Carte et graphique. Quelles dynamiques de la recherche et développement dans l’Union européenne ?

Par Charlotte BEZAMAT-MANTES, Pierre VERLUISE, le 30 mars 2022.

Charlotte Bezamat-Mantes est Docteure de Géographie mention Géopolitique – Institut Français de Géopolitique (IFG, Université Paris 8) et cartographe indépendante. Ses travaux ont été récompensés en 2021 par le Prix de thèse de l’Association Française d’Études Canadiennes (AFEC). Rédactrice-Cartographe pour Diploweb.com depuis septembre 2014. Pierre Verluise, Docteur en Géopolitique est le fondateur du Diploweb.com. Auteur, co-auteur ou directeur d’une trentaine d’ouvrages. Producteur de trois Masterclass sur Udemy : "Les fondamentaux de la puissance" par P. Verluise ; "Pourquoi les données numériques sont-elles géopolitiques ?" par Kévin Limonier ; "C’était quoi l’URSS ?" par Jean-Robert Raviot.

Que sont devenues les promesses de l’an 2000 en matière de renforcement des efforts de recherche et développement dans l’UE ? Cette carte commentée permet d’identifier des évolutions et des différences entre pays membres. Autrement dit, tout n’est pas égal mais les enjeux pèsent sur tous.

La conception de la carte et de la légende sont le fruit d’une coopération de P. Verluise et C. Bezamat-Mantes. La réalisation de la carte et la rédaction du commentaire sont de C. Bezamat-Mantes. Carte grand format en pied de page. Fichier des données utilisées en pied de page.

EN 2000, le commissaire européen à la recherche Philippe Busquin tire la sonnette d’alarme auprès de la Commission européenne : il juge la situation de la recherche « préoccupante » et dénonce des financements insuffisants [1]. Il appelle de ses vœux à une véritable politique européenne en matière de recherche, notamment pour contrer la fragmentation des efforts des États membres.

Une stratégie communautaire prend alors forme : c’est la « Stratégie de Lisbonne ». Lors du Conseil européen de Lisbonne en mars 2000, les États membres se fixent pour objectif de faire de l’Union européenne (UE) « l’économie de la connaissance la plus dynamique et la plus compétitive du monde » [2]. Pour cela, le Conseil européen préconise une augmentation des dépenses de recherche et développement (R&D), devant atteindre 3 % du PIB en 2010. Il s’agit ainsi de se rapprocher des efforts fournis par les États-Unis (2,7 % du PIB) et le Japon (3 %).

Vingt ans après l’établissement de la Stratégie de Lisbonne, quelles sont les dynamiques de la recherche et développement dans l’Union européenne ?

Carte et graphique. Quelles dynamiques de la recherche et développement dans l'Union européenne ?
Carte et graphique. Quelles dynamiques de la recherche et développement dans l’Union européenne ?
Cliquer sur la vignette pour agrandir la carte. Conception et réalisation : Pierre Verluise et Charlotte Bezamat-Mantes. Réalisation : Charlotte Bezamat-Mantes pour Diploweb.com. Voir au format PDF haute qualité d’impression

I. La Stratégie de Lisbonne et la part du PIB consacré à la recherche et développement : une promesse non tenue

En 2020, les dépenses de R&D de l’Union européenne à 27 s’élevaient à 311,149 milliards d’euros [3]. Plus de la moitié de cet effort de R&D (59,61 %) est fourni par seulement trois pays : l’Allemagne (34 % des dépenses totales de l’UE [4]), la France (17,43 %) et l’Italie (8 ,15 %). Ces trois États membres représentent à eux seuls 46,9 % de la population et 54,8 % du PIB de l’UE.

Vingt ans après le Conseil de Lisbonne, la promesse est loin d’être tenue. En 2020, seuls 1,78 % du PIB de l’UE-27 sont consacrés à la R&D. Cinq États membres consacrent effectivement plus de 3 % de leur PIB à la R&D (cercles en vert sur la carte). Il s’agit de la Suède (3,53 %), la Belgique (3,48 %), l’Autriche (3,2 %), l’Allemagne (3,14 %) et le Danemark (3,03 %).

En 2020, les 14 États qui étaient déjà membres en 2000 consacraient en moyenne 2,31 % de leur PIB à la R&D. En 2020, les 13 pays qui ont rejoint l’UE depuis 2000 dépensaient seulement 1,21 % de leur PIB en R&D. Il s’agit de Chypre, Estonie, Hongrie, Lettonie, Lituanie, Malte, Pologne, République tchèque, Slovaquie et Slovénie qui ont rejoint l’UE en 2004, Bulgarie et Roumanie en 2007 et Croatie en 2013.

II. Entre 2000 et 2020, une évolution différenciée de l’effort de recherche et développement parmi les États membres

Les derniers arrivés dans l’UE consacrent donc en 2020 une part moins importante de leur PIB que les membres les plus anciens. Toutefois, l’évolution de la part du PIB consacré à la R&D entre 2000 et 2020 (en nuances de violet sur la carte) met en évidence qu’un effort significatif a été fait par les membres récents.

Entre 2000 et 2020, la part du PIB consacré à la R&D par les 14 États présents à Lisbonne est passée de 1,8 % à 2,31 %, soit une augmentation de 28 %.

Chez les 13 nouveaux membres, cette part est passée de 0,65 % à 1,21 %, soit une augmentation de 86 %. Trois de ces États présentent une évolution très importante de la part du PIB consacré à la R&D : Chypre (+ 256,5 %), l’Estonie (+ 198,3 %) et Malte (+ 168 %).

On note que, dans trois pays, la part de la R&D dans le PIB a diminué ces deux dernières décennies. Au Luxembourg, elle représentait 1,13 % du PIB en 2020, contre 1,58 en 2000 (une évolution de -28,5 %). En Suède et en Finlande – les deux seuls États qui consacraient plus de 3 % de leur PIB à la R&D en 2000 –, cette part est passée de respectivement 3,9 à 3,5 % (-8,8 %) et 3,2 à 2,9 % (-9,3 %).

III. Le secteur privé, un acteur au poids différencié selon les États membres

La Stratégie de Lisbonne envisageait en 2000 que deux tiers de l’effort de R&D proviennent du secteur privé [5], soit environ 66 %. En 2020, en moyenne 65,8 % des dépenses de R&D dans l’UE-27 proviennent effectivement des entreprises.

Comme le montre le graphique en légende à droite de la carte, le seuil de 66 % est atteint par 11 États membres sur 27, avec des taux variant de 76,5 % en Hongrie à 66,2 % en France. Les autres pays respectant ce seuil sont l’Irlande, la Slovénie, la Belgique, la Suède, l’Autriche, la Bulgarie, les Pays-Bas, l’Allemagne et la Finlande.

Dans les 16 autres États membres, la participation des entreprises à la R&D est très variable : de 64,2 % (Malte) à 30,9 % (Lettonie).

Dans 7 pays, le secteur de l’enseignement supérieur représente un investisseur important dans la R&D, comptant pour environ un tiers des investissements totaux. Il s’agit la Lituanie, Chypre, le Portugal, le Danemark, Malte, la Pologne et l’Estonie (entre 36,7 et 33,6 %). En Lettonie, où les entreprises jouent le rôle le moins important, le secteur de l’enseignement supérieur est le principal acteur de la R&D (50,2 % des dépenses totales).

*

Les ambitions d’une « Europe puissance » portées par la Présidence française (du Conseil des ministres) de l’Union européenne ne peuvent faire l’impasse sur un renforcement des efforts des pays de l’UE en matière de R&D.

La carte grand format se trouve en pied de page.

Copyright pour le texte et la carte Avril 2022-Bezamat-Mantes/Diploweb.com

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Fichier excell des données Eurostat utilisées pour la carte Quelles dynamiques de la recherche et développement dans l’Union européenne ?

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Que sont devenues les promesses de l’an 2000 en matière de renforcement des efforts de recherche et développement dans l’UE ? Identifiez grâce à cette carte inédite les évolutions et différences entre pays membres.


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[1LE HIR Pierre. « La recherche, parent pauvre de l’Europe », Le Monde, 06/12/2000.

[2KERGUERI, Joseph et SAUNIER Claude, Rapport d’information du Sénat français n° 392 (2007-2008) « Recherche et innovation en France : surmonter nos handicaps au service de la croissance ».

[3Tous les chiffres relatifs à la R&D dans cet article proviennent de Eurostat (2022), « DIRD par secteur d’exécution ».

[4Il existe probablement des liens entre les efforts de la RFA en matière de R&D et ses capacités d’innovation donc d’exportation. En effet, la balance commerciale de l’Allemagne fédérale est régulièrement excédentaire. Il serait difficile d’en dire autant de la balance commerciale française...

[5Idem.


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