La guerre d’Israël et des Etats-Unis contre l’Iran pourrait faire passer au second plan la guerre engagée par la Russie contre l’Ukraine depuis 2014. Il faudrait méconnaitre les relations entre D. Trump et V. Poutine pour s’en étonner. Il faudrait être sourd pour ne pas entendre la pertinence les propos de F. Thom à propos de la Russie, articulant connaissance du temps long et actualité. Elle démontre notamment comment V . Poutine voit dans D. Trump « une boule de démolition à la fois des Etats-Unis et de l’ordre international libéral de l’après-guerre ». Ce que la guerre contre l’Iran illustre présentement puisque les Etats-Unis, membre permanent du Conseil de sécurité des Nations Unies sont partis en guerre sans le moindre mandat.
Françoise Thom vient de publier « La guerre totale de Vladimir Poutine » (éd. A l’Est de Brest-Litovsk). Elle répond aux questions de Pierre Verluise pour Diploweb.com.
Pierre Verluise (P. V. ) : Françoise Thom, votre nouvel ouvrage, « La guerre totale de Vladimir Poutine » (éd. A l’Est de Brest-Litovsk) s’inscrit à la fois dans la longue durée et le temps court de l’actualité. Commençons par l’articulation entre ces deux tempos. Il n’y a pas de déterminisme en histoire, mais il existe des pesanteurs, des inerties. Quelles sont les continuités de la longue du durée qui éclairent la Russie d’aujourd’hui, notamment dans sa relation à la violence ?
Françoise Thom (F. T. ) : Le pouvoir de l’autocrate moscovite est absolu au sens étymologique du latin absolutus : « délié », « séparé », « retenu par rien ». Même Jean Bodin, le théoricien français de la monarchie absolue, estimait que le monarque absolu doit laisser à ses sujets « la liberté naturelle, & la propriété des biens à chacun » ( La République, 1576). Dans les principautés marchandes telles celle de Novgorod et Pskov, le pouvoir et la propriété étaient distincts. Avec l’appui des khans mongols, les princes moscovites vont anéantir l’indépendance des villes, la fronde des boïars, la paysannerie libre. Ils édifient un État centralisé, qui écrasera et absorbera les principautés marchandes alliées à la Lithuanie. La Moscovie se caractérise par un régime patrimonial : les grands princes de Moscou, puis les tsars, sont propriétaires de leur pays. On demandait à Ivan III quel était le statut de ses sujets. « Tous des esclaves », répondit-il [1]. Cette représentation du tsar propriétaire de la Russie est profondément ancrée. Lors du premier recensement en Russie le tsar Nicolas II note dans la rubrique « profession » : « propriétaire de la terre russe ». Poutine pourrait faire la même réponse. Même si à partir des réformes d’Alexandre II la Russie évolue vers l’État de droit, la tradition de mépris du droit demeure vivante dans le courant slavophile et chez les révolutionnaires. En haut la transmission du trône se fait par de sanglantes révolutions de palais jusqu’à Paul 1er (1796-1801). En bas, l’oppression des serfs suscite des jacqueries sauvages réprimées de manière impitoyable. Ainsi, la société russe infuse dans la violence et le bolchevisme portera ce penchant à son paroxysme. Il était clair que le régime poutinien répéterait la même trajectoire, dès qu’il se livra en 2003 à sa première grande spoliation, la confiscation de la compagnie pétrolière Youkos et son dépeçage au profit des amis du président.

P. V. : Depuis quand V. Poutine est-il engagé dans une dynamique guerrière et quels ont été les moments clés ?
F. T. : Cette évolution se fait par paliers. Le premier palier a lieu en 2004. La révolution des roses en Géorgie et le Maïdan en Ukraine seront ressentis par Poutine comme un camouflet à sa personne. Il y voit la main des Occidentaux complotant pour arracher à la Russie sa sphère d’influence. Chaque revers suscite chez le président russe un moment de désarroi, puis une escalade. L’idéologie poutinienne commence à se cristalliser en 2004 : c’est alors qu’apparaît le thème de la Russie assiégée par des puissances étrangères convoitant ses richesses. Le tournant de Poutine s’exprime dans son discours programmatique tenu à Munich en février 2007 lorsqu’il se déchaîne contre le monde « unipolaire » : « La Russie en a plus qu’assez des humiliations, des atteintes constantes à ses intérêts, et à partir de maintenant, ses intérêts prévaudront. » Les difficultés des Etats-Unis en Irak, puis la crise des subprimes l’inclinent à penser que les Etats-Unis sont faibles et que le moment approche de leur infliger un coup décisif. Poutine se sent d’autant plus sûr de lui que le prix des hydrocarbures ne cesse d’augmenter. Il se voit près de réaliser son projet de transformer la Russie en énergocratie capable de dominer le continent européen.
La crise de l’économie russe à l’automne 2008 est un rude choc pour lui car elle met en doute le bien-fondé de son choix d’une croissance fondée sur l’exportation des hydrocarbures. A partir de là, Poutine entreprend un réarmement accéléré. Il autorise une détente bidon sous la présidence de Medvedev car il a besoin d’une importation massive de technologies occidentales pour booster le complexe militaro-industriel russe végétant depuis la fin de l’URSS. Son but est de se donner les moyens d’intimider les Occidentaux, la corruption et la cooptation des élites ayant montré leurs limites.
La crise de fin 2008-2009 va avoir une influence profonde sur l’évolution de la politique étrangère russe. Désormais le régime poutinien met en avant le slogan du « monde russe » et de l’intégration autour de la Russie du grand espace eurasien. Un projet autarcique prend forme en pointillé. La Russie veut se barricader dans un espace clos, à l’abri des influences délétères de l’Occident. Le projet de l’Union économique eurasienne se précise à partir de 2010. Celui-ci n’a pas seulement pour mission de réintégrer autour de Moscou l’espace ex-soviétique. Il ambitionne de récupérer les États européens lorsque l’UE se sera défaite et lorsque les partis souverainistes pro-russes auront pris le pouvoir en Europe.
Début septembre 2011 tout semblait sourire à Poutine, une fois de plus : les prix du pétrole étaient à la hausse, l’économie avait retrouvé une croissance honorable (4,3%). Mais Poutine prit très mal que Medvedev songeât à un deuxième mandat de président, avec l’encouragement d’une partie de l’élite qui espérait trouver en lui une alternative possible à l’homme fort de Russie. La réaction de Poutine fut foudroyante. Il contraignit Medvedev de renoncer publiquement à sa candidature dans une allocution humiliante, et déclara fièrement que cet échange de postes était convenu entre les deux hommes de longue date, ce qui n’était pas vrai semble-t-il (24 septembre 2011). Cet étalage de cynisme provoqua en Russie une vague d’indignation. Les élections parlementaires du 4 décembre 2011 donnèrent lieu à des falsifications grossières, ce qui suscita des manifestations de masse les 10 et 24 décembre 2011. Pour Poutine en état de choc, l’affaire était claire. Les manifestations étaient ourdies à Washington, Hillary Clinton tirait les ficelles.
Les mesures prises après la réélection de Poutine le 12 mars 2012 - intensification de la propagande, musèlement total des médias d’opposition, « nationalisation » des élites et « dé-offshorisation » de l’économie, alourdissement des peines pour « haute trahison », traque des « agents étrangers » et hausse des dépenses militaires -, ne laissent aucun doute : elles préparent le pays à l’affrontement avec les Occidentaux.
Avec l’annexion de la Crimée (février 2014) Poutine a véritablement franchi un seuil, ce qui apparaît clairement dans son discours du 18 mars 2014 annonçant l’incorporation de la Crimée dans la Fédération de Russie. C’est un discours de rupture avec les Occidentaux, qui ressasse une fois de plus le sempiternel catalogue des offenses dont aurait été victime la Russie à cause de son indépendance : « Nous comprenons que ces actions [les sanctions occidentales] sont dirigées contre l’Ukraine, la Russie et contre l’intégration de l’espace européen [2] ».
Le 10 mars 2020, Poutine fait annuler ses mandats précédents et décide de se faire réélire jusqu’en 2036. Conscient qu’après ce viol de la Constitution il a perdu toute légitimité, il entreprend d’assurer l’avenir de son régime en endossant le rôle de « rassembleur des terres russes » à l’image des princes de Moscou au XVe-XVIe s. Les analystes de la CIA estiment que c’est au printemps 2020 que Poutine prend la décision d’envahir l’Ukraine [3]. La pandémie du Covid le força à différer l’exécution de ses plans. En 2021, Poutine estime toutefois que le rapport de forces a suffisamment évolué en faveur de la Russie pour qu’il soit en position de faire chanter les Occidentaux avec succès. La débâcle américaine en Afghanistan et l’achèvement du Nord Stream 2 lui donnent à penser que les États-Unis sont faibles et prêts à refluer partout dans le monde, tandis que les Européens seront contrôlés par leur dépendance au gaz russe. Il imaginait Gazprom fermant ses robinets et la pénurie en gaz mettant les Européens à genoux, tandis que l’Amérique serait paralysée par ses problèmes internes. Pour lui, le monde occidental est donc mûr pour une redistribution radicale du pouvoir en Europe qui donnerait à la Russie une position hégémonique sur le continent. Ces prémisses sont à l’origine de l’ultimatum du 17 décembre 2021 qui exigeait un recul de l’OTAN sur ses positions de 1997 sous peine de mesures militaires de la Russie. Le refus d’obtempérer des Occidentaux fournit à Poutine le prétexte de faire de l’Ukraine le levier par lequel il compte faire sauter l’ordre international.
P. V. : Comment V. Poutine manœuvre -t-il pour réaliser aujourd’hui les objectifs clés de l’URSS de M. Gorbatchev (1985-1991) puis de la Russie post-communiste, notamment par rapport à la présence des Etats-Unis en Europe ?
F. T. : Un historien ne peut qu’être frappé de l’extraordinaire persévérance de la Russie à réaliser ses objectifs, qui tient à son régime autocratique installé dans le temps long et à la mémoire institutionnelle qui se développe dans les organismes dirigeants, MAE, Sécurité d’État, Église orthodoxe etc... Jusqu’à la réélection de Trump, les Soviétiques puis les Russes étaient persuadés que les Européens étaient « les caniches » des Américains, qu’ils n’avaient pas de volonté propre. Le Kremlin estimait qu’il suffisait de chasser les Américains d’Europe pour que les pays européens passent sous l’hégémonie russe et que le vaste empire eurasien « de Brest à Vladivostok » dominé par Moscou se mette en place. En avril 1985 Gorbatchev déclare à Dobrynine, l’ambassadeur soviétique à Washington, que la tâche prioritaire de l’URSS était d’éliminer les Etats-Unis d’Europe. Pour cela il fallait cesser de faire peur aux Européens et retirer par étapes les troupes soviétiques et américaines d’Europe : « Les troupes soviétiques ne se trouveront qu’à quelques centaines de kilomètres des frontières, et leur présence invisible continuera à se faire sentir dans les États européens » [4]. Lors du sommet d’Istanbul le 19 novembre 1999, le président Eltsine et le président Clinton eurent cet échange révélateur [5] :
Eltsine : « Je vous demande une chose. Vous n’avez qu’à donner l’Europe à la Russie. Les États-Unis ne sont pas en Europe. L’Europe devrait être l’affaire des Européens. La Russie est à moitié européenne et à moitié asiatique. »[...] Vous pouvez prendre d’autres États et assurer leur sécurité. Je vais prendre l’Europe et assurer la sécurité des Européens. Enfin pas moi. Mais la Russie. […] Bill, je suis sérieux. Laissez l’Europe à l’Europe. […] La Russie est assez puissante pour protéger toute l’Europe […]. Elle est assez puissante et intelligente pour savoir que faire de l’Europe. » Au printemps 2008, le président Medvedev propose la mise en place d’un nouveau système de sécurité en Europe. Cette proposition reprenait celle de Molotov à la conférence de Berlin en février 1954, quand le ministre soviétique lançait l’idée de la création d’un système de sécurité européen sans les Etats-Unis !
(...) Moscou ne peut étendre sa domination en Europe qu’après avoir mis Washington dans son jeu.
Poutine va poursuivre cette politique en revenant aux méthodes léninistes consistant à « attiser les contradictions entre les impérialistes », en misant sur le nationalisme, l’extrême-droite et l’extrême gauche, en prétendant défendre la « souveraineté » des États. N’oublions pas qu’en 1948-49 Staline avait même envisagé de créer dans la future RDA un parti regroupant les anciens nazis pour torpiller la coopération européenne et l’intégration de la RFA dans le bloc occidental ! L’une des constantes de la politique étrangère de Staline et de ses successeurs est la volonté de discréditer les gouvernements occidentaux face à leurs opinions publiques. Staline était déjà parfaitement conscient qu’on pouvait utiliser les mécanismes de la démocratie contre les régimes démocratiques. Pendant la Deuxième guerre mondiale, au printemps 1942, il extorqua aux Américains la promesse d’ouvrir un deuxième front, alors que, comme le reconnut Molotov plus tard, il savait parfaitement que c’était militairement impossible en 1942 : il voulait discréditer Roosevelt devant l’opinion américaine en le faisant manquer à sa parole.
Les années 1943-1945 ont enseigné au Kremlin que Moscou ne peut étendre sa domination en Europe qu’après avoir mis Washington dans son jeu. Staline l’avait fort bien compris qui recherchait le dialogue au sommet avec Roosevelt en marginalisant Churchill. Poutine fait de même. Pour inciter Washington à lever les sanctions et à s’atteler au plus vite à la tâche d’aider à la résurrection de la puissance russe, plusieurs arguments sont mis en avant. Le premier est bien connu et a été claironné depuis des années par tous les agents d’influence russes et leurs dupes des deux côtés de l’Atlantique. Il faut empêcher de jeter la Russie dans les bras de la Chine. Ce thème est exploité dès l’administration Biden, car les Russes savent à quel point les Américains y sont sensibles.
L’innovation de Poutine par rapport à ses prédécesseurs est qu’il a réussi un « regime change » aux Etats-Unis grâce aux moyens nouveaux que les réseaux sociaux mettent à la disposition de la propagande du Kremlin. Poutine a compris qu’il ne suffisait pas de monter les Européens contre les Etats-Unis. Il fallait pousser les Américains eux-mêmes à défaire leurs alliances et à se déconsidérer à la face du monde entier.
P. V. : Entre 2019 et 2022, la France a tenté de renouer le dialogue avec la Russie qui venait d’annexer la Crimée aux dépends de l’Ukraine (2014). Quels résultats pour la Russie, la France… et l’Ukraine ? Plus largement, que pouvons-nous espérer d’un « dialogue » avec Moscou, y compris par des échanges plus ou moins confidentiels ?
F. T. : Du côté russe le « dialogue » poursuit toujours le même objectif : coopter, voire acheter l’interlocuteur pour l’aligner sur les positions russes ; torpiller le lien transatlantique et la solidarité européenne. Le résultat d’un tel dialogue ne peut qu’être néfaste pour l’interlocuteur occidental. Soit il se montre malléable et révèle des failles immédiatement exploitées par le Kremlin qui en tire la conclusion qu’il peut pousser ses pions ; soit il se montre ferme, ce qui alimente la paranoïa russe et nourrit la propagande à usage interne d’un complot étranger visant à dépecer la Russie.
Il faut surtout se méfier des « canaux secrets », un moyen privilégié du Kremlin pour saper les positions occidentales. L’avantage du canal secret est qu’il permet à Moscou d’influencer directement les décideurs, en coulisse, derrière le dos des alliés, à l’abri des médias. Il permet de pousser l’interlocuteur occidental à des décisions qui sont contraires à son intérêt, ce qui sauterait aux yeux en cas de débat public. Il permet de distiller la désinformation conduisant à ces décisions sans qu’elle puisse être neutralisée à temps par des contre-arguments. Dans ce type de sondage confidentiel, les Russes ne découvrent jamais leurs cartes, laissant parler leur adversaire, de manière à se rendre compte des concessions possibles à empocher durant une première phase, histoire d’amorcer la pompe.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, le canal secret entre Staline et Roosevelt était assuré par le très soviétophile Harry Hopkins, l’homme de confiance du président américain. Grâce à Hopkins qui s’était fait le relais de la propagande du Kremlin, Roosevelt abandonna à Staline la moitié de l’Europe. Citons un deuxième exemple illustrant ce procédé bien rodé par le Kremlin. Il s’agit du canal secret mis en place entre la RFA et le Kremlin à partir de fin 1969. Du côté soviétique, le « journaliste » Viatcheslav Kevorkov [6] servait d’intermédiaire avec Andropov. Du côté allemand son interlocuteur était Egon Bahr, un proche du chancelier Willy Brandt. Ce canal secret demeura en place sous Helmut Schmidt. Grâce à l’Ostpolitik, l’URSS put mettre en place une coexistence parasitaire avec l’Occident qui dura des années. En aidant la Russie à exploiter ses gisements gaziers, en construisant les gazoducs, la RFA posa les fondements de la future « énergocratie » développée par Poutine, elle offrit à l’économie soviétique agonisante un ballon d’oxygène et permit à Moscou de réaliser le gigantesque programme d’armement qui porte encore ses fruits aujourd’hui, puisque l’armée de Poutine s’est servie contre l’Ukraine des arsenaux remontant à cette époque.
Les échanges confidentiels sont particulièrement dangereux car Moscou refuse le contact avec ceux qui comprennent son jeu et choisit son interlocuteur occidental, soit un idiot utile [7], soit un personnage déjà acquis aux thèses russes. On en a un bel exemple avec Keith Kellogg, initialement désigné par Trump pour les affaires russes, retoqué par Poutine, et remplacé par Steve Witkoff, un admirateur éperdu du président russe.
P. V. : Quels sont aujourd’hui les grands thèmes du récit russe à propos de l’Ukraine et de l’Europe ? Et comment le Kremlin utilise-t-il la peur occidentale du chaos en Russie pour limiter le soutien à l’Ukraine ?
F. T. : La Russie mène une offensive informationnelle contre l’Ukraine aussi acharnée que son « opération militaire spéciale ». Le but est de saper le soutien occidental à l’Ukraine. Voyons ces narratifs :
« La Russie est une puissance mondiale qui a droit à sa sphère d’influence dont l’Ukraine fait partie. » « Le territoire de l’Ukraine appartient à la Russie : nous n’occupons pas les terres ukrainiennes, nous rendons à la Russie ce qui lui revient de droit ». « Les Russes et les Ukrainiens sont un seul et même peuple. » La responsabilité de la guerre incombe à l’OTAN et non à Poutine : « L’Occident utilise l’OTAN pour encercler la Russie. » Et, sous Biden : « Les États-Unis utilisent la guerre en Ukraine pour consolider leur position de puissance dominante. »
La Russie agit pour des raisons humanitaires : « L’Ukraine commet un génocide contre les Russes ethniques dans le Donbass et ailleurs en Ukraine. » Il faut bien défendre ces populations contre « les nazis de Kiev ».
Mentionnons la campagne contre les sanctions : elles « nuisent plus aux entreprises et aux ménages européens qu’à la Russie dont le taux de croissance est bien supérieur à celui de l’Europe. » Quant à l’aide à l’Ukraine, elle est dérobée par les corrompus au pouvoir à Kiev : « L’Ukraine est l’un des pays les plus corrompus au monde : elle ne peut donc pas faire partie de l’Occident. » « Les armes occidentales données à l’Ukraine finissent chez les terroristes internationaux. »
Il ne s’agit pas seulement d’inciter les démocraties occidentales à interdire la victoire à l’Ukraine (ce qui fut acquis dès l’automne 2022) mais, surtout, de donner des arguments permettant de justifier leur lâcheté et leur abandon de l’Ukraine. L’objectif numéro un était de détruire l’idée de la supériorité morale de la cause ukrainienne. Tout fut bon à ces fins : on monta en épingle la corruption des élites de Kyïv, la zizanie au sommet, l’engouement de Zelenski pour les feux de la rampe, etc. A la veille du sommet d’Anchorage (15 août 2025) Poutine organise une « mesure active » consistant à persuader Trump que la victoire de la Russie est inéluctable, elle avance inexorablement sur tous les fronts ; par conséquent il faut abréger les souffrances inutiles des Ukrainiens en les persuadant de rendre volontairement le reste du Donbass. Cette intox explique le revirement de Trump qui abandonne sa demande d’un cessez-le-feu et se fait fort d’imposer à Kiev le retrait du Donbass.
Quant aux Européens, ils font aujourd’hui figure de « fauteurs de guerre », exactement comme à l’automne 1939, au moment du pacte germano-soviétique : « La Russie souhaite des négociations de paix, mais l’Ukraine et ses sponsors européens ne sont pas intéressés par la paix. » « Un pays possédant l’arme nucléaire ne peut être vaincu », donc l’aide à l’Ukraine est à fonds perdus.
Du côté ukrainien la désinformation russe n’est pas moins perfide. Dès la période Biden l’un des objectifs des fuites systématiques concernant les canaux secrets est de persuader les Ukrainiens que les Américains vont s’entendre avec les Russes dans leur dos, comme Staline et Roosevelt l’avaient fait pour les Polonais. Les Américains, sussurent les désinformateurs du Kremlin, en dépit de leur rhétorique pro-ukrainienne, ne font pas la différence entre les Russes et les Ukrainiens : ce sont à leurs yeux des barbares qui s’étripent en marge du monde civilisé. Quant aux pays européens, « une partie d’entre eux ne veut en aucun cas que l’Ukraine soit victorieuse ». Thèmes annexes : les Occidentaux ne refilent aux Ukrainiens que leurs armements obsolètes. Zelenski prolonge une guerre perdue d’avance sans se soucier du peuple ukrainien, pour plaire à ses sponsors occidentaux.
Le chantage au chaos est ce qui a tétanisé les Américains à l’automne 2022, lorsqu’ils décident de priver les Ukrainiens de la possibilité de pousser plus loin leur contre-offensive. Là encore il s’agit d’une vieille rengaine dans le répertoire du Kremlin. Dès les premiers jours du régime bolchevik les dirigeants soviétiques ont magistralement su utiliser le chantage au chaos russe comme instrument de manipulation des Occidentaux. Lors de son premier entretien avec l’ambassadeur de France Joseph Noulens le 18 décembre 1917, Trotski a un argument massue pour intéresser la France à la survie du régime bolchevik : « Si nous succombons, la Russie est vouée à l’anar¬chie pour dix ans, et ce sont les Allemands qui en devien¬dront les maîtres » [8]. En même temps, les bolcheviks persuadaient les Allemands qu’ils avaient intérêt à soutenir le régime de Lénine, faute de quoi les pays de l’Entente profiteraient du chaos russe pour installer au pouvoir un général Blanc qui leur serait favorable ! Aujourd’hui c’est la menace d’une alliance sino-russe qu’on brandit à Moscou. Et si le régime de Poutine s’effondre qu’arrivera-t-il aux nombreuses armes nucléaires stockées sur le territoire de la Russie ? Ce thème avait déjà admirablement fonctionné en 1991, lorsque les Occidentaux, par crainte de la prolifération nucléaire, avaient tout fait pour tenir la tête de Gorbatchev hors de l’eau et dissuader les nations de l’URSS de proclamer leur indépendance.
La phobie du chaos russe est totalement irrationnelle. Une défaite russe eût été salutaire en 2022. Le régime de Poutine aurait succombé avant de causer les dégâts catastrophiques qu’il a entraînés par la suite. L’histoire montre que l’autocratie russe n’entreprend des réformes qu’après une débâcle militaire.
La désinformation russe aime à brandir l’épouvantail d’une prétendue dangereuse réaction nationaliste en Russie, si les troupes russes sont obligées de quitter les territoires ukrainiens occupés. Là encore, les précédents historiques disent autre chose. Le retrait des troupes d’Afghanistan en 1989 a été accueilli en Russie avec soulagement, de même que la paix de compromis avec la Tchétchénie en 1996. On peut penser qu’il en irait de même en cas d’évacuation par la Russie des régions occupées en Ukraine. En 2022 l’évacuation de Kherson a été accueillie par l’opinion russe avec une parfaite indifférence.
L’expérience du poutinisme devrait nous avoir appris que rien n’est plus dangereux qu’un autocrate incontrôlé disposant d’armes nucléaires.
La désintégration de la Russie dont on nous rebat les oreilles a très peu de chances de se produire (la seule région qui risque d’être déstabilisée est le Caucase du Nord). La population russe est totalement atomisée. En cas de disparition de Poutine, on peut s’attendre à une guerre des gangs, « une grande redistribution criminelle de la propriété », comme le dit l’économiste Igor Lipsits. On peut prévoir un effondrement de l’ordre public, avec tous les taulards relâchés dans la nature et la chute des effectifs de la police. La Russie sera submergée par des tueurs à gages au chômage puisque l’armée russe est constituée de mercenaires grassement payés pour tuer, ne sachant rien faire d’autre. Mais il n’y a aucune raison pour que les Occidentaux favorisent une résurgence de l’autocratie russe sous prétexte de « stabilité ». La meilleure politique est celle du cordon sanitaire, préconisée par Clemenceau en décembre 1919, lorsque l’échec des armées blanches est patent : « entourer la Russie de fils de fer barbelés » afin de l’empêcher de nuire à l’extérieur, « et attendre » [9]. L’expérience du poutinisme devrait nous avoir appris que rien n’est plus dangereux qu’un autocrate incontrôlé disposant d’armes nucléaires. La Russie a été chaotique de 1917 à 1919. Elle était trop occupée à installer la dictature sur son territoire pour nuire sérieusement en Occident. Mais dès qu’au printemps 1920 les bolcheviks eurent triomphé des armées blanches et assis leur tyrannie dans le pays, nous trouvons l’armée rouge aux portes de Varsovie, et Lénine occupé à déstabiliser l’Europe centrale et l’Allemagne.
P. V. : Comment comprenez-vous les relations Poutine-Trump ? Pourquoi écrivez-vous « Au fond, les dirigeants russes ont compris que le meilleur moyen de détruire les Etats-Unis était de les poutiniser. » (p. 220) ? Et vous ajoutez : « Le régime en train de se mettre en place aux Etats-Unis présente beaucoup de similarité avec un régime communiste » (p. 230).
F. T. : En 2017 Alexandre Douguine affirmait dans une interview à CNN [10] : « J’ai remarqué chez Donald Trump de nombreuses similarités avec ma pensée et j’aurais pu rédiger son discours inaugural...Le 8 novembre 2016 [11] a été une victoire importante pour la Russie et pour Poutine en personne… Poutine a enseigné à Trump comment mettre en cause le statu quo, les idées reçues, les principes totalitaires du globalisme ». Douguine avait de bonnes raisons de se frotter les mains. C’est lui qui avait élaboré dès 1997 dans son opus « Les fondements de la géopolitique » les grandes lignes de la politique de subversion de l’adversaire américain qui seront systématiquement mises en œuvre par les services russes. Il recommandait « de susciter un désordre géopolitique dans la vie intérieure américaine, en encourageant toutes sortes de séparatismes, divers conflits ethniques, sociaux et raciaux, en soutenant activement tous les mouvements dissidents, les groupes extrémistes, racistes et sectaires qui déstabilisent les processus politiques internes aux États-Unis. En même temps, on soutiendra les tendances isolationnistes de la politique américaine, les thèses de ces cercles (souvent républicains de droite) qui estiment que les États-Unis devraient se limiter à leurs problèmes internes. Ces tendances sont avantageuses au plus haut point pour la Russie... »
En 2016 Poutine a soutenu Trump d’abord pour faire payer à Hillary Clinton le soutien accordé aux manifestants anti-Poutine de l’hiver 2011-12. Mais il en vient à voir en lui une boule de démolition à la fois des Etats-Unis et de l’ordre international libéral de l’après-guerre. A partir de l’élection du 5 novembre 2024 il semble avoir la certitude que Trump, pourtant si susceptible à l’égard des dirigeants des pays alliés, lui passera tout, y compris des affronts publics, comme l’exhibition de photos de Mélania fort dénudée à la télévision russe. Quant à Trump, il semble voir en Poutine un homme qui a les mêmes ennemis que lui (les libéraux, les « globalistes »), et qui comme lui en a bavé à cause d’eux.
Moscou a agi sur l’Amérique à la fois par la base et par le sommet. Grâce aux réseaux sociaux, le Kremlin eut la possibilité de travailler les masses américaines avec les méthodes ayant fait leurs preuves en Russie : peinture apocalyptique de l’état de choses existant, désignation de l’ennemi (le Deep state, les élites), rhétorique du ressentiment, provincialisme. Steve Bannon, le chef de la première campagne électorale de Trump, conseille « d’inonder la zone [les media] de merde » [12] : procédé très poutinien. La propagande à la russe a contribué à pousser l’Amérique dans le monde post-vérité. Le basculement final a lieu avec le ralliement à Trump de poids lourds de la crypto et de géants de la Big tech. Ici l’analogie avec la Russie saute aux yeux. Ce sont de grands oligarques qui ont propulsé Poutine au pouvoir et pour les mêmes raisons : démanteler l’État et ses institutions, les remplacer par une « verticale du pouvoir » coiffée par un simulacre d’ « homme fort » avec lequel les magnats oligarques pourront conclure des accords « d’homme à homme ». Cette convergence profonde explique l’influence que la Russie, pionnière dans cette évolution, a pu acquérir outre-Atlantique. Que ce soit en Russie ou aux Etats-Unis, les grands oligarques perçoivent l’État comme une entrave inadmissible à leurs ambitions ; le peuple comme une masse manipulable à volonté et les lois comme un dispositif mis en place par les faibles pour mettre des bâtons dans les roues des forts. Ils ont en commun l’indifférence à l’éthique. Trump trouve que l’Ukraine a perdu "de façon ridicule" 400 000 soldats [13] et "bien plus de civils". Il a plus de sympathie pour les soldats russes qui se battent pour de l’argent, la seule motivation qu’il soit en mesure de comprendre. Que l’on puisse se faire tuer pour être libre ne l’effleure même pas.
Les mesures mises en œuvre par Trump depuis son élection rappellent de manière frappante les transformations opérées en Russie par Poutine en 2000. Sous couleur d’éradiquer l’État profond le président américain s’est constitué une « verticale du pouvoir » à l’image de celle mise en place par Poutine. Comme le président russe, il s’appuie sur un clan d’oligarques à sa botte. Le critère de ses choix est le même que celui de Poutine : il ne veut autour de lui que des « yes men », de préférence plombés par un « kompromat ». Comme Poutine il a fait du Congrès une chambre d’enregistrement et a placé les media sous sa tutelle. Il encourage un culte de la personnalité très soviétique. Cependant son régime diffère du régime russe sur un point important : tous les organismes chargés de la protection des Etats-Unis contre les ingérences étrangères ont été incapacités. Tous les instruments du soft power américains ont été supprimés. Dans ces domaines essentiels on observe un désarmement unilatéral de l’Amérique conforme aux aspirations du Kremlin.
P. V. : Enfin, comment la propagande poutinienne utilise-t-elle les points sensibles des démocraties occidentales pour les transformer en boule de démolition et les zombifier ? Comment éviter l’auto-poutinisation de l’UE ?
F. T. : La propagande russe exploite à fond deux thèmes sensibles, celui de l’immigration incontrôlée et celui des délires wokistes. Elle instille systématiquement le doute à l’égard des « mainstream media » tout en sussurant qu’il n’y a pas de vérité. Aux Etats-Unis et ailleurs, le mouvement antivax a suscité une extraordinaire percée du complotisme, savamment exploitée par Moscou. La propagande du Kremlin vise à la destruction de la raison, au rétrécissement de l’horizon et à l’atrophie morale, de manière à inciter chaque citoyen à oublier le bien commun et à se concentrer sur ce qui lui est présenté comme son intérêt : « cessons d’aider l’Ukraine pour réduire notre facture de gaz ». Le chauvinisme, l’égoïsme national à courte vue, la xénophobie et la passion partisane sont cultivés par le Kremlin dans tous les pays qu’il veut faire passer sous son influence.
Démonter les mensonges du narratif russe ne suffit pas. L’école de la République doit former des esprits libres, capables de penser dans la durée et de se méfier des emportements partisans. Relisons Marc Bloch (« L’étrange défaite », juillet-septembre 1940) [14]. Comme nos « réalistes » d’aujourd’hui, les pacifistes « invoquaient avant tout l’intérêt… Ils chuchotaient que les hitlériens n’étaient pas, en somme, si méchants qu’on affectait de les peindre… Comme la parole qu’ils prêchaient était un évangile d’apparente commodité, leurs sermons trouvaient un facile écho dans les instincts paresseusement égoïstes qui, à côté de virtualités plus nobles, dorment au fond de tout cœur humain. »
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. Françoise Thom, « La guerre totale de Vladimir Poutine » (éd. A l’Est de Brest-Litovsk)
4e de couverture
Face à la brutalité de l’actualité, Françoise Thom propose de prendre le recul de l’historien. Elle se penche sur le passé russe et soviétique et montre comment il pèse sur le présent. Cet éclairage permet de mieux comprendre les spécificités du comportement de Moscou qui défient notre rationalité, la frénésie d’autodestruction jalonnant l’histoire russe, l’obsession de l’expansion continue, la malfaisance tous azimuts qui donne une redoutable cohérence à la politique étrangère du Kremlin. Françoise Thom nous invite à plonger dans l’univers mental des dirigeants russes. Cette nécessaire immersion aide à déchiffrer leurs ambitions d’aujourd’hui : outre la destruction de l’État ukrainien, ils planifient la soumission des élites européennes et l’éradication de notre héritage humaniste, condition indispensable à l’hégémonie sur le continent à laquelle ils aspirent depuis Staline. L’extraordinaire acharnement sur l’Ukraine et la manière saisissante dont la Russie a su aligner l’administration Trump sur ses objectifs doivent nous faire prendre conscience de l’ampleur de la menace multiforme qui pèse aujourd’hui sur l’Europe.
Françoise Thom, agrégée de russe, est maître de conférences (HDR) émérite en histoire contemporaine de l’université Paris-Sorbonne. Elle vient de publier « La guerre totale de Vladimir Poutine » (éd. A l’Est de Brest-Litovsk). Spécialiste de l’URSS et de la Russie postcommuniste, elle a précédemment publié de nombreux ouvrages, dont « Les Fins du communisme » (1994), « Beria : le Janus du Kremlin » (2013), « Géopolitique de la Russie » (avec J.-S. Mongrenier, 2016), « La Marche à rebours. Regards sur l’histoire soviétique et russe » (2021), « Poutine ou l’obsession de la puissance « (2022). F. Thom est membre du comité de rédaction de https://desk-russie.eu/
Propos recueillis par Pierre Verluise, docteur en géopolitique, fondateur du Diploweb.com
[1] Cité in : Alain Besançon « Comment la Russie a pensé au peuple », Persée, 9, 1975, p. 109
[2] C’est nous qui soulignons.
[3] Cf. https://www.theguardian.com/world/ng-interactive/2026/feb/20/a-war-foretold-cia-mi6-putin-ukraine-plans-russia
[4] A. Dobrynin, Sugubo doveritelno, Moskva 1997, p. 607
[7] NDLR. Lhistoire.fr : « Idiots utiles » : l’expression a fait florès. On l’attribue à Lénine, mais elle est certainement apocryphe. Elle désigne tous ceux qui, éblouis par la « grande lueur de l’Est », servirent, en le payant parfois cher, les intérêts d’un régime très vite devenu criminel.
[8] Cité in : Joseph Noulens, Mon ambassade en Russie soviétique, Plon 1933, t.1, p. 176.
[9] George A. Brinkley, Allied Intervention in South Russia, University of Notre Dame Press, 1966, p. 209.
[10] Cf https://edition.cnn.com/videos/world/2022/08/21/alexander-dugin-interview-trump-putin-ward-vpx.cnn
[11] NDLR : Date de la première élection de D. Trump à la présidence des Etats-Unis.
[13] https://www.ladepeche.fr/2024/12/08/guerre-en-ukraine-trop-de-vies-ont-ete-perdues-trump-appelle-a-un-cessez-le-feu-et-affirme-que-zelensky-aimerait-conclure-un-accord-12378088.php
[14] NDLR : Marc Bloch, « L’étrange défaite », rééd. Folio, 1990.
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Date de publication / Date of publication : 5 mars 2026
Titre de l'article / Article title : La guerre totale de V. Poutine. Entretien avec F. Thom
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La guerre d’Israël et des Etats-Unis contre l’Iran pourrait faire passer au second plan la guerre engagée par la Russie contre l’Ukraine depuis 2014. Il faudrait méconnaitre les relations entre D. Trump et V. Poutine pour s’en étonner. Il faudrait être sourd pour ne pas entendre la pertinence les propos de F. Thom à propos de la Russie, articulant connaissance du temps long et actualité. Elle démontre notamment comment V . Poutine voit dans D. Trump « une boule de démolition à la fois des Etats-Unis et de l’ordre international libéral de l’après-guerre ». Ce que la guerre contre l’Iran illustre présentement puisque les Etats-Unis, membre permanent du Conseil de sécurité des Nations Unies sont partis en guerre sans le moindre mandat.
Françoise Thom vient de publier « La guerre totale de Vladimir Poutine » (éd. A l’Est de Brest-Litovsk). Elle répond aux questions de Pierre Verluise pour Diploweb.com.
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