Géopolitique de l’intelligence artificielle : une course mondiale à l’innovation

Par CASSINI, Florent AMAT, le 28 mars 2018  Imprimer l'article  lecture optimisée  Télécharger l'article au format PDF

Le cabinet de conseil CASSINI, spécialisé dans l’analyse géopolitique et cartographique, propose un dossier cartographique réalisée en collaboration avec Florent Amat étudiant en Master 2 Géopolitique : Territoires et enjeux de pouvoir à l’Institut Français de Géopolitique (IFG, Université Paris VIII Vincennes Saint-Denis). Il se spécialise dans la cartographie et les domaines Risques géopolitiques et Défense.

Le rapport de C. Vilani sur l’intelligence artificielle remis au gouvernement français fin mars 2018 témoigne d’une prise de conscience - tardive - d’enjeux majeurs.
Depuis quelques années, la recherche dans le domaine de l’intelligence artificielle (IA) explose ; le nombre de brevets déposés dans le monde ayant presque doublé entre 2005 et 2015. Dans cette course à l’innovation, les entreprises privées sont à la pointe, en particulier les géants du Web qui collectent des milliards de données ; une ressource stratégique dans le domaine de l’IA. Mais au-delà de ces entreprises, cette compétition s’inscrit aussi dans des rivalités géopolitiques entre les États. Le Diploweb.com est heureux de vous présenter une carte commentée en partenariat avec le cabinet de conseil CASSINI.

DANS la géographie mondiale de l’intelligence artificielle, ce sont les États-Unis qui dominent largement la recherche et le développement. Leur territoire abrite en effet des géants du Web (les GAFA : Google, Amazon, Facebook, Apple notamment) ainsi que de très nombreuses startups spécialisées dans le domaine de l’IA. Cela s’explique par la forte attractivité du pays dont les ressorts sont nombreux (salaires plus élevés, projets plus ambitieux, culture entrepreneuriale, excellence universitaire, etc.).

Géopolitique de l'intelligence artificielle : une course mondiale à l'innovation
Planisphère de l’intelligence artificielle : une course mondiale à l’innovation
Cliquer sur la vignette pour voir en grand cette carte de l’intelligence artificielle : une course mondiale à l’innovation. Les principales entreprises de l’intelligence artificielle. L’attractivité de la Silicon Valley. Les pays les plus propices au développement de l’intelligence artificielle (IA). Réalisation Florent Amat pour Cassini et Diploweb.com

La Chine, un concurrent sérieux

Toutefois, la domination américaine est menacée par l’émergence d’autres géants chinois (Baidu, Alibaba, Tencent et Xiaomi) qui ont su se développer à l’abri des technologies américaines. Pékin a en effet interdit ou fortement limité l’accès aux services Internet proposés par les GAFA, laissant le champ libre à des entreprises locales. En outre, la Chine s’est impliquée dans le domaine de l’IA (plan triennal, construction d’un parc technologique d’une valeur supérieure à deux milliards de dollars, développement de l’enseignement dédié à l’IA, etc.) avec l’objectif d’être le premier centre d’innovation en IA d’ici 2030.

De plus, Pékin cherche à limiter le flux d’étudiants et ingénieurs chinois migrant vers les États-Unis à l’image de Kai-Fu Lee. Ce dernier, autrefois employé chez Apple, Microsoft puis Google, est revenu dans son pays pour créer en 2009 un fonds d’innovation pour investir dans des startups en Chine. Fort de son expérience, il encourage des étudiants chinois à retourner travailler dans leur pays ou à postuler pour des startups chinoises à l’étranger, dans le cadre de conférences organisées aux États-Unis.

Le retard européen

Face à ces deux géants, l’Europe prend du retard alors que des pays européens sont plutôt propices au développement de l’IA. Des pays comme l’Espagne, la France ou le Royaume-Uni ne sont pourtant démunis ni d’ambitions ni de capacités, comme en témoignent les startups Artelnics, Shift Technology et Darktrace, ou des initiatives gouvernementales telles que la stratégie « France IA » lancée le 20 janvier 2017.

A lire aussi sur Diploweb.com, par Juliette Faure : "L’intelligence artificielle peut-elle nous gouverner ?"

Mais l’absence de volonté politique n’a pas encouragé le développement d’entreprises de taille mondiale. Cela explique qu’une partie des étudiants et ingénieurs formés en Europe préfèrent travailler outre-Atlantique, où les salaires et les opportunités sont plus attractifs. Le cas le plus emblématique est certainement celui de Yann LeCun, ingénieur français parti enseigner à New York et recruté depuis 2013 par Facebook dans sa division IA.

Copyright Mars 2018 Amat-Cassini-Diploweb.com

Notes :
*Afin de déterminer les environnements nationaux les plus propices au développement de l’IA, nous avons construit un indicateur en cinq classes par le croisement de 12 variables quantitatives pondérées pour 55 pays (classement de Shanghaï, brevets déposés en IA, niveau en mathématiques et en informatique récompensé par des prix, etc.).

** La liste des 100 startups les plus prometteuses en matière d’IA a été dressée par le média américain CB Insight parmi plus de 2500 startups de tous les pays.


CASSINI

Le cabinet de conseil CASSINI est spécialisé dans l’analyse géopolitique et cartographique. Voir le site de CASSINI

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| Dernière mise à jour le mercredi 25 avril 2018 |
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