La géopolitique des Balkans, nouveau Grand jeu ou impasse ?

Par Michel NAZET, le 18 juin 2023  Imprimer l'article  lecture optimisée  Télécharger l'article au format PDF

Michel Nazet, spécialiste de géopolitique, est diplômé en histoire-géographie, droit et sciences politiques (IEP Paris). Professeur honoraire en classes préparatoires économiques et commerciales au lycée Saint-Michel-de-Picpus à Paris et intervenant au Lycée Louis le Grand. Conférencier.

Si l’Union européenne est encore au premier rang des échanges commerciaux avec les Balkans occidentaux, la Chine, la Russie, la Turquie restent des intervenants importants qui font porter leurs efforts diplomatiques sur ces pays. L’avenir de la région reste incertain, en dépit des décisions prises récemment par le Conseil européen et la création de la Communauté politique européenne. Et ce, à la fois en raison de retards historiques de développement qui retarderont son intégration à l’Union européenne, de la frustration des opinions publiques, ainsi que de l’attitude de la Russie.

A L’HEURE DE l’invasion russe en Ukraine du 24 février 2022 et des sanctions occidentales qui s’en sont ensuivies qui ont réduit fortement les échanges entre l’Union européenne et la Russie, la question de l’avenir des Balkans, pour l’essentiel ici les Balkans occidentaux et orientaux [1] dont la superficie globale est un peu inférieure à celle de la France pour une population d’environ 50 millions d’habitants et un PIB qui lui est inférieur de près de trois fois, se trouve posée : s’agit-il d’une région qui reste l’objet d’un Grand Jeu ou s’agit-il d’une région qui se trouve, une fois de plus après la Guerre froide, être dans une impasse politique et économique [2] ?

Le Grand Jeu est une notion inventée par Rudyard Kipling (1865-1836), dans « Kim » dont la première publication est de 1900 et qui faisait référence à l’opposition au XIXe siècle entre les Britanniques et les Russes en Asie centrale et, aujourd’hui, à l’interférence de nombre de grandes puissances dans la région : Union européenne et États-Unis, Russie, Chine, Turquie, Arabie saoudite et Émirats arabes unis…

L’impasse se réfère quant à elle au ralentissement des échanges entre la Russie et les Balkans suite à l’intervention russe en Ukraine.

La géopolitique des Balkans, nouveau Grand jeu ou impasse ?
Michel Nazet
Crédit photo : Chaire IESO
Nazet/Chaire IESO

Une région profondément marquée par l’histoire au rythme du temps long comme de celui des dernières décennies

La région a été marquée à l’échelle du temps long par son appartenance à l’empire Byzantin et à des royaumes slaves qui se sont établis entre VIIe siècle et le XIVe siècles, à l’empire Ottoman entre 1453, (chute de Constantinople) jusqu’au traité de Lausanne en 1923, enfin par les deux guerres balkaniques de 1912-1913.

La période contemporaine a ensuite été marquée par les divisions régionales lors de la Première Guerre mondiale (la Roumanie, le Monténégro, la Grèce étant dans le camp des alliés ; la Bulgarie et la Turquie étant dans le camp allemand), puis par celles de la Seconde Guerre mondiale et de la période post-Yalta (février 1945) qui vit la Bulgarie et la Roumanie devenir communistes et sous influence soviétique. Alors que la Yougoslavie et l’Albanie, qui s’étaient libérées par elles-mêmes, bénéficiaient d’une indépendance dans le camp socialiste.

La résurgence des nationalismes qui ont suivi la chute de l’URSS s’est révélée ensuite à l’origine de la dissolution de l’ex-Yougoslavie du début des années 1990 jusqu’à la fin de la décennie : naissance de la Slovénie et de la Croatie (1991-1995), indépendance de la Macédoine et de la Bosnie-Herzégovine en 1992-1995, indépendance du Monténégro en 2006 et du Kosovo en 2008.

Au total, nous sommes donc dans une région particulièrement instable d’un point de vue politique avec de petits pays aux frontières mouvantes et aux fractures religieuses (catholiques, orthodoxes, musulmans) et ethniques nombreuses, où les nationalismes restent forts en raison du poids d’un passé où les guerres et les atrocités sont récentes comme dans le cas de l’ex-Yougoslavie. De plus, la corruption est y générale et la région est ouverte à tous les trafics : armes, drogues, blanchiment d’argent, migrants…

Une région qui a « vocation » à intégrer l’Union européenne avec une mise au point liée à la guerre russe en Ukraine

Si l’influence européenne dans la région est ancienne (Empire des Habsbourg, intérêt de l’Angleterre, de l’Allemagne, de la France lors de la Petite Entente dans les années 1920), la question de l’intégration à l’Union européenne s’est posée dès la chute de l’URSS et a été formalisée avec les critères de Copenhague [3], complétés par l’établissement de bonnes relations avec les voisins lors du sommet de Zagreb en 2000.

En ce qui concerne l’Union européenne, la Slovaquie l’a intégrée en 2004 (l’espace Schengen en 2007, l’Euro en 2009), la Roumanie et la Bulgarie en 2007 mais ne sont pas encore membres ni de l’espace Schengen, ni de l’Euro.

La guerre en Ukraine relancée par la Russie le 24 février 2022 a servi d’accélérateur et le Conseil européen des 23 et 24 juin 2022 a permis une clarification des statuts.

Sont ainsi officiellement candidats avec l’ouverture de négociations : la Turquie (mais les négociations sont au point mort depuis des années), la Macédoine du Nord (les négociations d’adhésion ont débuté en 2022), le Monténégro (les négociations ont débuté en 2012), la Serbie (les négociations ont débuté en 2014), l’Albanie (les négociations ont débuté en 2022 à la même date que la Macédoine du Nord).

Sont officiellement candidats mais encore sans ouverture de négociations : l’Ukraine (candidate depuis le 23 juin 2022), la Moldavie (depuis le 23 juin 2022), la Bosnie-Herzégovine (depuis le 15 décembre 2022) [4].

Sont considérés comme candidats potentiels mais n’ont pas encore le statut de candidat : la Géorgie (en mars 2022), le Kosovo (en décembre 2022).

De même, une avancée récente, actée lors du Conseil des 23-24 juin 2022 et qui doit à la présidence française, est à signaler avec, à l’occasion de la guerre en Ukraine, la naissance de la Communauté Politique Européenne. Elle a pour ambition de renforcer la cohésion, la coopération, le dialogue entre l’ensemble des pays européens. Elle s’est tenue pour la 1e fois le 6 octobre 2022 avec la tenue d’un Sommet inaugural (elle a rassemblé 44 chefs d’État et de gouvernement européen, dont le Royaume-Uni, la Turquie, mais aussi tous les pays des Balkans, l’Ukraine, l’Arménie, l’Azerbaïdjan, la Géorgie). La deuxième réunion a eu lieu à Chisinau en Moldavie le 1er juin 2023, avec cette fois 47 Etats membres. Les prochaines sont prévues à Grenade (5 octobre 2023), au Royaume-Uni au printemps 2024.

Les États-Unis, un rôle important dans la région, nolens volens, renforcé par la guerre en Ukraine

L’influence américaine en Europe date de la Seconde Guerre mondiale. Elle a été sanctuarisée par la création de l’OTAN en 1949, par la Guerre froide et par l’intervention américaine en Bosnie-Herzégovine conclue par les accords de Dayton en 1995. Enfin, les pays des Balkans qui ont intégré l’Union européenne ont d’abord intégré l’OTAN qui a servi d’antichambre à l’Union.

Les Américains ont ensuite, à l’époque de la présidence Obama, semblé se désintéresser de l’Europe avec, en 2011, le lancement du « pivot asiatique » destiné à faire basculer le centre de gravité de la diplomatie américaine vers l’Asie-Pacifique.

Toutefois, l’OTAN, qui aurait selon le président Macron (interview à The Economist en 2019) été en état de mort cérébrale, est revenue au premier plan après l’invasion de l’Ukraine par la Russie : 100 000 Américains sont présents en Europe, des manœuvres importantes ont eu lieu en Norvège, en mer Baltique, en Europe de l’Est et en mer Noire.

Donc, s’il est incontestable que l’Asie reste la priorité de l’administration Biden, les États-Unis ne peuvent se désintéresser de l’Europe et des Balkans, même s’ils semblent vouloir impliquer les Européens dans leur bras de fer avec la Chine.

Le jeu russe dans la région : derrière la protection affichée des orthodoxes, un accès recherché à la mer Noire

Si la Russie s’est voulue la protectrice des orthodoxes dans la région, avec une parenthèse qui correspond à la période soviétique, son véritable but dans la région est d’accéder à la mer Noire depuis la conquête de la Crimée et le nord-ouest de la mer Noire, vers 1783, sous le règne de Catherine II (1762-1796).

La mer Noire est en effet à la fois une porte commerciale vers le Sud et l’Orient. Le bassin Azov- mer Noire représente 30 % du chiffre d’affaires des ports maritimes russes avec 191 Mt de fret sur la seule période janvier à septembre 2022. Deux gazoducs la traversent : le Turkish Stream et le Blue Stream qui relient la Russie à la Turquie. La mer Noire est aussi le plus court chemin depuis la Russie vers le Moyen-Orient, l’Afrique, l’Europe du Sud et du Sud-Est, l’Asie et l’Amérique latine… De plus, les détroits des mers Noire et d’Azov constituent un accès aux eaux fluviales de la Russie et à la mer Caspienne dont les compagnies maritimes opèrent à travers la Méditerranée…

D’où le danger pour elle de voir, après l’adhésion de la Bulgarie, de la Roumanie à l’OTAN en 2004, puis avec l’adhésion éventuelle de l’Ukraine et de la Géorgie, se fermer la mer Noire… d’où l’intervention russe en Géorgie en 2008 pour éviter l’adhésion de ce pays à l’OTAN, la décision de la Russie, suite au Maidan, d’annexer la Crimée en 2014, l’intensification des efforts de défense russe (installation de systèmes de missiles antiaérien S-300 et S-400).

Au total, l’influence russe reste assez forte dans les Balkans même si les États qui ont intégré l’UE ont également intégré l’OTAN, et qu’il faut faire une distinction entre la Roumanie, frontalière de l’Ukraine et inquiète de l’attitude russe, et les autres pays de la région [5] qui, à l’exemple de la Serbie, sont tentés de tenir un rôle d’équilibriste entre la Russie et l’Occident. Le président serbe Aleksandar Vucic a ainsi dans le même temps condamné l’attaque contre l’intégrité territoriale de l’Ukraine comme lors du vote de l’AG de l’ONU du mars 2022, tout en refusant d’en rendre la Russie directement responsable. Une position qui peut s’expliquer, certes par une opinion publique favorable à la Russie, mais aussi par la dépendance du pays au gaz russe et son soutien sur la question du Kosovo…

L’influence turque : entre coopération et concurrence avec l’Union européenne ainsi qu’avec l’Arabie saoudite, le Qatar et les Émirats

L’influence turque dans la région est bien sûr liée à la valorisation du passé (la mer Noire a été un lac ottoman). La Turquie a de plus une légitimité ethnique et religieuse en estimant qu’elle a une mission de parrainage vis-à-vis des populations turques de la région, ou encore au nom de la convention de Montreux en 1936 qui fait de la Turquie la gardienne des détroits. Elle est bien sûr aussi liée à la disparition de l’URSS, qui a désenclavé la région, mais aussi de la volonté turque d’affirmer son rôle sur la scène internationale et régionale et de devenir en 2023 l’une des dix premières puissances économiques mondiales au nom de ce que l’on nomme parfois la politique néo-ottomane de la Turquie (Ahmet Davutoğlu, ministre des affaires étrangères et Premier ministre du président Erdogan entre 2009 et 2016 [6]).

Cette vision a pu la conduire à adopter une 3e voie, vis-à-vis de l’OTAN comme de la Russie, comme l’a montré sa position lors de la crise du détroit de Kertch en 2018, ou lors de la tournée des Balkans occidentaux lors du mois de septembre 2022 et qui a conduit le président Erdogan en Bosnie-Herzégovine, en Serbie et en Croatie.

Bref, la Turquie investit beaucoup dans la région [7], créant sur sa façade de la mer Noire de nouveaux ports, des voies express, des tunnels routiers, et prodiguant matériels et conseils militaires au Kosovo, à la Bosnie, à la Roumanie, à la Bulgarie alors que de nombreuses entreprises turques se sont redéployées dans le BTP, l’industrie et les services.

Elle a aussi renforcé son « soft power » en multipliant les mosquées (240 dans le seul Kosovo ces 15 dernières années) et l’Agence de coopération et de développement (Tika) est le plus grand pourvoyeur d’aide dans la région. La Turquie finance la construction d’écoles et d’universités, multiplie les centres culturels Yunus Emre (sur 23 centres culturels turcs dans le monde, 12 sont présents dans les Balkans)…

Son influence se heurte néanmoins dans la région à l’Arabie saoudite et au Qatar qui, depuis le début des années 1990, sont à l’origine de la construction de mosquées et de l’envoi de prédicateurs fondamentalistes. Ainsi, aujourd’hui, les Balkans occidentaux compteraient (la Bosnie-Herzégovine, la Macédoine du Nord et le Kosovo) la plus forte concentration de djihadistes revenus de Syrie et d’Irak [8]

De même et enfin, les Émirats arabes unis qui ont lié des relations diplomatiques anciennes (1971), seraient aujourd’hui des investisseurs importants en Serbie avec l’achat de terres en Voïvodine, de projets immobiliers (réhabilitation de quartiers du Belgrade Waterfront), de la coopération entre Air Serbia et Etihad (Abu Dabi). À signaler toutefois que ces projets semblent remis en question, le second car socialement inadapté au pays, le troisième par une recapitalisation du gouvernement serbe qui tend à réduire, comme une peau de chagrin, la part des Émiratis.

Le jeu de la Chine dans les Balkans : un essai de contournement de l’Union européenne, une route de substitution pour les routes de la soie ?

Les relations sont anciennes et datent d’avant 1990 : la plupart de ces pays ont entretenu des relations amicales avec Pékin avant la dissolution de la Yougoslavie et la chute du communisme en Albanie. Il n’en reste pas moins qu’on a pu observer ces dix dernières années une mobilisation particulière de la Chine dans la région. La plupart des pays de la région ont en particulier rejoint les routes de la soie et ont bénéficié de l’envoi de masques et de vaccin Sinopharm [9].
Cependant, l’engouement des débuts semble avoir fait place à une certaine frustration : le format 16+1 (devenu 17+1 avec l’adhésion de la Grèce) semble aujourd’hui avoir du plomb dans l’aile dans la mesure où les pays de la région semblent avoir été déçus par le retard pris par les investissements chinois.
De même, les pays des Balkans [10] ont vu dans l’ensemble le déficit de leur balance commerciale s’accroître fortement : ils ont importé de plus en plus de biens de consommation chinois (électronique, textiles, jouets, machines diverses), en exportant surtout des matières premières et extractibles (chrome et cuivre pour l’Albanie ; ferro-alliages, marbre, travertin [11], albâtre pour la Macédoine du Nord ; bois et dérivés pour la Bosnie-Herzégovine, cuivre pour la Serbie ; aluminium et plomb pour le Monténégro).
Au Monténégro, un projet pharaonique d’autoroute [12] (qui doit ultérieurement relier la Côte Adriatique à la Serbie) à la frontière dans la vallée de la Tara et qui est achevé actuellement sur une quarantaine de km autour de la capitale (qui ne mène actuellement nulle part) facturé par une entreprise chinoise (la CRDC) un milliard de dollars, menaçait à la mi-2021, sur fond de corruption, de faire dérailler l’économie de ce petit pays.
Il faut enfin de même relativiser les apports chinois : les Balkans occidentaux ne reçoivent que 3 % des IDE chinois à destination des Pays d’Europe centrale et orientale (PECO), le stock d’IDE chinois dans la région est marginal : 0,1 % en Albanie et en Bosnie-Herzégovine, 2 % au Monténégro et Macédoine du Nord, la Serbie faisant exception avec 15 % -alors que les IDE en provenance de l’UE représentent près de 75 %…
La situation pourrait toutefois évoluer avec les évolutions des routes de la soie.
Avant le conflit relancé par la Russie le 24 février 2022, 95 % du fret ferroviaire entre la Chine et l’Europe transitaient par le corridor Nord qui reliait la Chine à l’Allemagne via le Kazakhstan la Russie, la Biélorussie et la Pologne mais, suite aux sanctions contre la Russie, les volumes de fret ferroviaire euroasiatique (constitué de PC, d’appareils électroniques, de machines et de pièces automobiles) ont baissé de 85 %. [13]
Le corridor transcaspien y a trouvé un regain d’intérêt même s’il se révèle plus difficile car il traverse des pays de cultures et d’orientation géopolitique différentes, il compte plus de ruptures de charge et implique la traversée de deux mers, la Caspienne et la mer Noire. Il comporte également de nombreux points négatifs : il ne représente que 5 % de la capacité du corridor Nord, sa durée de trajet est plus longue (30 jours au lieu de 20), il nécessitera d’importants investissements d’infrastructures portuaire et ferroviaire même si le programme TRANSECA s’y intéresse depuis 1993 et si la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD) a prévu d’investir plus de 100 millions d’euros dans le Kazakhstan Railways (KTZ).
Cette option du corridor transcaspien devrait favoriser la Bulgarie et la Roumanie : la Commission européenne a approuvé l’allocation de 110 millions d’euros pour la modernisation d’un corridor en Bulgarie entre Sofia et la frontière serbe dans le cadre du réseau transeuropéen de transport (RTE-T), et Cosco étudie la possibilité de lancer un service de trains entre Le Pirée qui prendrait ainsi une forte extension en Grèce et les terminaux roumains pour désencombrer le port de Constata en Roumanie…

*

In fine, la notion de Grand Jeu est peut-être excessive tant la place économique et géopolitique prise par les pays de l’Union européenne dans la région des Balkans occidentaux est aujourd’hui importante avec près de 2/3 des relations commerciales, le poids de ses IDE ou l’appartenance à l’OTAN.

Dans la région, les Balkans occidentaux et plus particulièrement la Serbie, font cependant exception : si l’Union européenne est là encore au premier rang des échanges commerciaux, la Chine, la Russie, la Turquie restent des intervenants importants qui font porter leurs efforts diplomatiques sur ces pays.

Il n’en reste pas moins que l’avenir de la région reste incertain, en dépit des décisions prises récemment par le Conseil européen et la création de la Communauté politique européenne. Et ce, à la fois en raison de retards historiques de développement qui retarderont son intégration à l’Union européenne, de la frustration des opinions publiques, ainsi que de l’attitude de la Russie que l’on voit mal abandonner pour des raisons économiques et stratégiques, sauf déroute en Ukraine, son accès à la mer Noire [14].

Dans ce contexte, la position chinoise est fondamentale pour le développement régional : soit au-delà de son soutien verbal à la Russie, elle se dispense d’aider la Russie et recherche le moyen de la contourner par la route transcaspienne, ce qui ne peut qu’être favorable à la région [15], soit elle adopte une position plus agressive qui pourrait passer par la fourniture d’armes et l’utilisation de la force pour assurer sa réunification avec Taïwan… Solution qui aurait pour effet de ralentir fortement les relations entre l’Union européenne et la Chine, faisant de la région un nouveau cul-de-sac…
L’actualité ne semble pas aller dans le sens de cette dernière option : la Chine, qui reste ambiguë dans ses déclarations, vient de réussir à rapprocher l’Arabie saoudite de l’Iran qui vont échanger des ambassadeurs et, en avril 2023, de proposer ses bons offices pour rapprocher Israël des Palestiniens…

Copyright Juin 2023-Nazet/Diploweb.com


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[1Les Balkans occidentaux regroupent les pays de l’ex-Yougoslavie moins la Slovénie, plus l’Albanie ; les Balkans orientaux regroupent la Bulgarie et la Roumanie (bien que le pays appartienne par convention à l’Europe carpatique).

[2Cet article a été rédigé après un cours donné à l’École de Management de la Francophonie (ESFAM), Sofia, Bulgarie, en avril 2023.

[3État de droit, démocratie, respect des droits de l’homme, respect du droit des minorités, adoption d’une économie de marché viable et concurrentielle.

[4NDLR : A la date du 18 juin 2023, le site de la Commission européenne la présente encore cependant comme candidat potentiel sur au moins une page.

[5Voir Les Balkans, un nouveau Grand Jeu ? Politique étrangère, vol.87, n° 24, hiver 2022.

[6Même si la notion a été quelque peu entachée par les crises régionales, l’ambition turque de renouer avec son passé ottoman demeure.

[7Cf. Isabelle Facon (dir.), Russie-Turquie, Un défi à l’Occident ? Passé composé, 2022.

[8Alexis Troude,« Les Balkans – Une zone grise au cœur de l’Europe », 2021)

[9Dont l’envoi à l’étranger a été supérieur à ce dont le pays a pu disposer…

[10Sur les déficits de la Balance commerciale de la région ainsi que sur les IDE on peut consulter le site du ministère de l’économie, www.tresor.economie.gouv.fr.

[11Travertin : « Pierre appartenant à des dépôts calcaires précipités par des eaux de source. Les édifices de Rome sont pour la plupart construits en travertin ». Source : Dictionnaire de l’Académie française.

[12Cf. Capital, Au Monténégro, une autoroute à un milliard de dollars qui ne mène nulle part, 27 mai 2021.

[13Cf. Jean-Paul Michel Lançon, Nouvelle route de la soie : la guerre en Ukraine transforme la carte des routes commerciales Chine-Europe, La Tribune, 30 août 2022.

[14Sur le fond, rien n’empêche que, sur le modèle de la convention de Montreux, la liberté de passage à la Russie dans la mer d’Azov soit assurée… nous n’en sommes pas là.

[15Bien qu’il faille prendre en compte les relocalisations d’entreprises ou le déplacement des IDE américains vers l’Inde, le Vietnam, la Malaisie.


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