Synthèse de la visioconférence : Genèse, activités et défis actuels de l’UNRWA

Par Marie COLONNA RENUCCI , le 11 août 2022  Imprimer l'article  lecture optimisée  Télécharger l'article au format PDF

Étudiante en première année à Science Po Aix, Marie Colonna Renucci voue une appétence particulière pour le Proche Orient. Elle suit une formation en vue de l’obtention du certificat du monde arabe contemporain (CEMAC). Elle s’intéresse aux domaines de la géopolitique, des relations internationales et de la défense. Marie Colonna Renucci a rédigé pour Diploweb.com des synthèses de conférence entre juin et juillet 2022.

Le 4 août 2022, l’attaque d’Israël sur Gaza contre le Jihad islamique, remet la question palestinienne sous les projecteurs. Voici la synthèse d’une conférence antérieure, au sujet de l’Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (en anglais UNRWA).

Visioconférence co-organisée par le GRAM (Groupement de recherche sur l’action multilatérale) et l’AFNU (Association française pour les Nations Unies) le jeudi 2 juin 2022.

Avec Marc Lassouaoui, Senior manager outreach Europe pour l’UNRWA (Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient) ; et Alain Dieckhoff, Sciences Po – directeur du CERI (centre de recherches internationales) et spécialiste d’Israël et du conflit israélo palestinien. Synthèse par Marie Colonna Renucci.

Quelles sont les origines et les antécédents de l’UNRWA ?

M. Lassouaoui ouvre la visioconférence par une explication au sujet de la formation de l’agence. A la sortie de la Seconde Guerre mondiale, la Grande-Bretagne possédait un mandat sur la Palestine historique.
L’Etat se déleste alors du dossier palestinien à l’ONU, face aux violences dans la région et à l’arrivée massive de juifs. Les 46 pays alors membres de l’Assemblée Générale votent la résolution 181 qui établit le partage de cette zone avec l’Etat israélien, créé en mai 1948.

La Nakba (« catastrophe » en arabe) déplace environ 720 000 réfugiés palestiniens, se dirigeant vers ce qui est aujourd’hui Gaza, la Cisjordanie, la Jordanie, la Syrie et le Liban.

Plusieurs services humanitaires tentent alors de fournir de l’aide à ces réfugiés comme les Quakers américains, ou encore la Croix Rouge et les Croissants Rouges. Ces derniers s’occupent essentiellement de l’alimentaire, de donner des tentes mais ne participent pas à l’éducation.

En novembre 1948 est créée l’agence de l’ANURP (Aide des Nations Unies aux Réfugiés de Palestine), néanmoins son mandat est limité à la coordination des efforts humanitaires. A ses côtés, en décembre 1948, l’ONU met en place la commission de la conciliation pour la Palestine, chargée de trouver une solution politique pour les problèmes des réfugiés, et des lieux saints.

Le vote de la résolution 302 en 1949 fait succéder à ces organismes l’Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (en anglais UNRWA) : une organisation humanitaire non politique.

Qui est réfugié palestinien ?

Une définition du réfugié de Palestine est créée pour ce cas spécifique. Il est désigné comme une personne qui a eu sa résidence normale en Palestine pendant deux ans au moins avant le conflit de 1948 et qui, en raison de ce conflit, a perdu à la fois son foyer et ses moyens d’existence, et a trouvé refuge, en 1948, dans l’un des pays où l’UNRWA assure ses secours, à savoir, la Bande de Gaza, la Cisjordanie,la Jordanie, la Syrie et le Liban. Ce statut de réfugié est transmis à leurs descendants. De ce fait, il existe aujourd’hui plus de 5,8 millions de réfugiés palestiniens.

Selon A. Dieckhoff « La majorité d’entre eux n’ont de réfugié que le titre. ». En effet, seul un tiers d’entre eux habitent encore dans les camps, lieux où sont fournis les services de l’UNRWA.

Quels sont les services fournis par l’UNRWA ?

Un service de base de l’UNRWA est concentré sur les domaines de la santé, du social, de l’aide humanitaire, de la protection et de l’éducation. Ainsi plus d’un demi-million d’enfants sont scolarisés dans environ 700 écoles.

A cela s’ajoutent les programmes d’urgence qui regroupent par exemple l’aide alimentaire, les donations en liquide ainsi que le soutien psychologique, aux enfants notamment.

Enfin, il existe un troisième portail, celui des projets de construction, en général d’écoles ou de camps détruits.

Ils sont mis en œuvre par un personnel local de 30 000 personnes.

La diversité des situations des réfugiés de Palestine selon les terrains d’opération

Les réfugiés ne possèdent pas les mêmes vies et les mêmes destins selon leur pays d’accueil. Il existe de forts contrastes d’intégration selon les Etats. En effet, la plupart des réfugiés palestiniens en Jordanie possèdent la citoyenneté jordanienne. A l’inverse, au Liban, ils sont parmi les plus pauvres faute d’accès à la majorité des emplois, du fait d’une vingtaine d’interdits professionnels. En effet, 86% sont sous le seuil de pauvreté aujourd’hui, contre 73% il y a moins d’un an. De plus, certaines régions reçoivent plus d’aide que d’autre, comme le théâtre d’opération de la Bande de Gaza qui recouvre la moitié du budget de l’agence afin d’aider 1,4 million de réfugiés de Palestine.

Les conflits créent une dépendance de plus en plus forte à l’aide de l’UNRWA sur les terrains d’opération, à cause de la paupérisation de la population qui font que les demandes de soutien en santé et en éducation sont largement accrues.

Synthèse de la visioconférence : Genèse, activités et défis actuels de l'UNRWA
Réalisations de l’UNRWA
Crédit : UNRWA

Comment est financée l’agence ?

Le financement est un défi majeur pour l’agence : le program budget pour financer les besoins de base en santé, éducation et aide aux plus pauvres recouvre approximativement 800 millions de dollars. Ensuite, les programmes d’urgence et projets sont mis en œuvre en fonction des financements reçus et ceux-ci sont plus variables.

Enfin, bien que le soutien fort des Etats de l’Assemblée Générale soit réitéré tous les 3 ans, les soutiens financiers ne sont pas adéquats face aux larges activités de type gouvernemental du mandat.

Quels sont les donateurs de l’UNRWA ?

Les financements étant souvent de nature politique, ils sont souvent soumis au bon-vouloir des acteurs et des conjonctures. Par exemple, les Etats-Unis de J. Biden sont redevenus le principal partenaire de l’UNRWA après une réduction des fonds sous la présidence de D. Trump.

Certains pays ont diminué leurs financements comme les Etats de la région du Golfe qui sont passés d’environ 20% à 2% dernièrement. Ce retrait peut être expliqué par les accords d’Abraham et leur impact indirect sur les relations Emirats arabes unis et Palestine. De plus, les pays du Golfe tentent de mettre en œuvre une politique commune sur des thèmes comme la Palestine et l’UNRWA, dans laquelle le Qatar joue un rôle majeur.

Principaux donateurs en 2021 pour l’UNRWA
Crédit : UNRWA

L’UNRWA est-elle vraiment une agence non politique ?

Ses détracteurs mettent en avant la pérennisation et l’aggravation du problème en plaçant l’agence comme un obstacle à une éventuelle solution politique. Le rôle humanitaire de l’UNRWA n’est pas négligeable, néanmoins le politique n’est jamais bien loin.
M. Lassouaoui répond qu’il n’y a pas de pérennisation de la question politique car l’UNRWA aide la population. L’agence opère à un développement du capital humain de la région par les écoles et participe plus largement à l’intérêt général ainsi qu’à l’amélioration de la situation des réfugiés. Le mandat des services de l’UNRWA est très clair sur les services humanitaires à mettre en place.

Quelle solution politique pour les réfugiés palestiniens ?

Selon A. Dieckhoff, le droit au retour au foyer d’origine qui figure dans la résolution de l’ONU n’est pas réalisable politiquement et ne sera pas acceptée par Israël. En effet, la plupart des quartiers existants ont été détruits, délaissés, ou alors sont habités par de nouvelles personnes. De plus, le gouvernement israélien, malgré les nombreuses incitations, n’a jamais mis en œuvre le droit de retour. La seule solution instaurée a été les 50 000 retours pour motif de réunification familiale.
A. Dieckhoff pointe alors plusieurs étapes pour construire une solution : dans un premier temps, il serait nécessaire de structurer une représentation et autorité palestinienne unique qui absorberait les fonctions paraétatiques de l’UNRWA. Ensuite, il faudrait un Etat palestinien indépendant à côté d’Israël formé par les territoires de 1947. Enfin, il faudrait également trouver des solutions pour une intégration des palestiniens dans les pays arabes voisins.

Copyright pour la synthèse Août 2022- Colonna Renucci/Diploweb


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| Dernière mise à jour le jeudi 29 septembre 2022 |
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