Depuis l’ouverture du Mur de Berlin, comment caractériser les relations entre la France, l’Europe centrale et orientale libérée de l’URSS, et la Russie ? Quels ont été les tropismes, les moments clés… et les résultats concrets ? Cet entretien présente un éclairage décentré sur près de quatre décennies. Il conduit aussi à saisir la bascule stratégique engagée depuis le retour de Trump II à la Maison Blanche, prenant à contre-pied les pays d’Europe centrale et orientale, sans garantir encore à Paris un résultat positif. Nous sommes véritablement à un moment charnière pour l’Europe. Serons-nous individuellement et collectivement à la hauteur ?
Arthur Kenigsberg vient de publier « L’Europe de l’Est n’existe pas. Ces pays oubliés où se joue notre avenir » (éd. Eyrolles). Il répond aux questions de Pierre Verluise pour Diploweb.com.
Pierre Verluise (P. V. ) : Le titre et le sous-titre de votre ouvrage fonctionnent en système. Pouvez-vous expliquer ce que vous voulez dire par : « L’Europe de l’Est n’existe pas. Ces pays oubliés où se joue notre avenir » ?
Arthur Kenigsberg (A. K. ) : Vous avez raison de remarquer cette importante liaison entre le titre et le sous-titre de mon essai. Elle s’appuie sur trois convictions profondes. La première est ce décalage entre la logique de « bloc » dans laquelle sont enfermés les pays d’Europe centrale et orientale dans cette appellation d’ « Europe de l’Est » et leur grande diversité « oubliée ». Cette appellation est la création artificielle de Staline. Avant la prétendue « libération » de ces territoires par l’armée soviétique (qui sera suivie par de longues décennies d’occupation et de crimes) qui accouche de ce bloc, les géographes ne parlent pas d’Europe de l’Est. Après la Première Guerre mondiale et la naissance ou renaissance d’un grand nombre de ces pays sur les ruines des empires prussien, austro-hongrois et russe, une grande littérature scientifique émerge sur cette région redécouverte. Les géographes parlent alors d’Europe centrale, d’Europe du milieu, d’Europe médiane ou encore de Mitteleuropa [1] mais pas d’Europe de l’Est. Pour une raison simple : il n’y aucune raison de distinguer deux Europes. C’est seulement après que Staline tire le Rideau de fer de « Stettin sur la Baltique à Trieste sur l’Adriatique » [2] que l’on distingue deux modèles : à l’Ouest un modèle politique et de production libéral, à l’Est un modèle politique et de production communiste. Cette région n’a pas de frontières géographiques « naturelles », les langues, religions ou cultures ne permettent pas de faire des délimitations claires. La dénomination de cette région a toujours été un défi. Plus de 30 ans après la fin de l’URSS (décembre 1991), il me parait pertinent de distinguer deux sphères géographiques : l’Europe centrale avec la Pologne, la République Tchèque, la Slovaquie et la Hongrie ; l’Europe orientale qui serait le dessin des marges de l’Europe avec l’Estonie, la Lettonie, la Lituanie, le Bélarus, l’Ukraine, la Moldavie, la Roumanie et la Bulgarie. Il est évident que l’Estonie ou la Lettonie peuvent être considérées comme des pays nordiques, que la Roumanie peut être placée en Europe centrale et qu’elle peut y être rejointe par la Slovénie ou la Croatie [3]. Ce ne sont pas des définitions figées ou rigides. Le débat est ouvert. Cependant, l’« Europe de l’Est » est une appellation et délimitation d’une époque révolue, renvoyant à un imaginaire désormais lointain. Elle est désuète, dépassée et renvoie à des réalités qui ne sont plus celles des pays de la région. La majorité de ces nations ont lutté contre ce modèle d’Europe de l’Est.

Ma deuxième conviction est que ces pays ont souffert d’un désintérêt d’une large partie des élites politiques, stratégiques et intellectuelles française qui n’ont pas su prendre le tournant de 1989 [4]. Le blocage était tout d’abord intellectuel : cette région n’a été regardée qu’à l’ombre de l’URSS puis de la Fédération de Russie ou d’une certaine rivalité avec l’Allemagne fédérale. Lorsque le regard des élites françaises se dirigeait vers l’Est, il se posait avec attention sur Berlin et faisait le grand bond jusqu’à Moscou mais ne s’arrêtait pas singulièrement sur Varsovie, Prague, Budapest, Bucarest, Kyiv ou Vilnius… Certaines opportunités économiques ont été saisies par des grands groupes français dans la région mais les opportunités de rapprochements politiques et stratégiques avec chacun de ces pays furent majoritairement gâchées faute d’intérêt, de volonté, et parfois d’élégance… Jusqu’à l’invasion à grande échelle de l’Ukraine, il manquait une vision stratégique française pour l’Europe centrale et orientale. Depuis, nous avons « changé de lunettes » comme disent les diplomates.
La prise de conscience de la « montée des périls » et de l’impérialisme russe renforce ma troisième conviction désormais largement partagée : l’avenir de l’Europe se joue dans cette région. L’issue de la guerre d’Ukraine revêt une importance capitale pour notre architecture de sécurité et que dire d’une potentielle agression russe sur l’Estonie, la Lettonie ou la Lituanie, membres de l’Union européenne et de l’OTAN ? Les services de renseignement allemands ou baltes émettent l’hypothèse d’une agression russe aux frontières orientales de l’Europe dans les 3 à 5 ans, quelles en seraient les conséquences ? Y sommes-nous prêts ? Nous préparons-nous suffisamment à l’article 5 de l’OTAN ou à l’article 42-7 de l’Union européenne [5] ? L’Union européenne survivrait-elle à un non-respect de l’article 42-7 ? Les questions sur le futur de l’Europe se posent majoritairement dans cette région. De la mer Baltique à la mer Noire, nous sommes confrontés à un grand nombre de défis militaires, stratégiques, technologiques et politiques. Cette région est au cœur de nos débats. Le flanc oriental de l’Europe fait désormais pleinement partie de la carte mentale de nos élites.
P. V. : J’ai rarement lu une analyse synthétique aussi critique des politiques françaises à l’égard de l’URSS - puis de la Russie postsoviétique. Et pourtant, j’ai vu sur LinkedIn une photo où le ministre de l’Europe avait l’air ravi de poser à vos côtés avec votre ouvrage bien en évidence, « L’Europe de l’Est n’existe pas. Ces pays oubliés où se joue notre avenir », éd. Eyrolles. Alors, expliquez-nous. Pour commencer, à vous lire, la France n’a pas compris le tournant de la chute des régimes communistes dans les anciens satellites (1989) et la fin de l’Union soviétique (1991). Pourtant, le 31 décembre 1989, le Président de la République française François Mitterrand (1981-1995) n’a-t-il pas proposé une confédération européenne encore parfois présentée comme visionnaire ? Pour vous, quelle était l’erreur conceptuelle qui a finalement commencé à ouvrir une longue liste de maladresses contreproductives ?
A.K. : C’est intéressant que vous ayez remarqué cette photo.

J’aimerais m’y arrêter également quelques instants parce qu’elle illustre plusieurs aspects. Sans trop m’avancer, je pense que l’actuel Ministre de l’Europe, Benjamin Haddad, partage un grand nombre des « critiques » que j’émets. Nous nous connaissons depuis quelques années, bien avant qu’il soit député et Ministre. Il a un passé de think tanker [6], engagé dans la relation transatlantique et c’est un fin connaisseur des pays d’Europe centrale et de leurs écosystèmes. C’est l’une des premières personnalités de renom à avoir soutenu publiquement les activités du think tank Euro Créative que j’ai cofondé [7] parce qu’il partageait cette volonté de rapprocher la France des pays du flanc oriental. Il déplorait aussi publiquement le peu de présence française dans ces pays et sentait le besoin pour la France de se « réinventer » dans la région. Il est désormais « aux responsabilités » et j’étais donc heureux de pouvoir lui faire quelques recommandations. Pour des chercheurs ou des think tankers, il est très important d’être au contact des administrations ou de l’exécutif afin de prendre conscience des nombreuses contraintes et complexités qui délimitent leurs champs d’actions ou pèsent sur leurs mandats. Donc pour revenir à votre question, mon analyse synthétique critique des 30 dernières années de notre diplomatie s’inscrit dans ce cadre : je ne fais pas la leçon ou un réquisitoire, j’ai parfaitement conscience de la dureté de gouverner. Dans cet essai, « L’Europe de l’Est n’existe pas. Ces pays oubliés où se joue notre avenir » (éd. Eyrolles) je tente d’extraire ce qui est resté de notre politique envers ces pays d’Europe centrale et orientale depuis la chute des régimes communistes et de l’effondrement de l’URSS afin de participer au remodelage intellectuel de notre politique européenne. Au fond, notre relation à cette région interroge notre rapport à l’Europe et à la Russie, ou à l’idée que nous nous en faisons. Comprenons nos erreurs. A l’heure où nous prenons un grand nombre de décisions stratégiques cruciales, ne nous interdisons pas d’être lucides et exigeants.
L’idée de Confédération européenne du Président François Mitterrand présentée lors de ses vœux télévisés en 1989 n’est pas aberrante : les pays d’Europe centrale et orientale libérés du communisme aspiraient à rejoindre la Communauté européenne [8] mais leur adhésion prendrait plus d’une décennie, il était nécessaire de ne pas les enfermer dans un « sas frustrant ». La Confédération européenne devait donc regrouper des pays membres, des pays sur le chemin de l’adhésion et l’URSS afin de traiter des questions de sécurité et de paix du continent européen. Mais le ver était dans le fruit. Pourquoi des pays nouvellement libérés de décennies d’oppressions communistes (écrasement de la révolution hongroise en 1956, écrasement du Printemps de Prague en 1968, état de siège en Pologne de 1981 à 1983 etc…) accepteraient d’être placés de nouveau dans une structure politique avec l’URSS pour traiter de leur avenir ? N’avaient-ils pas pleinement recouvré leur souveraineté ? Cette idée fut définitivement rejetée par les pays d’Europe centrale menés par Vaclav Havel lors des Assises de Prague en 1991. Premier grand échec de la diplomatie française dans cette « Autre Europe [9] ».
Afin d’évoquer cette « erreur » et d’être justement bousculé dans mes certitudes lors de l’écriture de mon essai, je me suis entretenu avec Hubert Védrine, proche conseiller de Mitterrand et porte-parole de l’Élysée en 1989. Il confirma cependant mon analyse, cette idée et son déploiement étaient précipités, sans réelle concertation avec ces nouvelles chancelleries européennes. Il ajoutait que la présence de l’URSS dans ce dispositif était une volonté de Mitterrand pour ménager Gorbatchev et ne pas l’affaiblir. Un travail profond et continu avec Varsovie, Prague ou Budapest aurait tout de même permis à Paris d’éviter une déconvenue publique et de saisir les profondes aspirations de ces nations à se protéger de l’URSS puis de la Russie. Mitterrand ne fut pas le dernier Président français à lancer de grandes idées pour l’Europe sans véritablement consulter ses partenaires d’Europe centrale et orientale. Pour un résultat similaire.
Au fond, la principale erreur conceptuelle d’une large partie de la diplomatie française est d’avoir cru jusqu’en 2014 [10] et 2022 [11] que l’affaiblissement puis la chute de l’Union soviétique représentaient également l’extinction des volontés impérialistes russes. C’était la différence fondamentale entre la France et les pays d’Europe centrale et orientale qui refusaient de se faire des idées sur la « nouvelle Russie ». Contrairement aux Etats-Unis, nous ne sommes pas apparus comme ceux qui souhaitaient des garanties de sécurité fortes pour ces pays face à la Russie mais comme ceux qui souhaitaient « ménager la Russie ». Ce fil conducteur se retrouve dans beaucoup de maladresses ou d’erreurs françaises.
Une aversion et une frustration.
P. V. : Le Président de la République française Jacques Chirac (1995-2007) a-t-il mieux su prendre acte des pays d’Europe centrale et orientale ?
A.K. : Je ne souhaite pas tirer à boulets rouges gratuitement sur le Président Jacques Chirac, d’autant plus qu’il est décédé et a pris un grand nombre de décisions courageuses sur d’autres dossiers, mais sur l’Europe centrale et orientale c’est peut-être le contre-exemple le plus important. C’est d’autant plus dommageable que le grand élargissement européen de 2004 intervenait durant son deuxième mandat. Ses mots malheureux sur ces pays « qui ont manqué une occasion de se taire » sont restés dans les mémoires.
En 2002-2003, dans le contexte du traumatisme du 11 septembre 2001, les États-Unis de George W. Bush appellent leurs alliés européens à soutenir la « guerre contre le terrorisme ». La France s’efforce alors, avec raison, de convaincre les Européens des risques d’une intervention en Irak, qu’elle juge infondée, et conteste la crédibilité des preuves avancées par Washington sur l’existence d’armes biochimiques irakiennes. C’est le fameux « moment de Villepin » et ce grand discours devant les Nations-Unies, le 14 février 2003. Si les Français gardent bien en tête cette séquence où ils disent « non » avec éclat aux Etats-Unis, ils ont oublié la faute commise à l’endroit de nos partenaires européens. Tous n’étaient pas sur notre position, au contraire, c’était le moment pour eux de montrer leur fiabilité et leur loyauté au grand allié de l’OTAN. Deux textes, signés principalement par des pays d’Europe centrale et orientale, provoqueront l’ire de Paris car ils soutiennent la position américaine de « débarrasser le monde du danger posé par les armes de destruction massive de Saddam Hussein ». Il s’agissait de la Lettre des huit pays d’Europe pour un front uni face à l’Irak et de la Déclaration des pays du groupe de Vilnius. Ces deux déclarations sont d’ailleurs à retrouver sur le Diploweb dans un article s’intitulant : 2003, l’Europe éclatée ? [12] Quelques jours après ces deux déclarations le Président Chirac s’emporte violemment : « Concernant en tous les cas les pays candidats, je ne parle pas des pays qui ne sont pas candidats, mais les pays candidats, honnêtement, je trouve qu’ils se sont comportés avec une certaine légèreté. Car entrer dans l’Union européenne, cela suppose tout de même un minimum de considération pour les autres, un minimum de concertation. Si, sur le premier sujet difficile, on se met à donner son point de vue indépendamment de toute concertation avec l’ensemble dans lequel, par ailleurs, on veut entrer, alors, ce n’est pas un comportement bien responsable. En tous les cas, ce n’est pas très bien élevé. Donc, je crois qu’ils ont manqué une bonne occasion de se taire. » Tout y était… Léger chantage à l’adhésion européenne, arrogance française, sentiment de supériorité sur les nations d’Europe centrale et orientale « mal élevées ». Cette séquence a laissé des traces immenses. Dire à des pays qui étaient dans leur chemin vers l’Europe, après plus de 50 ans de souveraineté « kidnappée » pour reprendre la formule de Milan Kundera, qu’ils ont « manqué une occasion de se taire » alors qu’ils aspiraient à rejoindre une famille dans laquelle ils pourraient s’exprimer était très maladroit. Cependant, évoquer une simple maladresse n’est pas tout à fait juste. Jacques Chirac a eu maintes fois l’occasion de présenter des excuses ou de revenir sur ses propos, il ne l’a pas fait. Au fond, s’exprimait à ce moment précis une tendance de la diplomatie et de la politique françaises : une aversion et une frustration quant à ces élargissements européens envers des pays jugés « suiveurs » des Etats-Unis. Ce grand moment de contestation française de la puissance américaine et de sa mainmise sur l’Europe était gâché par les pays d’Europe centrale et orientale, la France ne le supportait pas. Injustement ou non, ces paroles ont façonné une certaine idée de la France dans la région.
P. V. : Le Président de la République française Nicolas Sarkozy (2007-2012) est réputé avoir mis fin à l’avancée des troupes russes en Géorgie (2008), mais avec quelles ambiguïtés ? Et son bilan d’ensemble est-il plus brillant ? Comment comprendre que N. Sarkozy et la chancelière A. Merkel se soient opposés au début de négociations avec l’Ukraine ? Quelles en ont été les conséquences stratégiques ?
A. K. : Le « règlement » de la guerre de Géorgie à l’été 2008 par le Président Nicolas Sarkozy présente, en effet, un bilan ambigu. Il est indéniable que le dynamisme et l’engagement du locataire de l’Élysée qui assumait également la présidence du Conseil (des ministres) de l’Union européenne, ont permis de trouver une issue à ce conflit entre la Géorgie et la Fédération de Russie. Cette médiation est apparue comme une réussite mais elle consacra tout de même des croyances géopolitiques russes. Le texte du compromis négocié par Paris ouvre la possibilité aux Russes de « prendre des mesures supplémentaires de sécurité » dans la région et donne raison à leur vision « d’étranger proche ». Le Président français insistera également sur le droit de la Russie à défendre les minorités russophones. La France apparait prise au piège de deux éléments fondamentaux du narratif du Kremlin : l’existence d’une sphère d’influence naturelle de la Russie et son droit de protéger hors de son territoire des minorités russophones prétendument oppressées. Deux éléments du narratif que nous retrouverons en 2014 lorsque Moscou punit l’Ukraine de vouloir sortir de sa zone d’influence et de se placer dans celle de l’Occident. De même en 2022.
Cependant à Tbilissi (Géorgie), à côté de ces négociations de paix s’est joué un épisode qui est également resté dans les mémoires en Europe centrale et orientale. Une délégation de dirigeants estonien, letton, lituanien, polonais et ukrainien était également dans la capitale géorgienne au moment des négociations, afin de marquer son soutien à la Géorgie victime de la nouvelle poussée impérialiste russe. Comme le rapporte la journaliste du Monde, Sylvie Kauffmann, dans son livre « Les Aveuglés » (éd. Stock, 2023), ces dirigeants souhaitaient s’entretenir avec Nicolas Sarkozy, leur allié européen. Le Président français refusa. Plus précisément, il accepta de rencontrer seulement le dirigeant polonais de l’époque, Lech Kaczynski, mais pas les « petits pays ». C’était une nouvelle démonstration du mépris français pour ces nations d’Europe centrale et orientale, déjà échaudées quelques semaines plus tôt par le veto français sur l’adhésion de l’Ukraine à l’OTAN au Sommet de Bucarest. Ce veto franco-allemand est en réalité simple à comprendre : Paris et Berlin étaient convaincus que l’entrée de l’Ukraine dans l’Alliance atlantique était un casus belli pour Moscou. Nous sommes quelques mois après le remuant discours de Vladimir Poutine à la Conférence de sécurité de Munich (10/02/2007) et ses grandes charges contre l’OTAN et ses élargissements. La France et l’Allemagne ont préféré jouer la désescalade et la tempérance en refusant de déclencher la procédure d’adhésion de l’Ukraine et de la Géorgie à l’OTAN, persuadées que ce veto calmerait le Kremlin. La suite sera cruelle… D’autant plus que Nicolas Sarkozy dira tout de même à Bucarest que ces pays ont « vocation à rejoindre l’OTAN ». La France et l’Allemagne ont donc placé Kyiv et Tbilissi dans une situation inconfortable : une trajectoire vers l’OTAN affirmée mais repoussée. Quelques semaines plus tard, la situation se tend dans le nord de la Géorgie…
P. V. : A vous lire, ce serait le Président de la République française François Hollande (2012-2017) qui s’en serait le mieux sorti face au Président de la Fédération de Russie, Vladimir Poutine, notamment en annulant la vente de navires de projection et commandement de classe Mistral précédemment concédée en 2011 par N. Sarkozy.
A.K. : C’est indéniable. François Hollande est le seul Président de la République française à ne pas avoir exalté la prétendue amitié franco-russe ou à avoir eu le sentiment qu’il pouvait arrimer la Fédération de Russie à l’Occident. François Hollande a très rapidement cerné qui était Vladimir Poutine et les limites de notre diplomatie avec ce régime aux mains des services de sécurité et des cercles mafieux. L’annulation de la vente des Mistral en est effectivement la bonne illustration. L’agression russe sur l’Ukraine en 2014 ne pouvait rester sans conséquence. Les sanctions européennes et l’annulation de cette vente furent importantes malgré la grande pression de l’opposition UMP de l’époque, plus scandalisée par le fait que la France ne livre pas les Mistral à Moscou que par la violation du droit international et de la souveraineté de l’Ukraine par la Russie. Le Président Hollande a eu le courage de tenir ce cap de fermeté vis-à-vis du Kremlin.
Je serai en revanche plus sévère avec les deux accords de Minsk issus des formats Normandie (France, Allemagne, Ukraine, Fédération de Russie). Ces accords, s’ils avaient le mérite de « sauver la paix » ou de gagner du temps, plaçaient l’Ukraine dans une impasse et fragilisaient sa bonne gouvernance. J’ai récemment découvert dans les excellentes mémoires [13] de Pierre Lévy, ancien ambassadeur de France à Moscou, Varsovie et Prague, une position diplomatique française pour le moins troublante : quelques jours avant l’invasion à grande échelle du 24 février 2022, la France se servait des blocages du processus de Minsk qui empêchaient toute avancée de l’Ukraine vers la sphère « euro-atlantique » pour dissuader la Russie d’envahir son voisin. Cette position [14] illustre parfaitement l’impasse que nous bâtissions volontairement pour l’Ukraine dans le souci de contenir l’agressivité russe. Je ne blâme pas Pierre Lévy, pour lequel j’ai beaucoup de respect et qui a laissé de beaux souvenirs à Prague et Varsovie, mais cette position doit être regardée avec lucidité. Voyons où nous a menés cette politique de « désescalade ».
P. V. : Enfin, comment comprenez-vous l’évolution des politiques du Président de la République française, Emmanuel Macron, depuis 2017 ? Distinguez-vous des périodes ?
A. K. : Sans entrer dans les détails, on peut effectivement distinguer, au minimum, deux périodes : de 2017 à 2022 et de 2023 à aujourd’hui. La première période est une pénible et longue tentative du Président Emmanuel Macron de créer un rapprochement entre la France et la Fédération de Russie. Cette période va de l’accueil de Vladimir Poutine au Château de Versailles au fameux « il ne faut pas humilier la Russie » en juin 2022, en passant par le dialogue de Brégançon. Dans cette période, l’idée du Président français est de créer une « architecture européenne de sécurité et de confiance » avec la Russie. Une idée qui apparaissait ô combien malvenue pour les pays d’Europe centrale et orientale, spectateurs inquiets de la montée en agressivité de la Russie. Cette période installe l’idée qu’Emmanuel Macron est ambigu avec la Russie et cette image ternit considérablement ses ambitions de prendre le leadership sur la relance du projet européen. Comment pouvait-il prendre le leadership alors qu’il ignorait grandement les inquiétudes sécuritaires d’une large partie de l’Europe et semblait vouloir affaiblir l’OTAN [15] ? Ce rapprochement franco-russe relevait plus du coup de poker stratégique que d’une stratégie patiemment travaillée et réfléchie. Et pour cause, la Russie avait déjà annexé une partie de l’Ukraine, déclenchait déjà des attaques hybrides contre des pays européens, multipliait déjà des attaques hybrides contre la présence française en Afrique et s’était déjà immiscée dans la campagne présidentielle française de 2017. Une lecture patiente et lucide de ces événements n’aurait pas conduit à pencher naturellement en faveur du rapprochement franco-russe. Finalement, cette idée s’est cognée au réel avec l’invasion à grande échelle de l’Ukraine en 2022 et le Président français mettra près d’un an à se placer aux côtés de l’Ukraine sans ambiguïté. C’est en juin 2023, à Bratislava, au forum annuel de GLOBSEC [16] (grand think tank slovaque) qu’Emmanuel Macron ouvre cette seconde période : le développement d’une nouvelle vision française du flanc oriental de l’Europe et d’une ligne plus ferme vis-à-vis de la Russie. Dans ce discours, le Président français revient sur les propos de Jacques Chirac et confesse que ces pays n’avaient pas « manqué une occasion de garder le silence » mais que la France avait « perdu des occasions de les écouter ». Le changement est clair, la France exprime sa volonté d’un rapprochement stratégique avec grand nombre des pays d’Europe centrale et orientale. Ce discours de Bratislava sera suivi par une montée en puissance politique, plus que financière, du soutien français à l’Ukraine. Le Président français est le premier à émettre le souhait de voir des troupes européennes sur le sol ukrainien et prend la tête de la Coalition des volontaires. L’idée de Paris n’est plus de ménager la Russie. Cependant, beaucoup en Europe perçoivent encore ces changements de positions et ces évolutions comme de « l’opportunisme », non pas comme l’invention d’une nouvelle doctrine française européenne ou à destination des pays d’Europe centrale et orientale. Je ne partage pas cette analyse. Je crois que le discours de Bratislava est une tendance profonde de la diplomatie française mais je confirme qu’il est désormais nécessaire de joindre les actes aux mots, de passer des déclarations d’amour aux preuves d’amour. Et lorsque Paris fait récemment savoir qu’elle est prête à reprendre le dialogue avec le Kremlin, nous sommes nombreux à considérer qu’il s’agit d’une possibilité de gâcher les crédits gagnés à Bratislava. Cette reprise du dialogue ne devra pas se faire par-dessus de la tête des Ukrainiens et des capitales européennes soutenant Kyiv.
P. V. : A vous lire, on peut avoir l’impression que les erreurs de diagnostic ne sont pas sans conséquences, autrement dit qu’il y a un prix géopolitique à payer, notamment en terme de poids relatif de la France dans l’Union européenne, et en matière d’accueil des propositions de Paris. In fine , le paramètre russe a-t-il été un facteur de renforcement ou d’affaiblissement du « rang de la France » pour reprendre une formule connue ?
A. K. : Le paramètre russe et la relation ambiguë de la France avec la Fédération de Russie ont profondément dégradé l’image de la diplomatie française dans une large partie de l’Europe. Paris avait beau justifier cette ambiguïté par le fait que la France était une puissance nucléaire, membre permanent du Conseil de sécurité des Nations unies, et que « la Russie n’allait pas déménager », ces arguments ne convainquaient pas ses partenaires. Le Président Emmanuel Macron a pu vérifier cet affaiblissement du « rang de la France ». Après son premier grand discours de la Sorbonne (26 septembre 2017) et ses tentatives d’entraîner ses partenaires sur le terrain de l’autonomie stratégique européenne, le Président français s’est trouvé bien seul en Europe. Cette autonomie signifiait une plus grande indépendance des Européens vis-à-vis des États-Unis, puissance principale des garanties de sécurité des pays d’Europe centrale et orientale. Dans le même temps, la France proposait à ses partenaires de construire une « architecture de sécurité et de confiance » avec une puissance révisionniste. Le terme n’est pas trop fort : le Kremlin souhaite réviser l’ordre européen né de l’effondrement de l’URSS en 1991, qu’il vit comme un déclassement et un danger. Avant l’invasion à grande échelle de l’Ukraine (24/02/2022) ou la réélection de Donald Trump (5/11/2024), quel intérêt les Européens auraient-ils eu à fragiliser la relation transatlantique au profit d’un rapprochement avec la Fédération de Russie ? Il était impossible de les embarquer dans une telle aventure politique. La France a affaibli ses initiatives européennes en souhaitant un ménagement ou un rapprochement avec la Russie.
Il est également intéressant d’interroger ces erreurs de diagnostic. En réalité, la pénétration des esprits de nos élites politiques, diplomatiques et stratégiques par les travaux d’intellectuels comme Hélène Carrère d’Encausse, aux penchants pro-russes, a joué un rôle immense dans l’acceptation d’une large partie du narratif moscovite. De plus, une mauvaise lecture de la politique étrangère du général de Gaulle à l’égard de l’URSS, trop vite résumée à l’expression « l’Europe, de l’Atlantique à l’Oural », a poussé un certain nombre de gaullistes à se fourvoyer dans leur rapport à la Russie. L’écrasement du Printemps de Prague (1968) avait conduit de Gaulle à la conclusion qu’un rapprochement avec l’URSS était vain.
Un grand nombre d’analystes et de stratèges sont apeurés par la perspective d’un lâchage complet américain de l’Ukraine ou de la sécurité européenne.
P. V. : Enfin, depuis le 20 janvier 2025, comment Trump II ajoute-t-il un facteur de pression sur la France et l’UE dans leurs relations à la Russie de V. Poutine ? Les pays d’Europe centrale et orientale ne sont-ils pas souvent piégés par leur dépendance mentale aux Etats-Unis ? Quel pourrait-être le moins mauvais chemin pour les pays de l’Union européenne dans ce nouveau contexte stratégique ?
A.K. : Ces pays d’Europe centrale et orientale sont, en effet, pour le moment, en partie piégés par leur dépendance à Washington. L’affaiblissement de la présence et de la sécurité américaines pour ces pays représente la fin d’un monde. La garantie de sécurité américaine face à la menace russe était leur principale certitude stratégique. Les élites politiques, militaires et diplomatiques de ces pays ont été éduquées et instruites dans cette croyance. L’OTAN et son article 5 étaient érigés en totem. Cette nouvelle administration Trump 2.0 balaie toutes leurs certitudes : fin de l’aide à l’Ukraine, rapprochement souhaité avec Moscou, rapprochement souhaité avec le régime de Minsk, fin de l’USAID et réduction du nombre de troupes américaines présentes sur le flanc oriental de l’Europe. En un an, leur environnement géostratégique a été bouleversé. Le moins mauvais chemin pour eux est désormais celui qui a été longtemps dessiné par la France : l’autonomie stratégique européenne. Cette autonomie va de pair avec la création d’un véritable pilier européen de l’OTAN.
Cependant, j’aimerais alerter sur l’immense risque, pour Paris et les Français, de considérer qu’ils avaient raison depuis des années pendant que ces pays se fourvoyaient. Comme expliqué, le rapprochement souhaité avec Moscou affaiblissait considérablement cette proposition, et l’autonomie stratégique européenne n’a pas de définition claire. C’est un mix des rapports de Mario Draghi (The future of European competitiveness) et Enrico Letta (Much more than a market), mais nous n’avons toujours pas de vision claire de ce qu’elle doit être.
Ma première crainte est tout de même qu’un grand nombre de Français (responsables politiques, diplomates, militaires, hauts fonctionnaires, journalistes, analystes, entrepreneurs et chefs d’industrie) considèrent l’autonomie stratégique européenne comme « l’autonomie stratégique française pour l’Europe ». Au fond, c’est ce que résumait la formule du général de Gaulle : « l’Europe est le levier d’Archimède de la France ». Les Français doivent impérativement comprendre que l’autonomie stratégique ne se fera que si l’ensemble des Européens y trouvent leur intérêt et parviennent à tirer leurs économies vers le haut grâce à cette autonomie. Combien de fois ai-je vu des acteurs de notre base industrielle et technologique de défense (BITD) regarder avec délectation la Pologne (4,7 % du PIB consacré au budget militaire) sans comprendre que les Polonais voulaient que leurs achats et importations servent leur production et leurs innovations ? Combien de fois ai-je vu ces mêmes acteurs de notre BITD regretter ensuite que les Polonais choisissent des offres suédoises ou britanniques parce qu’elles prenaient en compte leurs besoins ? Combien de fois ai-je vu ces mêmes acteurs de notre BITD regretter que la Pologne achète du matériel américain ou sud-coréen sur étagère, alors que nous n’avions pas de stocks ni de capacités de production rapides ? L’autonomie stratégique européenne attirera si elle apparaît comme pragmatique et profitable, pas si elle relève de l’idéologie.
Ma deuxième crainte est que le caractère radicalement transactionnel de cette administration américaine ne bride finalement les envies de « transition » vers l’autonomie stratégique des dirigeants européens, en particulier ceux d’Europe centrale et orientale. Un grand nombre d’analystes et de stratèges sont apeurés par la perspective d’un lâchage complet américain de l’Ukraine ou de la sécurité européenne, par manque d’alignement des Européens sur les intérêts économiques de Washington (et du cercle rapproché de Donald Trump et des MAGA). Cette administration américaine, qui a obtenu des pays de l’OTAN la promesse de 5 % du PIB consacrés aux dépenses militaires (dont 1,5 % aux infrastructures de résilience), laissera-t-elle les Européens les investir dans une base industrielle et technologique de défense européenne ? C’est utopique.
Au fond, nous sommes dans un moment charnière pour l’Europe : la souveraineté ou la servitude.
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. Arthur Kenigsberg, « L’Europe de l’Est n’existe pas. Ces pays oubliés où se joue notre avenir », éd. Eyrolles
4e de couverture
L’Europe de l’Est est la création artificielle de Staline. Ni la géographie, ni la culture, encore moins la volonté politique ne prédisposaient toutes ces nations à vivre dans le même bloc. Entretenue par plus de cinquante ans de Guerre froide, cette appellation s’est profondément enkystée dans notre imaginaire et nous empêche de penser les nouvelles réalités de cette région d’une grande diversité.
Beaucoup ignorent ainsi que la Pologne est aujourd’hui la sixième économie d’Europe, que l’Estonie, tout comme l’Ukraine, sont à la pointe de la cybersécurité ou que la Roumanie possède un écosystème de start-up très dynamique.
Enrichi d’entretiens avec des éminents spécialistes, l’essai d’Arthur Kenigsberg fait l’analyse de ces incompréhensions et de leurs conséquences afin de briser les stéréotypes et de tracer une voie vers les opportunités françaises en Europe centrale et orientale.
À l’heure où l’Europe risque d’être reléguée à une simple « périphérie » dans le chaos du monde, il est urgent de changer la vision que nous avons de ces pays pour renforcer l’unité européenne et faire face aux chocs géopolitiques, militaires et technologiques qui s’annoncent. Et si notre avenir se jouait entre mer Baltique et mer Noire ?
Président fondateur d’Euro Créative, think tank spécialisé sur les pays d’Europe centrale et orientale depuis 2019, Arthur Kenigsberg a également été durant sept ans conseiller du député Frédéric Petit représentant des Français d’Allemagne, d’Europe centrale et des Balkans. Il est le co-fondateur d’Iron Bridge, cabinet de conseil en intelligence stratégique, affaires publiques et communication d’influence. Arthur Kenigsberg a publié « L’Europe de l’Est n’existe pas. Ces pays oubliés où se joue notre avenir », éd. Eyrolles (2025).
Propos recueillis par Pierre Verluise, docteur en Géopolitique, fondateur du Diploweb.com.
[1] Avant de devenir une notion utilisée par les nazis.
[2] Discours de Winston Churchill, 5 mars 1946.
[3] Deux pays des Balkans qui ont une longue attache avec l’Europe centrale.
[4] Chute des régimes communistes d’Europe centrale.
[5] « Au cas où un État membre serait l’objet d’une agression armée sur son territoire, les autres États membres lui doivent aide et assistance par tous les moyens en leur pouvoir, conformément à l’article 51 de la charte des Nations unies. » (TUE) . NDLR. Source EUR-Lex : « Le traité de Lisbonne renforce la solidarité des États membres de l’Union européenne (UE) face aux menaces extérieures en introduisant une clause de défense mutuelle (article 42, paragraphe 7, du traité sur l’Union européenne). Cette clause prévoit que, dans le cas où un État membre serait l’objet d’une agression armée sur son territoire, les autres États membres lui doivent aide et assistance par tous les moyens en leur pouvoir, conformément à l’article 51 de la charte des Nations unies.
Cette obligation de défense mutuelle lie tous les États membres. Cependant, elle n’affecte pas la neutralité de certains États membres ni l’appartenance des pays à l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN). Cette clause est complétée par la clause de solidarité (article 222 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne) qui prévoit l’obligation pour les États membres d’agir conjointement lorsque l’un d’entre eux est victime d’une attaque terroriste ou d’une catastrophe d’origine naturelle ou humaine. » https://eur-lex.europa.eu/FR/legal-content/glossary/mutual-defence-clause.html
[6] Directeur chez Atlantic Council.
[7] Création en octobre 2019.
[8] Ancêtre de l’Union européenne.
[9] Formule de Czeslaw Milosz.
[10] Première invasion de l’Ukraine avec l’annexion de la Crimée et d’une partie du Donbass.
[11] Invasion à grande échelle de l’Ukraine.
[13] « Au cœur de la Russie en guerre. Récit de l’Ambassadeur de France » (Ed. Tallandier, 2025).
[14] A. Kenigsberg fait référence le livre de P. Lévy, « Au cœur de la Russie en guerre. Récit de l’Ambassadeur de France » (Ed. Tallandier), chapitre IV, La montée des tensions, sous partie : Dans la tête de Vladimir Poutine.
[15] « L’OTAN est en état de mort cérébrale », Emmanuel Macron, 2019.
[16] Dont le forum annuel se tient à Prague depuis l’élection de Robert Fico comme premier ministre de la Slovaquie.
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Date de publication / Date of publication : 4 janvier 2026
Titre de l'article / Article title : La France, l’Europe centrale et orientale… et la Russie. Entretien avec A. Kenigsberg
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Depuis l’ouverture du Mur de Berlin, comment caractériser les relations entre la France, l’Europe centrale et orientale libérée de l’URSS, et la Russie ? Quels ont été les tropismes, les moments clés… et les résultats concrets ? Cet entretien présente un éclairage décentré sur près de quatre décennies. Il conduit aussi à saisir la bascule stratégique engagée depuis le retour de Trump II à la Maison Blanche, prenant à contre-pied les pays d’Europe centrale et orientale, sans garantir encore à Paris un résultat positif. Nous sommes véritablement à un moment charnière pour l’Europe. Serons-nous individuellement et collectivement à la hauteur ?
Arthur Kenigsberg vient de publier « L’Europe de l’Est n’existe pas. Ces pays oubliés où se joue notre avenir » (éd. Eyrolles). Il répond aux questions de Pierre Verluise pour Diploweb.com.
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