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Planisphère. Que nous apprend l’histoire mondiale du renseignement ? Avec SY Laurent

Depuis longtemps, mais peut-être plus que jamais, le renseignement joue un rôle clé dans le devenir du monde. Par définition, il s’agit d’une activité secrète. Alors, nous est-il possible d’avoir - à partir de sources ouvertes - une connaissance du renseignement à l’échelle du monde entier ? Pour en parler, nous avons l’honneur de recevoir Sébastien-Yves Laurent. Podcast et synthèse rédigée.

Cette émission [1] Planisphère, Que nous apprend l’histoire mondiale du renseignement ? Avec S-Y. Laurent, sur RCF-RND

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Synthèse de cette émission, Planisphère, Que nous apprend l’histoire mondiale du renseignement ? Avec S-Y. Laurent. Rédigée par Emilie Bourgoin pour Diploweb.com. Revue et validée par S-Y. Laurent

DANS CET ENTRETIEN accordé à l’émission Planisphère, Sébastien-Yves Laurent, professeur de science politique à Sciences Po Saint-Germain-en-Laye et co-auteur de « L’essor du renseignement moderne » (Nouveau monde édition), propose une réflexion approfondie sur la nature, l’évolution et les enjeux contemporains du renseignement. À rebours des représentations fantasmées de l’espionnage, il développe une approche scientifique et historique du renseignement comme objet politique, institutionnel et technologique. L’entretien permet ainsi d’éclairer la place centrale du renseignement dans les rapports de pouvoir, les crises internationales et la prise de décision stratégique.

Le renseignement : une pratique d’information avant tout

Sébastien-Yves Laurent propose une définition volontairement simple mais structurante : le renseignement est avant tout une pratique d’usage de l’information. Il ne s’agit pas uniquement de collecter des données, mais bien d’en faire (ou non) un usage politique, stratégique ou opérationnel. Cette distinction est essentielle car elle met en lumière un problème récurrent dans l’histoire : le fait que des informations pertinentes puissent être disponibles sans pour autant être prises en compte par le décideur. L’exemple de l’URSS face à l’invasion allemande en 1941 illustre tragiquement cette situation, où Staline disposait d’informations précises mais choisit de les ignorer. À l’inverse, certaines opérations contemporaines (capture du président du Venezuela Maduro en janvier 2026) montrent combien un renseignement exploité efficacement peut être décisif.

Sébastien-Yves Laurent
Sébastien-Yves Laurent, Professeur de science politique à Sciences Po Saint-Germain-en-Laye. Co-auteur avec Peter Jackson et Boris Delagenière de « L’essor du renseignement moderne. Une histoire mondiale de l’espionnage », chez Nouveau monde éditions. Crédit photographique : Pierre Verluise
Verluise/Diploweb.com

Renseignement et espionnage : une distinction surtout juridique

L’intervenant souligne que, sur le fond, renseignement et espionnage désignent la même activité. La différence tient principalement au registre juridique : l’espionnage correspond à l’incrimination pénale, tandis que le renseignement désigne une fonction stratégique neutre dans sa terminologie. Cette distinction permet de désacraliser le terme d’espionnage et de replacer le renseignement dans une logique institutionnelle et politique.

La modernité du renseignement : une rupture historique majeure

La thèse centrale repose sur l’idée de modernité du renseignement, qui émerge au XIXe siècle. Cette modernité se caractérise par quatre éléments fondamentaux :

. L’institutionnalisation bureaucratique des services de renseignement en temps de paix.

. Leur capacité à centraliser l’information.

. Leur proximité avec le pouvoir exécutif.

. L’irréversibilité de leur existence.

Contrairement aux dispositifs ponctuels existant dans les siècles précédents, les services modernes deviennent des bureaucraties permanentes, désormais indissociables de l’État. Cette évolution marque une transformation structurelle des formes de pouvoir et de gouvernance.

La relation décisive entre le chef et le renseignement

Sébastien-Yves Laurent insiste sur un facteur souvent sous-estimé : la dimension psychologique du décideur. Churchill incarne un dirigeant capable d’exploiter pleinement le renseignement, tandis qu’Hitler illustre au contraire les dangers d’un rejet de l’expertise au profit de la croyance personnelle. Cette relation entre ego, intuition, croyance et rationalité joue un rôle déterminant dans la traduction (ou non) du renseignement en décision politique.

La technologie, moteur structurant de l’évolution du renseignement

Deuxième thèse majeure : le renseignement est historiquement profondément dépendant des technologies de l’information. Dès le XIXe siècle, la télégraphie, puis la radio, l’interception des communications et le déchiffrement transforment les pratiques. La Première Guerre mondiale apparaît comme un tournant décisif : développement massif de l’écoute des communications, photographie aérienne, usage de l’avion comme outil de collecte d’information, coopération technologique entre alliés. Cette dynamique s’est poursuivie jusqu’à aujourd’hui avec le numérique et l’intelligence artificielle, créant une dépendance structurelle du renseignement à la technologie.

Une histoire mondiale marquée par des différences culturelles profondes

L’entretien met également en lumière les différences doctrinales entre civilisations. Alors que l’Occident a longtemps entretenu un rapport méfiant au renseignement, d’autres traditions, notamment chinoises (Sun Tzu, Ve siècle av. JC) et indiennes (Arthashastra, IVe siècle av. JC), ont très tôt intégré le renseignement comme outil légitime de gouvernement. Paradoxalement, l’Occident a compensé ce retard doctrinal par une avance institutionnelle, en construisant plus rapidement des services modernes structurés.

La place essentielle et méconnue des femmes dans l’histoire du renseignement

L’un des apports les plus novateurs évoqués concerne la féminisation massive du renseignement lors de la Première Guerre mondiale. Loin des clichés de la « femme fatale », les femmes ont joué un rôle crucial dans les grandes bureaucraties du renseignement, notamment dans le déchiffrement, le traitement de l’information et la gestion administrative. Bien que cantonnées à des fonctions subalternes en raison des normes sociales de l’époque, leur contribution fut structurellement indispensable au fonctionnement des services.

Produire un savoir académique sur un objet secret

Contrairement aux idées reçues, le renseignement peut faire l’objet d’un travail scientifique rigoureux. Sébastien-Yves Laurent explique que les chercheurs mobilisent :
. Des sources ouvertes (rapports parlementaires, enquêtes publiques, publications officielles).
. Des archives déclassifiées.
. Des mémoires, témoignages et documents complémentaires.
Il souligne cependant les fortes disparités d’accès selon les pays : les États-Unis étant les plus ouverts, la France intermédiaire et le Royaume-Uni beaucoup plus restrictif.

Crises internationales et transformation des services

Les crises constituent le principal moteur d’évolution des services de renseignement. En temps calme, ces institutions évoluent peu ; en temps de crise, elles se transforment rapidement. Les deux guerres mondiales illustrent parfaitement cette dynamique : explosion des effectifs, montée en puissance bureaucratique, restructuration organisationnelle. L’exemple des États-Unis, contraints de créer leur premier service stratégique (OSS) seulement après Pearl Harbor, montre combien la crise agit comme catalyseur.

La politisation du renseignement : une dérive dangereuse

Enfin, Sébastien-Yves Laurent met en garde contre un risque majeur : la politisation du renseignement. Lorsque les services adaptent leurs analyses pour plaire au pouvoir politique, ils trahissent leur fonction première qui est de clarifier la réalité. Cette dérive peut exister en permanence, indépendamment des crises, et constitue l’un des dangers les plus sérieux pour la qualité de la décision stratégique.


Encore plus
Tous les podcasts géopolitiques de l’émission Planisphère depuis septembre 2024, en un clic. Et avec en bonus une synthèse rédigée, c’est possible ? Oui, ici.


Ouvrages et ressources pour approfondir

. Sébastien-Yves Laurent, Peter Jackson et et Boris Delagenière, « L’essor du renseignement moderne. Une histoire mondiale de l’espionnage », Nouveau Monde Éditions. L’ouvrage propose une analyse historique globale, rigoureuse et novatrice du renseignement.
. Études françaises de renseignement et de cyber, revue cofondée par S-Y Laurent, publiée par les Presses Universitaires de France, disponible en version papier et en ligne sur Cairn, qui constitue aujourd’hui une ressource scientifique de référence pour approfondir les enjeux contemporains du renseignement, de la cybersécurité et de la stratégie.
. Sébastien-Yves Laurent, « Etat secret, Etat clandestin : essai sur la transparence démocratique », édition Gallimard, Grand prix de l’Académie du renseignement 2024. La participation de Sébastien-Yves Laurent à Planisphère pour cet ouvrage, podcast et synthèse rédigée.
. Yann Zolets, roman, « Le petit caporal », éditions La Manufacture du livre, Grand Prix de l’Académie du renseignement 2025. La participation de Yann Zolets à Planisphère pour ce roman, podcast et synthèse rédigée.
. Académie du renseignement
. Diploweb.com, Dossier géopolitique, Le renseignement

Copyright pour la synthèse Mars 2026-Bourgoin/Diploweb.com


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de ne rien modifier et de faire un lien vers la page source du Diploweb.com de chaque émission, il est autorisé de reprendre sur des sites académiques, éducatifs ou institutionnels les codes des fichiers son et / ou vidéo ainsi que les biographies et la synthèse rédigée d’une ou de plusieurs émissions Planisphère.

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Sébastien-Yves Laurent, Professeur de science politique à Sciences Po Saint-Germain-en-Laye. Co-auteur avec Peter Jackson et Boris Delagenière de « L’essor du renseignement moderne. Une histoire mondiale de l’espionnage », chez Nouveau monde éditions. Sébastien-Yves Laurent a été précédemment lauréat du Grand Prix de l’Académie du renseignement 2024 pour son livre : « Etat secret, Etat clandestin : essai sur la transparence démocratique », édition Gallimard.
Interview organisée et conduite par Pierre Verluise, docteur en Géopolitique, fondateur du Diploweb, il produit Planisphère sur Radio Notre Dame et RCF. Cette émission a été diffusée en direct le 3 mars 2026.
Synthèse par Émilie Bourgoin, étudiante en dernière année de Master Sécurité et Défense à l’Université d’Ottawa, après un BBA à l’EDHEC. Elle a travaillé en alternance au sein de la cellule sûreté d’un grand groupe. Elle a la charge du suivi hebdomadaire de l’actualité des livres, revues et conférences géopolitiques comme de la rédaction des synthèses des épisodes de l’émission Planisphère pour Diploweb.

[1Cette émission a été enregistrée le 5/01/2026 et diffusée le 3/03/2026.


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Citation / Quotation

Auteur / Author : Emilie BOURGOIN, Pierre VERLUISE, Sébastien-Yves LAURENT

Date de publication / Date of publication : 3 mars 2026

Titre de l'article / Article title : Planisphère. Que nous apprend l’histoire mondiale du renseignement ? Avec SY Laurent

Chapeau / Header : 

Depuis longtemps, mais peut-être plus que jamais, le renseignement joue un rôle clé dans le devenir du monde. Par définition, il s’agit d’une activité secrète. Alors, nous est-il possible d’avoir - à partir de sources ouvertes - une connaissance du renseignement à l’échelle du monde entier ? Pour en parler, nous avons l’honneur de recevoir Sébastien-Yves Laurent. Podcast et synthèse rédigée.

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