Géopolitique : quelle pédagogie pour des dirigeants privés et publics de plus en plus incultes ?

Par Xavier GUILHOU, le 6 septembre 2020  Imprimer l'article  lecture optimisée  Télécharger l'article au format PDF

Xavier Guilhou est un spécialiste international reconnu depuis 40 ans dans les domaines de la prévention des risques, du pilotage de crises, et l’aide à la décision stratégique. Ancien responsable de la DGSE dans les années 1980, puis fortement engagé dans la montée en puissance des Opérations Spéciales (COS) dans la décennie 1990. Il a par ailleurs exercé pendant 15 ans des fonctions exécutives et opérationnelles dans le monde de l’entreprise au sein du Groupe Hachette, Spie-Batignolles, Schneider Electric et Eurogroup. De 2005 à 2018 il a présidé le cabinet XAG Conseil pour accompagner et assister des grands réseaux vitaux, des groupes mondiaux, des États, des territoires en matière de risk management et de pilotage des crises.

Depuis le début du XXIe s, le niveau culturel des dirigeants publics et privés français a considérablement baissé. Pour beaucoup, ils ne sont plus en mesure d’avoir cette intelligence des situations et des jeux d’acteurs géopolitiques que l’auteur a pu longtemps côtoyer dans les cénacles du pouvoir. Après avoir argumenté son diagnostic, l’auteur propose des solutions d’avenir.

COMBIEN DE FOIS ai-je entendu : « Cher Monsieur, je n’ai pas le temps de prendre en compte vos analyses géopolitiques, faites-moi une fiche de quelques lignes et surtout pensez aux éléments de langage que je dois utiliser pour le journal télévisé de ce soir… et n’oubliez pas le communiqué de presse que nous laisserons aux journalistes… ». Sur un évènement particulièrement critique au niveau international, où j’ai eu droit à ce type de réflexion, j’ai tenu tête au ministre concerné en lui rétorquant « Justement , monsieur le Ministre, il ne faut surtout pas que vous passiez à la télévision ce soir, vous risquez de provoquer une catastrophe et des gens vont mourir à cause de vous… Le temps médiatique n’est pas le temps diplomatique ! ». Heureusement, j’avais en face de moi une personnalité honnête intellectuellement qui me répondit, ce que tout diplomate ou expert en géopolitique rêve d’entendre, « …Et bien je vous écoute… ». De fait, là où nous n’avions qu’une demi-heure d’entretien, nous avons passé 48h à tout analyser dans le moindre détail, à consulter des spécialistes, à reprendre des rapports et des fiches académiques de fond pour remettre à plat tous les scénarios avec ses équipes. La catastrophe pressentie a été évitée. Par la suite d’autres méthodes de travail ont été mises en place, mais cela ne dura que le temps de son mandat…

Pour une situation de ce type j’en ai malheureusement (comme bien d’autres praticiens de la vie internationale) des dizaines qui se sont traduites par des fins de non-recevoir et par des désastres diplomatiques, voire plus grave par des pertes d’influence pour la France ou pour notre économie. Pourquoi ces échecs qui s’avèrent récurrents depuis quelques années ? Tout simplement parce qu’au fil du temps le niveau culturel de nos dirigeants publics et privés a considérablement baissé et qu’ils ne sont plus en mesure d’avoir cette intelligence des situations et des jeux d’acteurs que j’ai pu côtoyer dans les cénacles du pouvoir il y a encore 20 ans. Bien entendu il ne faut pas généraliser le constat, il reste des exceptions, aussi bien dans nos grandes administrations que dans le monde privé, mais globalement les capacités d’analyse et de discernement sur les questions géopolitiques sont devenues préoccupantes en France et ce, quel que soit le type d’organisation. Comment en sommes-nous arrivés là ? Pourquoi faut-il se mobiliser sur ce sujet ? Et que pouvons-nous faire pour inverser la tendance , notamment sur le plan pédagogique ?

Géopolitique : quelle pédagogie pour des dirigeants privés et publics de plus en plus incultes ?
Xavier Guilhou
Copyright : Comes, Communication & Influence, n°109, mars 2020

Comment en sommes-nous arrivés là ?

Pendant 40 ans j’ai apporté discrètement, et en marge des responsabilités que j’ai exercées, un temps non négligeable pour sensibiliser et former aux réalités du monde international, ce que les anglo-saxons appellent nos « élites ». Cette contribution se faisait au travers de séminaires pour les étudiants de nos grandes écoles ainsi que pour nos cercles de dirigeants au sein du monde économique. A ce titre et en prenant un peu de recul sur cet engagement personnel, qui n’est pas comparable à celui d’un enseignant-chercheur du monde universitaire dont c’est la profession, mais plus au partage d’expérience d’un diplomate ou d’un entrepreneur qui arpentent les coulisses du monde, ce sont plus de 15 000 dirigeants que j’ai accompagnés. L’objectif de ces temps d’échange était de leur permettre de s’approprier rapidement des clefs de décryptage que nous pratiquons dans un certain nombre de cénacles d’experts et de praticiens au niveau international et de leur faire partager des analyses et prospectives géostratégiques. Il ne s’agissait pas d’en faire des experts ou futurs doctorants en géopolitique mais de les aider à analyser des contextes complexes, tels la géopolitique du Proche et Moyen Orient, celle de la Russie, du continent américain, de l’Océan indien ou d’autres sujets plus transverses en intégrant démarches méthodologiques, contenus et questionnements stratégiques. Cela m’a permis d’observer et d’évaluer sur quatre décennies la profondeur de champ des analyses des futurs responsables de notre pays et des patrons de nos entreprises sur les réalités internationales.

Dans les faits, le désert culturel de nos dirigeants privés et publics est devenu une réalité qu’il faut bien admettre.

Au fil des années je suis arrivé au constat d’un glissement que je trouve préoccupant et qui m’a amené à m’interroger sur ce type de prestation. J’avais de plus en plus le sentiment de faire au fil du temps un quasi-travail « d’alphabétisation » qui se révélait contreproductif vu le niveau de déperdition que je constatais. J’ai pu faire le même constat à la suite d’émissions grands publics de type historique ou géopolitique où le taux d’appropriation des contenus et de restitution des questionnements de fond n’était que de l’ordre de 10%... Il ne s’agit pas d’un jugement péjoratif de ma part, les auditeurs qui sont devenus des consuméristes d’évènementiels et des praticiens du zapping permanent sur des écrans plats, l’admettent eux-mêmes. C’est terrible d’arriver à ce constat dans un pays qui se targue d’être incontournable sur le plan intellectuel et qui a par ailleurs une expertise reconnue sur ces questions de géopolitique… Mais dans les faits, le désert culturel de nos dirigeants privés et publics est devenu une réalité qu’il faut bien admettre.

A force d’effacer des programmes ou de marginaliser les disciplines fondamentales que sont les « humanités » nous avons progressivement « lobotomisé » les cerveaux de plusieurs générations. Les Lettres dites classiques et modernes, l’histoire, la géographie mais aussi l’apprentissage des langues, la connaissance des arts, des religions et des philosophies ne sont plus considérées comme des matières nobles… Notre post modernité préfère privilégier l’enseignement des mathématiques, des sciences et des technologies qui permettent de formater des esprits plus adaptés « aux marchés de l’emploi »… De fait les plus jeunes vivent désormais dans l’instantanéité digitale et ne perçoivent la vie du monde qu’au travers des modes de représentation distillés par les médias, des fiches « risques pays » diffusées par le monde financier et surtout des clichés portés par les réseaux sociaux qui leur imposent leurs alertes d’actualité. Dans la grande majorité des cas le temps de concentration et de décryptage des évènements n’excède pas le quart d’heure. Il est plutôt de l’ordre de cinq minutes sur des sujets où une approche du temps long devrait s’imposer pour bien comprendre les tenants et les aboutissants d’un évènement. Et que dire de toutes les techniques de désinformation et de propagande qui deviennent omniprésentes du fait de l’absence de discernement et la faiblesse de l’esprit critique ? A titre d’exemple la moindre actualité sur Jérusalem renvoie à des siècles, voire à des millénaires, en termes de décryptage des jeux d’acteurs. Pour autant elle se traduit sur les écrans par des images chargées d’émotion et des commentaires emplis de préjugés ou d’idéologies qui sont souvent très éloignés des questions de fond. Le seul objectif étant de fabriquer de l’audience facile. Il en est de même en 2020 sur le suivi des évènements au Sahel, sur le nœud syriaque ou sur le projet chinois de route de la soie. Toujours ce temps médiatique qui joue la surenchère !

En arrière-plan les analyses disponibles dans les grands médias, hormis ceux des instituts ou des sites spécialisés sur les relations internationales, sont de plus en plus superficiels. Ils tournent toujours autour de quelques mots clés véhiculés par une pensée globale essentiellement marchande et technologique, obsédée par la valorisation de la « chaine de valeur », qui relègue les questions politiques de souveraineté à de l’histoire ancienne. Quand un grand reporter et chroniqueur international comme Renaud Girard [1] évoque la singularité de notre monde « néo-bismarckien », il n’y a plus que quelques initiés qui peuvent comprendre ce postulat géopolitique. En effet les notions de frontières, les racines civilisationnelles, les subtilités culturelles, ethniques, claniques dans le traitement des conflits, la connaissance juridique des traités sont effacés dans les publications, voire tout simplement gommés des ouvrages scolaires. Les espace-temps sont contractés à une forme de jeux vidéo permanents avec superposition d’effets spéciaux. La plupart des analyses sur les conflits en cours sont piégées par des biais de représentation très médiatiques mais décalés par rapport aux réalités. Twitter est à ce titre parfois devenu le nouveau régulateur des pulsions mondiales… Les jeux d’acteurs sont aussi victimes de clichés réducteurs, plus personne ne prenant le temps de savoir comment sont constituées les équipes qui président au destin des peuples, un dirigeant n’étant jamais seul aux commandes.

Eddy Fougier met en perspective le 31 août 2020 l’arrêt de la revue "Le débat" (éd. Gallimard), sur Linkedin
Copyright : 2020-Fougier / Linkedin

C’est le constat que j’ai pu faire ces dernières années lorsque je procédais à un premier tour de table avec des étudiants de niveau Master 2, des jeunes directeurs ou des PDG d’entreprises pour essayer de savoir ce qui les préoccupait sur le plan géostratégique. Quand je comparais le niveau des réflexions de nos élites françaises à celui que j’avais sur d’autres parties du monde, j’ai assez vite compris que la France était tout simplement en train de décrocher. Nous n’étions plus en effet en mesure de formuler intelligemment notre questionnement stratégique sur le fonctionnement ou les dysfonctionnements de notre planète. A ce titre je ne suis absolument pas surpris par les bilans dressés par de nombreuses institutions comme la DGSE, pour lesquelles il faut en effet un recrutement d’une exceptionnelle qualité, sur le niveau actuel des postulants [2]. Malheureusement tous ceux qui participent à des jurys de sélection ou qui corrigent des copies de concours arrivent aussi aux mêmes conclusions.

Pour évaluer le niveau j’utilisais en général trois approches ludiques pour savoir où en étaient mes interlocuteurs en termes de contenus de base… Contenus qui devraient être généralement de l’ordre des acquis du secondaire… La première approche, historique, abordait la déconstruction du modèle westphalien, qui a assuré à l’Occident un leadership mondial depuis trois siècles, en listant avec eux les traités qui ont façonné notre histoire contemporaine. La deuxième approche, géographique, portait sur la localisation des crises mondiales sur une carte. Enfin la dernière, plus civilisationnelle, concernait l’identification des grandes philosophies, des grands courants de pensée et des religions qui ont structuré nos modes de représentation de l’histoire.

En ce qui concerne la première question, quasiment plus personne ne sait ce qu’est le traité de Westphalie [3], encore moins le Congrès de Vienne, et je n’ose évoquer le traité de Versailles et ses avenants, voire les accords de Yalta qui sont, pour reprendre une réponse d’une étudiante, du « siècle dernier  »…Pourquoi pas de l’Antiquité ! L’histoire commence au mieux au 11 septembre 2001, voire à la dernière série d’attentats qui ont été médiatisés… A ce titre la pandémie du Covid 19 (2019 - ) a démontré l’ignorance totale de nos populations sur ce qu’est l’histoire des pandémies, générant de fait des peurs et des effets de sidération [4] pour une surmortalité épidémique qui ne sera vraisemblablement que de l’ordre de 7% de la mortalité annuelle sur le plan de la démographie mondiale [5]

Pour l’approche cartographique 20 à 30% des publics considérés savent situer correctement les grands conflits. Les autres qui ont pourtant beaucoup voyagé ne connaissent au mieux que les grands « hubs » de la globalisation marchande de notre postmodernité et les clichés touristiques véhiculées par les médias. A la différence des humanitaires, des diplomates ou des militaires dont c’est le cœur de métier, et qui restent très professionnels dans ces domaines, les autres sont dans l’incapacité de descendre dans la granularité des contextes et situations malgré la puissance de tous leurs vecteurs d’information et de communication. Dans les faits les dirigeants se déplacent beaucoup mais ne voyagent pas au sens fondamental du terme. Ils ne prennent pas le temps de respirer leurs environnements d’affaire. Souvent ils s’étonnent d’être surpris par des émergences de risques que l’on ne peut que pressentir qu’en perdant du temps avec les populations dans les bazars, les médinas, les quartiers, sur les quais des ports, etc... Combien de fois ai-je pu recueillir des renseignements d’ordre stratégique lors de mes missions en vivant loin des grands hôtels et en prenant le temps d’écouter les acteurs locaux ? C’est ce « sens du terrain » qui fait toute la différence et que les très bons diplomates [6], les grands reporters [7], les vrais humanitaires [8] pratiquent au quotidien … Beaucoup d’éditorialistes écrivent sur ces « effets de surprise » qui émaillent notre actualité alors qu’ils ne sont dans les faits qu’un défaut d’écoute et de vigilance propre aux gens pressés.

Enfin pour la troisième question, le niveau des français est tout simplement catastrophique. Là où un jeune libanais, un singapourien, un japonais, voire un étudiant des grandes universités américaines ou anglaises, sauront répondre avec précision et respect, mes auditeurs produisaient des analyses confuses, mélangeant, notamment pour les français, laïcité et religiosité sans maitrise des fondamentaux spirituels et des approches philosophiques. Il est difficile de leur en vouloir, ils ont été formatés ainsi et ce résultat n’est que le fruit de décennies de déconstruction des bases de l’enseignement des humanités dans le secondaire français, et encore plus dans l’enseignement supérieur, pour les remplacer par des marqueurs idéologiques.

Pourquoi faut-il nous mobiliser sur cette question ?

Le Général de Gaulle qui fut, comme la plupart des grands dirigeants de son époque, d’abord un grand lettré avant d’être un brillant officier et un homme politique hors norme a écrit dans « Vers l’armée de métier » (Berger-Levrault, 1934) que « la véritable école du commandement était la culture générale » et il ajoutait « Au fond des victoires d’Alexandre on retrouve toujours Aristote ». Il y a encore deux décennies, nous avions des dirigeants capables de parler d’Alexandre et d’Aristote. Ce n’est plus le cas en 2020 hormis quelques exceptions bien confinées dans des cénacles préservés. Il faut bien l’admettre et ne plus se raconter d’histoire sur l’état des lieux que nous pouvons faire au sein des réseaux avertis du monde enseignant ou des praticiens de la vie internationale. La situation est devenue préoccupante et il est devenu urgent de repenser les modes de formation des élites françaises privées et publiques.

Le propos peut sembler surprenant dans un contexte où les étagères des librairies regorgent d’atlas géostratégiques et où Internet permet d’accéder à de multiples contenus sur le plan académique. Ce n’était pas le cas des années 1980-1990 lorsque j’ai contribué à introduire cette approche en termes de formation interne dans plusieurs institutions, alors qu’elle n’existait pas encore en termes de discipline sur le plan universitaire. Nous n’avions à l’époque que des discussions de géographes et d’historiens, voire une émission de vulgarisation avec « Le dessous des cartes » (1990 - ) …. Ce n’est qu’avec le passage du millénaire que le mot géopolitique est devenu à la mode et est entré dans le quotidien des formateurs avec des programmes diplômants et des séminaires spécialisés.

Entre temps nos dirigeants sont devenus extrêmement performants sur toutes les dimensions techniques. Désormais avec les capacités de l’intelligence artificielle et des « big data », ils peuvent contribuer à la complexité de nos échanges, de nos transactions de données ou financières, et ils sont en mesure de maitriser les risques propres à nos sociétés fortement urbanisées et interconnectées. C’est indéniable, ils sont devenus de véritables « couteaux suisse » de la virtualité. Ils sont globalement « utiles » et nos grandes écoles d’ingénieurs et de commerce ont très bien su les formater pour répondre aux besoins exprimés par la globalisation des échanges. En revanche ils sont devenus pauvres et démunis sur le plan des contenus échangés, sur la perception du vécu, des aspirations des populations et sur la détection des signaux faibles de l’évolution du monde. Ils sont devenus imbattables sur les champs dits bureaucratiques et technologiques mais nuls sur les champs humains et empathiques. Comme le disait Staline « La mort d’un homme est une tragédie , la mort de millions devient une statistique…  ». C’est un peu ce que nous a révélé le pilotage de la crise du Coronavirus sur le premier semestre 2020 au niveau mondial [9] avec toutes ses conséquences sociétales et économiques [10]. A la moindre crise « hors cadre » les modèles de pensée s’effondrent et nos esprits bien formatés sont littéralement sidérés par le retour brutal de la réalité politique avec les fermetures de frontières, les embargos, les coups de menton nationalistes, les ruptures d’alliance, etc… Comme l’a dit maintes fois Hubert Védrine « L’Europe est une sorte de paradis pour Bisounours , mais le monde c’est Jurassic Park ! » [11]

... des esprits agités et confus.

Il faut sortir de cette précarité mentale, intellectuelle et culturelle qui prévaut désormais dans les couloirs de nos universités, de nos grandes écoles et dans les coursives de nos cercles de dirigeants. Il faut remettre de l’exigence et de la rigueur dans les programmes en réinstallant des cursus élaborés « d’humanités » afin de nourrir le questionnement et le discernement de nos futurs dirigeants. Il faut aussi convenir que nous avons d’ores et déjà une à deux générations perdues du fait des directives post 1968 qui ont largement contribué à cette déconstruction et lobotomisation des esprits. La libération promise est chère payée et n’a fait que produire finalement des esprits agités et confus.

Pour autant il faut leur réapprendre l’art du discernement et les vertus de l’esprit critique. Quand on côtoie quotidiennement les élites anglaises au sein de Chatham House, celles de la diplomatie russe, turque, iranienne ou chinoise, pour ne prendre que les plus actives actuellement, nous avons des interlocuteurs de très haut niveau sur le plan culturel. Il en est de même à la tête des entreprises de ces pays qui ont des élites remarquables. Si nous voulons nous battre à armes égales il est devenu crucial pour l’avenir de notre pays de militer pour un retour de la culture générale dans tous les cursus. Enlever cette épreuve des grands concours est le signe d’une grave démission, d’un abandon et d’un déclassement rédhibitoire de la France à moyen terme. Il est préférable de tirer vers le haut la formation de nos élites plutôt que de vouloir systématiquement, sous prétexte d’égalitarisme, niveler par le bas [12]. Dans l’histoire, tous ceux qui ont dominé et survécu aux grands rendez-vous l’ont été par la force de leur esprit, beaucoup plus que par la puissance de leurs armes ou de la performance de leur commerce ou de leur monnaie [13].

Certains pourraient arguer que des initiatives et démarches existent au sein de nos dispositifs d’enseignement et de formation et qu’il n’y a pas lieu d’être aussi inquiet, voire sévère, dans le propos. Certes depuis septembre 2019 les lycéens de première générale et désormais depuis la rentrée de septembre 2020 les élèves de terminale générale ont une forme d’initiation à la géopolitique en option de spécialité HGGSP (Histoire géographie géopolitique et science politique) [14]. Il y a aussi le travail méconnu et souvent remarquable en termes de méthodes de travail et de valorisation de la culture générale qui est fait au sein des classes préparatoires, où la filière ECS compte un enseignement de géopolitique. Mais qu’en est-il d’un véritable cursus universitaire avec un enseignement dédié qui déboucherait sur une Licence reconnue permettant par la suite de nourrir des études doctorantes de haut niveau ? Pourquoi attendre le niveau Master [15] pour aborder la géopolitique à l’université ? Pourquoi limiter cette formation à des modules dans des écoles de commerce très inégales [16], qui s’appuient sur des études de cas, mais qui réduisent trop souvent la géopolitique à des focus « risque-pays ». Ces approches « pragmatiques » ne satisfont que des besoins marginaux des assureurs, des traders et des banquiers…

Contrairement à ce que beaucoup pourraient penser la « diplomatie d’affaire » telle qu’elle est pratiquée dans le monde industriel ne peut se satisfaire de fiches rapidement rédigées ou des grilles d’actuaires pour garantir une prise de risque en termes d’investissements sur le plan international. Elle s’apparente souvent aux règles de la diplomatie pratiquée par les Etats où la pratique du temps long, la connaissance des cultures et l’observance des nuances locales font la différence. Ceci explique pourquoi les états-majors des grands groupes mondiaux recrutent souvent des anciens diplomates et des anciens analystes issus des grandes agences de renseignement pour renforcer leurs directions des relations internationales. L’apprentissage de ces bases, dans un monde qui est devenu de plus en plus complexe et interconnecté, ne peut se contenter de programmes d’initiation ou de modules en option qui font surement illusion dans un diner en ville mais qui ne répondent pas aux besoins que nous connaissons désormais au niveau de la vie internationale. Il faut aller plus loin et être plus ambitieux.

C’est une discipline qui exige une densité de connaissance et une rigueur d’analyse qui ne s’improvisent pas.

La géopolitique est un exercice qui concerne les questions de pouvoir et de puissance [17]. C’est une discipline qui exige une densité de connaissance et une rigueur d’analyse qui ne s’improvisent pas. Notre pays a compté nombre de grands dirigeants qui furent d’abord des agrégés de lettres, des docteurs en histoire et géographie, des linguistes, des grands juristes. Aujourd’hui nous avons des grands comptables, technocrates ou techniciens… Les grands empires sont toujours tombés lorsque les clercs en charge du palais ont pris le pouvoir sur les lettrés en charge de la conduite politique… Le maréchal Lyautey a très bien résumé ce risque permanent d’enfermement et de repli de la pensée pour nos sociétés « Quand j’entends des talons claquer, je vois des cerveaux se fermer ! »

Quelle pédagogie pour former nos élites privées et publiques ?

Il est devenu important de repenser la pédagogie dans les domaines de la formation et de l’enseignement sur les relations internationales et la géopolitique. Ce n’est plus un problème de moyens. Désormais avec les outils disponibles en termes de communication ; les possibilités de diffusion avec les e-learning, les MOOC, You Tube ; les émissions dédiées [18] ; les bases de données disponibles via les instituts de recherche, les grands think-thanks anglo-saxons et les plates formes académiques, sans compter tous les travaux des doctorants et docteurs [19], il y a profusion de vecteurs et de produits. Compte tenu des réalités internationales nous ne pouvons pas nous contenter d’analyses superficielles pour alimenter des shows télévisés. Il faut non seulement injecter désormais des contenus élaborés mais surtout diffuser des méthodes pour permettre aux jeunes générations de réapprendre des fondamentaux et maitriser les espace-temps en redonnant à l’Histoire et à la Géographie, qui constituent le socle de la démarche géopolitique, toutes leurs lettres de noblesse.

De même il faut replacer les Lettres au centre de la formation de tout dirigeant. La lecture des romans de Joseph Kessel nous apprend plus sur la négociation avec les Afghans (« les Cavaliers » - 1967) ou avec les Africains (« Le Lion » - 1958) qu’un débat d’actualité dans une émission grand public avec des experts qui n’ont jamais arpenté ces régions du monde. La lecture des ouvrages de Ghassan Salamé (« Appels d’empire » - 1996) et d’Amin Maalouf (« Les désorientés » - 2012) nous auraient évité bien des déconvenues sur le nœud syriaque. Celle du sinologue José Frèches (« L’impératrice de la soie » – 2005), ancien directeur du musée Guimet (Paris), est précieuse pour bien comprendre le fonctionnement de la Chine et l’intemporalité de la stratégie de la route de la soie. A ce titre la lecture des Rangaku [20], études développées par le Japon lors de ses contacts avec les Hollandais, ou plus simplement celle du roman d’Alessandro Baricco (1997) « Soie », auraient évité bien des mésaventures dans nos stratégies d’alliance avec les Japonais. De même celle d’Albert Camus (La Peste – 1947 ) ou de Thomas Mann (Mort à Venise - 1913) nous en apprend beaucoup plus sur la réalité d’une pandémie qu’un plateau TV avec des virologues… Je recommande souvent la lecture de Dostoïevski, de Tolstoï ou de Tchekhov pour bien comprendre la relation très particulière et fusionnelle qui existe entre le Tsar de toutes les Russies et les Russes, leurs relations avec l’orthodoxie, la sensibilité de « l’âme russe », la réalité du patriotisme russe… La connaissance des grands auteurs et artistes russes aurait de nouveau évité des analyses erronées sur la Russie de Vladimir Poutine… Il faut avoir cette obsession du « temps long » pour bien saisir ce qui est « actuel ». Comme l’a écrit Alexandre Soljenitsyne « Hélas, ils sont lents les fleuves de l’histoire… [21] » .

Il faut aussi privilégier l’apprentissage des langues étrangères, et pas uniquement l’anglais comme langue véhiculaire des affaires et des échanges sur les plans techniques et scientifiques. L’apprentissage des langues est la meilleure école qui soit pour s’ouvrir aux dimensions civilisationnelles et aux grammaires qui prévalent pour chaque culture. Il est fondamental pour consolider tout apprentissage de la géopolitique. Apprentissage qui peut humblement se poursuivre durant toute une existence. Avant de prétendre négocier avec quiconque il faut se mettre dans son imaginaire et se projeter dans sa pensée. Il faut comprendre ce qui fait sens pour lui. C’est sans aucun doute l’exercice le plus difficile qui soit, mais aussi le plus enthousiasmant quand on y a pris goût et qu’on en connait les effets sur le terrain. Nos diplomates polyglottes seraient surement nos meilleurs ambassadeurs sur ce registre.

Nos académiciens, amateurs de belles lettres, le seraient aussi sans aucun doute. Jacqueline de Romilly l’a écrit maintes fois avec beaucoup de saveur [22], l’apprentissage du grec ancien offre des clés pour mieux décrypter des univers insoupçonnés en matière géopolitique. Il y a bien entendu celui des univers sémitiques que nous connaissons sur la Méditerranée orientale, mais il y a aussi toutes les racines de la chrétienté avec toutes ses variantes latines, orthodoxes, réformistes et ses interfaces avec les mondes juifs et musulmans, sans oublier l’épopée de l’empire byzantin et des mondes cyrilliques qui ont marqué pendant 1000 ans l’histoire de l’Europe pour déboucher sur l’émergence de la Russie, troisième Rome. Et pourtant le grec est perçu comme un apprentissage « ringard » pour quelques khâgneux, forcément poussiéreux, alors qu’il est à la racine de toutes nos postures diplomatiques. C’est ce que Graham Allison vient de démontrer dans son dernier ouvrage consacré à l’affrontement entre l’Amérique et la Chine qu’il qualifie de « piège de Thucydide  » [23]. La Grèce , toujours la Grèce pour les puristes… !

L’apprentissage des langues mortes et anciennes sont en effet très surprenantes en termes d’enseignements et les latinistes pourraient aussi revendiquer leur place dans les réflexions géopolitiques. … A ce titre les textes de Tite-Live, de Polybe et ceux de Flavius Josephe [24] sont d’un enseignement époustouflant sur le fonctionnement d’un empire [25] et d’une actualité étonnante quand on superpose leurs écrits avec les postures des Etats-Unis sur le Proche-Orient et sur la Méditerranée. Il ne faut pas s’étonner si les grands think-tanks de Pensylvania Avenue ou la Georgetown University à Washington, à l’instar d’Oxford et de Cambridge, recrutent nos meilleurs historiens de l’Antiquité pour revisiter la gouvernance de l’empire romain afin d’en transposer les leçons sur leur propre projet impérial [26]. Et pourtant nos chroniqueurs prennent les politiques et diplomates américains pour des ignares sur le plan international… Ce type d’exercice ne serait pas inutile pour repenser l’avenir de l’Europe dont les racines gréco-latines et judéo-chrétiennes constituent des bases incontournables de son destin collectif [27]. Les russes, les chinois, les turcs font exactement la même chose actuellement. Ils étudient dans le détail ce que furent les forces et les faiblesses de leurs cheminements historiques et civilisationnels afin de pouvoir renouer avec leurs propres rêves d’Empire et construire ainsi leurs projections de domination dans le futur.

Enfin il ne faut plus avoir peur de recruter dans nos organisations des « lettrés » formés à ces disciplines littéraires et sciences humaines. Ils peuvent apporter dans les comités de direction, parmi les équipes de diplomates des approches décalées, transverses où les espace-temps et les combinaisons d’acteurs seront intégrées et analysés avec plus de subtilité qu’un tableau Excel qui ne veut plus rien dire quand il est confronté aux subtilités locales et encore plus au retour de la « realpolitik ». Ces profils doivent être formés au traitement du « signal faible » et aux démarches de l’intelligence intuitive assises sur un fond culturel dense. Il faut aussi les former aux techniques de subversion, de « déception », de manipulation, de ruses qui sont utilisées par les uns et par les autres afin qu’ils puissent décrypter les logiques de désinformation qui sont de plus en plus pratiquées pour moduler les contenus selon les intérêts des pouvoirs ou des lobbies. Il faut aussi les éduquer aux subtilités du « voyage » où l’on prend le temps de rentrer dans la profondeur de « l’âme des peuples » [28].

... la naïveté n’est pas une qualité requise quand on traite ce type de sujets. Le cynisme non plus…

De même, Il convient de les former à l’identification des écoles de pensée stratégique pour repérer rapidement à quel « club » appartient tel ou tel porte-parole, analyste ou expert en géopolitique, sachant que pour se faire une idée à peu près objective sur une situation il faut accepter de lire un maximum d’analyses de courants de pensée différents. Mais pour cela il faut bien connaitre en amont l’échiquier et les jeux d’acteurs, la naïveté n’est pas une qualité requise quand on traite ce type de sujets. Le cynisme non plus… Il faut cultiver la lucidité et la clairvoyance [29]. Les métabases générées par l’Intelligence Artificielle n’apporteront jamais la qualité de discernement d’un dirigeant capable de croiser en temps réel des dimensions historiques, géographiques, civilisationnelles, linguistiques, artistiques, juridiques, spirituelles et philosophiques.

Les plus belles pages d’histoire contemporaine auxquelles j’ai pu contribuer l’ont toujours été aux côtés de dirigeants très cultivés, rarement avec des grands technocrates. Ils ont toujours su mobiliser leurs équipes dans des moments cruciaux sur une comparaison avec la pensée d’un auteur ou sur un autre contexte historique. Ils les obligeaient ainsi à sortir de l’évènementiel, à se remettre sur le temps long et sur l’essentiel, afin de se projeter sur une posture plus audacieuse et forcément décalée. En revanche le nombre de cas qui se sont révélés désastreux, parce que nos dirigeants étaient submergés de certitudes et d’idéologies, sont malheureusement beaucoup plus fréquents et nombreux. Comme l’écrivait le poète René Char, face aux évènements il faut savoir « Agir de façon primitive et penser de façon stratégique ! ». Toujours ce « sens du terrain et de l’essentiel » qui fait la différence [30] !

*

En conclusion, certes le niveau a baissé et nos dirigeants n’ont plus la culture générale qui permet de se situer parmi les grands cercles de décision au niveau mondial. Ceux qui en douteraient devraient se demander pourquoi les Français ne sont plus systématiquement conviés dans les grands cénacles de réflexion au niveau international. Je ne parle pas forcément de ceux comme Davos qui sont devenus des forums marketing de communication politique, mais des cercles d’influence où se réfléchit discrètement l’histoire de demain… La situation n’est pas encore totalement irréversible. Nous pouvons encore nous ressaisir et faire de ce sujet une cause nationale, une priorité en termes de formation et d’enseignement. Dans le cas inverse il ne faudra pas gémir et se lamenter sur le déclassement de la France [31]. Ce que nous constatons sur les plans scientifiques et mathématiques au niveau des grands classements mondiaux des écoles et universités [32] n’est entre autres que la résultante de la perte des fondamentaux en termes d’acquis et de la faiblesse de l’apprentissage des racines en termes de culture générale.

L’apprentissage et la maitrise de la géopolitique, quoi que l’on dise et quelle que soit la performance des moteurs de recherche sur Internet, reste et demeure l’apanage de la culture générale et de ceux que les anciens appelaient « les lettrés ». Elle suppose des bases ainsi que des méthodes de travail et de discernement qui ne s’improvisent pas et qu’il faut réhabiliter sur le plan de l’enseignement et de la formation continue ! La géopolitique ne peut pas se réduire non plus à des cursus d’experts avec des formations doctorantes. Elle doit devenir une véritable discipline intellectuelle qu’il faut développer dès le secondaire, un véritable cursus universitaire avec l’émergence d’une large « école française » qui fasse autorité et un état d’esprit sur le modèle des britanniques qui reste la référence.

Il faut désormais permettre à tout responsable du public comme du privé de comprendre les subtilités de la vie internationale et d’être en mesure de prendre les meilleures décisions par rapport aux réalités à traiter, sans pour autant être un « expert ». Les anglo-saxons parlent d’une seconde nature car il y a toujours un diplomate caché dans chaque marchand anglais… C’est avant tout une « éducation » au sein de la « Couronne » et c’est ce qui a toujours fait la force et la singularité de la diplomatie anglo-saxonne depuis deux siècles. Et n’oublions jamais, comme l’écrivait le géographe Yves Lacoste, que « l’analyse géopolitique est aussi un moyen de conjurer des guerres ou de trouver une solution à certains conflits [33] » ! Cela peut être aussi utile dans un monde qui n’est pas que marchand mais qui devient de plus en plus complexe et forcément instable voire dangereux…

Manuscrit clos le 19 août 2020
Copyright Septembre 2020-Guilhou/Diploweb.com


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[1Cf. https://renaudgirard.com/ - lire l’article du 9 juin 2020 « Négocier dans un monde néo-bismarckien » https://renaudgirard.com/2020/06/09/negocier-dans-un-monde-neo-bismarckien/

[2Cf. article de Laurent Laigneau 3 mai 2020 « La DGSE déplore la faiblesse du niveau des candidats à certains de ses concours ouverts aux civils  »
« http://www.opex360.com/2020/05/03/la-dgse-deplore-la-faiblesse-du-niveau-des-candidats-a-certains-de-ses-concours-ouverts-aux-civils/

[3NDLR : A compter de septembre 2020, le nouveau programme d’Histoire-Géographie Géopolitique et Science Politique de Terminale générale aborde le traité de Westphalie dans le thème II, axe 2.

[4Cf l’interview de Matthew Crawford « Le précautionnisme, refus de tout risque de la vie, connaît un moment de triomphe » dans le Figaro du 26 mai - https://www.lefigaro.fr/vox/monde/matthew-crawford-le-precautionnisme-refus-de-tout-risque-de-la-vie-connait-un-moment-de-triomphe-20200526

[5Pour suivre les comptages faits au niveau mondial : https://coronavirus.jhu.edu/map.html Au 17 juin 2020 la France compte 30 000 décès sur un total mondial de 440 000 décès soit 7% des chiffrages officiels . Rapporté à la mortalité annuelle que nous connaissons sur le plan démographique en France (soit 610 000 décès, ce qui pour une population de 67 millions correspond à un taux de mortalité de 0,91%) la surmortalité du Covid 19 est actuellement de l’ordre de 4,9% ce qui ferait passer notre taux de mortalité à 0,950%. Au niveau mondial la mortalité annuelle est d’environ 6 millions de personnes sur une population de 7,8 milliards d’habitants, le Covid 19 aurait généré une surmortalité de l’ordre de 7,3%.

[6Cf Jean François Deniau « Mémoire de 7 vies » , Plon 1994.

[7Cf Albert Londres, Florent Guillain, Pierre Shoendoerffer, et Patrick Chauvel « Rapporteur de guerre » , éditions j’ai lu 2011.

[8Cf. Jean Christophe Ruffin « L’Abyssin », Gallimard 1997- « Retour à Ispahan », Gallimard 1998 - « Check point », Gallimard 2015.

[9Cf. Xavier Guilhou – Diploweb, 22 avril 2020 « Coronavirus – Quel déconfinement géostratégique ? » https://www.diploweb.com/Coronavirus-Quel-deconfinement-geostrategique.html

[10Cf. Xavier Guilhou – revue Conflits numéro 27 « Coronavirus : Fin de modèle et nouvelle donne » 18 mai 2020 https://www.revueconflits.com/coronavirus-changement-de-modele-xavier-guilhou/

[12Cf. Marc Fumaroli « La Diplomatie de l’esprit, de Montaigne à La Fontaine », Hermann 1995 - « Quand l’Europe parlait français », Editions de Fallois 2001- « La République des Lettres », Gallimard 2015.

[13Cf. Jean Baptiste Noé « L’esprit de la géopolitique », revue Conflits 1er juin 2020. https://www.revueconflits.com/indopacifique-puissances-influences-abonne-jean-baptiste-noe/

[15Cf Masters de géopolitique à l’Institut français de géopolitique (Université Paris 8), à l’Université de Reims, à l’Université catholique de Paris, etc.

[16De surcroît, ces formations sont souvent externalisées, avec des bonheurs inégaux.

[17NDLR : Un général en activité ayant suivi la formation de l’Ecole de Guerre voici une dizaine d’années confiait voici peu : « Le monde devient de plus en plus complexe et la géopolitique de plus en plus nécessaire. Pourtant, l’enseignement géopolitique dispensé aux officiers stagiaires à l’Ecole de guerre se réduit drastiquement depuis quelques années. Quelle est la cohérence ? »

[18Cf. l’émission hebdomadaire sur RFI « Géopolitique, le débat »
http://www.rfi.fr/fr/podcasts/g%C3%A9opolitique-d%C3%A9bat/
Ou sur RTS « Géopolitis » https://pages.rts.ch/emissions/geopolitis/

[19Le site these.fr présente plus de 1000 thèses avec le mot clé Géopolitique http://www.theses.fr/fr/?q=Géopolitique+

[21Alexandre Soljenitsyne – « L’Archipel du Goulag », édition du seuil 1974.

[22Cf. Jacqueline de Romilly « Ecrits sur l’enseignement » de Fallois 1991 – « L’enseignement en détresse » Julliard 1984 – discours du 18 octobre 1994 pour le bicentenaire de l’Ecole Normale Supérieure http://www.academie-francaise.fr/le-rayonnement-des-humanites-lecole-normale

[23Cf. Graham Allison « Vers la guerre – l’Amérique et la Chine dans le piège de Thucydide » , éditions Odile Jacob - Fév. 2019.

[24Cf. Mireille Hadas-Lebel « Flavius Josephe, le juif de Rome » l’Histoire , déc. 1993. https://www.lhistoire.fr/flavius-jos%C3%A8phe-le-juif-de-rome

[25Cf. Gabriel Martinez Gros « Brève histoire des empires. Comment ils surgissent, comment ils s’effondrent ? » collection Points 2016 – Patrice Guennifrey et Rhierry Lentz « La fin des Empires » , Perrin 2016.

[26Cf. George Firedman intervention au Chicago Council on Global Affairs, 2015 « Europe destined for Conflict ? » https://www.youtube.com/watch?v=QeLu_yyz3tc - Edward Luttwak « La grande stratégie de l’empire byzantin », Odile Jacob 2010.

[27Cf. Fréderic Hurlet « Rome et l’Occident – Gouverner l’’Empire », P.U.F 2009 – Brun Patrice, Eric Dénécé « Renseignement et espionnage pendant l’Antiquité et le Moyen -Âge », Ellipses 2019.

[28Cf. Alexandre Dumas « Voyage en Russie  », Bartillat 1858 et « Voyage au Caucase », Bartillat 1859.
Voir aussi le festival des Etonnants voyageurs à Saint Malo https://www.etonnants-voyageurs.com/

[29Cf. Claude Martin « La diplomatie n’est pas un diner de gala » , éditions de l’Aube mars 2018 .

[30Cf. Gérard Chaliand « Pourquoi perd-on la guerre ? Un nouvel art occidental » , Odile Jacob 2016.
https://defishumanitaires.com/2019/04/23/entretien-avec-gerard-chaliand-que-nous-apprend-la-guerre-ou-comment-comprendre-les-conflits/

[31Cf. Réflexion de Pierre Vermeren « La crise sanitaire, révélateur du déclassement de la France », Le Figaro 19 avril 2020 https://www.lefigaro.fr/vox/societe/pierre-vermeren-la-crise-sanitaire-revelateur-du-declassement-de-la-france-20200419

[33Yves Lacoste – extraits des samedis de la Connaissance 6 décembre 2003.
Cf. Yves Lacoste « La géographie, la géopolitique et le raisonnement géographique », revue Hérodote 2012/ 3-4 (n) 146-147) , pages 14 à 44 https://www.cairn.info/revue-herodote-2012-3-page-14.htm

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