Carte commentée. L’évolution de la dette publique dans l’Union européenne après le coronavirus COVID-19

Par Charlotte BEZAMAT-MANTES, Pierre VERLUISE, le 29 septembre 2021.

Charlotte Bezamat-Mantes est Docteure de Géographie mention Géopolitique – Institut Français de Géopolitique (IFG, Université Paris 8) et cartographe indépendante. Ses travaux ont été récompensés en 2021 par le Prix de thèse de l’Association Française d’Études Canadiennes (AFEC). Rédactrice-Cartographe pour Diploweb.com depuis septembre 2014.
Pierre Verluise, Docteur en Géopolitique, est le fondateur du Diploweb.com. Il vient de produire une Masterclass géopolitique « Quels sont les fondamentaux de la puissance ? », disponible sur la plateforme Udemy.

Comment la pandémie de coronavirus COVID-19 a-t-elle impacté la dette publique des Etats membres de l’UE ? La carte présentée en grand format en pied de page apporte des éléments de réponse qui permettent de différencier les situations.

La conception de la carte et de la légende sont le fruit d’une coopération de C. Bezamat-Mantes et P. Verluise. La réalisation de la carte et la rédaction du commentaire sont de C. Bezamat-Mantes.

Voici les deux points saillants : en 2020, moins de la moitié des États membres de l’UE respectent le critère de Maastricht sur le niveau de dette publique (I) ; et la crise sanitaire du corinavirus COVID-19 a provoqué en 2020 une augmentation inégale de la dette publique dans l’Union européenne (II).

I. En 2020, moins de la moitié des États membres de l’UE respectent le critère de Maastricht sur le niveau de dette publique

En 1992, le Traité de Maastricht met fin à la Communauté économique européenne (CEE) et entérine la création de l’Union européenne (UE). Il prépare également la mise en œuvre de l’Union économique et monétaire, la future zone euro. A cet effet, le traité met en place des critères de convergence économique, les « critères de Maastricht ». Ces critères sont : maîtrise de l’inflation, maîtrise de la dette publique et du déficit publique, stabilité du taux de change et, enfin, convergence des taux d’intérêts. Les États candidats doivent respecter ces critères pour entrer dans la zone euro et continuer à les respecter après avoir rejoint l’union monétaire, sous peine – théoriquement – d’avertissement puis de sanctions.

Carte commentée. L'évolution de la dette publique dans l'Union européenne après le coronavirus COVID-19
Carte. L’évolution de la dette publique dans l’Union européenne après le COVID-19
Cliquer sur la vignette pour agrandir la carte. Conception : Charlotte Bezamat-Mantes et Pierre Verluise. Réalisation : Charlotte Bezamat-Mantes pour Diploweb.com. Voir la carte au format PDF

Les cercles proportionnels rouges et verts sur la carte représentent le niveau de dette publique de chaque État membre en 2020 – la dette publique étant définie comme le total des emprunts contractés par l’État et l’ensemble des administrations publiques, y compris les organismes de sécurité sociale.

D’après les critères de Maastricht, les États doivent maintenir un niveau de dette publique inférieur à 60 % de leur PIB – niveau de référence représenté par un cercle blanc sur la carte. En 2020, la dette publique de l’UE-27 était de 90,7 % du PIB (98 % pour la zone euro), contre 77,5 % en 2019 (83,9 % pour la zone euro).

En 2020, une minorité des États membres de l’UE respectent ce critère – les cercles proportionnels représentant sur la carte leur niveau de dette publique sont verts. Parmi les 13 pays en question, huit ont rejoint l’UE au cours des élargissements récents. Il s’agit de l’Estonie, la Lettonie, la Lituanie, la Pologne, la République tchèque et Malte, qui ont rejoint l’UE en 2004 ; et de la Roumanie et la Bulgarie, ayant rejoint l’Union en 2007. Les autres payant respectant le seuil de dette publique de Maastricht sont les Pays-Bas et le Luxembourg (deux pays fondateurs de la CEE, 1957), l’Irlande et le Danemark (rejoignant la CEE en 1973) et la Suède (1995).

Par contraste, 14 États ont un taux de dette publique supérieur à 60 % de leur PIB (cercles proportionnels rouges). Il s’agit d’un groupe hétérogène de pays. On y trouve des États fondateurs (Allemagne fédérale, Belgique, France, Italie), des États membres relativement anciens – la Grèce (1981), le Portugal et l’Espagne (1986), l’Autriche et la Finlande (1995) – ainsi que des États issus des derniers élargissements : Slovaquie, Hongrie, Slovénie et Chypre (2004) et la Croatie, dernier pays à avoir rejoint l’UE en 2013.

Notons que, si la crise sanitaire de 2020 liée au COVID a impacté négativement les économies des États membres de l’UE, 11 d’entre eux dépassaient déjà le seuil de 60 % en 2019, pour certains depuis de nombreuses années : Autriche, Belgique, Chypre, Croatie, Espagne, France, Grèce, Hongrie, Italie, Portugal et Slovénie. L’Allemagne, la Finlande et la Slovaquie rejoignent donc le groupe des pays endettés à l’encontre desquels l’UE pourrait théoriquement appliquer des sanctions.

II. La crise sanitaire du corinavirus COVID-19 a provoqué en 2020 une augmentation inégale de la dette publique dans l’Union européenne

La pandémie provoquée par le coronavirus COVID-19 touche le continent européen dans les premiers mois de l’année 2020. La crise sanitaire, engendrant des mesures de confinement dans tous les États membres une baisse de l’activité économique et une quasi-mise à l’arrêt du tourisme international. Elle a a lourdement pesé sur la dette publique qui a augmenté de 17 % en moyenne dans l’UE-27 (+ 17 % également en moyenne dans la zone euro).

La carte représente en aplat de couleur le taux d’évolution de la dette publique entre 2019 – avant la crise – et 2020. Elle montre que la dette publique a augmenté dans tous les pays sans exception, mais de manière inégale. On peut ainsi identifier six groupes de pays, aux situations géographiques, sanitaires et économiques diverses.

En premier lieu, l’Irlande dont la dette publique n’a augmenté que de 4 %, quatre fois moins que la moyenne de l’UE.

Le deuxième groupe de pays a connu une augmentation plus marquée de la dette publique, entre 12 et 17,5 % : Finlande, Suède, Grèce, Portugal, ainsi que quatre des cinq membres fondateurs (Allemagne, Belgique, Pays-Bas et Italie).

Le troisième groupe a connu une augmentation supérieure à celle de l’UE et de la zone euro (entre 17,5 et 23 % d’augmentation). Il est composé de la Lettonie, l’Autriche, la Hongrie, la Slovénie, la Croatie et la France.

Dans le quatrième groupe, la dette publique des pays a augmenté d’environ un quart comparé à avant la crise sanitaire (23 à 28,5 % d’augmentation) : il s’agit de l’Espagne, le Danemark, la Pologne, la République tchèque, la Slovaquie, la Bulgarie et Chypre.

Le cinquième groupe de pays (Malte, Lituanie et Roumanie) a quant à lui vu sa dette publique augmenté d’environ un tiers (28,5 à 34 % d’augmentation).
Enfin, avec une augmentation sept fois supérieure à celle de l’UE, on trouve l’Estonie (+ 117 %). Notons toutefois que si l’Estonie a vu son niveau de dette publique multiplié par plus de deux depuis le début de la pandémie, elle est toujours en 2020 largement en dessous du seuil de 60 % du PIB défini par Maastricht.

Copyright pour le texte Octobre 2021-Bezamat-Mantes/Diploweb.com

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Carte. L’évolution de la dette publique dans l’Union européenne après le COVID-19

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Document ajouté le 29 septembre 2021
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| Dernière mise à jour le jeudi 21 octobre 2021 |