Actualité des livres géopolitiques

Par Frida GARIBAY, Pierre VERLUISE, le 17 avril 2019  Imprimer l'article  lecture optimisée  Télécharger l'article au format PDF

Frida Garibay, Méxicano-Americaine, étudiante en Master 1 Relations Internationales (IRIS Sup Paris). Pierre Verluise, docteur en Géopolitique est directeur des publications du Diploweb.com.

Les livres géopolitiques sont nécessaires à la compréhension du monde. Le Diploweb.com en présente ici une veille spécialisée, unique sur la Toile, vue chaque mois par plusieurs milliers de personnes qualifiées. Le Diploweb.com ne touche aucune commission des éditeurs ou libraires.

Les éditeurs qui souhaitent faire connaître leurs nouveautés doivent adresser un exemplaire à Diploweb.com, 1 avenue Lamartine, 94300, Vincennes, France. Pour communiquer leur programme, les éditeurs doivent adresser un courriel à l’adresse suivante redactiondiploweb [at] gmail.com . La rédaction reste juge seule de ses choix.

. Pierre Verluise (dir.), « Histoire, Géographie et Géopolitique de la RUSSIE et de ses frontières » , éd. Diploweb via Amazon

Presque trois décennies après la disparition de l’URSS (1991), cette immense zone semble tombée dans un trou noir de la connaissance. Pour un jury ou un recruteur, rien de plus facile que de mettre en difficulté un candidat sur cet immense empire dont il n’a pas été contemporain. Née de la Révolution d’Octobre 1917, l’Union des républiques socialistes soviétiques s’est étendue jusqu’à 22 millions de kilomètres carrés ! Après s’être séparée des quatorze autres républiques, la Russie post-soviétique affiche encore 17 millions de kilomètres carrés ! Et entend bien conserver un droit de regard sur ce qui se passe à ses frontières, comme si la doctrine Brejnev de la « souveraineté limitée » était encore d’actualité. Pourtant, de grands acteurs comme les Etats-Unis, l’OTAN, l’UE mais aussi la Chine, avancent leurs pions sur ses marges. Ce qui provoque des tensions significatives, notamment lorsqu’une Russie qui aspire toujours à la puissance sort de ses frontières, en Géorgie (2008- ) et en Ukraine (2014- ).

Par convention, toute étude sur l’Europe géographique se doit d’intégrer la Russie et ses frontières. Cet ouvrage est conçu pour vous en offrir les clés. Nous avons rassemblé ici de véritables experts qui apportent des éclairages sur des fondamentaux de l’Histoire, la Géographie et la Géopolitique de la Russie et de ses frontières. La première partie présente l’Union des républiques socialistes soviétiques et ses lendemains. La deuxième se penche sur la Russie de Vladimir Poutine. La troisième offre un point approfondi sur ses fronts et frontières Enfin, la quatrième partie présente son hard power et son soft power.

Ces auteurs vous apporteront une expertise formulée de façon pédagogique. Vous pourrez ainsi mieux mettre en perspective les soubresauts de l’actualité, donner de la profondeur à votre analyse et sortir du lot.

Dirigé par Pierre VERLUISE, docteur en géopolitique de l’Université de Paris - Sorbonne, chargé de cours à la Sorbonne et professeur en CPGE, chercheur associé à la Fondation pour la Recherche Stratégique (FRS). Il a fondé le séminaire géopolitique de l’Europe à l’École de guerre. Auteur, co-auteur ou directeur d’une trentaine d’ouvrages, fondateur du Diploweb.com et directeur de ses publications. Avec des contributions de 16 experts : Mathieu BOULÈGUE, Cyrille BRET, Laurent CHAMONTIN, Juliette DENIS, Gérard-François DUMONT, Colin GÉRARD, Patrice GOURDIN, Michel HELLER, Kevin LIMONIER, Thomas MERLE, Michel NIQUEUX, Jean-Sylvestre MONGRENIER, Thomas TANASE, Françoise THOM et Julien VERCUEIL et Pierre VERLUISE. Préparation du manuscrit : Estelle MÉNARD et Pierre VERLUISE.

. Voir le livre de Pierre Verluise (dir.), « Histoire, Géographie et Géopolitique de la RUSSIE et de ses frontières » , éd. Diploweb via Amazon


. Denis Maillard, Une colère française, Paris, L’Observatoire Editions, mars 2019.

En gagnant contre les partis et en ignorant les syndicats, Emmanuel Macron aurait tué les corps intermédiaires. Or, c’est parce que les corps intermédiaires n’existaient déjà plus qu’Emmanuel Macron a été élu. Et c’est parce qu’ils ne représentaient plus la société civile que les Gilets jaunes ont été possibles. Ceux-ci n’abattent pas le modèle français, ils prospèrent sur ses décombres ! Dans ce monde d’après la social-démocratie, d’autres rapports sociaux prennent le relai. De nouveaux intermédiaires s’affirment – avocats, coachs, médiateurs ou psys, même youtubeurs. Des formes beaucoup plus directes, imprévisibles et radicales de conflits s’imposent. Syndicats et partis doivent revoir leur manière de représenter ces citoyens-consommateurs-contribuables-travailleurs qui les ont rejetés. Nous sommes entrés dans un autre moment de notre histoire. Denis Maillard décrypte cette mutation récente, mais profonde, de la société française, pour tous ceux qui cherchent à la comprendre pour la domestiquer.

. François Garde, La Position des pôles. Petit traité de géopolitique subjective, Paris, Gallimard, avril 2019.

On peut penser son village, son pays, son continent dans les limites de leurs horizons respectifs. Qui veut penser la planète doit aussi se tourner vers les pôles. Les pôles définissent l’axe de rotation de notre planète. Nous découvrons aujourd’hui qu’en prêtant attention à ces zones extrêmes et remarquables, au-delà de la curiosité et de l’émerveillement ébahi qu’elles nous inspirent, nous nous exposons à des questionnements inédits et mesurons l’étendue de nos responsabilités. Grand arpenteur des paysages polaires, le romancier François Garde, qui fut administrateur supérieur des Terres australes et antarctiques françaises (2000-2005), tire de sa connaissance intime des extrémités boréales et australes, et de son plaisir à la faire partager, une juste vision de ce que ces espaces sont aussi devenus pour nous : une source d’inquiétude, une raison d’agir et le marqueur de notre destinée. Mais si les pôles ont leur géopolitique, indissociable de l’évolution globale de nos sociétés et du gouvernement du monde, ils ont aussi leur morale, faite d’obstination et de patience, d’humilité et de solidarité. C’est au nom de celle-ci que François Garde intervient dans le débat.


Découvrez les livres géopolitiques publiés par Diploweb : des références disponibles via Amazon sous deux formats, Kindle et papier broché

. Axelle Degans, "La synthèse de l’actualité internationale 2018. Réussite aux concours 2019 !" éd. Diploweb via Amazon

. P. Verluise (dir.), « Histoire, Géographie et Géopolitique de la Russie et de ses frontières », éd. Diploweb via Amazon

. P. Verluise (dir.), "Histoire, Géographie et Géopolitique de l’Union européenne. A l’heure du Brexit".

. P. Verluise (dir.), "Histoire, Géographie et Géopolitique de l’Asie. Les dessous des cartes, enjeux et rapports de force".

. L. Chamontin, "Ukraine et Russie : pour comprendre"

. P. Verluise (dir.), "Histoire, Géographie et Géopolitique du Proche et du Moyen-Orient. Les dessous des cartes, enjeux et rapport de force"

. P. Verluise (dir.), "Histoire, Géographie et Géopolitique de la mondialisation contemporaine. Les dessous des cartes, enjeux et rapports de force"

. S. Schmit, "Histoire, Géographie et Géopolitique de l’Amérique latine : Un sous-continent en pleine transition politique, énergétique et commerciale. Dossiers et fiches pays"

. L. Bloch, "L’Internet, vecteur de puissance des États-Unis ? : Géopolitique du cyberespace, nouvel espace stratégique"

. G-F Dumont, P. Verluise, "The Geopolitics of Europe : From the Atlantic to the Urals"


. Jean-Noël Castorio, Rome réinventée. L’Antiquité dans l’imaginaire occidental, de Titien à Fellini, Editions Vendémiaire, mai 2019.

Rome : un fantasme, une énigme, un grand livre d’images qui a traversé les siècles, jusqu’aux séries d’aujourd’hui, aux jeux vidéo ou aux bandes dessinées. Dès la Renaissance, artistes et écrivains n’ont cessé en effet de puiser à la source intarissable de l’Antiquité. Gustave Flaubert dédia plusieurs années de son existence à la rédaction de Salammbô, Federico Fellini retrouva son énergie créatrice lors du tournage du Satyricon, Cléopâtre, Spartacus ou Jules César donnèrent au cinéma ses plus grands succès publics, l’empereur Hadrien fournit à Marguerite Yourcenar la matière d’un best-seller et Oscar Wilde érigea l’éphèbe Antinoüs au rang de porte-étendard homosexuel. C’est l’objet de cet ouvrage que de montrer, à travers une dizaine d’œuvres d’art, comment la référence à l’histoire romaine a nourri l’imaginaire collectif occidental, dessiné les contours de notre univers culturel, structuré nos représentations politiques, notre conception de la religion, du destin, ou encore des rapports entre l’homme et la femme. Et comment l’effondrement de l’Empire n’a cessé d’être un miroir dans lequel les sociétés projetaient les angoisses de leur temps.

. Laurent Larcher, Rwanda, ils parlent. Témoignages pour l’histoire, Paris, Seuil, mars 2019.

25 ans après le génocide des Tutsis au Rwanda, ces entretiens inédits avec des acteurs de l’époque, hauts fonctionnaires, politiques, militaires, journalistes et prêtres français confirment le naufrage épouvantable de notre diplomatie, et la faillite morale de nos autorités. Laurent Larcher a rencontré ceux qui, depuis 25 ans, défendent sans sourciller leur action au Rwanda, et il restitue, sans filtre, leur version de l’Histoire. Sous l’effet des questions répétées du journaliste, et confronté, notamment, aux témoignages de Bernard Kouchner, Guillaume Ancel et d’un autre soldat de Turquoise, qui affirment que l’armée française a organisé des opérations offensives, après le début du génocide, contre le FPR de Kagamé, le discours officiel (la France ne savait pas, Turquoise est un modèle d’opération humanitaire) a commencé à se lézarder. Ces multiples entretiens sont, en soi, des documents précieux, un livre pour l’histoire. Mais ils sont aussi une nouvelle étape dans le dévoilement de l’implication de l’armée française dans le génocide des Tutsis. Ce livre fait entendre le fond de la pensée des principaux acteurs de cette implication, et permet de mesurer l’étendue de leur aveuglement. 25 ans après, rien n’a changé dans la conscience de ceux qui ont soutenu le régime meurtrier d’Habyarimana. Historien de formation, journaliste à La Croix, Laurent Larcher est reporter de guerre, spécialiste de l’Afrique subsaharienne, et auteur de plusieurs livres, dont Au nom de la France ? Les non-dits de notre diplomatie (2018).

. Philippe Pochet, À la recherche de l’Europe sociale, Paris, PUF, mai 2019.

Depuis le traité de Rome de 1957, l’Europe a mené une intégration toujours plus étroite entre ses États membres. Une vision troublée par le retrait d’un des membres de l’Union européenne, le Brexit annonçant alors la fin d’une expansion géographique constante. L’intégration européenne cependant ne s’est pas réalisée sans heurts : la crise de l’euro, la gestion des flux de réfugiés et de migrants, l’amorce d’une transition écologique ont mis à mal la solidarité qui devait devenir le ciment d’une construction politique. Mais si l’Europe est aujourd’hui en crise de projet et d’identité collective, sa fracture est source d’un débat nouveau ouvert sur son futur.
Bien plus qu’une analyse structurelle, Philippe Pochet apporte une perspective historique inédite et plaide dans cet ouvrage pour un éclairage socio-écologique qui prendrait en compte problématiques du passé et enjeux du futur.

. Rory Stewart, Les Marches. Aux frontières de l’identité britannique, Paris, Gallimard, mars 2019.

Rory Stewart longe à pied le mur d’Hadrien, bâti autour de l’an 120 aux confins de la Britannia romaine pour la protéger des incursions barbares. Sur cette frontière chevauchant celle qui sépare aujourd’hui l’Angleterre de l’Écosse, où le parti indépendantiste est majoritaire, il retrouve son père, Brian, pour un ultime dialogue. Écossais, ils ont servi la Couronne. Le père, sinophone, fut l’un des patrons des services secrets de Sa Majesté en Asie. Le fils, né à Hong Kong en 1973, arabisant, fut gouverneur adjoint en Irak après l’invasion de 2003. Il est député de la circonscription anglaise de Penrith and The Border et ministre. Cet infatigable marcheur a déjà parcouru 9 000 km en Afghanistan en 2002 ; le récit de ce périple est un « chef-d’œuvre tout simplement » selon le New York Times. La description lyrique de paysages sauvages égratignés par la modernité convoque Histoire et mémoire, nouant un dialogue passionné entre Brian et Rory. Ils confrontent leurs vies aux vestiges impériaux de Rome et de Londres, tissant un récit de filiation qui enfante les grands débats de notre temps. À l’heure où le Brexit déchire notre voisin et partenaire, où l’Europe se cherche au péril des nationalismes, populismes et mondialisation, ce document extraordinaire remet l’homme au cœur des enjeux politiques du Vieux Continent.

. Bernard Bruneteau, Génocides. Usages et mésusages d’un concept, Paris, CNRS Editions, mai 2019.

Si l’intention de détruire un groupe humain spécifique dans sa totalité distingue le génocide d’un crime de masse, comment qualifier la famine organisée par Staline en Ukraine au début des années trente, ou plus près de nous, les meurtrières opérations de « nettoyage ethnique » au Kurdistan et durant la guerre en ex-Yougoslavie ? Comment définir un génocide ? Et comment éviter l’instrumentalisation de cette notion, qui s’inscrit souvent dans le registre émotionnel au détriment de la jurisprudence définie par le droit international ? À l’ère des revendications mémorielles de toutes sortes qui investissent le débat public, Bernard Bruneteau s’interroge sur l’usage inflationniste du terme de génocide. Retraçant l’histoire du concept depuis sa création par Raphael Lemkin en 1944, il plaide pour une définition rigoureuse des pratiques génocidaires et met en garde contre les captations politiques qui menacent aujourd’hui de brouiller leur compréhension.

. Carmen Bernand, Histoire des peuples d’Amérique, Paris, Fayard, avril 2019.

Carmen Bernand propose une histoire magistrale et inédite des peuples originels de l’Amérique. En croisant méthode ethnologique et science historique, sources archéologiques et pratiques culturelles, elle retrace sur le temps long ce que furent ces populations, leurs réseaux, leur civilisation et comment leur mémoire a marqué et modelé l’Amérique latine contemporaine.
Comment raconter l’histoire des peuples originaires du nord, du centre et du sud de cet immense continent américain appelés « Indiens » par les conquistadores et missionnaires ? En ne se limitant pas à la seule période circonscrite aux sources écrites rédigées généralement par des chroniqueurs, des prêtres, des lettrés, fussent-ils d’origine indigène. Et en dépassant les barrières nationales, qui ne datent que du XIXe siècle.
Dans ce récit d’une richesse exceptionnelle et agrémenté d’illustrations, Carmen Bernand relève le défi avec brio. Elle s’intéresse aux trajets et réseaux d’échanges, à la violence sacerdotale et au sacrifice, qui est la dette que les hommes payent pour vivre, à la force agissante des signes sacrés gravés, peints, modelés sur des supports variés, à la Montagne sacrée, source de vie, et enfin au chamanisme, arrivé en Amérique avec les migrations asiatiques préhistoriques.
Coquillages, maïs, drogues, dieux ou temples ponctuent ce grand voyage qui nous entraîne sur la trace des Mayas, des Aztèques, des Incas et bien d’autres encore, depuis les origines jusqu’à la Conquête, de la période coloniale à la formation des États-nations modernes.

. Jacques Généreux, Introduction à la politique économique, Paris, Seuil, avril 2019.

Récessions, inflation, chômage, krach financier, crise de l’euro... Face à ces déséquilibres, que peuvent faire les gouvernements ? Quels objectifs guident leur action ? Comment fonctionnent les divers moyens d’intervention et à quelles conditions sont-ils efficaces ? Telles sont les questions abordées dans ce livre. Cette nouvelle édition entièrement actualisée introduit de nombreux schémas commentés pour décrire la chaîne complète des effets associée à chaque instrument d’intervention ; elle éclaire les débats contemporains (austérité ou relance, politique de l’offre ou de la demande, euro ou monnaie nationale…) et permet de comprendre pourquoi la conduite d’une politique économique est confrontée à des dilemmes spécifiques dans la zone euro.

. Olivier Guillard, Que faire avec la Corée du Nord ? Subir, Honnir ou punir ?, Paris, Nuvis, mars 2019.

Disposons-nous aujourd’hui des clefs de lecture pour décrypter avec certitude ce qu’ambitionne pour demain la Corée du Nord ? Est-il temps de modifier notre regard sur ce belliqueux acteur atomique et favoriser sa réintégration au sein de la communauté internationale ? Olivier Guillard, spécialiste français de l’Asie, interroge une histoire et une actualité brulante.

. Pierre-Alexis Blevin, Les paradis fiscaux, Paris, PUF, avril 2019.

Centres financiers offshore, zones franches, micro-États, provinces autonomes, États fédérés… Les paradis fiscaux ne sont ni tout à fait semblables ni tout à fait différents. Chacun est le fruit d’une histoire, d’une géographie ou d’un système politique particuliers. Il n’existe donc pas de paradis fiscal type, mais de multiples modèles s’adaptant constamment et proposant des régimes fiscaux incitatifs, où se mêlent secret bancaire, fiscalité et droit des sociétés.
Où sont les paradis fiscaux ? Quels sont les montages juridiques qui permettent de faire de l’optimisation, voire de l’évasion fiscales ? Quels sont les principaux dispositifs de lutte ? Autant de questions auxquelles Pierre-Alexis Blevin apporte des réponses précises, nourries de nombreux exemples. Où l’on verra en quoi, pour les États-nations qui tirent leurs ressources de l’impôt, les paradis fiscaux sont l’enfer de la mondialisation.

. Taina Tervonen, Au pays des disparus, Paris, Fayard, avril 2019.

Taina Tervonen remonte le fil de l’histoire d’un migrant anonyme, décédé à bord du chalutier clandestin qui a fait naufrage dans les eaux internationales, au large de la Libye. Sa piste l’emmène de Milan à Catane, en passant par le Niger et le Sénégal. Sur sa route, elle croise des centaines de destins brisés aux portes de l’Europe, et entend le désarroi de leurs proches face à l’impossible deuil. Une enquête, aussi bouleversante que vertigineuse, sur un des plus gros enjeux de notre temps. Un chalutier clandestin transportant 800 personnes en direction de l’Italie sombre dans les eaux internationales, au large de la Libye. Au lendemain du naufrage, Matteo Renzi s’engage devant la presse à remonter l’épave et à donner à chaque victime une sépulture digne et un nom. Lorsque la journaliste Taina Tervonen se rend à la morgue de Milan seize mois plus tard, pour rencontrer l’équipe en charge des identifications, elle découvre parmi les objets personnels des naufragés un téléphone Nokia jaune citron en trois morceaux et un bout de plastique, destiné à le protéger de l’eau. C’est tout ce qui reste de PM390047, dont le corps resté anonyme est enterré dans le carré des migrants du cimetière de Catane, en Sicile. Qui était-il ? Taina Tervonen décide de remonter le fil de son histoire, de Milan à Catane, en passant par le Niger et le Sénégal. Sur sa route, elle croise des dizaines de destins brisés aux portes de l’Europe, et entend le désarroi de leurs proches face à l’impossible deuil. Une enquête, aussi bouleversante que vertigineuse, sur un des plus gros enjeux de notre temps. Taina Tervonen est journaliste et réalisatrice. Elle a travaillé sur les disparus en Bosnie et en Méditerranée.

. Didier Gascuel, Pour une révolution dans la mer. De la surpêche à la résilience, Paris, Actes Sud, avril 2019.

En mer, sans doute plus tôt et plus fort qu’ailleurs, l’homme a percuté les limites de la biosphère. Au cours du xxe siècle, avec la généralisation de la surpêche, nous avons vidé la mer d’une partie de ses poissons et perturbé le fonctionnement des écosystèmes en profondeur. Mais les premières victimes sont les hommes eux-mêmes. La crise écologique, ce sont des ports qui se vident et des communautés humaines laissées à l’abandon. Cette histoire rarement évoquée nous concerne tous, pêcheurs, consommateurs et citoyens. Elle pose des questions nouvelles : peut-on exploiter une ressource naturelle de manière vraiment durable ? Sommes-nous capables de mettre des bornes à notre propre capacité d’autodestruction ? Que faudrait-il changer radicalement pour enfin assurer un avenir durable à l’exploitation des ressources vivantes de l’Océan ? À ces questions, Didier Gascuel apporte un nouvel éclairage. Il propose un diagnostic de la surexploitation des mers et des principes nouveaux pour mettre sur pied la “pêchécologie”, qui réconcilierait l’exploitation et la conservation, les hommes et leur territoire, le local et le global. La pêche maritime est un test de notre capacité à muter vers le durable et la résilience. C’est un morceau, petit mais significatif, de la grande histoire des hommes confrontés à leur propre crise écologique. Une révolution dans la mer est possible, pour qu’avec les poissons, les écosystèmes et la diversité du vivant, l’aventure humaine continue.

. Gerard Noiriel, Les Gilets jaunes à la lumière de l’histoire, Paris, L’Aube, avril 2019.

Que signifie le mouvement des «  Gilets jaunes  » ? Que représente-t-il ? Que pouvons-nous, que devons-nous faire de ce mouvement, de ses revendications ? Quel rôle ont joué les médias, les réseaux sociaux, dans son essor ? Quel ­avenir peut-il avoir, compte tenu notamment de la ­disparité de ses membres ? «  Les querelles sur la pertinence de la notion de “France périphérique” ou sur le sens à donner au mot “peuple” témoignent d’abord d’un retour de la question sociale, comme l’illustre cet entretien avec Gérard Noiriel. Or une grande partie de ­l’intelligentsia l’avait mise de côté, voire ­discréditée au profit d’une focalisation sur la question de l’identité. À force de n’être “pas la cause de tout”, les conditions sociales n’étaient plus la cause de rien. Les voilà qui reviennent, pour le meilleur et pour le pire, entre émancipation et réaction.  » Nicolas Truong.

. Jean Viard, L’implosion démocratique, Paris, L’Aube, avril 2019.

Trump, Brexit, Salvini, Bolsonaro, Catalogne, Gilets jaunes… Si chaque implosion politique est singulière, et nationale, se dessine pourtant, selon Jean Viard, le schéma commun d’un affrontement entre les métropoles, portées par la révolution numérique et écologique, et les anciens mondes du travail, installés de plus en plus souvent loin des grandes cités. Dix ans après le début de la crise de 2008, ce peuple-là se révolte. Ce, bien sûr, parce qu’on l’a oublié, ringardisé, dévalorisé, mais aussi parce qu’il n’a plus ni espoir ni futur. Cet essai développe une analyse fine de la situation actuelle et des bouleversements qui y ont mené. Surtout, il propose un nouveau modèle politique pour redonner du pouvoir aux milieux populaires et inventer une démocratie en continu. Et si le mouvement des Gilets jaunes permettait à la France de se trouver à l’avant-garde d’une refondation démocratique ? Sinon, sans révolution de notre projet commun, le risque est grand que cette révolte ne mène à des régimes de plus en plus autoritaires.

. Li Ma La Chine et la Grande Guerre, Paris, CNRS Éditions, avril 2019.

À l’été 1914, l’Europe prend feu. Face au brasier qui menace d’engloutir toutes les Grandes Puissances, la Chine se pare d’une neutralité de façade. Alors que la dynastie Qing vient d’être écartée, en 1912, la jeune République sait l’importance de son vivier humain et les contreparties politiques qu’elle peut en tirer. Avec l’espoir de compter parmi les vainqueurs, l’ancien Empire s’engage aux côtés des Alliés et envoie des centaines de milliers de travailleurs chinois en France et en Russie à partir de 1915 pour accomplir, derrière les lignes, les tâches les plus pénibles.
Dans ce livre, qui confronte pour la première fois des sources et des témoignages chinois, français, anglais et japonais, en partie inédits, l’historienne Li Ma ne se contente pas de raconter l’odyssée mondiale de ces ouvriers. Elle dresse le portrait de la Chine de 14-18, en revenant sur la tumultueuse histoire des décennies précédentes et en éclairant dans le détail ses relations avec les belligérants, en particulier avec le Japon et les États-Unis de Wilson. Elle analyse enfin les conséquences intérieures du conflit jusqu’au traité de Versailles à l’origine du Mouvement du 4 mai 1919 considéré depuis comme l’acte de naissance de la modernité chinoise.

. Nathalie Carcaud, Gilles Arnaud-Fassetta , Caroline Evain, Villes et rivières de France, Paris, CNRS Éditions, avril 2019.

Source, artère, exutoire, la rivière reste indissociable de la vie des villes. Depuis l’origine du « phénomène » urbain, villes et rivières entretiennent un lien organique puissant, vital, mais aussi ambivalent et marqué par les ruptures, les inondations, les catastrophes. Les rivières font et défont les villes qui, à leur tour, les façonnent, les recréent et les canalisent.
En 29 portraits, de Paris à Fort-de-France, cet ouvrage revisite l’une des relations primordiales du citadin à la nature. Pour chacun des sites étudiés, des spécialistes de géographie, d’urbanisme ou d’histoire urbaine, dressent un état de la situation présente, fournissant les données clés pour comprendre le paysage actuel, à travers une cartographie originale, et retracent leur dynamique depuis l’éclosion citadine jusqu’à l’époque contemporaine.
Un panorama unique des villes et rivières françaises d’aujourd’hui, pour rendre compte du passé et esquisser leurs avenirs possibles en 2050.

. Norbert Guterman, Leo Löwenthal, Les prophètes du mensonge. Étude sur l’agitation fasciste aux Etats-Unis, Paris, La Découverte, avril 2019.

« Ces étrangers, ennemis de l’Amérique, sont à l’image de ces parasites qui déposent leurs œufs dans le cocon d’un papillon et en dévorent les larves. » C’est ce genre de propos d’une rare violence, disséminés dans des journaux, pamphlets ou discours, qu’examine Les Prophètes du mensonge, en décryptant les techniques de persuasion et les motifs psychologiques de l’agitation fasciste des années 1940 aux États-Unis. Au-delà du contexte américain de cette époque, par une méthode novatrice empreinte de psychanalyse, les auteurs dégagent les thèmes récurrents, schèmes argumentatifs et procédés rhétoriques de cette démagogie pour en révéler le sens implicite et, surtout, la signification politique. L’ouvrage montre comment le malaise social engendré par les sociétés capitalistes modernes est ainsi exploité pour enflammer les esprits, détourner les émotions vers des « ennemis » – l’Autre, le Juif, les Rouges –, cibles faciles d’un discours de haine. L’agitation politique tranche ainsi avec l’activisme progressiste qui, lui, vise à changer effectivement les structures sociales et politiques à l’origine du malaise. Diagnostic cru sur le devenir de la démocratie, Les Prophètes du mensonge démonte les procédés qui étouffent les capacités de jugement et la pensée réflexive. Un manuel de résistance intellectuelle et politique contre la séduction des discours fascistes, d’une brûlante actualité.

. Amélie Poinssot, Dans la tête de Viktor Orbán, Paris, Actes Sud, mars 2019.

À partir d’une enquête approfondie menée à Budapest et d’entretiens avec des conseillers actuels ou passés de Viktor Orbán, Amélie Poinssot nous fait entrer dans la tête de ce dirigeant d’un petit pays de près de 10 millions d’habitants, membre de l’UE depuis 2004. Comment l’étudiant en droit passionné par Solidarność, comment le fougueux libertaire qui prenait la parole en 1989 devant une foule immense pour exiger le départ des troupes soviétiques, s’est-il métamorphosé en chantre de l’“illibéralisme”, réélu triomphalement en 2018, ami de Poutine, coqueluche d’un Salvini ou d’un Bolsonaro ? À la différence des extrêmes droites occidentales, Viktor Orbán et son parti, le Fidesz, toujours membre du PPE, le grand parti de droite européen, n’ont jamais entendu se “normaliser” ni se “dédiaboliser” pour accéder ou se maintenir au pouvoir. C’est au contraire en parvenant aux plus hautes fonctions de l’État que leur discours s’est radicalisé et a fait peu à peu tomber toutes les digues du “politiquement correct”. Farouchement opposé – alors même qu’il n’envisage aucunement de quitter l’UE ni de perdre ses subventions – à toute politique européenne d’accueil des réfugiés, ne manquant jamais une occasion de mettre en avant les racines chrétiennes de son pays, bâtisseur d’un État autoritaire, Viktor Orbán fait sien l’héritage de la droite hongroise nationaliste de l’entre-deux-guerres. Avec lui au pouvoir, le prix Nobel Imre Kertész craignait le pire et notait déjà en 2001 : “Qu’elle est singulière cette Hongrie chrétienne, nationale, irrédente et démocratique ! Elle ne rappelle ni le pays des grands Hongrois du XIXe siècle, ni la démocratie, ni la liberté, mais la pire Hongrie pré-fasciste.”

. Gloria Origgi, Passions sociales, Paris, PUF, avril 2019.

Mouvements populistes, craintes millénaristes, indignation devant l’injustice, ressentiment social, colère, humiliation, solidarité et empathie vis-à-vis des plus vulnérables : les passions ont opéré un retour en force à la fois comme moteur et comme justification de l’action sociale. Elles font la une de l’information et sont à l’origine de la façon dont les gens agissent, votent, se révoltent, bouleversent les normes sociales et s’entretuent. Pourtant, cette omniprésence ne va pas de pair avec le développement d’une théorie sociale qui rendrait pleinement compte de leur rôle dans les comportements humains. Cet ouvrage réunit les meilleurs spécialistes de chaque discipline pour interroger le savoir contemporain en sciences sociales, en psychologie et en philosophie afin de mieux comprendre le rôle des passions quand elles sont mobiles de l’action sociale et politique. Il constitue un instrument inédit pour comprendre comment la peur, l’indignation, l’empathie ou l’humiliation peuvent expliquer les grandes transformations de notre époque.

. Henry Laurens, Orientales, Paris, CNRS Editions, avril 2019.

Voici réunis en un seul volume les quatre opus d’Orientales, recueils des grands textes de Henry Laurens et jalons essentiels pour comprendre les évolutions du monde arabe. Expédition d’Égypte, IIIe République et Islam, rencontre de civilisations au Levant, Méditerranée et Proche-Orient, question de Palestine, notion d’Empire dans l’histoire, printemps arabes, politique française au Liban, héritages des Frères musulmans…L’histoire contemporaine de l’Orient arabe éclaire puissamment les soubresauts de notre actualité. À l’heure de la lutte contre l’État islamique, de la guerre civile en Syrie, du regain de tension entre Israël et les Palestiniens, la mise en perspective historique de Henry Laurens permet de saisir les ruptures et les continuités, le jeu des alliances et la force des idéologies. Le récit fascinant de deux siècles d’Orient. Une fresque vivante que seules la passion d’un orientaliste, la clarté d’un savant et la force d’un conteur pouvaient peindre.

. Jonathan Haskel, Stian Westlake, Le capitalisme sans capital, Paris, PUF, avril 2019.

Une révolution tranquille a été amorcée au début du XXIe siècle. Pour la première fois, les principales économies mondiales ont investi davantage dans les actifs immatériels (la conception, la stratégie de marque, la R & D et les logiciels) que dans les actifs matériels (les machines et les bâtiments). Le Capitalisme sans capital n’est pas la simple histoire d’une prétendue nouvelle économie. Il montre que cette révolution a eu un impact considérable et sous-évalué dans les bouleversements économiques de la dernière décennie, qui vont de l’inégalité économique à une productivité stagnante. Jonathan Haskel et Stian Westlake explorent ce qui fait d’un système riche en actifs immatériels une économie fondamentalement différente du système classique, afin de répondre à la question : où va notre monde ?

. Laurent Perreau, Bourdieu et la phénoménologie. Théorie du sujet social, CNRS Éditions, avril 2019.

Le rapport de Bourdieu à la phénoménologie peut sembler, à première vue, de pure critique. Mais sa sociologie des pratiques doit aussi quelque chose à la phénoménologie, à Husserl, à Schütz ou encore à Merleau-Ponty. La première intention de cette enquête est ainsi d’examiner les conséquences de la reconversion des concepts et des analyses phénoménologiques dans la théorie et la pratique de la sociologie. La seconde intention qui anime cette étude est de rectifier certaines présentations purement déterministes ou objectivistes de l’œuvre de Bourdieu, en montrant qu’il élabore progressivement une conception renouvelée du « sujet ». Le rapport à la phénoménologie fonctionne comme une matrice de questionnements : ainsi en va-t-il des réflexions relatives à la normativité (sous la rubrique de l’habitus), à la temporalité et enfin à la réflexivité, qui sont ici méthodiquement examinées et composent une véritable théorie du sujet social.

. Yousra Abourabi, Maroc, Paris, De Boeck Supérieur, avril 2019.
Aux portes de l’Europe se déploie un monde arabe et musulman en pleine mutation depuis 2011, l’année des « printemps arabes ». Cet ouvrage invite à une (re)découverte du Maroc à travers son histoire, sa société, sa politique, son économie, sa culture. Chargé d’une histoire millénaire, le Maroc est un État monarchique qui s’est bâti au fil des conquêtes phéniciennes, romaines, berbères et arabes. Son avenir est aujourd’hui dépendant de facteurs incertains comme la libéralisation économique, les mouvements citadins qui bouleversent les normes sociétales ou l’émergence d’une nouvelle diplomatie africaine. Comprendre l’évolution du Maroc, c’est aussi saisir les nuances des pratiques religieuses d’aujourd’hui et l’organisation d’un pays jonglant entre héritage colonial, maintien d’un Makhzen séculaire et intégration dans des normes internationales. Le plus grand défi actuel du royaume est de réussir les réformes économiques ambitieuses qu’il a engagées tout en se reconstruisant une identité composant avec son passé et ses aspirations présentes.

. François-Michel Le Tourneau, L’Amazonie. Histoire, géographie, environnement, Paris, CNRS Editions, avril 2019.

« L’Amazonie n’existe pas » : c’est sur ce constat paradoxal que s’ouvre cet ouvrage, pour souligner que la dimension mythique et mythologique de cette région l’emporte souvent sur la réalité géographique. Tout commence par son nom, qui fait référence à une légende tirée de l’Antiquité grecque, à mille lieues du contexte de la forêt équatoriale que les voyageurs du XVIe siècle venaient d’aborder. Dès leur arrivée, les Européens ont eu du mal à comprendre l’Amazonie, déroutés par l’environnement, tant social que naturel, qu’ils découvraient. Mais plutôt que d’apprendre des sociétés locales à le décoder, ils ont cherché à l’analyser sur la base de leurs références culturelles. La profusion végétale et animale, l’analogie avec l’Éden perdu, les confortèrent dans l’idée que l’Amazonie était une nature vierge et ses habitants, dépourvus de civilisation. L’ouverture de la grande forêt aux scientifiques, à partir du XIXe siècle, n’a pas dissipé cette méprise. Deux visions oscillent alors, toutes deux encore très ancrées dans nos imaginaires : celle de « l’enfer vert », hostile à l’homme, qui demande à être dompté, et celle de la « forêt vierge », pure et intouchée, qu’il faut préserver en l’état. Mal informées sur l’Amazonie, les sociétés occidentales s’obstinent à y implanter des modèles de gestion en totale inadéquation avec son environnement, entraînant des conséquences dramatiques pour les équilibres écologiques non seulement sur le plan local mais aussi sur le plan régional, voire global. Consacré à l’Amazonie brésilienne qui représente près de 60 % de la forêt « amazonienne », cet ouvrage s’attache à étudier l’histoire longue des populations et de l’environnement en montrant que la vision occidentale relève d’un « malentendu » qu’il est urgent de lever. Une lecture essentielle à l’heure où les annonces du gouvernement Bolsonaro viennent réveiller les inquiétudes.

. Jean-Claude Cheynet, Byzance. L’Empire romain d’Orient, Paris, Armand Colin, avril 2019.

L’Empire romain d’Orient a vu le jour sur les rives du Bosphore, lorsque Constantin, premier empereur chrétien, fonda la nouvelle Rome, Constantinople. Pendant un millénaire, dans la continuité avec les institutions romaines, une civilisation brillante s’y est développée, au carrefour de l’Europe et de l’Asie. Elle a ainsi participé à la formation de l’Europe moderne, en conservant un État qui, ailleurs, s’était décomposé, en transmettant le droit, en maintenant tant bien que mal des relations avec le monde méditerranéen chrétien et musulman. Mais surtout, malgré les crises, elle a forgé un modèle politique, celui de la monarchie de droit divin. Byzance a laissé un triple héritage, temporel, qui passa aux Turcs, spirituel, qui resta aux peuples orthodoxes, et intellectuel, dont profita surtout l’Occident. Politique, militaire, économique, religieuse, intellectuelle et artistique, c’est toute la richesse de cet Empire que s’attache à présenter ici l’auteur.

. Jean-Noël Jeanneney, La République a besoin d’histoire III - 2010 – 2019, Paris, CNRS Éditions, avril 2019.

2010-2019 : interventions, engagements, analyses. Au fil des textes qui composent ce recueil, la voix libre de Jean-Noël Jeanneney confirme de quel prix peut être la complicité de Clio et de Marianne. Parmi le tohu-bohu d’un monde et d’une nation désorientés par tout ce qui, de jour en jour, surgit pour les bousculer, les défier, les angoisser, l’Histoire s’impose comme un fanal.
Plaidoyer pour une Europe de la culture ; évocation des pouvoirs de la radio, de la télévision et d’Internet ; célébration de la photographie ; débats sur la commémoration de la Grande Guerre, le « fascisme français » ou l’« affaire Maurras », réflexions sur le hasard en Histoire et salut aux prestiges de l’uchronie ; mise en perspective de la question du blasphème et des crimes djihadistes ; évaluation de l’émergence d’Emmanuel Macron ; hommage à quelques hautes figures. En multipliant les éclairages et en jouant de la concordance des temps, Jean-Noël Jeanneney s’interroge à nouveaux frais sur l’inscription du passé dans notre présent, au profit de la liberté et de l’action des citoyens, pour demain.

. Olivier Guillard, Que faire avec la Corée du Nord ? Subir, honnir ou punir ? , Paris, Nuvis, mars 2019.

Disposons-nous aujourd’hui des clefs de lecture pour décrypter avec certitude ce qu’ambitionne pour demain la Corée du Nord ? Est-il temps de modifier notre regard sur ce belliqueux acteur atomique et favoriser sa réintégration au sein de la communauté internationale ? Olivier Guillard, spécialiste français de l’Asie, interroge une histoire et une actualité brulante.

. Paul Arnould, Yvette Veyret, Claire Levasseur, Atlas du développement durable. Société, économie, environnement : un monde en transition, Paris, Autrement, mars 2019.

Le développement durable est une notion complexe, qui considère l’environnement dans son sens large : ressources, biodiversité, alimentation, santé, risques naturels et technologiques, gestion des déchets. Quels sont les nouveaux objectifs - sans cesse précisés - à atteindre et quelles sont les réponses apportées ? Le point sur l’état du monde et ses inégalités : population, ressources, santé, biodiversité, risques, migrations. La multiplication des réponses globales : grandes conférences internationales, législation, adaptation au changement climatique, tourisme durable, commerce équitable. L’inventivité des réponses locales : s’appuyant sur l’exemple français, l’atlas illustre les différentes échelles d’intégration du développement durable dans la gestion de l’environnement. Avec plus de 100 cartes et documents originaux, l’atlas propose un éclairage sur la mise en œuvre d’un développement « durable » pour la planète.

. Pascal Clerc, Florence Deprest, Guilhem Labinal, Didier Mendibil, Géographies. Épistémologie et histoire des savoirs sur l’espace, Paris, Armand Colin, avril 2019.

La géographie n’est pas une et ne l’a jamais été. Ses origines et son étymologie l’orientaient surtout vers les sciences de la nature et la description. Aujourd’hui, elle est largement tournée vers les sciences sociales, l’environnement et l’aménagement, et traite de nouvelles thématiques et de nouveaux concepts. À travers 48 courts chapitres, cet ouvrage propose de découvrir l’ensemble de ces évolutions. Après la présentation de quelques moments essentiels et débats majeurs de la discipline, sont étudiés les « Concepts et outils » des géographes et de ceux qui mobilisent des savoirs géographiques. La question des relations de la géographie avec d’autres disciplines ou pratiques intellectuelles est ensuite abordée. La dernière partie présente enfin quelques « Objets » géographiques et permet de mettre en perspective des savoirs exposés auparavant. Un ouvrage à l’attention des étudiants, des candidats aux concours de l’enseignement et des enseignants du secondaire.

. Pierre Gonneau, Aleksandr Lavrov, Ecatherina Rai, La Russie impériale. L’Empire des Tsars, des Russes et des Non-Russes (1689-1917), Paris, PUF, mars 2019.

De Pierre le Grand à Nicolas II, la Russie s’affirme comme un des acteurs majeurs du concert des nations européennes, empire multiethnique et multiconfessionnel à cheval sur deux continents et objet d’une quête identitaire entre nationalisme, spiritualité orthodoxe et mystique révolutionnaire. Pierre le Grand projette son empire sur la scène internationale et le remodèle, dans une transformation qui s’apparente à une réinvention complète du peuple russe. Puis, sous le sceptre de quatre impératrices, la Russie se porte à la tête des nations civilisées, tandis qu’au XIXe siècle, au contraire, le trône est occupé par des empereurs affichant un style de gouvernement masculin. Sous Alexandre Ier, le rayonnement du pays atteint son apogée avec la victoire remportée sur Napoléon, avant que son successeur, Nicolas Ier, s’attire une hostilité quasi générale dans son rôle de « gendarme de l’Europe ». La défaite de Crimée (1855) ouvre enfin une période de tension extrême. L’alliance avec la France, scellée à la veille du XXe siècle, ainsi que les défis logistiques et militaires auxquels la Russie est confrontée l’amènent au grand tournant d’octobre 1917.


Livre recommandé par Diploweb.com pour le mois de mars 2019

Pierre Verluise, Fondateur du Diploweb.com : "Avec une grande hauteur de vue et un véritable talent pédagogique, Nicole Gnesotto pointe les enjeux de l’Union européenne. Sans langue de bois, avec une plume acérée, elle fait un diagnostic lucide. Nicole Gnesotto ose aussi proposer des pistes pour l’avenir afin que nos héritiers ne soient pas mis en demeure de choisir entre l’ultralibéralisme des uns et le populisme autoritaire des autres. Un livre courageux et brillant, sans langue de bois."

. Nicole Gnesotto, L’Europe indispensable, CNRS éditions, 2019.

Comment une Europe démocratique, ouverte, libérale a-t-elle pu en quelques années engendrer des tendances profondes au repli et au souverainisme ? Pourquoi le besoin de fermeture et d’autorité le dispute-t-il désormais au désir d’ouverture et de liberté ? En réalité, nous avons failli collectivement, États membres et institutions européennes. Ne faudrait-il pas envisager de modifier certaines de nos politiques ? Prêter davantage attention au citoyen plutôt qu’au consommateur, à la démocratie plutôt qu’au libéralisme ? L’Europe ne combattra en effet le désamour des peuples qu’en inventant une troisième voie. Une Europe à la fois libérale et sociale, mondialisée et protectrice, afin que nos héritiers comme nous-mêmes ne soient jamais contraints de choisir entre deux pires : l’ultralibéralisme des uns et le populisme autoritaire des autres.


. Christophe Jaffrelot, L’Inde de Modi : national-populisme et démocratie ethnique, Paris, Fayard, mars 2019.

Au terme d’une longue enquête, Christophe Jaffrelot livre le portrait saisissant d’une Inde nationaliste, dont les dirigeants ont su profiter du jeu électoral pour exclure et mettre en place une véritable démocratie ethnique. En Inde comme dans bien d’autres pays, la nation ne se définit pas seulement sur le mode ouvert de la citoyenneté, mais aussi sur celui, fermé, de l’ethnicité. Le premier a longtemps été représenté par le parti du Congrès de Gandhi puis de Nehru, et le second par les nationalistes hindous, pour lesquels la communauté majoritaire, faite de fils du sol, incarne l’Inde éternelle, tandis que les chrétiens et les musulmans sont des pièces rapportées devant prêter allégeance aux symboles hindous pour être reconnus comme des Indiens à part entière. Né dans les années 1920, le nationalisme hindou n’a pris son essor que dans les années 1990 avant de conquérir le pouvoir en 2014. Ce tournant doit beaucoup au populisme de son leader, Narendra Modi, une personnalité atypique qui a d’abord gouverné la province du Gujarat – où il s’est imposé, suite au pogrom antimusulman de 2002, grâce à ses succès économiques et au soutien des milieux d’affaires, avant de conduire son parti, le BJP, à la victoire. En cinq ans, les nationalistes hindous ont changé la face de l’Inde. Non seulement ils ont mis au pas les tenants du sécularisme (universitaires, ONG), mais ils se sont aussi attaqués aux chrétiens et aux musulmans au point de les marginaliser dans les assemblées nationales et régionales, et, surtout, de mettre en place une police culturelle. Ce dispositif, s’il ne s’est pas traduit par des réformes constitutionnelles, donne aujourd’hui naissance à une démocratie ethnique de fait.

. Ece Temelkuran, Comment conduire un pays à sa perte, Paris, Éditions Stock, avril 2019.

« Comment et pourquoi un populiste sans pitié, avec l’aide d’une bande de sympathisants toujours plus nombreux, a pu mettre fin à la démocratie turque au cours de la nuit du 15 juillet 2016, est une histoire longue et compliquée. Le propos de ce livre n’est pas de raconter comment nous avons perdu notre statut de démocratie, mais d’essayer d’en tirer des leçons au profit du reste du monde. » Dans ce livre vivant, passionné et provocateur, Ece Temelkuran dissèque la montée du populisme à l’international. Elle révèle les schémas, explore les causes profondes et les différentes façons dont les pays, même les nôtres, peuvent sortir de la démocratie sans s’en apercevoir.

. Élodie Lemaire, L’oeil sécuritaire. Mythes et réalités de la vidéosurveillance, Paris, La Découverte, mars 2019.

Depuis les années 2000, les caméras de vidéosurveillance et de vidéoprotection ont envahi notre paysage urbain. Cette nouvelle manière de protéger la population fait couler beaucoup d’encre. Or les prismes dominants (sécuritéversus liberté) et les images mobilisées (du Panoptique à Big Brother, en passant par Minority Report), en disent plus sur les fantasmes collectifs que sur les réalités concrètes de ce dispositif. Dans ce récit d’enquête, au plus près des expériences et des représentations des acteurs publics et privés qui utilisent la vidéosurveillance au quotidien, Élodie Lemaire passe au crible les idées reçues sur cet œil sécuritaire, pour mieux en identifier les vrais dangers. En nous faisant pénétrer dans les salles de contrôle et les coulisses des tribunaux, l’auteure montre que les usages de la vidéosurveillance sont loin d’être conformes à sa réputation de « couteau suisse de la sécurité » ou de « reine des preuves ». Mais ces limites cachent d’autres dérives bien réelles, comme la banalisation d’une idéologie qui construit progressivement notre vision sécuritaire du monde social.

. Jean-Louis Brunaux, À la recherche d’Alésia. Des légendes grecques au lieu de mémoire, Paris, Armand Colin, mars 2019.

Le nom d’Alésia évoque pour beaucoup des souvenirs d’école, telle la gravure de Vercingétorix rendant ses armes à César. Cette bataille décisive appartient à la mémoire collective, même si elle s’est soldée par la défaite des Gaulois. Elle constitue en effet l’événement fondateur de l’histoire de France, une histoire qui s’enrichit encore au cours des deux millénaires qui lui succédèrent. Alésia est née de légendes grecques. Héraclès serait le fondateur de la ville tandis que les dieux gaulois se seraient installés sur ses montagnes bien avant cet affrontement digne des Titans entre le chef arverne et César. Jean-Louis Brunaux fait revivre l’histoire de ce lieu. Son récit, traversé par un souffle épique, rend à Alésia et à son jeune héros gaulois la place légitime qui leur revient dans notre Histoire.

. Kishore Mahbubani, L’Occident s’est-il perdu ? , Paris, Fayard, mars 2019.

À l’heure où de nouvelles puissances émergent, comment doit réagir l’Occident ? Kishore Mahbubani défend la thèse provocatrice que seul le fait que l’Occident admette son déclin permettra un succès stratégique à plus long terme. Après deux siècles d’hégémonie sans partage, la domination occidentale sur le monde a pris fin au début du XXIe siècle. Un nouvel ordre global se fait jour, dans lequel la Chine et l’Inde sont les deux premières puissances économiques. Comment l’Occident doit-il réagir à son nouveau statut ? Avec recul, clarté et franchise, Kishore Mahbubani démontre que ce n’est qu’en acceptant ce phénomène, et en cherchant à influencer le monde par la diplomatie plutôt qu’à le dominer par son interventionnisme, que l’Occident pourra conserver un rôle clé dans la géopolitique des temps futurs. S’il ne met pas en œuvre cette stratégie, il sera perdu – parce qu’il se sera perdu.

. Norbert Guterman, Leo Löwenthal, Les prophètes du mensonge. Étude sur l’agitation fasciste aux Etats-Unis, Paris, La Découverte, mars 2019.

« Ces étrangers, ennemis de l’Amérique, sont à l’image de ces parasites qui déposent leurs œufs dans le cocon d’un papillon et en dévorent les larves. » C’est ce genre de propos d’une rare violence, disséminés dans des journaux, pamphlets ou discours, qu’examine Les Prophètes du mensonge, en décryptant les techniques de persuasion et les motifs psychologiques de l’agitation fasciste des années 1940 aux États-Unis. Au-delà du contexte américain de cette époque, par une méthode novatrice empreinte de psychanalyse, les auteurs dégagent les thèmes récurrents, schèmes argumentatifs et procédés rhétoriques de cette démagogie pour en révéler le sens implicite et, surtout, la signification politique. L’ouvrage montre comment le malaise social engendré par les sociétés capitalistes modernes est ainsi exploité pour enflammer les esprits, détourner les émotions vers des « ennemis » – l’Autre, le Juif, les Rouges –, cibles faciles d’un discours de haine. L’agitation politique tranche ainsi avec l’activisme progressiste qui, lui, vise à changer effectivement les structures sociales et politiques à l’origine du malaise.
Diagnostic cru sur le devenir de la démocratie, Les Prophètes du mensonge démonte les procédés qui étouffent les capacités de jugement et la pensée réflexive. Un manuel de résistance intellectuelle et politique contre la séduction des discours fascistes, d’une brûlante actualité.

. Barbara Loyer, Géopolitique. Méthodes et concepts, Paris, Armand Colin, mars 2019.

Le terme de « géopolitique », s’il est employé dans toutes les disciplines, désigne avant tout un savoir géographique. Ce dernier s’intéresse aux causes des conflits et rivalités de pouvoir sur des territoires, à leurs évolutions et à leur résolution. Son champ d’étude, très singulier puisqu’il inclut des réalités à la fois objectives et subjectives, requiert donc une méthodologie précise. Cet ouvrage vient proposer l’ensemble des concepts, outils et méthodes à maîtriser pour mener des analyses géopolitiques fines et efficaces. Assorti de nombreux exemples et études de cas, traités à différentes échelles, il constitue une véritable initiation au raisonnement géopolitique, grille de lecture désormais incontournable de nos sociétés contemporaines.

. Ali Laïdi, Le Droit, nouvelle arme de guerre économique. Comment les Etats-Unis déstabilisent les entreprises européennes, Paris, Actes Sud, février 2019.

Aux États-Unis, le droit est devenu une arme économique. Une arme qui fait des ravages chez les ennemis, mais aussi chez les amis de Washington. Depuis une dizaine d’années, des entreprises européennes subissent les foudres des procureurs du département de la Justice et des directeurs des agences de régulation fi nancière. Les sociétés soupçonnées de corruption ou de violation des embargos (Cuba, Libye, Corée du Nord, Iran, etc.) se voient infliger des amendes qui se comptent en centaines de millions voire en milliards de dollars. Car l’utilisation de l’incontournable billet vert dans les transactions internationales place de facto les entreprises sous juridiction américaine. Siemens, ABN Amro, Technip, BNP, Alstom, Société générale… ce sont les multinationales européennes qui occupent le Top 10 des plus lourdes sanctions imposées par Washington, et dans lequel Airbus pourrait bientôt figurer. Certaines entreprises ne s’en sont pas relevées, et sont passées sous pavillon… américain. Le 11 septembre 2001 a marqué le début de cette répression économique : Washington a voté des textes qui prétendent s’appliquer à l’ensemble de la planète et a transformé d’anciennes lois censées lutter contre le terrorisme, la criminalité et la fraude en outils de compétition commerciale. Ce livre, fruit de deux ans d’enquête, montre comment l’Amérique a ouvert un nouveau front dans la guerre économique qui déstabilise l’Europe, tout particulièrement l’Allemagne et la France. Une déstabilisation qui ne fait que commencer.

. Edwy Plenel, La victoire des vaincus. À propos des gilets jaunes, Paris, La Découverte, mars 2019.

La révolte des gilets jaunes est un événement inédit, inventif et incontrôlable. Comme tout surgissement spontané du peuple, elle déborde les organisations, bouscule les commentateurs, affole les gouvernants. Comme toute lutte collective, elle s’invente dans une création politique autonome où l’auto-organisation est maître du jeu. Comme toute mobilisation populaire, elle brasse la France dans sa diversité, avec ses solidarités et ses préjugés, ses espoirs et ses aigreurs, ses beautés et ses laideurs. Prenant le contrepied de la morgue de classe qui s’est déchaînée face à un peuple rabaissé au rang de foule, cet essai veut en déchiffrer l’énigme en mêlant l’histoire immédiate et la longue durée. Né d’un refus de l’injustice fiscale et d’une exigence sociale d’égalité, ce mouvement s’est emparé de la question démocratique centrale, celle du pouvoir présidentiel qui confisque la volonté de tous. C’est cette audace républicaine qu’une répression policière sans équivalent lui fait payer. L’avenir n’est pas écrit, et le cours des événements dépendra de l’action de celles et ceux qu’ils convoquent. Aussi ce livre est-il une alarme face à la fuite en avant d’un pouvoir affolé qui, pour se légitimer, a choisi de jeter les gilets jaunes dans les bras de l’extrême droite. Si cette catastrophe advenait, en seraient aussi responsables tous les tenants d’une République démocratique et sociale qui auront préféré tenir à distance cet inédit, plutôt que de mener la bataille de l’égalité auprès des gilets jaunes.

. Jérôme Hélie, Les relations internationales dans l’Europe moderne. Conflits et équilibres européens 1453-1789, Paris, Armand Colin, mars 2019.

L’histoire politique à l’époque moderne est faite de guerres que leur grand nombre rend confuses en apparence. Le but de ce livre est donc avant tout de donner un tableau simple et clair des conflits qui ont façonné l’Europe alors qu’émergent des États qui cherchent à affirmer leur puissance par les armes et la diplomatie. Il ne s’agit pas simplement de recenser guerres et batailles, mais surtout de souligner les grands enjeux, dynastiques, territoriaux, politiques ou religieux. Les principaux affrontements sont analysés, en montrant comment ils ont modifié des équilibres aussi fragiles que complexes. Cette histoire des relations internationales ne saurait ainsi se limiter aux rivalités entre les grandes monarchies d’Occident, mais intègre l’ensemble des acteurs européens, de l’Empire ottoman jusqu’au Portugal, sans négliger le poids alors considérable de l’Europe du Nord et de l’Est. Le découpage chronologique proposé permet de considérer une longue période, depuis les grands bouleversements politiques du XVe siècle jusqu’à la veille de la Révolution française. Des cartes et des généalogies fournissent les éléments nécessaires à une rapide compréhension des événements.

. Lionel Astruc, L’art de la fausse générosité. La fondation Bill et Melinda Gates, Paris, Actes Sud, mars 2019.

Emblème de l’accumulation de richesses et géant de l’informatique, Bill Gates est devenu en quelques années une icône de la philanthropie. Mais en réalité ses opérations philanthropiques s’apparentent à un outil au service des multinationales les plus nocives pour l’environnement, la santé et la justice sociale et parfois également au service des intérêts économiques de Bill Gates lui-même. Première publication sur ce sujet en France, ce livre en apporte la preuve en suivant, depuis leur source, les flux financiers qui alimentent les actions dites « caritatives » de la fondation Bill et Melinda Gates.

. Martin Lamotte, Léonore Le Caisne, Stefan Le Courant, Fake news, mensonges et vérités, Paris, PUF, mars 2019.

La vérité est relative, paraît-il. Comment cette idée pour le moins contradictoire a-t-elle pu s’imposer dans l’espace public ? L’anthropologue cherche moins à établir des faits et leur vérité, que les conditions sociales de leur existence. Il s’inscrit en cela dans une démarche de compréhension de la vérité (ou des vérités) des personnes qu’il rencontre. Le collectif Monde Commun a fait ici le choix d’aborder la question de la vérité à partir d’enquêtes sur le terrain où, bien souvent, l’anthropologue est à la recherche d’une vérité auprès d’individus eux-mêmes aux prises avec ces questions : la quête par les membres d’un gang portoricain de la véritable histoire de leur héros fondateur ; les épreuves de vérité à la frontière que doit affronter le migrant ; la rumeur des voleurs de sexes en Afrique de l’Ouest et Centrale ; les mensonges de Trump et la socialité politique de l’indignation morale ; la « vérité anthropologique » de l’anthropologue et la « saisie subjective des subjectivités ».

. Shennette Garrett-Scott, Banking on Freedom. Black Women in U.S. Finance Before the New Deal, Columbia, Columbia University Press, mai 2019.

Between 1888 and 1930, African Americans opened more than a hundred banks and thousands of other financial institutions. In Banking on Freedom, Shennette Garrett-Scott explores this rich period of black financial innovation and its transformative impact on U.S. capitalism through the story of the St. Luke Bank in Richmond, Virginia : the first and only bank run by black women. Banking on Freedom offers an unparalleled account of how black women carved out economic, social, and political power in contexts shaped by sexism, white supremacy, and capitalist exploitation. Garrett-Scott chronicles both the bank’s success and the challenges this success wrought, including extralegal violence and aggressive oversight from state actors who saw black economic autonomy as a threat to both democratic capitalism and the social order. The teller cage and boardroom became sites of activism and resistance as the leadership of president Maggie Lena Walker and other women board members kept the bank grounded in meeting the needs of working-class black women. The first book to center black women’s engagement with the elite sectors of banking, finance, and insurance, Banking on Freedom reveals the ways gender, race, and class shaped the meanings of wealth and risk in U.S. capitalism and society.

. Florent Manet, Le crime en bleu. Essai de thalassopolitique. Préfaces du général d’armée Richard Lizurey et de l’amiral Christophe Prazuk, éd. Nuvis, 2019.

Et si les terroristes préparaient un Bataclan sur mer ?

Cette perspective redoutable illustre à elle-seule l’actualité des menaces maritimes qui pèsent sur nos économies globalisées et sur nos modes de vie. Terrorisme, piraterie, cybercrime, trafic organisé d’êtres humains, narco-trafic international, pêche illégale, pollution… telles sont les multiples facettes d’une activité criminelle organisée transnationale qu’analyse Florian Manet à la tête de la police judiciaire de la gendarmerie maritime. Ce praticien partage l’importance des enjeux attachés à la lutte contre cette « thalassocratie criminelle » qui met en risque les équilibres socio- économiques et géopolitiques jusqu’au cœur des territoires.

Commandant la section de recherches de la gendarmerie maritime, Florian Manet souligne dans ce livre l’importance des enjeux attachés à la lutte contre cette "thalassocratie criminelle" qui prospère dans les mécanismes spécifiques de l’écosystème maritime. Quels sont les ressorts et les manifestations de cette criminalisation de la haute mer, aujourd’hui en pleine expansion ?

Colonel de gendarmerie, Florian Manet, commande la section de recherches de la gendarmerie maritime : le service de police judiciaire de la mer. Ancien élève de l’Ecole Spéciale Militaire de Saint-Cyr, diplôme de l’Ecole de Guerre, ancien auditeur de l’IHEDN, il a commandé des unités opérationnelles aussi bien en métropole que dans les départements ou collectivités d’outre-mer ou dans le cadre d’opérations extérieures.

. Sébastien Abis (dir.) Le Déméter 2019, édition IRIS, 2019.

Mondialisation des échanges, urbanisation, instabilités géopolitiques, développement durable, logistique et e-commerce, innovations technologiques, formations des nouvelles générations, etc. : les grandes équations stratégiques de la sécurité ali­­men­taire, de la production agricole et de la consommation en France et dans le monde se font toujours plus complexes. Le Déméter 2019 propose une série d’analyses prospectives sur ces transformations et leurs conséquences sur les agricultures, les systèmes alimentaires et les ruralités. Les contributions à cette 25e édition du Déméter offrent des grilles de lecture pour comprendre ces recompositions et les trajectoires agricoles prises en Europe et en France, ainsi que l’émergence de puissances agricoles à travers le monde.

. 18 analyses thématiques et de nombreux encadrés
. 10 fiches Repères sur les échanges, les marchés, les produits et les techniques
. cartes mondiales, régionales et thématiques
. infographies et statistiques sur les dynamiques géoéco­nomiques et agricoles à l’œuvre en France et dans le monde

. Nicolas Haupais (dir.), La France et l’arme nucléaire, éd. Biblis, 2019.

La France dispose d’un arsenal de 300 têtes nucléaires. Cela fait d’elle le troisième possesseur mondial, loin derrière les États-Unis et la Russie. L’arme nucléaire constitue un élément essentiel de sa grandeur et de sa défense. Pourtant, elle n’a pas vocation à être employée et n’est aujourd’hui dirigée contre personne. Arme paradoxale, elle repose sur un principe, celui de la dissuasion : on la possède pour ne pas avoir à l’utiliser.
Comme elle renvoie à un imaginaire de destruction globale, l’arme nucléaire pose des problèmes éthiques évidents. Pour la rendre acceptable, la France l’érige en arme strictement défensive. Mais quel est son avenir dans un contexte international incertain et dangereux ?
Développement du programme nucléaire français, défis présents, entre prolifération et contrôle, modernisation des arsenaux, interdiction éventuelle : voici quelques-uns des thèmes abordés dans cet ouvrage rassemblant les meilleurs spécialistes.

. Alexandre Ménard, Armées françaises Trois milieux, trois cultures, Paris, Nuvis, février 2019.

L’objet de cet ouvrage est de plonger dans les cultures des trois armées françaises, afin d’en dégager les traits communs et les spécificités. Quel est le poids du milieu, de l’histoire, des traditions, des actes opérationnels dans la constitution d’une culture militaire ? Quelles sont les perceptions et les relations qu’elles entretiennent les unes aux autres ? Quels sont leurs rapports avec les personnels civils au sein des armées ? Autant de questions auxquelles doit savoir répondre celui qui veut comprendre et pénétrer le monde des armées.

. Anne de Tinguy, La Russie dans le monde, Paris, CNRS Éditions, mars 2019.

En 2024, à la fin de son quatrième mandat, qui pourrait être le dernier, Vladimir Poutine aura été au pouvoir sans discontinuer pendant 24 ans. Quel héritage cherchera-t-il à laisser ? Va-t-il modifier la trajectoire suivie jusqu’ici et chercher à donner la priorité au développement et à la modernisation de la Russie ? Va-t-il se donner les moyens de s’attaquer aux sources de vulnérabilités et de faiblesses de son pays en l’engageant sur la voie d’une nouvelle « perestroïka » ? Ou va-t-il continuer à mener une politique de puissance à l’international au détriment du développement intérieur ? La Russie est aujourd’hui à la croisée des chemins. L’annexion de la Crimée, puis son intervention en Syrie l’a propulsée sur le devant de la scène internationale. Va-t-elle pour autant dans « la bonne direction » ? Une grande partie de la population russe le pense, ou du moins le pensait jusqu’à l’impopulaire réforme des retraites annoncée à l’été 2018. Rien n’est moins sûr. Dans le domaine des relations extérieures, le succès coïncide avec l’échec : du fait de la politique qu’elle a menée, la Russie a perdu l’Ukraine et fragmenté l’espace postsoviétique qu’elle considère comme sa sphère d’influence, elle s’est aliénée une bonne partie de l’Occident, elle s’est engagée dans un incertain virage vers l’Asie, etc. Et en interne, elle peine à relever les immenses défis auxquels elle est confrontée. C’est en particulier le cas de la nécessaire modernisation du pays. Elle reste une économie de rente faiblement productive et dans le domaine scientifique et technique, elle est en perte de vitesse. Des vulnérabilités qui sont aggravées par les évolutions démographiques ainsi que par un conservatisme qui bride dans de nombreux domaines sa capacité de renouvellement et d’innovation. En se penchant sur le rapport au monde de la Russie, cet ouvrage a pour but de donner des éléments de réponse à ces questions et ainsi de contribuer à la compréhension de la trajectoire russe.

. Jérôme Fourquet, L’Archipel français. Naissance d’une nation multiple et divisée, Paris, Seuil, mars 2019.

En quelques décennies, tout a changé. La France, à l’heure des gilets jaunes, n’a plus rien à voir avec cette nation une et indivisible structurée par un référentiel culturel commun. Et lorsque l’analyste s’essaie à rendre compte de la dynamique de cette métamorphose, c’est un archipel d’îles ignorant les unes les autres qui se dessine sous les yeux fascinés du lecteur. C’est que le socle de la France d’autrefois, sa matrice catho-républicaine, s’est complètement disloqué. Jérôme Fourquet envisage d’abord les conséquences anthropologiques et culturelles de cette érosion, et il remarque notamment combien notre relation au corps a changé (le développement de pratiques comme le tatouage et l’incinération en témoigne) ainsi que notre rapport à l’animalité (le veganisme en donne la mesure). Mais, plus spectaculaire encore, l’effacement progressif de l’ancienne France sous la pression de la France nouvelle induit un effet d’« archipelisation » de la société tout entière : sécession des élites, autonomisation des catégories populaires, formation d’un réduit catholique, instauration d’une société multiculturelle de fait, dislocation des références culturelles communes (comme l’illustre, par exemple, la spectaculaire diversification des prénoms). À la lumière de ce bouleversement sans précédent, on comprend mieux la crise que traverse notre système politique : dans ce contexte de fragmentation, l’agrégation des intérêts particuliers au sein de coalitions larges est tout simplement devenue impossible. En témoignent, bien sûr, l’élection présidentielle de 2017 et les suites que l’on sait. Avec de nombreuses cartes, tableaux et graphiques originaux réalisés par Sylvain Manternach, géographe et cartographe.

. Pierre Singaravélou, L’école française d’Extrême-Orient, Paris, CNRS Éditions, mars 2019.

Institution phare de l’orientalisme français, l’École française d’Extrême-Orient, fondée en Indochine en 1898, reste largement méconnue. Elle est pourtant un formidable laboratoire pour observer la « science coloniale », ses conditions de production et ses usages politiques.
À travers cette étude historique, Pierre Singaravélou revient sur la dimension culturelle de la domination coloniale, mais aussi sur le foisonnement intellectuel qui caractérise l’Asie de la première moitié du XXe siècle. Exploration archéologique, collecte des manuscrits, étude du patrimoine linguistique, etc. : ces activités tous azimuts de l’École soulignent la richesse des connaissances co-produites par les savants français et les chercheurs autochtones dont le statut demeure subalterne. Et la découverte inattendue de la vente par l’École de certaines sculptures khmères d’Angkor dans les années 1930 démontre la perpétuation de pratiques prédatrices.
Un grand essai d’histoire sur l’orientalisme et les sciences humaines en situation coloniale.

. Renaud Piarroux, Choléra. Haïti 2010-2018 : histoire d’un désastre, Paris, CNRS Éditions, mars 2019.

Le 12 janvier 2010, Haïti est frappé par un séisme dévastateur, et sa capitale, Port-au-Prince, en partie détruite. Au mois d’octobre suivant, c’est une épidémie de choléra, d’une violence inouïe, qui frappe l’île. Or, le choléra n’avait alors jamais touché cette île. À la demande de l’ambassadeur de France en Haïti et du ministre de la Santé haïtien, le médecin français Renaud Piarroux, spécialiste de la dynamique des épidémies de choléra, s’y rend, pour en déterminer l’origine et dresser un plan de bataille. Mais ce qu’il croyait être une « simple » mission sanitaire va se révéler être un scandale politique et scientifique de grande ampleur. Politique, parce que l’épidémie a été apportée en Haïti par les casques bleus onusiens venus aider à la reconstruction du pays, responsabilité que l’ONU peine à endosser. Scientifique, parce que la doxa d’alors, c’est que le choléra voit son origine dans le réchauffement des eaux, dont il serait une conséquence « naturelle » : cela va se révéler faux, mais il faudra lutter pour le faire admettre. C’est le récit de ces batailles, menées dans un pays deux fois ravagé, que Renaud Piarroux nous conte ici : un récit à la première personne, très personnel, des colères, de l’impuissance surmontée, des rencontres marquantes. Les batailles sont remportées, et l’on espère que, après la saison des pluies de cette fin d’année 2018, le choléra pourra être déclaré éradiqué en Haïti.

. Vincent Lehmuller, La stratégie immunitaire. Un autre chemin vers la victoire, Paris, Nuvis, février 2019.

Aujourd’hui, l’enjeu n’est plus de conquérir la puissance mais de la conserver ; il ne s’agit plus seulement de protéger nos intérêts stratégiques par la recherche d’une victoire décisive, mais de garantir la non-défaite. En ce sens, en cohérence avec les atouts et moyens de la France, la stratégie "immunitaire" proposée par l’auteur prône un modèle d’engagement plus préventif que curatif. Cette nouvelle façon de faire la guerre, plus constructive que destructrice, propose un autre chemin vers la victoire.

. Érik Neveu, Sociologie du journalisme, Paris, La Découverte, février 2019.

Suspectés de « faire l’opinion », d’être trop proches des puissants ou au contraire sans cesse négatifs, les journalistes exercent une profession chahutée. Un exercice salutaire du droit de critique exige de comprendre la réalité du travail quotidien d’un métier de plus en plus éclaté selon les médias, statuts et titres. Cet ouvrage propose à qui veut saisir le quotidien du travail journalistique un état des recherches internationales et un ensemble de pistes de réflexion. Il éclaire les généalogies de la profession et propose une cartographie des journalismes français contemporains. Il invite à penser le travail journalistique dans un réseau de relations avec les autres acteurs de l’entreprise de presse, les sources et les publics. Il évoque les évolutions de l’écriture de presse et tente de reposer les termes du débat classique sur les pouvoirs du journalisme. Il propose enfin de saisir les contours d’une nouvelle écologie de la production de l’information à un moment où réseaux sociaux, sites Web et débats sur les fake news manifestent la recomposition des techniques et de l’art d’informer.

. François Heisbourg, Cet étrange nazi qui sauva mon père, Paris, Éditions Stock, février 2019.

C’est à un mystère que s’attelle ici François Heisbourg, relatant le parcours de l’étrange baron Franz von Hoiningen. Cet officier allemand qui traverse deux guerres mondiales, s’engage spontanément dans le parti nazi, puis sauve des centaines de Juifs et de résistants – dont le père de l’auteur –, qui s’évade d’Allemagne avec la Gestapo aux trousses après avoir été « mouillé » dans le complot contre Hitler, finit son odyssée dans les bras de sa femme au Luxembourg et disparaît de tous les écrans radar. Au point que ce récit aurait pu s’appeler « L’homme sans visage », tant il a été difficile de trouver une trace photographique de lui. Qui était-il ? Comment passe-t-on à un moment donné du mal au bien ? Quelle est l’alchimie de cette « banalité du bien » ?

. Jean-François Coustillière, Périls imminents en Méditerranée, Paris, l’Aube, février 2019.

La Méditerranée est un théâtre où se jouent conflits – religieux, armés, politiques – et drames – environnementaux, démographiques et économiques. Révélant l’envers du décor, Jean-François Coustillière éclaire motifs et stratégies, élargit le champ aux puissances internationales qui tiennent à protéger leurs intérêts en Méditerranée, scrute les rôles de la France et des pays européens. Ce livre est cru comme une autopsie, aussi clinique, aussi factuel : description de la scène du crime, observation des lésions, analyse des toxiques, examen des organes, cause probable du… ah, non, le «  patient  » n’est pas encore tout à fait mort et il subsisterait peut-être un espoir de le sauver. Mais qui peut arrêter les coupables et administrer les remèdes nécessaires ?

. Jean-Marie Bouissou, Les leçons du Japon. Un pays très incorrect, Paris, Fayard, mars 2019.

Plongée dans le Japon contemporain qui pourrait bien en étonner plus d’un et qui vaut d’être regardé de plus près, tant il est resté uni et homogène malgré une crise économique qui persiste. Un pays parfois dur et brutal, qui assume ses côtés politiquement incorrects, mais qui échappe aux fractures qui divisent la France. Le Japon vit depuis trente ans une crise économique et sociale multiforme. Sa dette publique est la plus élevée du monde. Les revenus stagnent, le taux de pauvreté est le double du nôtre, sa population diminue et vieillit massivement, sa jeunesse paraît démoralisée. Pourtant, le Japon se tient et se supporte fort bien lui-même. Il est dur et brutal sous certains aspects, mais le chômage y est inconnu, la délinquance négligeable et les services d’une qualité inimaginable. Ce qui divise les Français, à commencer par les religions et les médias, y conforte au contraire la cohésion nationale. Sportifs et célébrités en tous genres se doivent d’être exemplaires, sous peine d’être durement sanctionnés par l’opinion. Du haut en bas de la société, on s’excuse, souvent pour très peu et parfois pour beaucoup, et ce rituel qui, vu de chez nous, semble n’être que du théâtre a une réelle efficacité sur le moral de la communauté. On peut y voir le résultat d’un formatage omniprésent dès la petite enfance, dont le conformisme tue le dynamisme, la créativité et les rêves. Mais on peut aussi penser que la manière dont le Japon échappe aux fractures qui stressent la France, et à certains des maux qui pourrissent la vie des Français, vaut d’être regardée de plus près. Quitte à ce que les leçons que peut donner le Japon semblent attentatoires à ce qui est politiquement (et autrement) « correct ».

. Louis Favreau, Lucie Fréchette, Solidarité internationale. Écologie, économie et finance solidaire, Québec, PUQ, février 2019.

Dans l’espace public, l’aide humanitaire occupe la première place de la coopération internationale. Elle panse les dégâts de toutes les crises. Cependant, une autre partie de cette coopération invente des transitions vers un développement durable au Sud. La solidarité internationale, adossée au développement d’économies de proximité, est désormais à l’ordre du jour. Comment en effet répondre aux enjeux planétaires telles l’urgence écologique, la montée des inégalités, la mise à mal des démocraties et la présence d’intégrismes religieux comblant le vide actuel d’horizon collectif ? Comment accompagner des communautés de plus en plus laissées à elles-mêmes par les États ? Depuis une décennie, un double virage, écologique et économique, traverse la coopération. Cet ouvrage présente l’itinéraire d’organisations de coopération internationale (OCI), de coopératives, de groupes de producteurs agricoles et de syndicats qui ont pris ce tournant en tissant la toile d’une solidarité économique favorisant sécurité alimentaire, accès au crédit et lutte contre la précarité énergétique. Une solidarité misant sur la finance solidaire ouvre ainsi un nouvel espace des possibles : l’épargne du Nord soutenant des investissements socioéconomiques au Sud qui réinventent l’espoir. Fruit condensé d’un long parcours de deux chercheurs engagés depuis des décennies dans ce domaine, cet ouvrage intéressera les intervenants et décideurs de la coopération internationale (OCI, municipalités, collèges et universités), les organisations sociales sensibles aux collaborations avec leurs équivalents au Sud, ainsi que les étudiants en développement international, en organisation communautaire et, plus généralement, en sciences sociales.

. Pierre Bezbakh, Inflation et désinflation, Paris, La Découverte, février 2019.

Qu’est-ce que l’inflation ? Quelles en sont les principales causes ? À qui profite-t-elle et quels en sont les principaux effets ? La désinflation est-elle un phénomène conjoncturel indépendant des politiques économiques ? De quels moyens les gouvernements disposent-ils pour lutter contre l’inflation ? Comment les grands pays développés ont-ils réussi leur passage à la désinflation ? Peut-on envisager que la déflation suive la désinflation ? Y a-t-il des perdants lorsque les prix sont stables ? Peut-on imaginer qu’il y ait croissance économique sans inflation ? Quelles sont les relations économiques entre l’inflation, le chômage et la croissance ? Les phénomènes récents (mondialisation, concurrence accrue, émergence du géant chinois, fluctuation du cours des matières premières…) sont-ils de nature déflationniste ou, au contraire, porteurs de nouvelles tensions inflationnistes ? C’est à ces questions que cet ouvrage tente de répondre, en s’appuyant sur les faits, les théories et les leçons des expériences historiques.

. Pierre Veltz, La France des territoires, défis et promesses, Paris, l’Aube, février 2019.

À l’heure de la crise qui secoue notre pays, voici un livre provocateur. Sans nier les profondes divergences au sein de la société française ni leurs racines ou implications terri­toriales, Pierre Veltz fait le pari de l’optimisme, celui d’une France qui proteste mais aussi invente, au cœur des territoires, des chemins nouveaux pour faire face aux grands défis qui nous sollicitent, et d’abord celui de la conversion écologique. Il décrit le « tournant local » qui touche aussi bien notre économie que notre vie sociale, redéfinissant en creux l’agenda étatique, national et européen. Il ne plaide pas pour un retour régressif au territoire identitaire et fermé sur lui-même, mais au contraire pour une vision fluide et ouverte des interdépendances entre métropoles, villes moyennes et zones rurales.

. Christophe Jaffrelot, L’Inde contemporaine, Paris, Éditions Fayard, mars 2019.

Ouvrage de référence sur l’Inde aujourd’hui, complet et accessible, rédigé par les meilleurs spécialistes du sujet, illustré avec des cartes, outil indispensable pour comprendre les enjeux du sous-continent indien. Avec une décennie d’avance, l’Inde a fait une entrée remarquée dans le xxi siècle. Elle a amorcé de grandes réformes structurelles (politiques, économiques et sociales). Dans les années 1990-2000, le renforcement du fédéralisme, le rapprochement avec les États-Unis, la libéralisation économique et la politique de discrimination positive en faveur des basses castes ont changé le visage du pays. À ces phénomènes s’en ajoutent d’autres, à la temporalité plus lente mais dont l’impact est majeur : transition démographique, urbanisation rapide et effort de défense nationale. L’Inde est aujourd’hui confrontée à la montée en puissance des nationalistes hindous, au pouvoir depuis 2014, à une marginalisation de ses minorités religieuses et à une concentration du pouvoir lié à la centralisation administrative. À plus long terme, la crise agricole et les risques environnementaux hypothèquent son développement. Cet ouvrage est une synthèse indispensable à qui veut comprendre l’histoire contemporaine d’une grande puissance émergente avec laquelle il faut désormais compter.

. Christophe Prince, Nathalie Prince, Nietzsche au Paraguay, Paris, Flammarion, février 2019.

Paraguay, 1886. Virginio Miramontes, un aventurier solitaire, est recueilli en pleine jungle dans une étrange colonie peuplée d’une poignée de familles allemandes. C’est le projet fou d’Elisabeth Nietzsche, sœur du célèbre philosophe, et de son mari, le lugubre docteur Förster. Tous deux rêvent de créer dans ces terres vierges une nouvelle Allemagne digne de l’utopie aryenne balbutiante. Antisémitisme délirant, plan d’expansion démesurés, cultures et commerces impossible. Rien ne marche comme prévu, et la Nueva Germania court au désastre. La maladie rôde, la faim guette, la violence s’installe. Perdue dans ce microcosme entouré de barbelés, Elisabeth tient à son frère la chronique fantasmée de leur succès, passant ses jours à attendre les lettres de Nietzsche. Nietzsche au Paraguay révèle une face cachée de l’Histoire, celle d’une illusion folle, présage des massacres nazis un demi-siècle plus tard.

. Frederick M. Binder, David M. Reimers, Robert W. Snyder, All the Nations Under Heaven. Immigrants, Migrants, and the Making of New York. Revised Edition, Columbia, Columbia University Press, février 2019.

First published in 1996, All the Nations Under Heaven has earned praise and a wide readership for its unparalleled chronicle of the role of immigrants and migrants in shaping the history and culture of New York City. This updated edition of a classic text brings the story of the immigrant experience in New York City up to the present with vital new material on the city’s revival as a global metropolis with deeply rooted racial and economic inequalities. All the Nations Under Heaven explores New York City’s history through the stories of people who moved there from countless places of origin and indelibly marked its hybrid popular culture, its contentious ethnic politics, and its relentlessly dynamic economy. From Dutch settlement to the extraordinary diversity of today’s immigrants, the book chronicles successive waves of Irish, German, Jewish, and Italian immigrants and African American and Puerto Rican migrants, showing how immigration changes immigrants and immigrants change the city. In a compelling narrative synthesis, All the Nations Under Heaven considers the ongoing tensions between inclusion and exclusion, the pursuit of justice and the reality of inequality, and the evolving significance of race and ethnicity. In an era when immigration, inequality, and globalization are bitterly debated, this revised edition is a timely portrait of New York City through the lenses of migration and immigration.

. Jean-Claude Prager, Le grand Paris express. Les enjeux économiques et urbains, Paris, Éditions Économica, janvier 2019.

Le Grand Paris Express est un projet de très grande ampleur qui soulève nombre de discussions restées trop souvent très superficielles. Ce livre présente les différentes recherches économiques effectuées depuis une dizaine d’années pour mieux en appréhender les conséquences sur la mobilité, l’activité économique et l’organisation urbaine. Ces recherches, encore méconnues, se situent à la pointe de la connaissance actuelle sur le sujet, et illustrent l’importance de bien décrire et évaluer les effets des infrastructures de transports, surtout lorsqu’elles sont de taille aussi exceptionnelle que le Grand Paris Express, pour que la puissance publique puisse prendre ses décisions sur la base des informations les plus robustes. Tous les aspects utiles sont abordés, l’impact sur la mobilité et les grandes difficultés qu’ont les modèles de prévision classiques pour appréhender les conséquences de la mise en service d’une infrastructure performante telle que le Grand Paris Express, les effets de cet investissement sur l’emploi et sa croissance comme sur la transformation dans les tendances de la localisation des entreprises et des populations et ses conséquences en termes de productivité des entreprises et des services publics, le management des mégaprojets, dimension essentielle de leur réussite, ainsi que la comparaison avec le projet du Crossrail de Londres. Ce livre entend nourrir un débat fructueux et ouvert sur l’organisation de l’espace économique des villes et le rôle moteur des grandes infrastructures, à un niveau dépassant les jugements simplistes que malheureusement on rencontre encore trop souvent.

. Michael Marder, Political Categories. Thinking Beyond Concepts, Columbia, Columbia University Press, mars 2019.

Western philosophy has been dominated by the concept or the idea—the belief that there is one sovereign notion or singular principle that can make reality explicable and bring all that exists under its sway. In modern politics, this role is played by ideology. Left, right, or center, political schools of thought share a metaphysics of simplification. We internalize a dominant, largely unnoticeable framework, oblivious to complex, plural, and occasionally conflicting or mutually contradictory explanations for what is the case. In this groundbreaking work, Michael Marder proposes a new methodology for political science and philosophy, one which he terms “categorial thinking.” In contrast to the concept, no category alone can exhaust the meaning of anything : categories are so many folds, complications, respectful of multiplicity. Ranging from classical Aristotelian and Kantian philosophies to phenomenology and contemporary politics, Marder’s book offers readers a theoretical toolbox for the interpretation of political phenomena, processes, institutions, and ideas. His categorial apparatus encompasses political temporality and spatiality ; the revolutionary and conservative modalities of political actuality, possibility, and necessity ; quantitative and qualitative approaches to the study of political reality ; the meaning of political relations ; and various senses of political being. Under this lens, the political appears not as a singular concept but as a family of categories, allowing room for new, plural, and often antagonistic ideas about the state, the people, sovereignty, and power.

. Pankaj Mishra, L’Âge de la colère. Une histoire du présent, Paris, Éditions Zulma, avril 2019.

L’âge de la colère, c’est une guerre civile mondiale caractérisée par deux traits majeurs : l’individualisme et le mimétisme appropriatif. Brexit, élection de Donald Trump, nationalisme hindou de Narendra Modi, terrorisme islamiste, extrême droite omniprésente en Europe… les exemples ne manquent pas. Pour Pankaj Mishra, ces bouleversements ne sont pas le résultat de situations propres à chaque pays, encore moins d’un choc des civilisations. Il s’agit au contraire d’un mécanisme inhérent au modèle politique occidental acouché des Lumières – démocratie libérale et économie de marché – qui, depuis la chute du mur de Berlin, s’applique de manière brutale à des milliards d’individus. Depuis l’Europe du XVIIIe siècle, Pankaj Mishra explore la situation émotionnelle qui, de Rousseau et Tocqueville à nos jours, a fait émerger les mouvements de colère. Il montre comment les romantiques allemands et les anarchistes russes, détracteurs d’une société inégalitaire née de l’idéal libéral, ont influencé des leaders nationalistes du XXe siècle en Inde, en Turquie, en Iran ou en Chine. Mais les individus révoltés du XXIe se comptent par millions – un phénomène amplifié par les réseaux sociaux, les crises migratoires et une instabilité économique globale. Avec une écriture enlevée et des portraits saisissants – on notera la plongée dans l’Inde de Narendra Modi – L’Âge de la colère propose une analyse inattendue et décentrée de notre présent troublé.

. Yves Mény, Imparfaites démocraties. Frustrations populaires et vagues populistes, Paris, Presses de Sciences Po, mars 2019.

« La démocratie est un livre ouvert dont toutes les pages ne sont pas écrites. Les démocraties se sont inventées, modifiées, adaptées et on est loin d’avoir épuisé les ressources de l’imagination et de l’expérimentation. S’il y a une révolution à faire, c’est bien là. » Imparfaite par essence, la démocratie suscite critiques et désillusions. Cet état de crise, de remise en cause, permanente est son talon d’Achille, et aussi sa grandeur. Aujourd’hui, rien ne semble pouvoir endiguer la vague populiste qui déferle sur le monde. Partout, l’idéal de liberté, d’égalité et de fraternité recule, tandis que les peuples cèdent à la tentation de l’homme fort. Sommes-nous pour autant à la veille d’un effondrement démocratique ? Au regard des changements économiques et politiques en cours dans des pays comme l’Italie, les États-Unis, le Royaume Uni et la France, l’auteur fait plutôt le pari que les démocraties sauront se réinventer. Comme elles ont toujours su le faire depuis deux siècles, en incorporant des éléments exogènes tels que l’État de droit, le libéralisme politique ou l’État providence.

. Cécile Asanuma-Brice, Un siècle de banlieue japonaise. Au paroxysme de la société de consommation, Paris, Metispresses, février 2019.

Un siècle de banlieue japonaise apporte une réflexion inédite sur les processus d’urbanisation de l’une des sociétés de consommation les plus avancées de la planète, dans un pays dont la population doit, de surcroît, souvent faire face à des désastres naturels. De la fin du XIXe  siècle aux temps présents en passant par la crise de Fukushima, l’histoire de la production de l’espace nippon retracée ici nous permet de saisir l’évolution du rapport des Japonais à l’urbain et à leur milieu. Dans ce contexte, la formation du tissu urbain banlieusard qui entoure les villes, et notamment la capitale, est un phénomène particulièrement éloquent. Au Japon, logements publics et sociaux n’allant pas de pair, il est essentiel de saisir les motivations d’une réflexion liée au logement populaire en banlieue. Quelles sont les conséquences foncières, sociales et culturelles de la transformation de l’espace imposée par les politiques planificatrices de la seconde moitié du XXe siècle ? Un siècle de banlieue japonaise présente les premières initiatives externalisées dans le domaine du logement, les influences occidentales et les prises de position qui ont donné naissance au processus de création de la banlieue japonaise, ainsi que les grands mouvements d’idées sous-jacents. Afin d’illustrer les résultats concrets de ces phénomènes, l’auteure examine en profondeur la situation des cités de logements publics japonaises, qui exprime certes la mise en œuvre de la modernité dans l’aménagement spatial, mais entraîne également des réalités socioculturelles difficiles. De la naissance du noyau urbain de Tôkyô aux emprunts à l’Amérique de l’après-guerre, de la vague du bunka à l’apogée de Kôdan (l’organisme public du logement), en passant par l’évolution inexorable d’un village où les traditions disparaissent progressivement, Cécile Asanuma-Brice nous présente la poétique et la politique de l’urbain nippon. Elle nous invite de manière spéculaire à nous interroger sur la production de l’espace urbain occidental.

. David Motadel, Les musulmans et la machine de guerre nazie, Paris, La Découverte, février 2019.

Au plus fort de la Seconde Guerre mondiale, après les premiers revers militaires subis en Union soviétique et l’enlisement dans des territoires abritant de nombreux musulmans – l’Afrique du Nord, le Caucase, les Balkans et la Crimée –, les dirigeants nazis ont cédé à une sorte d’urgence stratégique. Ainsi ont-ils mis de côté certains de leurs préjugés racistes et tenté d’instrumentaliser l’« islam » – religion que Hitler et Himmler, notamment, admiraient car ils la jugeaient « autoritaire », « fanatique » et « conquérante » – pour en faire une force politique ralliée à leur cause. Les musulmans sont donc devenus la cible d’une propagande acharnée et sophistiquée, quoique totalement ignorante des cultures et contextes régionaux. Mais en postulant l’unité du monde musulman, en manipulant les textes sacrés ou en tentant de faire passer Hitler pour une figure centrale de l’eschatologie islamique, la machine de guerre nazie a fabriqué de toutes pièces un islam imaginaire. Fondé sur des sources inédites issues de quatorze pays, ce livre démonte avec précision la thèse d’une proximité idéologique entre nazis et musulmans à l’égard des juifs. Si des dizaines de milliers de soldats musulmans se sont effectivement enrôlés dans la Wehrmacht et la SS, ils l’ont presque toujours fait pour échapper à une misère plus grande encore, aux menaces de la violence nazie, ou pour se venger de leurs anciens oppresseurs.

. Fanny Lopez, L’ordre électrique. Infrastructures énergétiques et territoires, Paris, Metispresses, février 2019.

La maîtrise industrielle de l’électricité et l’ordre électrique qui en est directement issu ont façonné nos sociétés depuis plus d’un siècle. Ils ont permis une démulti-plication de la croissance et de la consommation, tout en menant à l’appropriation des milieux de vie. Aujourd’hui, un mouvement de profonde reconfiguration des territoires-ressources est à l’oeuvre, remettant en question nos modes de vie ainsi que la nature et l’échelle des infrastructures et des territoires qui nous permettent de subsister, alors même qu’un grand nombre de ces derniers sont fortement dégradés. La quête d’un sol et de l’autosuffisance n’a cessé de bousculer l’ordre électrique. Cet ouvrage propose une histoire critique de ses infrastructures, depuis leur avènement à la fin du XIXe siècle, suivi par leur rapide développement à grande échelle – les monuments du capitalisme électrique –, jusqu’aux crises récentes et aux transformations qui ont conduit à l’émergence d’une diversité infrastructurelle et d’une gouvernance plus locale. Les territoires à énergie positive, les micro-réseaux électriques de Londres, de Berlin ou de New York, les mini-centrales urbaines, rurales ou domestiques, qui redessinent des trajectoires productives de plus petite échelle, promeuvent des dynamiques de réappropriation et des nouveaux systèmes d’interconnexion. Ces réalisations bouleversent les hiérarchies sociotechniques héritées du passé et redéploient nos devenirs énergétiques urbains et territoriaux.

. Pierre Bergounioux, Faute d’égalité, Paris, Gallimard, mars 2019.

On attendait d’énergiques initiatives, des changements effectifs, de vrais événements. Ils ne se sont pas produits. Cinq décennies ont passé en vain, à vide, apparemment. Et puis ce qui aurait dû être et demeurait latent, absent fait irruption dans la durée. Pierre Bergounioux entreprend ici de saisir les origines et la signification du soulèvement social que la France a vécu ces derniers mois. Il enracine sa réflexion dans l’histoire des nations et des idées occidentales, en vertu de l’axiome selon lequel tout le passé est présent dans les structures objectives et la subjectivité des individus qui font l’histoire. Ainsi se poursuit, jusque dans les formes les plus contemporaines de la contestation, en pleine crise du capitalisme et de la représentation politique, le rêve égalitaire qui nous est propre.

. Pierre Musso, Le temps de l’Etat-Entreprise, Paris, Fayard, mars 2019.

Nous assistons à la montée en puissance de la grande Entreprise, rivale de l’Etat, depuis plusieurs siècles. Cette fois, elle semble en mesure de rivaliser avec sa puissance et d’opérer un basculement en sa faveur. Sans cette « grille de lecture », il est impossible de comprendre la « crise du politique » qui s’étire maintenant depuis plusieurs décennies et de comprendre les dernières évolutions locales aux Etats-Unis et en Europe dont sont symptomatiques les présidences de Donald Trump et Emmanuel Macron, et la résurgence de Silvio Berlusconi, entre autres. Personnages ayant surgi comme par effraction à la présidence de leur pays, perçus comme des « politiques » improbables, Berlusconi, Trump et Macron ont été bien rapidement étiquetés « populistes », « élitistes », « néo-libéraux ». Si ces trois figures, pourtant en phase avec l’époque, restent incompréhensibles, c’est qu’ils méritent que l’on formule d’autres hypothèses d’interprétation du phénomène qu’ils représentent. Berlusconi, Trump et Macron, antipolitiques en politique, sont des figures pionnières de l’État-Entreprise. Cette institution double se manifeste et apparaît aujourd’hui, tandis que l’État est plus affaibli que jamais, et à sa suite la politique et le système de la représentation. L’Entreprise, en premier lieu la grande Entreprise (big corporation), triomphe. Elle est à l’apogée de sa puissance. Ce livre met en perspective, sur la longue durée, la mutation profonde du politique en Occident et donne à voir ce qui se joue à l’arrière-plan, entre l’État (institution de la religion du politique) et l’Entreprise
(institution de la religion industrielle) : un lent processus de neutralisation de l’État qui s’accélère depuis la fin du xxe siècle et semble tendre à son démantèlement, au profit de l’Entreprise… À tout le moins assistons-nous à un transfert d’hégémonie. Le temps de l’État-Entreprise advient, temps de la mutation du pouvoir et du rapport de force entre les deux institutions désormais hybridées.

. Régis Debray, L’Europe fantôme, Paris, Gallimard, février 2019.

Pour mieux comprendre ce qui lui reste d’emprise sur les esprits, il faut rendre à l’idée sublime d’Union européenne son aura d’origine. Et rappeler à ceux de ses vingt-sept membres qui l’auraient oublié d’où vient la bannière bleue aux seulement douze étoiles d’or : du Nouveau Testament, Apocalypse de saint Jean, 12. L’emblème qui flotte au-dessus de nos têtes qui ne croient plus au Ciel remonte à l’an 95 de notre ère et célèbre l’imminent avènement du Royaume. Vision mystique engrisaillée, projet politique encalminé : les deux ne sont pas sans rapport.

. Conseil français des investisseurs en Afrique (CIAN), Les diasporas africaines. Accélératrices des économies du continent, Paris, Éditions Eyrolles, janvier 2019.

Un panorama inédit des retombées économiques des diasporas africaines. Alors que l’Afrique enregistre une croissance durable et bénéficie de sauts technologiques grâce au digital, les trois millions et demi de personnes des diasporas africaines de France se tournent de plus en plus vers le continent pour prendre part à cette dynamique. Beaucoup de projets, d’initiatives entrepreneuriales ou associatives voient le jour, des fonds importants sont investis. Mais quel est l’effet réel pour le continent africain ? En 2018, le Conseil français des investisseurs en Afrique (CIAN) a conduit une étude pour mieux cerner la réalité économique de ces diasporas africaines de France, leurs motivations et aspirations ainsi que leur impact. Cet ouvrage dresse un panorama inédit de ces diasporas et de leurs puissantes retombées économiques pour le continent africain.

. Henry Laurens, Les crises d’Orient tome 2. La naissance du Moyen-Orient 1914-1949, Paris, Fayard, février 2019.

Dans ce second volume des Crises d’Orient, Henry Laurens poursuit sa magistrale synthèse sur l’histoire des conflits et violences qui agitèrent le Moyen-Orient, de 1915 et la Première Guerre mondiale à 1949. Dans ce volume, Henry Laurens montre de manière originale comment la Première Guerre mondiale est aussi une guerre pour l’islam. L’Allemagne impériale cherche à organiser un jihad contre les empires coloniaux de la France, de la Grande-Bretagne et de la Russie quand Britanniques et Français tentent de prendre le contrôle des villes saintes de l’islam. À la faveur du Premier Conflit mondial, né de la question d’Orient, et de l’effondrement de l’Empire ottoman, une multitude d’États se constituent dont les élites travaillent avec acharnement à se libérer de la tutelle étrangère. Jusqu’à la Seconde Guerre mondiale toutefois, les Britanniques parviennent à maintenir leur monopole. Mais l’entrée en scène des États-Unis et de l’Union soviétique, qui reprend à son compte le Grand Jeu du tsarisme, déstabilisent la région. D’autant que la création d’Israël en 1948, soutenue par les Occidentaux, initie un nouveau cycle de conflits au Moyen-Orient. Ce livre révèle une fois de plus combien l’enjeu des ingérences et des implications a façonné la réalité politique de la région et créé de terribles tragédies humaines comme la destruction de la chrétienté anatolienne ou l’exode des Palestiniens. Les drames d’aujourd’hui y trouvent leurs origines.

. Julien Monange, La Légion arabe de 1917, Paris, CNRS Éditions, janvier 2019.

Recrutée pendant l’été 1917 pour appuyer et renforcer les colonnes tribales de l’émir Fayçal et du colonel Lawrence contre les Turcs, la première Légion arabe constitue une tentative audacieuse dans l’Orient en plein conflit mondial. Formée de prisonniers ottomans, de déserteurs ou encore de volontaires bédouins et levantins, elle est placée hiérarchiquement sous le commandement de diplomates européens, mais encadrée par un corps d’officiers arabes convertis à la cause du chérif Hussein, le nouveau « roi du Hedjaz ». Des conseillers militaires occidentaux sont chargés de son instruction tactique et tentent de discipliner cette troupe hétérogène. En lui affectant le célèbre orientaliste français Louis Massignon qui professe en son sein un oecuménisme panarabe contre le califat ottoman, ses créateurs Sykes et Picot ont voulu donner l’impression de favoriser la création d’une armée nationale arabe. Mais l’objectif d’une telle entreprise était en fait de canaliser le nationalisme chérifien et de casser son lien inconditionnel à l’Islam. Le récit inédit de sa courte histoire donne de nouvelles clefs de compréhension des rivalités impérialistes en Orient, lignes de fractures entre les Alliés sur l’attitude à avoir envers l’Islam et le nationalisme arabe pendant la Grande Guerre.

. Amatallah Hassan Abdulmughni, Manon Quérouil, La Reine de Sanaa, Paris, Fayard, février 2019.

Au Yémen, avant son exil, Ahmatullah était le Premier ministre d’un gouvernement inédit : un « Conseil des Enfants » qui siégeait au Parlement. Elle avait alors de grands espoirs pour son pays, notamment le débarrasser des extrémismes qui assujettissent femmes et enfants, pour enfin rétablir la paix. Mais la guerre a eu raison de ça aussi et l’a contrainte à l’exil. Dans ce récit, elle nous raconte son enfance dans un Yémen en proie aux violences et au fanatisme. Depuis toute petite, on répète à Amatallah Hassan Abdulmughni qu’elle vaut « dix hommes ». Vu d’ici, le compliment n’en est pas un. Mais au Yémen, c’est plus qu’une reconnaissance : un véritable blanc-seing pour forcer le destin. À 18 ans, Amatallah a déjà un passé d’adulte. Au Yémen, elle était le Premier ministre d’un gouvernement comme il n’en existe nulle part ailleurs : les 35 membres qui composaient ce « Conseil des Enfants » étaient tous mineurs et siégeaient au Parlement, aux côtés de leurs homologues adultes. Là-bas, Amatallah s’était fixé une mission, et non des moindres : ramener la paix dans son pays, en combattant notamment les milices chiites. Mariages forcés d’enfants, femmes cloîtrées ou contraintes à porter la burqa dès l’âge de 10 ans, les combats de la jeune fille n’avaient plus de limites. Ou presque. Depuis quelques mois, Amatallah s’est vue contrainte de quitter son pays. La guerre a rattrapé tous ses espoirs. C’est depuis son exil que, grâce à Manon Quérouil-Bruneel, elle nous raconte son enfance dans un Yémen en proie aux violences et à l’extrémisme. Un document passionnant.

. Pierre Cabanes, Le monde grec, Paris, Armand Colin, février 2019.

Cet ouvrage a pour vocation de fournir quelques notions claires aux lecteurs et aux lectrices qui prennent contact avec la Grèce antique. Il offre une présentation du monde grec antique, fondée sur l’étude des grandes structures de cet ensemble dont l’unité est beaucoup plus culturelle que politique. Sont décrites successivement la vie sociale en Grèce ancienne, les activités économiques des habitants, les formes d’État et de gouvernement qu’ils ont adoptées pour organiser la vie de leurs petites collectivités, la vie religieuse et culturelle qui les rapprochent. Une chronologie permet de situer dans le temps ces structures et incitera le lecteur à aller plus loin dans la découverte du monde grec ancien.

. Pierre Buhler, La puissance au XXIe siècle, éd. Biblis, 2019.

Qu’est-ce que la puissance en ce début de XXIe siècle ? C’est à une exploration des transformations de ce concept central du système international que nous convie cet ouvrage. Il en examine les fondements, en dégage les règles, révèle cette « grammaire de la puissance » qui, par ses constantes comme par ses formes nouvelles, gouvernera sa redistribution.

Croisant les regards, ceux de l’économie, de la démographie, du droit, de la géographie, de la philosophie politique, La puissance au XXIe siècle offre une clef de lecture de l’ordre du monde et de sa recomposition continue. La mondialisation, l’innovation, la prolifération, à la faveur de la révolution numérique, des logiques de réseaux, la montée en force, voire l’apparition, de nouveaux acteurs ont érodé le monopole des États, qui ont cependant su reprendre la main.

« Cet ouvrage s’impose comme une référence pour comprendre le concept de puissance à la lumière du temps présent. »
Libération

. Kevin Limonier, Vladimir Pawlotsky, La Russie, une puissance en renouveau ?, La documentation photographique n°8126, novembre- décembre 2018, La documentation française.

Derrière l’image d’une puissance conquérante dirigée par un pouvoir autoritaire, la Russie recèle de nombreuses contradictions. Vaste territoire aux identités multiples, le pays fait face à une démographie en berne et une économie qui peine à se diversifier. Ses ambitions n’en restent pas moins considérables.
Ce nouveau numéro de la Documentation photographique permet d’appréhender les forces et les faiblesses de la Russie à un moment où ce pays s’efforce de redevenir une puissance incontournable sur la scène internationale. Le lecteur se voit proposé un tour d’horizon complet et actualisé des multiples dimensions (économique, sociale, démographique, diplomatique, militaire…) d’un pays-continent trop souvent réduit à sa caricature.
Au sommaire :
Le point sur : Les multiples géographies de la Russie ; Le « système Poutine » ; Espace postsoviétique, « étranger proche », « monde russe » ; La Russie dans le monde : puissance ou influence ?
Thèmes et documents : Institutions et exercices du pouvoir ; De fortes inégalités territoriales ; Une société aux identités multiples ; Des atouts économiques ; La Russie, puissance mondiale ou régionale ? ; Les vecteurs de la puissance russe.

. Julien Durand de Sanctis, Philosophie de la stratégie française II. La stratégie africaine, Paris, Nuvis, décembre 2018.

Après un premier volume consacré à la "stratégie continentale", Julien Durand de Sanctis étudie dans ce deuxième volume la stratégie française en Afrique. La présence politique et militaire française dans ce continent éveille toute une série d’interrogations relatives à la formation des idées et des représentations à l’oeuvre dans l’élaboration d’une stratégie. Julien Durand de Sanctis nous livre ici une réflexion originale qui place la "matrice" africaine au cœur de la construction des représentations stratégiques coloniales et post-coloniales françaises.

. Cécile Desprairies, L’Héritage allemand de l’Occupation. Ces 60 dispositions toujours en vigueur, Paris, Armand Colin, février 2019.

Cour d’assises, diplôme d’avocat, délit de tentative de faux et usage de faux, statut du détective privé, énergie hydroélectrique, affichage des prix, jerrican, tri sélectif, remembrement, pommes de terre Bintje, carottes râpées, vache Holstein, nouvelles races de chien… autant de dispositions qui nous viennent de l’Occupation allemande et sont passées par Vichy. Si à la Libération, avec le rétablissement de la légalité républicaine, la plupart des mesures de l’Occupation allemande furent abolies, certaines ont été maintenues et, avec elles, des habitudes nées de la guerre. Comment l’expliquer ? N’aurait-on gardé de ce régime autoritaire et répressif que ce qui relevait du quotidien ? L’affaire est complexe et chacun se fera son opinion. Ce livre exerce en quelque sorte un droit d’inventaire et, pour chacune de ces mesures ou dispositions qui sont restées, revient sur les raisons de leur conception et leur devenir aujourd’hui. Un défi passionnant, enrichi d’illustrations inédites.

. Eric Vuillard, La guerre des pauvres, Paris, Actes Sud, janvier 2019.

1524, les pauvres se soulèvent dans le sud de l’Allemagne. L’insurrection s’étend, gagne rapidement la Suisse et l’Alsace. Une silhouette se détache du chaos, celle d’un théologien, un jeune homme, en lutte aux côtés des insurgés. Il s’appelle Thomas Müntzer. Sa vie terrible est romanesque. Cela veut dire qu’elle méritait d’être vécue ; elle mérite donc d’être racontée.

. François Reynaert, Voyage en Europe, Paris, Fayard, janvier 2019.

Un voyage dans plus d’un millénaire d’histoire de l’Europe, de Charlemagne à la construction européenne, redonnant force et vie à l’idée d’une identité partagée. Notre histoire est européenne. S’arrêter face au trône de Charlemagne, dans la cathédrale d’Aix-la-Chapelle, pour rêver d’un empire qui fonda l’Europe. Se promener dans les rues de Nuremberg, de Bruges, de Gênes pour raconter la résurrection des villes et l’invention de l’économie, au Moyen Âge. Arpenter les falaises de Sagres, au sud du Portugal, pour imaginer le prince Henri le Navigateur guettant à l’horizon le retour des caravelles. Retrouver, en Pologne, le chanoine Copernic, qui chamboula notre rapport à l’univers. Chercher, dans les couloirs de Westminster, l’âme du parlementarisme et dans la salle du Jeu de Paume à Versailles celle de la Révolution française. Profiter d’une promenade d’un bout du continent à l’autre, pour explorer son passé. En ce début de XXIe siècle, les passions nationales flambent de nouveau. Nombre d’Européens n’imaginent plus l’avenir que dans le repli alors que notre histoire est indissociable de celle du continent. Un Espagnol et un Polonais, un Allemand et un Français ont en commun le Moyen Âge et ses châteaux, la Renaissance, les Lumières, les bouleversements consécutifs à la Révolution française, la révolution industrielle, les deux guerres mondiales. C’est une évidence, et elle est oubliée. Le but de cette promenade est de lui redonner force et vie.

. Serge Moati, Il était une fois en Israël, Paris, Fayard, janvier 2019.

Dans cette histoire d’Israël, conçue comme un récit de vie, Serge Moati donne à chacun le pouvoir d’enfin comprendre et sentir ce pays, ses espérances et, hélas, ses éternels conflits. Une perspective unique sur l’actualité autant qu’un hymne pour la paix. La première fois que Serge Moati est allé en Israël, en 1958, c’était au kibboutz Regavim. Là-bas, le jeune garçon qu’il était a découvert l’« homme nouveau » des premiers sionistes, avec ses idéaux d’égalité et de fraternité. Avec les jeunes filles et garçons du camp, ils ont appris la lecture, le partage et l’amour. Un « âge d’or » qui l’a longtemps porté. Que reste-t-il, à l’heure où le pays fête ses soixante-dix ans, de cet Israël des origines ? De celui de Herzl et de Ben Gourion qui rêvaient d’un pays où les Juifs du monde pourraient trouver refuge, dans la paix et l’harmonie avec leurs voisins ? Où ensemble, ils pourraient vivre sur une terre qui appartient à tous ceux qui la travaillent ? Plus grand-chose, nous dit ici Serge Moati. De l’« homme nouveau » d’Israël, il ne reste presque rien. Depuis l’indépendance, jusqu’à la dernière intervention de Tsahal à Gaza de novembre 2018, en passant par les deux intifadas, la guerre du Kippour, la mort de Rabin, etc., Serge Moati revient sur les événements qui ont façonné le pays. Dans cette histoire d’Israël destinée à tous, il donne à chacun le moyen d’enfin comprendre le conflit qui déchire la région depuis soixante-dix ans. Une perspective unique sur l’actualité autant qu’un hymne à la paix.

. Hamit Bozarslan, Crise, violence dé-civilisation, CNRS éditions, 2019.

Nécessaire, le « savoir » appliqué à la crise et à la violence peut s’avérer dépourvu de toute capacité explicative et devenir parfaitement frustrant. L’exigence scientifique comme l’urgence citoyenne imposent certes le savoir comme un devoir ; toute société est obligée de comprendre ce qu’elle produit, y compris l’irrationnel ou l’horreur. Mais comment nier qu’étudier l’horreur, c’est déjà reconnaître, a posteriori, notre impuissance ? L’analyse critique est-elle d’une grande utilité quand elle ne dispose pas de moyens d’action ?
Ce livre s’intéresse à trois notions : la crise, la violence et la dé-civilisation. Elles constituent les trois angles morts de l’histoire du monde, tant la connaissance scientifique que l’on peut en avoir ne permet ni de les comprendre pleinement, ni de les combattre efficacement. Elles ont pourtant une dimension universelle et une histoire longue. Il importe de continuer à se pencher sur ces trois notions, car la crise ne conduit pas nécessairement au chaos, à la violence et à la destruction, et la dé-civilisation ne relève d’aucune fatalité. Une crise peut aussi présenter une chance inédite pour une société de développer une conscience critique sur son passé et se projeter dans un avenir radicalement différent de son présent.
En étudiant ces questions politiques, historiques et éthiques, fondamentales, Hamit Bozarslan revient sur l’histoire du monde, et s’interroge sur son avenir.

Hamit BOZARSLAN, Docteur en histoire et en sciences politiques, directeur d’études à l’École des hautes études en sciences sociales, Hamit Bozarslan est notamment l’auteur d’une Histoire de la Turquie (Tallandier, 2013) et de Sociologie politique du Moyen-Orient (La Découverte, 2011). Ses études actuelles portent sur la sociologie politique et historique du Moyen-Orient.

. Observatoire franco-russe, Russie 2018, Regards de l’Observatoire franco-russe, éd. L’observatoire, 2019.

Jusqu’où ira la confrontation entre Moscou et Washington ? Quelles sont les capacités réelles de l’armée russe ? Comment interpréter les résultats de la présidentielle du 18 mars ? Alexeï Navalny a-t-il un avenir politique ? A quoi ressemble la société russe au début du quatrième mandat de Vladimir Poutine ? Quelles sont les perspectives de l’économie russe ? Que retenir des développements récents au Tatarstan, au Daghestan et en Iakoutie ? Comment les ambassadeurs de France en poste à Saint-Pétersbourg puis à Moscou ont-ils vu la révolution bolchevique et le début de la " guerre froide " ? Russie 2018, sixième rapport annuel de l’Observatoire, a pour ambition de fournir l’analyse la plus complète possible de la situation en Russie. Rassemblant les contributions d’une cinquantaine d’experts, cet ouvrage de référence s’articule autour de chapitres sur la diplomatie, la politique intérieure, l’économie et les régions, tandis que des " miscellanées franco-russes " illustrent l’ancienneté et la richesse exceptionnelle des relations entre la France et la Russie.

. Jean-Dominique Giuliani, Pascale Joannin (dir.), Atlas permanent de l’Union européenne, éd. Marie B, 2019

Dans la perspective des prochaines élections européennes, la Fondation Robert Schuman met à la disposition de tous une nouvelle édition de son Atlas permanent de l’Union européenne. Citoyens, enseignants, étudiants, élèves ou simples curieux, cet ouvrage s’adresse à tous. La quatrième édition de cet ouvrage, unique en son genre, élaboré par les experts de la Fondation Robert Schuman propose une vue complète et facile d’accès, de l’Union, de la zone €uro et de chacun de ses 28 États membres. Elle synthétise l’essentiel de l’histoire et des réalités politiques et statistiques de l’Union et offre plus de 50 cartes physiques et géopolitiques de l’Europe.

Mis à jour à travers son site Internet en accès gratuit et illimité, l’ouvrage permet à chaque lecteur de disposer à tout moment de l’information politique et statistique la plus récente et la plus objective, sur l’Union européenne et ses États membres.

Plus que jamais, l’Atlas à mettre entre toutes les mains !

. Mediterra, Migrations et développement rural inclusif en Méditerranée, AFD, CIHEAM, éd. Les Presses de Sciences Po.

Les phénomènes migratoires occupent aujourd’hui une place essentielle dans les agendas politiques. Moins connus sont leurs effets sur les équilibres socioéconomiques des territoires d’origine et d’accueil, dans un contexte climatique déjà préoccupant.
Composante première des mouvements de population, la migration des campagnes vers les villes est une stratégie d’amélioration de vie pour les ménages grâce aux transferts matériels et immatériels de la part des migrants et constitue un des leviers de développement local, mais elle compromet aussi l’attractivité des territoires ruraux, notamment aux yeux des plus jeunes. Elle prive en outre les secteurs agricoles et agro-alimentaires d’un capital humain nécessaire.
À l’heure où resurgissent les crises alimentaires et où s’aggravent les tensions liées aux ressources naturelles dans l’espace afro-méditerranéen, les migrations peuvent également fragiliser la sécurité alimentaire et hydrique des territoires les plus pauvres.
Qu’ont été et que sont les tendances migratoires en Méditerranée ? Comment intégrer ces mobilités internes et internationales comme facteur de développement territorial ? Comment aborder les migrations des jeunes et des femmes ? Quels sont les liens entre migrations et environnement ? Quels rôles jouent les innovations et le secteur privé ? Quelles réponses peuvent apporter les acteurs de la coopération et du développement ?
La nouvelle édition du rapport Mediterra, codirigée par le Centre international de hautes études agronomiques méditerranéennes (CIHEAM) et l’Agence française de développement (AFD), donne la parole à des experts et à des institutions partenaires afin de mieux comprendre cette thématique complexe, d’identifier des solutions durables et pérennes.

. Barbara Stiegler, Il faut s’adapter. Sur un nouvel impératif politique, Paris, Gallimard, janvier 2019.

D’où vient ce sentiment diffus, de plus en plus oppressant et de mieux en mieux partagé, d’un retard généralisé, lui-même renforcé par l’injonction permanente à s’adapter au rythme des mutations d’un monde complexe ? Comment expliquer cette colonisation progressive du champ économique, social et politique par le lexique biologique de l’évolution ? La généalogie de cet impératif nous conduit dans les années 1930 aux sources d’une pensée politique, puissante et structurée, qui propose un récit très articulé sur le retard de l’espèce humaine par rapport à son environnement et sur son avenir. Elle a reçu le nom de « néolibéralisme » : néo car, contrairement à l’ancien qui comptait sur la libre régulation du marché pour stabiliser l’ordre des choses, le nouveau en appelle aux artifices de l’État (droit, éducation, protection sociale) afin de transformer l’espèce humaine et construire ainsi artificiellement le marché : une biopolitique en quelque sorte. Il ne fait aucun doute pour Walter Lippmann, théoricien américain de ce nouveau libéralisme, que les masses sont rivées à la stabilité de l’état social (la stase, en termes biologiques), face aux flux qui les bousculent. Seul un gouvernement d’experts peut tracer la voie de l’évolution des sociétés engoncées dans le conservatisme des statuts. Lippmann se heurte alors à John Dewey, grande figure du pragmatisme américain, qui, à partir d’un même constat, appelle à mobiliser l’intelligence collective des publics, à multiplier les initiatives démocratiques, à inventer par le bas l’avenir collectif. Un débat sur une autre interprétation possible du sens de la vie et de ses évolutions au cœur duquel nous sommes plus que jamais.

. Christophe Picard, Patrick Boucheron, Le monde musulman du XIe au XVe siècle, Paris, Armand Colin, janvier 2019.

L’ histoire du monde musulman entre le XIe et le XVe siècle est féconde et contrastée dans un monde immense qui s’étend du Gange au Tage. L’étude des principaux événements souligne la profonde mutation des sociétés et des États. Dans cette ère troublée, marquée par de nouvelles invasions, les signes d’une crise durable ne manquent pas tant sur le plan économique qu’intellectuel. Mais réduire cette période de l’histoire de l’Islam à un lent déclin serait méconnaître le dynamisme persistant des sociétés islamisées ainsi que l’expansion musulmane dans les Balkans et en Afrique de l’Est, et la diffusion de la religion d’Allâh autour de l’océan Indien. Des textes et des illustrations commentés, la chronologie ainsi que le glossaire permettent aux étudiants de trouver des précisions sur les événements et sur la civilisation islamique et de se familiariser avec une période mal connue de l’histoire médiévale.

. Ernesto Laclau, Chantal Mouffe, Hégémonie et stratégie socialiste, Paris, Fayard, janvier 2019.

« Nous avons compris qu’il était nécessaire de montrer que le socialisme n’impliquait pas un rejet total du modèle libéral démocratique. [Dans ce livre] nous redéfinissions le projet socialiste comme une radicalisation des principes éthico-politiques déjà inscrits dans la démocratie moderne, l’idée de liberté et d’égalité pour tous. Le projet socialiste – compris en terme de démocratie radicale et plurielle – ne devait pas, disions-nous, être envisagé en rupture avec les idéaux de la démocratie moderne, mais comme leur réalisation », Chantal Mouffe. Dès sa première publication en anglais en 1985, ce livre a suscité de nombreuses discussions et controverses, toujours pas apaisées. Penseurs à l’origine du mouvement post-marxiste, Ernesto Laclau et Chantal Mouffe y défendent une vision de l’émancipation conçue comme « radicalisation de la démocratie ». L’émergence de nouvelles luttes sociales et politiques, en lien avec les transformations du capitalisme, a rendu l’approche théorique qu’ils proposent plus pertinente que jamais pour envisager un projet de gauche capable de fédérer les demandes de la classe ouvrière et celles d’autres mouvements sociaux (féministes, antiracistes, écologistes, LGBT). Au moment où la crise de l’hégémonie néolibérale peut ouvrir la voie à des solutions autoritaires, ce texte fondateur fournit les bases philosophiques permettant de poser les questions politiques essentielles pour concevoir une stratégie populiste de gauche.

. Faranguis Habibi, La guerre m’a parlé de loin, Paris, Stock, février 2019.

1979-2019 : il y a exactement 40 ans, l’Iran a tourné une page de son histoire. La Révolution était un « matin de printemps », l’espoir gagnait le pays, pour les femmes notamment. Faranguis Habibi est témoin de ces années. Sa culture, ses yeux, son âme vivent en persan et en français. Alors, lorsque la guerre Iran-Irak fait dire à l’ayatollah Khomeini « La guerre est un don de Dieu », Faranguis. Habibi rejoint la France en fille de Victor Hugo, pour devenir une figure importante du féminisme iranien. Ce récit très personnel raconte l’expérience de l’exil, l’accueil d’un pays et les cauchemars qui demeurent. Une ode à la liberté.

. Mathieu Delahousse, La chambre des coupables, Paris, Fayard, janvier 2019.

La Chambre des coupables traite de paroles de djihadistes une fois ceux-là pris dans l’engrenage de la justice française, avant de recevoir leur verdict. Ils sont à peine majeurs et se sont rêvés djihadistes. Ils sont en prison et déjà sur le point d’en sortir. Ils ont voulu combattre la
France. Elle doit à la fois les punir, s’en protéger et les réintégrer. Celle-ci a 19 ans et a tenté de « monter à Paris » pour aller « tuer des gens » et faire « pire qu’au Bataclan ». Celui-là a quitté sa famille pour la Syrie, d’où il est revenu, plein de haine, décidé à frapper son propre pays. Ceux-là s’aimaient en France, mais s’imaginait un avenir meilleur au cœur de l’État Islamique.
Leur point commun est d’avoir entrepris le pire, et d’avoir échoué. Revenus vivants, sans gloire ni martyre, tous sont poursuivis pour association de malfaiteurs terroristes. Ils posent à la justice l’énigme de leur parcours, du mépris de soi à la détestation des autres, de l’illusion d’une vie meilleure à l’appel du mal radical. La justice découvre en eux à la fois des enfants et des ennemis de la société française. En nous emmenant au cœur des audiences, Mathieu Delahousse élève chaque enquête au rang d’un récit véritable. Il ne nous épargne aucune des questions auxquelles le juge devra répondre en quelques heures. Il nous fait participer à cette justice rendue en notre nom et pour notre avenir. Mathieu Delahousse est grand reporter spécialiste des affaires judiciaires. Il a déjà publié plusieurs ouvrages, notamment La chambre des innocents (Flammarion, 2017), consacré aux victimes d’erreurs judiciaires.

. Oleg Khlevniuk, Staline, Paris, Gallimard, janvier 2019.

« Cela fait plus de vingt ans que je me consacre à l’étude de Staline et des mécanismes qui ont sous-tendu son action. Une action qui aboutit à la destruction de millions de vies humaines. Malgré le caractère éprouvant, sur le plan émotionnel, de ce travail, je m’y suis tenu avec constance », écrit Oleg Khlevniuk en introduction à cette nouvelle biographie saluée par la critique internationale. Unanimement reconnu comme le plus éminent spécialiste russe du stalinisme, fort d’une connaissance exceptionnelle des grands fonds d’archives soviétiques, l’auteur suit la vie et le parcours de ce dictateur hors catégories. Il pose un regard neuf sur le « système de règles » de Staline, les mécanismes politiques de son ascension, les ressorts d’un mode de gouvernance fondé sur un interventionnisme de tous les instants et un travail quotidien titanesque.

. Bertrand Tillier, Déjouer la guerre ? Une histoire de l’art des tranchées (1914-1918), Strasbourg, PUS, février 2019.

Alors que la guerre de position figeait les fronts, les combattants s’adonnèrent à une intense activité artisanale et artistique destinée à tromper l’attente et le cafard. À l’aide d’un outillage de fortune et de matériaux issus de la guerre industrielle – l’aluminium des fusées, le laiton des douilles d’obus de tous calibres, les éclats de projectiles… –, ils conçurent avec ingéniosité des bijoux et des bibelots. Leurs formes, leurs motifs et leurs inscriptions, le souci décoratif dont ils étaient investis – à la flexion d’un naturalisme naïf, d’une recherche d’expressivité et de l’Art nouveau désormais acculturé – trouvaient leurs sources dans une perpétuation de l’art populaire et dans l’expérience brutale de la guerre moderne. Très en vogue sur le front où elle contribua à structurer relations et sociabilités, et à l’arrière où ses amateurs étaient nombreux, cette pratique condensa des valeurs sociales, des enjeux artistiques et des projections psychanalytiques que cet ouvrage interroge. Ce qu’on qualifie sans doute trop rapidement de bricolage ou d’artisanat a constitué une culture matérielle et visuelle, qui a été l’objet d’une patrimonialisation et qui irrigue encore l’art contemporain et actuel.

. Édouard Mehl, Descartes en Allemagne, 1619-1620. Le contexte allemand de l’élaboration de la science cartésienne, Strasbourg, PUS, mars 2019.

« J’étais alors en Allemagne, où l’occasion des guerres qui n’y sont pas encore finies m’avait appelé… ». C’est ainsi que l’auteur anonyme du Discours de la méthode (1637) entame le récit d’une autobiographie intellectuelle que la postérité s’accorde à regarder comme l’acte de naissance de la philosophie moderne. Pourtant, on ne sait presque rien des circonstances réelles qui entourent la naissance de ce projet. Au lieu de remonter jusqu’à cet événement initial depuis l’œuvre achevée de Descartes, qui n’en dit – et peut-être même n’en sait presque rien –, cette enquête cherche à l’éclairer du dehors, à partir de ces circonstances. En Allemagne, en 1619, Descartes a-t-il rencontré Kepler, le mathématicien Faulhaber, ou un quelconque représentant de la société Rose-Croix ? A-t-il visité Kassel, Butzbach, Linz ou Prague ? Cet ouvrage s’emploie à départager ces hypothèses, et surtout à en évaluer l’intérêt philosophique : qu’apportent-elles à l’intelligence du projet cartésien, et par extension, de toute la philosophie comme projet de fondation de la science mathématique de la nature ?

. Gaulle Yves, Carnet apocryphe de Charles de Gaulle, Paris, L’Observatoire, janvier 2019.

« S’il a beaucoup écrit et parlé, Charles de Gaulle n’a pas rédigé ce carnet de notes sur la République. Si j’ai pris le risque de prendre sa place, je sais que ce texte n’a rien d’imaginaire tant il demeure fidèle à ce que mon grand-père, dans ses mémoires, ses notes ou ses discours, a étudié, critiqué, élaboré pour aboutir à l’édification d’une construction politique enfin viable pour notre pays : la République, la sienne, désormais la nôtre. Au plus près de sa voix, j’ai tenté de faire que ce carnet fût le sien. Ce livre est donc le regard de ce qu’il aurait pu raconter sur son action comme sa pensée institutionnelles, cela dès sa jeunesse et jusqu’au dernier jour. Prenons-le comme tel et acceptons de le parcourir comme étant d’abord celui d’un spectateur engagé, lucide et visionnaire, à travers sa condition militaire, puis d’un fondateur génial, révolutionnaire, inventif dont la marque a durablement imprimé la vie de notre pays. »

. James C. Scott, Homo Domesticus. Une histoire profonde des premiers États, Paris, La Découverte, janvier 2019.

Aucun ouvrage n’avait jusqu’à présent réussi à restituer toute la profondeur et l’extension universelle des dynamiques indissociablement écologiques et anthropologiques qui se sont déployées au cours des dix millénaires ayant précédé notre ère, de l’émergence de l’agriculture à la formation des premiers centres urbains, puis des premiers États. C’est ce tour de force que réalise avec un brio extraordinaire Homo domesticus. Servi par une érudition étourdissante, une plume agile et un sens aigu de la formule, ce livre démonte implacablement le grand récit de la naissance de l’État antique comme étape cruciale de la « civilisation » humaine. Ce faisant, il nous offre une véritable écologie politique des formes primitives d’aménagement du territoire, de l’« autodomestication » paradoxale de l’animal humain, des dynamiques démographiques et épidémiologiques de la sédentarisation et des logiques de la servitude et de la guerre dans le monde antique. Cette fresque omnivore et iconoclaste révolutionne nos connaissances sur l’évolution de l’humanité et sur ce que Rousseau appelait « l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes ».

. Kyle Harper, Comment l’Empire romain s’est effondré. Le climat, les maladies et la chute de Rome, Paris, La Découverte, janvier 2019.

Comment Rome est-elle passée d’un million d’habitants à 20 000 (à peine de quoi remplir un angle du Colisée) ? Que s’est-il passé quand 350 000 habitants sur 500 000 sont morts de la peste bubonique à Constantinople ?
On ne peut plus désormais raconter l’histoire de la chute de Rome en faisant comme si l’environnement (climat, bacilles mortels) était resté stable. L’Empire tardif a été le moment d’un changement décisif : la fin de l’Optimum climatique romain qui, plus humide, avait été une bénédiction pour toute la région méditerranéenne. Les changements climatiques ont favorisé l’évolution des germes, comme Yersinia pestis, le bacille de la peste bubonique. Mais « les Romains ont été aussi les complices de la mise en place d’une écologie des maladies qui ont assuré leur perte ». Les bains publics étaient des bouillons de culture ; les égouts stagnaient sous les villes ; les greniers à blé étaient une bénédiction pour les rats ; les routes commerciales qui reliaient tout l’Empire ont permis la propagation des épidémies de la mer Caspienne au mur d’Hadrien avec une efficacité jusque-là inconnue. Le temps des pandémies était arrivé.
Face à ces catastrophes, les habitants de l’Empire ont cru la fin du monde arrivée. Les religions eschatologiques, le christianisme, puis l’islam, ont alors triomphé des religions païennes.

. Marc Fleurbaey, Manifeste pour le progrès social. Une meilleure société est possible, Paris, La Découverte, janvier 2019.

Déréglementation, crise économique, tensions sociales, déstabilisation démocratique, guerre : la période 1980-2030 va-t-elle rejouer le drame de 1890-1940, avec en outre la forte probabilité d’être suivie de cataclysmes environnementaux balayant tout sur leur passage dans la seconde moitié du siècle ? La situation paraît chaque jour plus alarmante et il est intolérable de constater l’écart entre les possibilités considérables, inégalées dans le passé, dont jouissent la plupart des sociétés du monde entier, et la piètre performance des institutions et des gouvernements. Les échecs institutionnels et les problèmes de gouvernance sont partout, dans le secteur privé comme dans le secteur public. Or nous pouvons faire beaucoup mieux, nous pouvons construire une société meilleure. S’appuyant sur le travail d’un panel mondial de chercheurs en sciences sociales, ce manifeste propose une vision fondée sur une nouvelle manière de penser et de réformer nos principaux piliers institutionnels : marchés, entreprises, politiques de protection sociale et mécanismes de délibération démocratique. Il délivre un message d’espoir et un appel à l’action, à un moment où de nouvelles menaces pèsent sur l’avenir et où les idéologies du siècle passé ont été discréditées. Ni la perte des illusions ni l’essor du capitalisme ne devraient justifier la fin de la quête de justice sociale.

. Alain Ruscio, Les communistes et l’Algérie. Des origines à la guerre d’indépendance, 1920-1962, Paris, La Découverte, février 2019.

C’est un paradoxe : l’histoire du communisme reste aujourd’hui encore, alors que ce mouvement n’a plus dans la vie politique ni le poids ni la force d’attraction d’antan, un objet de controverses à nul autre pareil, en « pour » et en « contre ». Cet état d’esprit atteint un paroxysme lorsqu’il s’agit d’évoquer les actions et analyses du communisme – français et algérien – face à la question coloniale en Algérie, des origines dans les années 1920 à la guerre d’indépendance (1954-1962). Et s’il était temps, écrit Alain Ruscio, de sortir des invectives ?
C’est l’ambition de cette somme exceptionnelle, qui propose une plongée dans les méandres – le mot s’impose – des politiques communistes des deux côtés de la Méditerranée (PCF et PCA) durant plus de quatre décennies. Des tout premiers temps, lorsque le jeune parti commençait à s’affirmer et tentait de briser le consensus colonial, aux tempêtes de la guerre d’Algérie, en passant par les espoirs et illusions du Front populaire. Les relations avec le nationalisme algérien, qui ne furent jamais simples, sont finement analysées, avec le récit d’un grand nombre d’épisodes ignorés ou mal connus et l’évocation de parcours de multiples acteurs, qui donne chair à cette saga.



. Catherine Hass, Aujourd’hui la guerre, Paris, Fayard, janvier 2019.

Dans cet essai innovant, Catherine Hass livre une riche analyse de ce que recouvre le terme de guerre aujourd’hui, souvent convoqué dans le contexte de violence actuel. Pour cela, elle convoque les grands acteurs de la pensée politique de la guerre moderne, Clausewitz, Carl Schmitt, Mao Zedong, jusqu’aux récents développements de l’Administration Bush. Le 13 novembre 2015, beaucoup d’acteurs politiques, médiatiques ou de témoins des attentats parisiens répétaient en boucle : « Nous sommes en guerre. » Cette expression ambigüe n’a pas permis de mieux comprendre ce qui s’était passé. Elle interroge d’autant plus si l’on considère que, durant les années 2000, l’on avait annoncé la fin de la guerre au profit de l’avènement d’« opérations de police » et d’« états de violence ». En s’attachant à restituer ce qui fut pensé sous le nom de guerre à partir des écrits de Clausewitz, Mao, Schmitt et l’administration Bush, Catherine Hass nous montre que la guerre n’apparaît pas ou ne disparaît pas selon les périodes mais qu’elle change de mode selon la politique à l’œuvre, redistribuant ses catégories – ami, ennemi, antagonisme, nation, révolution, terrorisme. Le pari de ce livre est que des pensées révolues de la guerre peuvent constituer une forme de recours pour réfléchir notre contemporain, à l’instar de la Syrie ou de Daech.

. Édouard Lynch, Insurrections paysannes. De la terre à la rue. Usages de la violence au XXe siècle, Paris, Éditions Vendémiaire, janvier 2019.

Jusqu’en 1931, la population rurale était majoritaire en France. La seconde révolution agricole a ensuite soumis les agriculteurs à une constante pression modernisatrice, dans une société de plus en plus ouverte sur l’Europe et sur le monde, de plus en plus centrée sur l’activité des villes et des industries. Face à cette inexorable marginalisation, la profession a su élaborer des modes de protestation spécifiques, essentiellement axés sur les mobilisations collectives et le recours à l’action directe. C’est la construction de ce modèle original de la manifestation paysanne qu’Édouard Lynch analyse ici, depuis la révolte de 1907 jusqu’aux nouveaux enjeux de l’agriculture, en passant par la tentation fascisante des années 1930, l’activisme des jeunes modernisateurs des années 1960, et mai 68. Défilés, assauts contre des bâtiments officiels, barrages de routes, destruction de denrées : à chaque fois, il s’agit tout autant d’occuper l’espace public et médiatique que d’user de violence contre les biens, dans le cadre d’une relation ambivalente avec l’État, les forces politiques et l’opinion. Des buts, des stratégies, des techniques dont les modalités résonnent au plus près des mouvements sociaux d’aujourd’hui.

. Jacques Cantier, Lire sous l’Occupation, Paris, CNRS Editions, janvier 2019.

Que lisait-on dans la France des années noires ? Comment expliquer la « faim de lecture » propre à la période de l’Occupation ? Quelle fut la part prise par le régime de Vichy dans la circulation, la diffusion, l’orientation des livres publiés ? Et celle de la Résistance dans la propagation des écrits clandestins ? Comment accéder à l’intimité des millions de lecteurs qui, cherchant à s’évader hors d’un quotidien éprouvant, trouvèrent alors refuge dans un ailleurs fait de phrases imprimées ? Stratégies et pratiques des éditeurs, querelles autour du patrimoine littéraire, réorganisation corporative de la chaîne du livre, listes d’interdictions et spoliations de l’occupant, écrivains partagés entre collaboration, accommodement, évitement, insoumission : Jacques Cantier signe la première histoire totale du livre et de la lecture entre 1939 et 1945, des politiques de censure mises en œuvre par Vichy à l’ébullition culturelle de la Libération.
Archives publiques, critiques littéraires, notes de lecture mais aussi écrits du for privé permettent de retrouver les traces intimes des actes de lecture : écoliers de la France rurale cherchant à élargir leur horizon, adolescents parisiens en quête d’initiation, prisonniers de guerre tentant de maintenir une vie de l’esprit, victimes de la persécution antisémite en quête de réarmement moral.

. Pascale Cornut St-Pierre, La Fabrique juridique des swaps. Quand le droit organise la financiarisation du monde, Paris, Presses de Sciences Po, janvier 2019.

Six fois et demie la valeur de la production mondiale : voilà ce que représentent aujourd’hui les marchés des swaps. Formidables outils de gestion du risque pour certains, instruments de spéculation éminemment suspects pour d’autres, ces produits dérivés lucratifs ont connu un succès fulgurant depuis leur invention au début des années 1980. Placés au rang des coupables lors de la crise de 2007-2008, ils sont emblématiques de la financiarisation de l’économie mondiale. Aux côtés des banquiers, des acteurs plus discrets ont œuvré pour permettre à ces contrats de flux financiers de prospérer en marge des grandes réglementations : les juristes. Par leur travail de construction d’un langage juridique propre aux swaps, de standardisation des contrats d’échange, d’interprétation des lois et d’argumentation devant les tribunaux, les éminents cabinets d’avocats américains et internationaux ont instauré les normes de ces nouveaux marchés. Leurs techniques essaimées dans le monde entier ont prodigué à l’industrie financière une autonomie considérable. Ils ont révolutionné la culture juridique du monde des affaires. Un voile est ici levé sur la dimension juridique, aussi déterminante que méconnue, de la globalisation financière.

. Sébastien Boussois, Pays du Golfe. Les dessous d’une crise mondiale, Paris, Armand Colin, février 2019.

Depuis l’été 2017, les pays du Golfe sont confrontés à une crise sans précédent : en rompant du jour au lendemain leurs relations diplomatiques avec le Qatar, accusé de soutenir l’Iran et de financer les organisations terroristes, l’Arabie saoudite, le Bahreïn, les Émirats arabes unis et l’Égypte ont fait voler en éclat l’apparente unité au sein du Conseil de coopération du Golfe.
Cette crise, tout d’abord régionale, est rapidement devenue mondiale, car elle implique désormais de nombreux acteurs extérieurs et cristallise de multiples lignes de fractures annonciatrices d’une possible nouvelle guerre froide. En interrogeant les origines profondes de la crise, ses enjeux pour les pays du Golfe dans un contexte de nécessaire reconversion économique, de guerre au Yémen et de rivalité croissante entre Arabie saoudite et Iran, cet ouvrage souligne l’importance fondamentale d’une stabilité de la zone, non seulement pour le Moyen-Orient, mais aussi pour l’Europe et tout l’Occident.

. Stéphane Coviaux, Romain Telliez, Le Moyen Âge en Occident. Ve-XVe siècle, Paris, Armand Colin, janvier 2019.

Panorama synthétique du Moyen Âge (Ve-XVe siècles), cet ouvrage veut répondre aux besoins spécifiques des étudiants de premier cycle. Il propose l’essentiel des connaissances à travers plusieurs sections - les événements politiques, les faits culturels et religieux, le contexte social et économique, les grandes figures de la période...- et s’appuie sur un choix de documents significatifs. Plans de dissertation, chronologie, glossaire, cartes et sources livresques et informatiques offrent des ressources pédagogiques et des repères précieux.

. Mohamed Benhammou, Bahreïn. Une perle dans un golfe chaud, Paris, L’Harmattan, décembre 2018.
Grâce à sa position géostratégique et en raison de son histoire, le Royaume de Bahreïn jouit d’une grande importance dans la région, faisant de lui un pays ouvert sur le monde. Doté d’institutions politiques et constitutionnels modernes, cet état se donne pour objectifs la prospérité économique, le développement humain, la cohésion nationale et la place du royaume dans l’échiquier régional et international. Le Bahreïn et ses partenaires du Golfe attachent une grande importance à la coopération pour faire face aux menaces qui pèsent sur leurs pays : ingérence de l’Iran, activisme sectaire, terrorisme et menaces contre la sécurité.

. Cristina Lunghi, Plaidoyer pour l’égalité. Année zéro, Paris, L’Harmattan, décembre 2018.
Dans un contexte chaotique, où il est question de changement de système et de société, à la veille des élections européennes, l’auteure propose une réflexion inspirante sur le monde tel qu’il se dessine. Son approche originale vise à porter un regard nouveau sur le monde à travers la question de l’égalité entre les femmes et les hommes. À travers son expertise dans le champ de l’entreprise mêlé à sa vie de femme, elle dresse un bilan à la fois historique et prospectif sur nos sociétés.

. Bryan C. Price, Targeting Top Terrorists. Understanding Leadership Removal in Counterterrorism Strategy, Columbia, Columbia University Press, january 2019.
When President Barack Obama announced the assassination of Osama bin Laden, many Americans hoped the killing of al-Qaida’s leader would sound the death knell for the organization. Since 9/11, killing and capturing terrorist leaders has been a central element in U.S. counterterrorism strategy. This practice, known as leadership decapitation, is based on the logic that removing key figures will disrupt the organization and contribute to its ultimate failure. Yet many scholars have argued that targeted killings are ineffective or counterproductive, questioning whether taking out a terror network’s leaders causes more problems than it solves. In Targeting Top Terrorists, Bryan C. Price offers a rich, data-driven examination of leadership decapitation tactics, providing theoretical and empirical explanations of the conditions under which they can be successful. Analyzing hundreds of cases of leadership turnover from over two hundred terrorist groups, Price demonstrates that although the tactic may result in short-term negative side effects, the loss of top leaders significantly reduces terror groups’ life spans. He explains vital questions such as : What factors make some terrorist groups more vulnerable than others ? Is it better to kill or capture terrorist leaders ? How does leadership decapitation compare to other counterterrorism options ? With compelling evidence based on an original dataset along with an in-depth case study of Hamas, Targeting Top Terrorists contributes to scholarship on terrorism and organizational theory and provides insights for policy makers and practitioners on some of the most pressing debates in the field.

. Corey Byrnes, Fixing Landscape. A Techno-Poetic History of China’s Three Gorges, Columbia, Columbia University Press, january 2019.

In 1994, workers broke ground on China’s Three Gorges Dam. By its completion in 2012, the dam had transformed the ecology of the Yangzi River, displaced over a million people, and forever altered a landscape immortalized in centuries of literature and art. The controversial history of the dam is well known ; what this book uncovers are its unexpected connections to the cultural traditions it seems to sever. By reconsidering the dam in relation to the aesthetic history of the Three Gorges region over more than two millennia, Fixing Landscape offers radically new ways of thinking about cultural and spatial production in contemporary China. Corey Byrnes argues that this monumental feat of engineering can only be understood by confronting its status as a techno-poetic act, a form of landscaping indebted to both the technical knowledge of engineers and to the poetic legacies of the Gorges as cultural site. Synthesizing methods drawn from premodern, modern, and contemporary Chinese studies, as well as from critical geography, art history, and the environmental humanities, Byrnes offers innovative readings of eighth-century poetry, paintings from the twelfth through twenty-first centuries, contemporary film, nineteenth-century British travelogues, and Chinese and Western maps, among other sources. Fixing Landscape shows that premodern poetry and visual art have something urgent to tell us about a contemporary experiment in spatial production. Poems and paintings may not build dams, but Byrnes argues that the Three Gorges Dam would not exist as we know it without them.

. Guy Mamou-Mani, L’apocalypse numérique n’aura pas lieu, Paris, L’Observatoire, janvier 2019.
Le numérique change notre vie : il est temps de nous en emparer pour construire le monde dans lequel nous voulons vivre ! Éducation, santé, intégration, emploi, service public, les nouvelles technologies sont partout, et cela effraie. Au point que la France, sous le coup d’angoisses irrationnelles, court un risque majeur : déserter le terrain numérique. La révolution numérique est peut-être la seule de l’histoire qui apporte une solution à chaque aspect de l’activité humaine. Encore faut-il mettre en place les politiques nécessaires à l’optimisation de ses bienfaits. Il n’est pas trop tard, mais il y a urgence. En replaçant l’homme au cœur de toute technologie, le numérique offre l’occasion d’améliorer l’existence non pas d’une poignée de personnes, mais de tous. Guy Mamou-Mani va encore plus loin : avec cette révolution, on ne change pas seulement d’outil, on change la condition humaine. Loin des discours catastrophistes, ce chef d’entreprise conscient des enjeux actuels brosse le tableau d’une industrie numérique par et pour l’homme et défend la vision optimiste d’une société portée par l’innovation.

. Olivier Benyahya, Frontières, Paris, Fayard, janvier 2019.
De l’attentat de la rue de Copernic en 1980 à celui du Bataclan en 2015, le narrateur s’interroge sur la façon dont les événements se transforment en récits. Décembre 2008. L’armée israélienne lance l’opération Plomb durci dans la bande de Gaza. Rendu public par les Nations Unies, un rapport fait peser sur l’État hébreu la menace d’une accusation de crimes de guerre. En avril 2011, pourtant, deux ans après sa publication, le document se voit partiellement remis en cause par son principal signataire, le juge Richard Goldstone. Les autres magistrats maintiennent leurs conclusions. Chargé par une revue de sonder les motivations du juge, W laisse ses investigations le conduire à une mise en abîme perturbante, par-delà les époques et les territoires. Témoin de ce cheminement, le commanditaire de l’enquête se trouvera lui-même appelé à revisiter une partie de sa propre existence : celle d’un homme rapatrié d’Algérie et devenu père sous les mandats de François Mitterrand. De l’attentat de la rue Copernic en 1980 à celui du Bataclan en 2015, Frontières interroge l’interpénétration du processus d’écriture et de l’intoxication mentale, l’imbrication des sources et des modalités de cryptage : la façon dont les événements se transforment en récits.

. Thierry Feuillet, Étienne Cossart, Hadrien Commenges, Manuel de géographie quantitative. Concepts, outils, méthodes, Paris, Armand Colin, janvier 2019.

À l’ère du big data, et du développement fulgurant des nouvelles technologies, jamais les données spatiales n’ont été si nombreuses et aussi facilement accessibles. Toutefois, leur compréhension et leur mobilisation ne sont pas sans difficulté.
Ce manuel a pour objectif d’apporter un cadre rigoureux de lecture et d’analyse des données spatiales, sous toutes leurs formes, dans une démarche de modélisation applicable à tout type de données ou de phénomènes s’exprimant dans l’espace. Après avoir présenté les théories, les concepts et les principales définitions de la géographie quantitative, il propose aux étudiants d’explorer de manière progressive les principales méthodes à connaître – des statistiques spatiales basiques aux techniques de modélisation spatiale les plus avancées.
Un ouvrage assorti de plus d’une soixantaine de figures originales en couleurs et de nombreuses applications empruntées à tous les champs de la discipline géographique.

. Catherine Mayeur-Jaouen, Voyage en Haute-Égypte. Prêtres, coptes et catholiques, Paris, CNRS Éditions, janvier 2019.

C’est en Haute-Égypte, la région la plus pauvre du pays, que nous emmène cet ouvrage, à la rencontre des coptes-catholiques, minorité de la minorité, au milieu d’une mer copte-orthodoxe et d’un océan musulman. C’est en suivant des prêtres égyptiens, de leur formation au séminaire, puis à Rome, jusqu’au retour dans leurs paroisses rurales, avant et après la révolution de 2011, que le lecteur découvre l’histoire de cette petite Église. Le livre retrace aussi l’histoire des contacts séculaires des coptes-catholiques avec des franciscains italiens et jésuites français. Le lecteur découvre enfin les communautés villageoises de cette région, pauvres et actives. Curés de campagne, les prêtres coptes-catholiques arbitrent les conflits, arrangent les mariages et luttent contre le sous-développement chronique de la Haute-Égypte délaissée par un État à la fois omniprésent et déficient. Ils défendent la cause des femmes dans une société patriarcale, représentent leurs paroissiens au milieu de tensions confessionnelles croissantes et face aux autorités administratives et politiques. Ce livre, comme le souligne Robert Solé dans sa préface, réussit à nous faire partager, de manière saisissante, la vie quotidienne des habitants de la vallée du Nil.

. Christophe Badel, Hervé Inglebert, Grand Atlas de l’Antiquité romaine, Paris, Autrement, janvier 2019.

Depuis sa création jusqu’à la chute de Rome, cet atlas retrace, au fil des cartes, l’histoire de l’empire romain et montre : comment les Romains ont contrôlé un territoire presque aussi vaste que le monde connu d’eux ; comment ils ont réussi à gérer cet empire durant plusieurs siècles, par des politiques administratives et territoriales originales ; comment la chute de Rome face aux barbares, longtemps perçue comme une rupture et la conséquence d’une période de décadence, se révèle en réalité le fruit d’un long et complexe processus militaire, politique et social. Cette nouvelle édition s’intègre dans une histoire des empires en plein renouvellement.
Grâce à plus de 200 cartes, repères chronologiques et tableaux dynastiques, cet atlas est un outil indispensable pour les étudiants et une véritable référence pour les amateurs d’histoire.

. Art Kleiner, Jeffrey Schwartz, Josie Thomson, The Wise Advocate. The Inner Voice of Strategic Leadership, Columbia, Columbia University Press, janvier 2019.

Leadership is the habit of making good choices. Even in difficult and uncertain circumstances, the most effective leaders focus their attention and overcome entrenched patterns of behavior to push an organization to new heights of success. This capability is no fluke : the latest research on the brain shows that we can pinpoint the mental activity associated with it—and cultivate it for our benefit. In this book, Art Kleiner, a strategy expert ; Jeffrey Schwartz, a research psychiatrist ; and Josie Thomson, an executive coach, give a transformative explanation of how cutting-edge neuroscience can help business leaders set a course toward better management. Mapping the functions of a manager onto established patterns of mental activity, they identify crucial brain circuits and their parallels in organizational culture. Strategic leaders, they show, play the role of wise advocates : able to go beyond day-to-day transactional behavior to a longer-term, broader perspective that articulates their organization’s deeper purpose. True leaders can play this influencer role in an organization because they have cultivated similar self-reflective habits in their own minds. Providing a powerful guide to decision strategies and their consequences, The Wise Advocate helps managers find their own inner voice and then make that voice ring out loud and clear, with a four-step program for practice and catalytic implications for management strategy, executive education, and business results.

. Pauline Guinard, Géographies culturelles. Objets, concepts, méthodes, Paris, Armand Colin, janvier 2019.

Partant du constat que l’espace et la culture sont inextricablement liés, la géographie culturelle cherche à comprendre le monde, non seulement tel qu’il est, mais aussi tel qu’il est vécu, représenté et imaginé par celles et ceux qui le pratiquent et l’habitent. Participant du « tournant culturel » qu’ont connu les sciences humaines et sociales à la fin du XXe siècle, elle a joué un rôle fondamental dans l’évolution de la géographie en lui permettant de s’ouvrir à de nouveaux objets d’études (peinture, cinéma, etc.) et de développer des méthodes novatrices (analyse d’images, cartographies sensibles, etc.) pour saisir la dimension immatérielle et symbolique des espaces. Cet ouvrage, assorti d’un cahier iconographique en couleurs, vise ainsi à présenter les objets, concepts et méthodes de ce champ, des plus connus (paysage, territoire) aux plus récents (genre, corps, émotion), afin de rendre compte de la diversité de la géographie culturelle contemporaine.

. Ernst Jünger, A German Officer in Occupied Paris. The War Journals, 1941-1945, Columbia, Columbia University Press, janvier 2019.

Ernst Jünger was one of twentieth-century Germany’s most important—and most controversial—writers. Decorated for bravery in World War I and the author of the acclaimed western front memoir Storm of Steel, he frankly depicted war’s horrors even as he extolled its glories. As a Wehrmacht captain during World War II, Jünger faithfully kept a journal in occupied Paris and continued to write on the eastern front and in Germany until its defeat—writings that are of major historical and literary significance. Jünger’s Paris journals document his Francophile excitement, romantic affairs, and fascination with botany and entomology, alongside mystical and religious ruminations and trenchant observations on the occupation and the politics of collaboration. While working as a mail censor, he led the privileged life of an officer, encountering artists such as Céline, Cocteau, Braque, and Picasso. His notes from the Caucasus depict the chaos after Stalingrad and atrocities on the eastern front. Upon returning to Paris, Jünger observed the French resistance and was close to the German military conspirators who plotted to assassinate Hitler in 1944. After fleeing France, he reunited with his family as Germany’s capitulation approached. Both participant and commentator, close to the horrors of history but often distancing himself from them, Jünger turned his life and experiences into a work of art. These wartime journals appear here in English for the first time, giving fresh insights into the quandaries of the twentieth century from the keen pen of a paradoxical observer.

. Alain Hugon, La Grande Migration. De l’Espagne à l’Amérique. 1492-1700, Paris, Éditions Vendémiaire, janvier 2019.

Ce fut la première vague massive d’émigration de l’histoire de l’humanité. De 1492 à la fin du XVIIe siècle, plus d’un demi-million d’Espagnols ont traversé l’Atlantique pour partir à la découverte d’un Nouveau Monde, bravant tous les dangers de la mer au péril de leur vie. Accompli par de jeunes hommes en quête d’or et de gloire, qui brûlaient de propager le christianisme ou espéraient tout simplement une vie meilleure, cet exode prit une telle ampleur que la monarchie espagnole tenta à tout prix de le contrôler et de limiter les départs. Car sur le territoire d’origine, ce mouvement de population se traduisit, notamment, par la désorganisation de familles réduites à espérer un retour incertain. À travers l’étude des archives et des émouvantes correspondances entretenues entre les deux rives de l’océan, cette aventure hors du commun, qui façonna la société d’arrivée tout autant qu’elle bouleversa la société de départ, s’écrit entre inquiétude de l’avenir et rêve de fabuleuses fortunes, nostalgie de la patrie et volonté de bâtir un destin d’exception.

. Jean-Claude Hocquet, Le sel. De l’esclavage à la mondialisation, Paris, CNRS Éditions, janvier 2019.

Le sel, généreusement dispensé par la nature, a joué un rôle fondamental dans les diverses cultures humaines. Indispensable à l’être vivant, présent dans chaque foyer, il donne saveur aux aliments, permet de les conserver et joue un rôle biologique important dans l’équilibre d’un organisme. Consommé par tous quotidiennement, on lui accorde également une valeur rituelle et symbolique, voire un pouvoir magique. Produit unique et abondant, il est néanmoins souvent caché, enfoui dans le sol ou bien en dissolution dans la mer. Les hommes ont donc fait preuve, depuis les temps préhistoriques, de beaucoup d’ingéniosité à l’extraire. Comment le sel est-il produit ? Où le trouve-t-on ? Comment s’échange-t-on cette denrée ? Qui en tire le meilleur profit ? En dix chapitres, dix études qui peuvent se lire séparément les unes des autres, le livre répond à ces questions. On découvrira la peine des esclaves et des forçats dans les bagnes du sel, le partage des revenus au détriment des sauniers, la construction d’une saline fortifiée aux portes de la Camargue, les efforts des Suisses longtemps démunis pour faire venir le précieux minéral, l’entrée du sel dans l’économie mondialisée dès la fin du Moyen Âge, les flottes des puissances maritimes du nord de l’Europe qui traversent l’Atlantique à la recherche de ce produit stratégique, l’instauration de la gabelle dans un grand nombre d’États, etc. Grand produit agricole, minier, industriel et commercial, le sel est entré précocement dans la révolution industrielle, il a ensuite ouvert les voies de la mondialisation, accompagnant une fois de plus une grande mutation de l’économie-monde et ce, bien avant la fin du XXe siècle.

. Jim Krane, Energy Kingdoms. Oil and Political Survival in the Persian Gulf, Columbia, Columbia University Press, janvier 2019.

After the discovery of oil in the 1930s, the Gulf monarchies—Saudi Arabia, Kuwait, Qatar, the United Arab Emirates, Oman, and Bahrain—went from being among the world’s poorest and most isolated places to some of its most ostentatiously wealthy. To maintain support, the ruling sheikhs provide their subjects with boundless cheap energy, unwittingly leading to some of the highest consumption rates on earth. Today, as summertime temperatures set new records, the Gulf’s rulers find themselves caught in a dilemma : can they curb their profligacy without jeopardizing the survival of some of the world’s last absolute monarchies ? In Energy Kingdoms, Jim Krane takes readers inside these monarchies to consider their conundrum. He traces the history of the Gulf states’ energy use and policies, looking in particular at how energy subsidies have distorted demand. Oil exports are the lifeblood of their political-economic systems—and the basis of their strategic importance—but domestic consumption has begun eating into exports while climate change threatens to render their desert region uninhabitable. At risk are the sheikhdoms’ way of life, their relations with their Western protectors, and their political stability in a chaotic region. Backed by rich fieldwork and deep knowledge of the region, Krane expertly lays out the hard choices that Gulf leaders face to keep their states viable.


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