drones, manipulation des diasporas et des fractures sociétales et politiques : Moscou a ouvert sur nos territoires un nouveau front qui ressemble à l’hydre de la Mythologie : que l’on coupe une tête ici et une autre repousse là. Ce faisant, la Russie cherche à user nos sociétés, abattre la démocratie, terroriser nos opinions et asphyxier l’aide à l’Ukraine. Derrière ces dizaines de « petites mains » recrutées parfois pour quelques centaines d’euros se cache une stratégie d’État mûrement réfléchie et intégrée au plan général des opérations en Ukraine. Cette « guerre de nouvelle génération » s’invite partout jusque dans nos trains, nos industries, nos ports, nos quartiers et les messageries de nos ordinateurs. Il devient urgent de réagir avec au moins la même force que Moscou met pour nous attaquer et, surtout, de cesser de subir.

Tableau des opérations hybrides russes en Europe : date, nationalité des personnes impliquées et motivations, description des faits
Conception et réalisation : Cyril Gloaguen pour Diploweb.com, mai 2026.
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[1Voir « Panorama des ingérences à l’encontre de la sphère défense en 2025 », lettre d’information économique n°22. Disponible en ligne.

[2Voir Le Figaro du 18 septembre 2025 « Les attaques russes, chinoises contre l’économie allemande toujours plus coûteuses »

[3AFP du 6 mai 2026

[4Pour les russisants voir : https://ru.wikipedia.org/wiki/Доктрина_Герасимова . Cf. également l’alinéa 8/n de la doctrine militaire de 2014 qui ajoute à celle de 2010 le concept du « système de dissuasion non-nucléaire » défini comme « ensemble de mesures de politique extérieure, de mesures militaires et militaro-techniques, destinées à empêcher une agression contre la Fédération de Russie à l’aide de moyens non nucléaires ».

[5Sur ces opérations « politico-militaires  », voir C. Gloaguen https://www.diploweb.com/L-armee-russe-dans-le-conflit-ukrainien-quelles-premieres-lecons.html

[6D’autres opposants russes (le journaliste Yuriy Shchekochikhin en 2003, l’homme d’affaires Roman Tsepov en 2004, etc.) pourraient également, selon certaines sources, avoir été empoisonnés au polonium ou avec une autre substance radioactive.

[7Selon des données d’Euractiv cité par Le Monde, « Les pays de l’UE ont délivré en 2025 plus de 620 000 visas (sur 670 000 demandés), soit une hausse de 10,2 %. Plus de 477 000 visas touristiques ont été accordés à des ressortissants russes, ce qui représente environ 77 % de l’ensemble des visas délivrés en 2025 ». Avec une augmentation de 23% en 2025, la France arrive en tête des pays de l’UE en nombre de visas délivrés à des nationaux russes.

[8Voir supra « Panorama des ingérences à l’encontre de la sphère défense en 2025 », déjà cité.

[9L’ambassade de Russie en Autriche, l’espionnage demeure légal, accueille quelque 220 collaborateurs et constitue, selon le service autrichien du renseignement (DSN), « l’une des plus grandes missions diplomatiques russes en Europe (…) un nœud stratégique majeur dans le cadre des activités d’espionnage visant l’Autriche et d’autres pays européens » (dépêche AFP du 5 mai 2026)

[10Voir en France, par exemple, la mise en garde lancée en avril 2026 par le directeur de la DRSD, le général Philippe Susnjara, contre l’activisme de groupuscules radicaux susceptibles d’être instrumentalisés par des puissances étrangères.

[11A supposer que la Russie juge 1) une telle attaque nécessaire à la défense de ses intérêts stratégiques (ratio coût/bénéfices), 2) qu’elle en ait les moyens matériels, financiers et humains, 3) qu’une population russe déjà saignée à blanc accepte un nouveau conflit ou, bien sûr, 4) que les principaux pays européens (Italie, Allemagne, Grande-Bretagne, France…) n’aient pas d’ici là élu à leur tête un régime politique sympathisant du régime poutinien (AfD/BSW, RN/LFI, Reform UK, etc.). Si la Russie venait à atteindre ses buts de guerre en Ukraine (mise en place à Kyiv d’un régime sympathisant et dissolution des FAU) il en irait, bien entendu, différemment. En France, la nouvelle Revue nationale stratégique (RNS) de 2025 prend clairement en compte la possibilité d’un conflit majeur contre la Russie. Rappelons qu’une loi adoptée par la Douma le 13 mai 2026, autorise le président russe à utiliser la force militaire pour protéger les citoyens russes vivant à l’étranger (en cas d’arrestation, de poursuites pénales, etc.). A l’horizon de 10 ans, le retrait américain étant devenu pérenne et la BITD russe continuant de produire des armements en qualité et en quantité massive (multiplication par 5 de la production de missiles guidés depuis 2023, O. Dujardin/GUR/CEPA), la question d’un conflit armé entre Russie et pays européens se poserait sérieusement. Tout dépendra du sort que connaître l’Ukraine dans les prochains mois et années.

[12B. Vitkine, Le Monde du 14 septembre 2021, « Une officine d’influence russe s’intéresse aux violences policières en France »

[13Dans une récente interview (The Times), Alex Karp, PDG de Palantir, a également déclaré être sur la « liste d’assassinats du Kremlin » en raison du soutien apporté à l’Ukraine par sa société.

[14Mi-mai 2026, un hacker revendiquait le piratage de Thales Group et le vol des données de plus de 6400 de ses salariés (noms, adresses e-mails, téléphones, postes occupés…). On imagine sans peine ce qu’un service étranger peut faire de ces données.

[15Voir, par exemple, E. Seznec et G. Woessner, « Les illusionnistes », R. Laffont, 2025.

[16Après avoir appelé à manifester le 8 mai 2026, la CGT Loire-Atlantique dénonçait sur Internet (on ne se refait pas) « l’impérialisme occidental » qui « pour compenser son hégémonie déclinante peut nous emmener vers un affrontement du bloc euro-atlantique avec la Russie et la Chine ». {}

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