Podcast et synthèse rédigée

Planisphère. Qu’apporte un roman à la perception des décisions stratégiques ? Avec I Sand

Par Ivan SAND , Pierre VERLUISE, le 9 septembre 2026  Imprimer l'article  lecture optimisée  Télécharger l'article au format PDF

Ivan Sand est docteur en géopolitique et s’exprime en son nom propre. I. Sand est l’auteur du roman « Un état-major particulier », aux éditions Novice. Il s’agit de son deuxième roman, après « L’honorable correspondant » aux éditions Nouveau monde.
Entretien organisé et conduit par Pierre Verluise, docteur en Géopolitique, fondateur du Diploweb, il produit Planisphère sur RCF Notre Dame. Cette émission a été diffusée le 31 août 2026. Sous le titre Planisphère géopolitique et stratégique cette émission est disponible comme podcast sur les plateformes Spotify et Apple Podcast.

Vous le savez, la France a été une puissance en Afrique et plus d’une fois impliquée dans des crises politiques. Au point d’avoir significativement réduit son nombre d’implantations et d’accords de défense. Mais avez-vous idée de ce qui se passe au sein de l’état-major particulier du président de la République française lorsqu’une crise survient ? Et d’ailleurs, comment pourrions-nous en avoir une idée ? Le roman offre une voie d’exploration unique. Pour répondre au micro de Planisphère, nous avons la joie de recevoir Ivan Sand, auteur du roman « Un État-major particulier » aux éditions Novice. Il s’exprime en son nom propre.

Planisphère [1]. Qu’apporte un roman à la perception des décisions stratégiques ? Avec Ivan Sand

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Synthèse de Planisphère. Qu’apporte un roman à la perception des décisions stratégiques ? Avec Ivan Sand. Revue et validée par I. Sand

L’état-major particulier : un centre décisionnel sous haute tension

L’état-major particulier (EMP) du président de la République française, bien que peu connu, n’est pas une unité secrète. Composé d’un général cinq étoiles et de quatre conseillers représentant chaque armée et le commissariat des armées, il concentre un pouvoir et une influence considérables, ayant un accès quotidien au chef des armées, le Président de la République. Ivan Sand souligne que la gestion de crise y est d’une complexité rarement perçue : une crise n’arrive jamais seule, se mêlant à des enjeux de politique intérieure ou des catastrophes naturelles. Les décideurs disposent de peu de temps, d’informations parcellaires, et doivent composer avec la « tyrannie des distances » et le « chaos des échelles ». L’EMP apporte alors sang-froid et une évaluation des risques militaires pour aider le président à trancher.

Ivan Sand met en lumière la faiblesse relative des exécutifs sur certains plans (la communication notamment), même d’une grande ou moyenne puissance. Dans son roman, un pays militairement plus faible peut mettre en difficulté la France, confrontant le président à un sentiment d’impuissance malgré son budget militaire conséquent. Les conseillers militaires jouent alors un rôle crucial pour apporter sérénité et éviter des décisions extrêmes.

Planisphère. Qu'apporte un roman à la perception des décisions stratégiques ? Avec I Sand
Ivan Sand
Ivan Sand est docteur en géopolitique et s’exprime en son nom propre. I. Sand est l’auteur du roman « Un état-major particulier », aux éditions Novice.
Le Figaro

La fiction comme outil d’analyse géopolitique

Ivan Sand, docteur en géopolitique, explique que la fiction apporte une dimension unique à l’analyse géopolitique. Contrairement aux travaux universitaires ou journalistiques, elle permet de se « mettre dans la peau des personnages », d’explorer leurs failles, leurs ambitions et leurs rivalités interpersonnelles. Ces facteurs humains, souvent déterminants dans les prises de décision, sont difficilement saisissables autrement.

Cette approche est d’ailleurs utilisée par les armées elles-mêmes, notamment via les « Red Teams » ou les « serious games », où des professionnels de la fiction imaginent des scénarios d’anticipation (attaques de drones inédites, nouvelles alliances géopolitiques) pour tester les réactions des décideurs politiques et militaires. La fiction, si elle est bien documentée et parvient à saisir les « réflexes humains », peut ainsi offrir une compréhension très réaliste des dynamiques en jeu. [2]


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Planisphère. Qu’apporte un roman à la perception des décisions stratégiques ? Avec Ivan Sand

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La guerre informationnelle et l’imbrication des enjeux

Le champ de la communication est devenu primordial dans les conflits actuels, amplifié par l’instantanéité de l’information et les réseaux sociaux. Ivan Sand montre comment un pays militairement plus faible peut utiliser la guerre informationnelle pour paralyser ou gêner la prise de décision adverse, en jouant sur l’opinion publique. Dans son roman, la mémoire coloniale sert de levier contre la France. Sur un autre registre, l’invité cite l’exemple des vidéos de communication iraniennes de 2026, utilisant l’humour et des personnages de Lego pour moquer leurs adversaires sans barrière linguistique, démontrant une connaissance fine des sociétés occidentales. Cette « bataille des récits » vise à agir sur les perceptions des auditoires, qu’il s’agisse de l’adversaire ou des alliés.

Ce roman d’Ivan Sand, « Un État-major particulier » (éd. Novice), met également en évidence l’imbrication étroite entre politique intérieure et opérations extérieures. Ivan Sand place le président dans une situation de cohabitation tendue avec une Première ministre, où la rivalité politique interne influence directement les décisions militaires. L’espionnage, comme l’intervention du Mossad proposant des informations en échange d’une déclaration politique au sujet de Jérusalem, illustrent les dilemmes des dirigeants face à des choix de court terme lourds de conséquences.

Les dimensions humaines de la crise : trahison et tensions internes

Le thème de la trahison est aussi abordé à travers un officier qui maintient le contact avec le putschiste nigérien, son ancien camarade d’école de guerre. Ivan Sand dépeint un personnage complexe, initialement pétri de bonnes intentions, pensant pouvoir résoudre la crise, mais qui se laisse entraîner dans un « engrenage » et finit par commettre une faute. Cette figure met en lumière la dimension profondément humaine des crises, même au plus haut niveau de l’État.

Les scènes du roman d’Ivan Sand, « Un État-major particulier » (éd. Novice), se déroulent principalement en état-major, avec des dialogues « riches et incisifs », plutôt que sur le champ de bataille. Ce choix d’écriture vise à retranscrire la tension palpable de ces discussions, l’énervement, la pression du temps et le souci permanent de la sécurité des ressortissants et militaires français. Ces moments intenses révèlent les paradoxes entre l’urgence de la situation et les freins liés à des contraintes de tout ordre, y compris personnelles.

Conclusion

À travers son roman « Un État-major particulier » (éd. Novice), Ivan Sand offre une plongée inédite au cœur du pouvoir décisionnel français en temps de crise. Il révèle la complexité de la gestion des affaires géopolitiques, entre la multiplicité des enjeux, la tyrannie des distances, la guerre informationnelle et l’imbrication des politiques intérieures et extérieures. L’auteur démontre la pertinence de la fiction comme outil pour éclairer les dynamiques humaines [3] – ambitions, failles, dilemmes moraux – qui traversent les plus hautes sphères de l’État et qui, pourtant, échappent souvent à l’analyse académique classique. Son œuvre invite ainsi à une compréhension plus nuancée et plus profonde des réalités de la décision stratégique.

Pour aller plus loin

. Ivan Sand, « Un État-major particulier », éditions Novice.

. Ivan Sand, « L’Honorable correspondant », éditions Nouveau Monde.

. Robert Littell, « La Compagnie », initialement publié en anglais en 2002.

. Benjamin Dirrstein, « Le Bleu Blanc Rouge », éd. Flammarion.

. Yann Zolets, « Le Petit caporal » éd. La manufacture du livre.

. Marc Hecker, « Daech au pays des merveilles », éd. Spinelle.

Copyright Septembre 2026-Verluise-Sand/Diploweb.com


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[1Cette émission a été enregistrée le 22/06/2026 et radiodiffusée la première fois le 7/09/2026

[2NDLR : Le roman peut-il aussi nous éclairer sur le monde secret du renseignement ? Oui, quand il est lauréat du Grand Prix de l’Académie du renseignement. Le Grand Prix Œuvre de création - mention « Fiction » 2025 a été décerné à Yann Zolets pour son roman intitulé « Le Petit caporal », paru aux éditions La Manufacture du livre. Il a été reçu à Planisphère en 2026.

[3NDLR : Cf. Planisphère. Comment la fiction peut-elle aider à penser le terrorisme ? Avec M. Hecker, mars 2026.

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