Vidéo. O. Kempf. Relations Etats-Unis - Allemagne, conflit autour de l’OTAN

Par Olivier KEMPF, le 2 janvier 2019  Imprimer l'article  lecture optimisée  Télécharger l'article au format PDF

Olivier Kempf, chercheur associé à l’IRIS, spécialiste de géopolitique et de stratégie. Enseignant à Sciences Po Paris/Lille/Strasbourg, université Paris-Assas, École de Guerre, IHEDN.

Olivier Kempf met en perspective les relations germano-américaines sous le prisme de la défense, à travers une approche chronologique. Cela permet de mieux saisir la singularité du temps présent. Cette conférence a été prononcée dans le cadre du 10e Festival de géopolitique.

Résumé par Thomas Marrier d’Unienville pour Diploweb.com

L’ordre mondial se voit en pleine mutation. Le nouvel « ordre mondial » est celui du désordre. Or, au moins deux puissances semblent tirer leur épingle du jeu, non sans frictions. D’un côté, les Etats-Unis, ex-superpuissance et hégémon en perte de vitesse. De l’autre, l’Allemagne, la clef de voute de l’Europe. A ce jour, leurs relations et la période dans laquelle elles s’inscrivent sont délicates. Lors de cette conférence, Olivier Kempf s’intéresse aux relations germano-américaines et particulièrement à leur différents autour de la défense, à travers une approche chronologique.

Dans le contexte 2018, la Bundesrepublik connait des difficultés et se précarise. Le quatrième gouvernement de Merkel est fragilisé. De l’autre côté, les Etats-Unis et leur président semblent avancer les yeux fermés. Ils brisent les codes de la géopolitique.

Vidéo. O. Kempf. Relations Etats-Unis - Allemagne, conflit autour de l'OTAN
Olivier Kempf, chercheur associé à l’IRIS, spécialiste de géopolitique et de stratégie
Crédit photographique GEM

D. Trump, à travers l’Allemagne, s’adresse à l’Europe. En effet, le porte drapeau de l’Europe, a un rôle particulier dans une posture particulière. Si elle mène le vieux continent, elle tente également de se débarrasser de son ombre. Le fardeau moral de la Seconde Guerre Mondiale est toujours conséquent et elle en a conscience. Les réclamations d’indemnités de guerre venant de la Grèce ont pu le montrer [1]. La mémoire n’est point éphémère.

Le réarmement de l’Allemagne fédérale a toujours suscité des troubles, par frayeur de ressusciter la Wehrmacht. C’est pour cette raison que la Communauté de Défense n’a jamais vu le jour en 1954, bien que la France a signé le projet de traité sur la Communauté européenne de défense deux ans plus tôt [2].

Afin de contourner ces mémoires, l’insistance de Washington permet à la République fédérale d’Allemagne d’adhérer à l’Alliance Atlantique. Si la renaissance de l’Allemagne armée est lancée, les Etats-Unis ne sont pas loin derrière. En effet, les américains sont présents durant le blocus de Berlin et lors de la crise des euromissiles. Les allemands de l’ouest demeurent encadrés.

Olivier Kempf, chercheur associé à l’IRIS, spécialiste de géopolitique et de stratégie
Crédit photographique : GEM

Compte tenu de cette caractéristique, l’Allemagne n’existe pas en faisant de la géopolitique, mais en épousant la géoéconomie. Hormis l’hyperinflation de 1923, dues aux dettes de guerre, l’économie allemande se porte de mieux en mieux. La réforme monétaire Erhard de 1947, dont les grands traits sont dessinés par les américains, est un pilier de la puissance économique allemande. La naissance du Deutsche Mark, l’unification des trois zones et la création de la RFA un an plus tard sont les clefs de la réussite allemande.

Dans la continuité, sa préférence pour l’exportation et les réformes Schröder dès 2003 font de l’Allemagne une championne de la mondialisation, tout comme la Chine. Le reste du monde subit ce succès et grignote les restes. Malgré le dollar, les GAFA, et sa place financière, les Etats-Unis en font aussi les frais et le président Donald J. Trump veut y remédier.

Pour ce faire, il fait pression sur les principaux bénéficiaires de la mondialisation, sources selon lui d’un déséquilibre ne profitant pas aux Etats-Unis. D’un côté la Chine, deuxième puissance mondiale et favorite à la succession au trône de puissance hégémonique. De l’autre, l’Allemagne, son alliée, la cheffe de file de l’Europe.

En outre, le burden sharing est la principale source des tensions germano-américaines. Tant que D. Trump sera au pouvoir, que des déséquilibres de budgets de défense (1,18% du PIB pour l’Allemagne contre 3,3% du PIB pour les Etats-Unis) et de déploiements militaires seront si évidents, ces incompréhensions et tensions perdureront. La France est considérée différemment sur ces questions puisqu’elle est active sur de nombreux théâtres d’opérations (Syrie) [3], interventions militaires au Sahel, Task Forces dans l’océan Indien notamment. Le parapluie militaire américain tend à être réduit ou revisité.

Copyright 2019-Marrier d’Unienville/Diploweb.com

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[1Mathilde Golla, « La Grèce demande réparation à l’Allemagne pour l’occupation nazie », "Le Monde", AFP, 16 août 2018

[2Jacques Kergoat, « Comment fut rejeté en 1954 le projet d’une Communauté européenne de défense », "Le Monde", 14 octobre 2005

[3« Frappes des Etats-Unis, de la France et du Royaume-Uni en Syrie : ce que l’on sait », "Libération", 14 avril 2018

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