2017, année Poutine ?

Par Cyrille BRET, le 23 décembre 2016  Imprimer l'article  lecture optimisée  Télécharger l'article au format PDF

Enseigne à Sciences Po Paris et dirige le site de géopolitique EurAsia Prospective (eurasiaprospective.net) Cyrille Bret anime le compte twitter @cy_bret.

2016 s’achève sur un communiqué de victoire du président russe. Vladimir Poutine célèbre ses succès dans une conférence de presse mondiale : il apparaît désormais comme le champion de la lutte contre le terrorisme islamique et s’est imposé comme pivot au Moyen-Orient. A ces succès se sont ajoutées d’ « heureuses surprises » : remontée des cours du pétrole, élection de Donald Trump, succès des thèmes prorusses en Europe. Au fil de l’année, le président russe a retourné à son profit des situations risquées et a ainsi jeté les bases de succès nouveaux en 2017, dans la perspective de sa réélection à l’automne.

En Syrie, la victoire à Alep a réalisé la percée stratégique que la Russie recherche dans la région. Quinze mois après l’annonce de l’intervention militaire depuis la tribune de l’ONU, la Russie a atteint ses principaux objectifs. Elle a ressuscité le régime al-Assad, son allié depuis 1970. Désormais, les négociations sur l’avenir politique du pays se feront selon le scénario russe. Dans la région, l’alliance entre la Russie et l’Iran est le pôle dominant : la Turquie s’est ralliée aux positions de Moscou et les monarchies sunnites du Golfe sont sur la défensive. En outre, les matériels de guerre russe ont bénéficié d’une forte exposition médiatique. Enfin, les forces armées russes ont considérablement accru leur empreinte au sol et en mer. En 2016, la Russie est parvenue à se hisser au rang de puissance dominante au Moyen-Orient. En 2017, le président russe l’a indiqué, la Russie animera son réseau d’alliance pour remodeler la région et la faire sortir de l’orbite américaine.

En 2016, le président russe a réussi sa prophétie auto-réalisatrice : le système de sécurité collective et le règlement des différends par le droit sont aujourd’hui impuissants.

Dans les enceintes internationales, la Russie a montré dans les faits les limites du système international qu’elle critique dans les discours depuis une décennie. La communauté internationale et les mécanismes de sécurité collective de l’ONU sortent discrédités de la guerre en Syrie. En utilisant régulièrement son veto au Conseil de Sécurité, la Russie a paralysé les initiatives des Occidentaux et réussi un rapprochement avec la Chine. Il en va de même en Europe : l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), chargée de veiller à la sécurité du continent, a patiné. En 2016, l’annexion de la Crimée (2014) et le « conflit gelé » en Ukraine se sont installés durablement dans le paysage géopolitique de l’Europe. En 2016, le président russe a réussi sa prophétie auto-réalisatrice : le système de sécurité collective et le règlement des différends par le droit sont aujourd’hui impuissants. En 2017, la Russie continuera à pousser son avantage contre les organisations multilatérales à la faveur de l’élection de Donald Trump notamment.

En Europe, la Russie se présente comme le seul pays à agir efficacement contre le terrorisme islamiste. Le président russe est devenu un point de ralliement pour de nombreux partis et leaders en Europe, au détriment de la solidarité intra-européenne. Les leaders « anti-système » revendiquent ouvertement leur proximité avec Vladimir Poutine dans de nombreux Etats-membres d’Europe centrale : hormis la Pologne, les partis populistes et autoritaires au pouvoir (Hongrie, Slovaquie, Bulgarie) ou aux portes de celui-ci (Autriche) se déclarent favorables à un renforcement des liens avec la Russie. A travers l’Europe, être pro-russe est un gage d’autorité personnelle et de patriotisme eurosceptique. Dans l’UE, le président russe conclut l’année 2016 en retournant la situation : comme contre-feu aux sanctions, il a accentué les divisions entre Européistes bruxellois et eurosceptiques populistes. En 2017, la Russie poursuivra son travail de division de l’Europe à la faveur des négociations sur le Brexit.

En France, le président russe a réussi à attirer une partie de l’opinion publique auparavant choquée par sa brutalité. Il rallie désormais les partisans d’une présidence forte. Les résolutions non contraignantes de l’Assemblée nationale (28 avril 2016) et du Sénat (8 juin 2016) soulignent que de nombreux parlementaires sont en train d’évoluer. Victoire symbolique, deux des candidats majeurs de la présidentielle, François Fillon et Marine Le Pen font ouvertement campagne pour un rapprochement avec la Russie et promeuvent des thèmes russes notamment la défense de la chrétienté contre le « totalitarisme islamique ». En 2017, le poutinisme sera à la mode en France.

En Russie, le président russe a pris un nouvel élan. Le succès en demi-teinte des élections à la Douma en septembre a constitué un électrochoc. En réaction, Vladimir Poutine a renouvelé son entourage, a refondu les services de sécurité et lancé un signal clair aux milieux d’affaire en faisant arrêter le ministre de l’économie, Alexandre Ouloukaïev. 2016 a été l’année de la reprise en main pour que les présidentielles de 2017 soit une consécration triomphale.

Un Européen averti en vaut deux : l’année 2017 sera l’année Poutine.

Copyright 23 décembre 2016-Bret/Diploweb


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