La rupture entre Russie et Ukraine : un changement radical dans le processus de modernisation de l’espace post-soviétique ?

Par Laurent CHAMONTIN, le 7 décembre 2018  Imprimer l'article  lecture optimisée  Télécharger l'article au format PDF

Diplômé de l’École Polytechnique. Écrivain et russophone, Laurent Chamontin est auteur de L’empire sans limites. Pouvoir et société dans le monde russe, éd. De l’Aube, 2014 et de Ukraine et Russie : pour comprendre, éd. Diploweb, 2017. Il a vécu et voyagé dans l’espace post-soviétique. Membre du Conseil scientifique du Diploweb.com.

Le douloureux divorce en cours entre l’Ukraine et la Russie est paradoxalement le signe que ces deux pays partagent parfois les mêmes problèmes face à la modernisation. L’héritage légué par la « réforme par en haut » ne peut être ignoré ni en Russie ni en Ukraine. Laurent Chamontin en fait ici une démonstration argumentée et stimulante.

IL Y A quelques 500 ans, une course à la puissance commença entre les pays d’Europe de l’Ouest, ce qui conduisit finalement au remplacement de l’antique société agraire héritée de l’ère néolithique par une autre, d’un type entièrement nouveau [1].

Des conditions favorables – institutions pré-démocratiques dynamiques et contexte de compétition frénétique entre des pays comparables en termes de puissance [2] – eurent pour résultat un changement social sans précédent – « de l’état traditionnel, agraire, rural, patriarcal, holiste à une société moderne, industrielle ou "post-industrielle", urbaine, démocratique, individualiste » [3].

Cette transition – que nous appellerons « modernisation » ci-après, à la suite d’Anatoli Vichnevski – ne pouvait pas rester sans conséquences pour le reste du Monde, qui eut en premier lieu à éprouver les effets du dynamisme économique et militaire qu’elle rendait possible.

En ce qui concerne la Moscovie et son successeur l’empire russe, la réaction à ce défi commença au début du XVIIIe siècle, en recourant à une forme politique russe caractéristique : la « réforme par en haut ».

Avec l’expérience totalitaire, le XXe siècle fut un point extrême en la matière, qui permit de d’atteindre un point de non-retour en ce qui concerne le processus de modernisation. Cependant, il conduisit notoirement à un résultat en demi-teintes, qu’il s’agisse des conditions économiques, sociales, démographiques ou politiques.

Cette modernisation quelque peu incomplète pose inévitablement le problème de son achèvement. La « réforme par en haut » restera-t-elle la force motrice de la modernisation dans les décennies à venir ? Les hauts et les bas de l’État continueront-ils à imprimer leur rythme à la vie publique, comme ils l’ont fait pendant le XXe siècle ?

Une forme profondément enracinée : la « réforme par en haut »

Il est important, avant d’entrer dans la discussion de ces questions, d’insister sur la nécessité d’inclure dans son champ l’Ukraine aussi bien que la Russie. Si la crise russo-ukrainienne depuis 2014 peut être vue comme une tentative de Kiev de sortir de la sphère d’influence de Moscou et de rejeter tout concept de monde russe, cela ne signifie pas pour autant que l’Ukraine puisse ignorer les problèmes posés par la modernisation à la russe.

En effet, l’empreinte de quelques 300 ans de russification dans tous les domaines de la vie n’a pas pu être effacée en seulement 25 ans d’existence indépendante [4]. De fait, on pourrait même avancer que le douloureux divorce en cours est un signe indéniable de ce que ces deux pays partagent les mêmes problèmes. En bref, l’héritage légué par la « réforme par en haut » ne peut être ignoré ni en Russie ni en Ukraine.

La persistance de cette forme est indissociable de conditions géographiques et stratégiques très spécifiques qui ont pesé sur le cours de l’histoire russe jusqu’à aujourd’hui [5]. De fait, les dimensions exceptionnelles du territoire qui a servi de cadre à l’expansion de l’empire ont clairement eu leur part dans une inertie de la société qui a été un casse-tête pour les dirigeants de toutes les époques.

En effet, l’histoire russe depuis les origines se déroule dans un contexte de très faible densité de population : le niveau de 30 habitants par kilomètre carré est atteint en France au XIIIe siècle, et seulement aujourd’hui en Russie occidentale, pour ne rien dire de la Sibérie et de l’Extrême-Orient russe.

Cet état de choses ne peut être sans conséquences pour la dynamique sociale, dans la mesure où il entrave le développement des liaisons horizontales et de l’économie de marché, ainsi que celui des relations avec l’Europe.

Pour la même raison, la relation entre la population et l’État a toujours été intermittente, ce qui n’a pas permis d’établir concrètement une relation constructive entre ces deux acteurs. Deux formes bien connues de l’histoire russe illustrent par excellence cet état de fait. La première est le célèbre village Potemkine. La seconde est la fuite dans la plaine sauvage, permettant d’échapper aux contraintes d’un État à la main notoirement lourde – cette fuite étant précisément permise par l’immensité du territoire.

En plus de ce contexte, il faut avoir à l’esprit le faible enracinement de la propriété privée rurale, en liaison avec l’abondance de la terre, les traditions autoritaires héritées du joug mongol, et l’effort tenace des dirigeants pour éradiquer toute forme d’auto-administration municipale – de la conquête de Novgorod à l’abolition du Droit de Magdebourg à Kiev en 1835 [6].

Tout ceci pris simultanément permet de comprendre le développement d’un État qui ne tolère aucune sorte de limitation de jure et tire tout le parti possible de sa position de puissance continentale excentrée. En accord avec ce contexte, les traits caractéristiques de la modernisation dans cette zone sont le rôle crucial du pouvoir impérial, soumis à la pression d’une Europe qui se modernise et surtout préoccupé par l’accroissement de sa force militaire, l’absence de contrepouvoirs et des forces sociales réticentes, en liaison avec l’absence d’incitations visibles.

Il ne fait aucun doute que cette modernisation autoritaire en vase clos a laissé des traces profondes dans les idées et les attitudes au sujet de l’Europe : elle doit être vue comme la raison ultime de la prédominance sur le long terme du conservatisme et du messianisme russe en politique [7].

La rupture entre Russie et Ukraine : un changement radical dans le processus de modernisation de l'espace post-soviétique ?
Ukraine, Lviv, marché près de la gare ferroviaire.

Les résultats en demi-teinte de la modernisation

Concrètement, les bolcheviks n’eurent pas d’autre choix que de composer avec cet héritage et de revenir à l’antique modèle de « réforme par en haut ». Cependant ils le firent à leur manière. En effet, sous l’empire, le vase clos n’était pas parfaitement hermétique et ses effets étaient limités en pratique par la possibilité de voyager à l’étranger, par les engagements internationaux du gouvernement et par le souci qu’il avait de sa réputation [8] . Tous ces facteurs d’atténuation disparurent après 1917, ce qui permit une accélération sans précédent de la modernisation – dans les conditions du totalitarisme.

Cela ne signifie en aucune manière que V. I. Lénine et ses camarades pouvaient ignorer le contexte local. En effet, « dans la Russie des années vingt seule pouvait gagner une stratégie des changements qui permettrait de concilier une modernisation "instrumentale" réellement révolutionnaire avec le maintien de nombreuses institutions et valeurs traditionnelles fondamentales » [9].

En d’autres termes, la modernisation fut limitée dès le début par ses conditions initiales. De fait, « elle a permis à l’URSS d’emprunter de nombreux acquis instrumentaux des sociétés occidentales (technologies modernes, formes extérieures de vie, sciences, instruction, etc.) (…) mais elle n’a pu créer les mécanismes sociaux adéquats qui assurent leur développement autonome (économie de marché, structure sociale moderne, institutions modernes de la société civile, démocratie politique, etc.) » [10].

Aujourd’hui les États successeurs de l’URSS doivent faire face à une compétition mondiale plus intense que jamais, où de nouveaux acteurs comme la Chine et l’Inde ont émergé. Ils doivent aussi composer avec l’héritage en demi-teintes de cette modernisation conservatrice et avec les problèmes structurels que celle-ci n’a pas permis de résoudre, en particulier la dépendance vis-à-vis des exportations de matières premières, la dépendance vis-à-vis des technologies étrangères, la dégradation des infrastructures, la corruption, la stagnation sociale et politique. Cela signifie que la modernisation, quoiqu’ayant atteint un point de non-retour, n’est pas encore terminée.

En ce qui concerne la suite de celle-ci, la résurgence actuelle de la puissance militaire russe combinée avec l’autoritarisme pourrait faire croire à un retour de la « réforme par en haut ». Cependant les conditions qui ont conféré son exceptionnelle permanence à ce mécanisme ont commencé à changer de manière significative.

L’achèvement de la modernisation dans les conditions du XXIe siècle : un jeu complexe

Comme évoqué ci-dessus, la « réforme par en haut » est le produit de la combinaison entre un État hors de contrôle monopolisant l’initiative, une société passive et un vase clos de dimensions continentales.

Le vase clos ne peut évidemment disparaitre en un jour, pour ne rien dire de l’empreinte qu’il a laissé dans les mentalités. Considérons un individu vivant quelque part dans la basse vallée de la Volga, ne parlant que le russe, n’ayant pas assez d’argent pour voyager hors de l’ex-URSS et recevant ses informations exclusivement par la télévision d’État russe. Cet individu, loin d’être seul dans son cas, peut difficilement avoir une vision exacte du monde de l’étranger lointain.

Cependant l’étanchéité du confinement a commencé à se dégrader, dans la mesure où la liberté de voyager existe effectivement, et où le transport de masse a accru la mobilité des populations de manière extraordinaire. De plus, en dépit des difficultés qui pèsent sur son utilisation en Russie, Internet joue aussi son rôle dans la mise en relation de ses habitants avec le reste de l’humanité.

De surcroit, avec cette liberté de voyager, l’émigration et la fuite des cerveaux sont aujourd’hui des faits massifs aussi bien en Russie qu’en Ukraine [11]. Si les émigrants peuvent avoir un effet positif sur l’économie grâce au transfert de devises vers leur patrie, leur départ prive celle-ci de talents nécessaires à sa modernisation. En particulier, à moins que des politiques énergiques ne soient mises en place pour limiter la fuite des cerveaux et attirer les éléments talentueux, l’ouverture du vase clos pourrait bien avoir un impact négatif sur la croissance et la diversification de l’économie, pourtant urgentes et nécessaires.

Cette émigration massive illustre sans équivoque la capacité qu’ont les individus de voter avec leurs pieds, montrant par là même que les sociétés sont aujourd’hui loin d’être passives en face de la mondialisation. La modernisation incomplète de l’ex-URSS était en fait suffisamment complète pour donner aux populations des attentes en termes de bien-être et de niveau de vie. Ceci est aussi la cause profonde de l’agitation qui peut survenir quand les dirigeants ignorent ces attentes, comme la crise politique ukrainienne de 2014 l’a dramatiquement montré.

Si l’autonomie et l’énergie de la société civile sont plus visibles en Ukraine qu’en Russie, cela ne signifie pas que celle-ci est passive dans ce dernier cas : simplement, elle évolue dans des conditions où l’équilibre interne des forces est plus favorable à l’État. L’écho rencontré par les initiatives d’Alexeï Navalny suffit en soi à rappeler que le monopole de l’État sur la vie publique fait partie du passé.

De plus, la puissance latente de la société civile en Russie est sans aucun doute possible l’un des facteurs qui ont conduit à la sur-réaction de Moscou pendant la crise ukrainienne. Le renversement de Viktor Yanoukovitch entrait directement en conflit avec le récit nationaliste élaboré par le Kremlin pour détourner la population de la tentation de la critique sociale [12]. Pour des élites moscovites à la légitimité sociale et fonctionnelle incertaine, l’annexion de la Crimée (2014) et la déstabilisation du Donbass (2014 - ) ont permis de contrôler le potentiel social explosif que la révolution ukrainienne pourrait avoir dans leur pré carré [13].

Si l’État ne peut ignorer les attentes de la société mentionnées plus haut, il n’est pas en fait dans une position idéale pour y répondre, en raison de l’héritage de l’Histoire. En effet, le modèle bien ancré de la « réforme par en haut », combiné avec des habitudes autoritaires profondément enracinées et avec l’absence de contrepouvoirs a conduit à un modèle d’État hautement dysfonctionnel, envahi par la corruption et peu capable de fournir à la population « la santé, l’éducation, la gestion des infrastructures, l’ordre public » [14], pour ne rien dire des conditions qui permettraient de tirer tout le parti de la créativité des entrepreneurs.

D’autre part, comme partout ailleurs, l’État est mis au défi et sa position affaiblie par le développement des liaisons horizontales, à l’intérieur de la population comme avec le monde extérieur. Cela signifie en particulier que la destruction complète de ces liaisons horizontales n’est plus possible et que, si l’autoritarisme peut revenir, le totalitarisme ne le peut pas. De plus, en dépit des embardées de la politique extérieure russe, Moscou n’est pas en mesure de se déconnecter complètement de la mondialisation.

En d’autres termes, aussi bien en Russie qu’en Ukraine, l’État est aujourd’hui mis en difficulté par l’émergence de la société civile et des oligarques, et il se trouve dans une position assez inconfortable pour répondre à ce défi. La situation est rendue encore plus complexe par la rupture récente entre la Russie et l’Ukraine : il y a maintenant deux pôles de puissance concurrents là où il y avait auparavant un vase clos sous l’emprise de l’empire russe, et, comme relevé ci-dessus, toute évolution du processus de modernisation dans l’un des deux pays a et aura inévitablement un écho dans l’autre.

*

La restauration de la puissance russe mise en scène depuis 2014 visait à répondre aux attentes latentes de pouvoir tout puissant que des siècles de « réforme par en haut » ont profondément ancrées dans les mentalités. Cependant, quand on regarde l’envers du décor, le rôle de l’État au XXIe siècle est loin d’être évident, y compris dans le cas ukrainien où des mesures structurelles lourdes ont été prises sous l’égide des institutions internationales et devraient commencer à porter leurs fruits. De fait, il est plus facile de discerner ce qui n’arrivera pas plutôt que ce qui arrivera quant à sa contribution à des réformes qui restent urgentes.

Une modernisation instrumentale sous direction étatique a été réalisée au XXe siècle, avec un coût humain et économique exorbitant. Les sociétés à demi modernisées qu’elle a produites ont des attentes pressantes en matière de bien-être et de niveau de vie, alors même qu’elles doivent composer avec un État hautement dysfonctionnel, qui peut difficilement être vu comme la force motrice des étapes à suivre de ce processus.

La révolution ukrainienne de 2014 a mis en lumière l’importance qu’a prise la société civile dans la vie politique et sociale. Elle a aussi rendu celle-ci plus complexe, dans la mesure où la rupture entre Kiev et Moscou a pour résultat une compétition entre ces deux pôles de puissance.

Ainsi, la multiplication des acteurs autonomes rend indubitablement le processus de modernisation plus complexe qu’auparavant. La question des modalités d’une coopération future entre la société civile et l’État reste largement béante – surtout si l’on pense au discrédit auquel ce dernier doit faire face, en liaison avec son caractère dysfonctionnel et sa faible capacité à entretenir une discussion d’égal à égal avec les forces sociales. La seule chose que l’on puisse affirmer avec certitude est que l’ère de la « réforme par en haut » est terminée.

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[1Traduction par l’auteur d’un article paru en anglais dans le « Odesa National University Herald – Sociology and Politics », Volume 22. Issue 1 (28). 2017. NB : Odessa ne prend qu’un S en ukrainien, si bien qu’il n’y a pas de faute de frappe dans cette note.

[2KENNEDY, Paul M. Naissance et déclin des grandes puissances, Paris, Payot, 1991. Trad. (Marie-Aude Cochez et Jean-Louis Lebrave) de The Rise and Fall of the great Powers : Economic change and Military conflict from 1500 to 2000, New York, Random House, 1987.

[3VICHNEVSKI, Anatoli Grigorevitch, La faucille et le rouble. La modernisation conservatrice en URSS, Paris, Gallimard, 2000. Trad. (Marina Vichnevskaïa) de Serp i rubl’. Konservativnaya modernizacija v SSSR. Moscou : OGI, 1987.

[4CHAMONTIN, Laurent, L’empire sans limites — pouvoir et société dans le monde russe, La Tour d’Aigues, Les éditions de l’Aube, 2014.

[5CHAMONTIN, Laurent, op. cit.

[6PIPES, Richard, Histoire de la Russie des tsars, Trad. (Andreï Kozovoï) de Russia under the old Regime, Londres, Penguin Books, 1997.

[7NIQUEUX, Michel, « Le conservatisme russe : une longue tradition », Diploweb, https://www.diploweb.com/le-conservatisme-russe-une-longue-tradition.html. Voir aussi BESANÇON, Alain, Sainte Russie, Paris, Éditions de Fallois, 2012.

[8PIPES, R., op. cit.

[9VICHNEVSKI, A., op. cit.

[10VICHNEVSKI, A., op. cit.

[11SHORITCH, Miodrag et FILATOVA, Irina. « Utechka mozgov iz Rossii : kuda i pochemu uezzhajut specialisty » [La fuite des cerveaux en Russie : où et pourquoi les spécialistes s’en vont]. Deutsche Welle, 9 mars 2017 http://p.dw.com/p/2yujm ; CHARREL, Marie, « Les travailleurs ukrainiens au secours de la croissance polonaise », Le Monde Économie, 17 juin 2017. http://www.lemonde.fr/economie/article/2017/06/17/les-travailleurs-ukrainiens- affluent-en-pologne_5146238_3234.html

[12LARUELLE, Marlène, Le Nouveau Nationalisme russe. Des repères pour comprendre, Paris, L’œuvre Éditions, 2010

[13CHAMONTIN, Laurent, Ukraine et Russie : pour comprendre — Retour de Marioupol, Vincennes, Diploweb, 2017.

[14MENDRAS, Marie, Russie, l’envers du pouvoir, Paris, Odile Jacob, 2008

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