France. La géopolitique et le sacré
La cérémonie de l’installation du nouveau président de la République française

Par Gérard-François DUMONT, Samuel PRUVOT, le 17 mai 2017  Imprimer l'article  lecture optimisée  Télécharger l'article au format PDF

Recteur, Gérard-François Dumont est Professeur à l’Université de Paris-Sorbonne. Président de la revue Population & Avenir. Membre du Conseil scientifique du Centre géopolitique qui soutient le Diploweb.com. Samuel Pruvot, diplômé de l’Institut d’études politiques de Paris, rédacteur en chef à « Famille chrétienne ».

Voici une lecture géopolitique de l’installation d’E. Macron à la présidence de la République. Le recteur Gérard-François Dumont faisait partie des 400 invités à la cérémonie qui s’est déroulé le dimanche 14 mai 2017 dans la salle des fêtes de l’Elysée pour l’installation du nouveau président de la République française Emmanuel Macron. Il précise les caractéristiques de cette cérémonie et montre combien son objet est d’exercer des effets géopolitiques internes et externes. Propos recueillis par Samuel Pruvot.


Samuel Pruvot (S.P.) : Que retenez-vous du cadre de la passation des pouvoirs ?
Gérard-François Dumont (G.F.D.) :
Le premier symbole tient aux lieux mêmes où ce déroule cette cérémonie « d’installation », puisque c’est le terme qui figure sur le carton officiel d’invitation. En effet, la présidence de la République est d’abord symbolique par le lieu : sa localisation au centre de Paris, à coté de l’avenue la plus connue au monde, les Champs Elysées ; son histoire à la fois royale puisque ce palais naît pour la favorite de Louis XV, la marquise de Pompadour, et impériale, puisque Napoléon 1er, puis Napoléon III en firent leur résidence. On sait d’ailleurs que le symbole est si fort que le général Charles de Gaulle renonça à installer dans un autre lieu la présidence de la République, comme il l’avait envisagé en raison du caractère mal commode du palais pour la vie courante.

Les caractéristiques architecturales de l’Elysée sont également symboliques : un palais du XVIIIe siècle enserré dans une vaste cour qui semble avoir été faite pour accueillir ce large tapis rouge qui agrémente la réception des invités de marque. Un tapis rouge qui nous plonge aussi dans l’histoire puisque l’idée de couvrir ainsi le sol lors de cérémonies provient de l’Antiquité. Cet usage s’est tellement généralisé que, par exemple, le festival de Cannes est symbolisé par son tapis rouge qui fait entrer dans le septième art.

S.P. : Que pouvez-vous nous dire des autres invités ?
G.-F.D :
Il y avait les corps constitués, comme le Conseil constitutionnel, le Conseil d’État, les armées, l’Institut, la Cour des comptes, le Conseil supérieur de la magistrature ; les représentants syndicaux des entreprises comme des salariés ; les représentants des religions… Ce choix signifie bien qu’un État ne peut fonctionner uniquement grâce à un homme ou à une femme seuls. Dans cet ensemble d’environ quatre cents invités, il y avait un élément singulier dans notre République laïque : les quelques invités politiques (François Bayrou ; le maire de Lyon Gérard Colomb…) se trouvaient juste à côté des représentants des religions : le recteur de la mosquée de Paris, le pasteur représentant les protestants ou le nonce apostolique, doyen du corps diplomatique.

France. La géopolitique et le sacré
Installation d’Emmanuel Macron à la présidence de la République française le 14 mai 2017
Discours d’Emmanuel Macron dans la salle des fêtes de l’Elysée, 14 mai 2017. Crédit photographique : Gérard-François Dumont pour Diploweb.com

S.P. : La présidence de la République a-t-elle besoin de sacré voire d’un sacre ?
G.-F.D. :
La France, bien qu’ayant guillotiné un roi [1], conserve à travers le temps des habitudes monarchiques. Toute société a besoin de lieux et d’événements qui la symbolisent. La France ne déroge pas à cette règle, présente tout au long de l’histoire de l’humanité, tant dans des empires que dans des sociétés plus restreintes. L’empereur chinois vivait dans une extraordinaire cité interdite et le président du petit canton d’Uri, en Suisse centrale, qui a le rang de chef d’Etat, vit simplement mais sous le regard de la sculpture du héros de ce canton, Guillaume Tell, qui symbolise la liberté face à toutes les puissances extérieures qui voulaient ou voudraient la réduire.

Il n’y a pas de concorde sociale sans respect des uns pour les autres. Le sacré s’adresse à la fois à celui pour qui la cérémonie est organisée et aux Français.

S.P. : A quoi sert au juste ce cérémonial ?
G.-F.D. :
L’Elysée a besoin de sacré, c’est à-dire que le pouvoir doit être digne de respect. Mais ce respect doit, dans l’idéal, être comme les deux faces d’une pièce : respect du peuple au président légitimement élu, respect du président vis-à-vis de son peuple. Car il n’y a pas de concorde sociale sans respect des uns pour les autres. Le sacré s’adresse à la fois à celui pour qui la cérémonie est organisée et aux Français. La cérémonie a pour objectif de bien marquer le nouveau président de l’importance des fonctions qui lui échoient du fait de son élection : président de la République, chef de l’État et chef des armées. Par exemple, en tant que chef des armées, le Président a le pouvoir de demander à des Français de prendre le risque de perdre la vie dans l’intérêt du pays. La cérémonie veut signifier au nouveau Président que sa fonction appelle un comportement d’exception. Comme les Français l’ont constaté, il ne peut y avoir de président normal comme un candidat l’avait – à tort – déclaré.

S.P. : Que pouvez-vous dire de ces honneurs codés ?
G.-F.D. :
Les honneurs codés qui se déploient sous les ors de la République sont légitimes et donc nécessaires. Premièrement, ils marquent d’abord la fin d’une joute électorale et donc s’inscrivent dans le calendrier de la vie d’une nation. En deuxième lieu, ils installent officiellement le nouveau président sur le constat, établi par le Conseil constitutionnel, des résultats de l’élection présidentielle, résultat que tous les citoyens doivent accepter quel qu’ait été leur vote. En troisième lieu, ils informent le nouveau président qu’il est désormais le grand maître de l’ordre national de la Légion d’honneur, donc celui qui a le pouvoir de statuer en dernier ressort pour désigner les citoyens les plus méritants dans tous les domaines d’activité et ceux qui ont fait preuve de mérites distingués.

S.P. : Que pouvez-vous nous dire du collier de grand maître de l’ordre la Légion d’honneur ?
G.-F.D. :
Le grand chancelier a présenté au président de la république ce collier comme symbole de l’attribut associé à sa fonction. Ce collier comprend seize maillons, symbolisant seize différentes activités pouvant justifier la légion d’honneur. Au verso de chaque maillon, figure le nom du grand maître du septennat ou du quinquennat considéré. Alors que le nom de François Hollande figurait au dos du maillon précédent représentant une tête de cheval signifiant l’activité des blindés, le nom d’Emmanuel Macron est apposé au verso du maillon suivant représentant le dieu Mercure, soit le commerce et l’industrie. L’histoire n’est pas écrite, mais le choix décidé par le hasard, comme pour tous ses prédécesseurs, interroge.

Copyright 17 mai 2017-Dumont-Pruvot/Diploweb.com

[1NDLR : Louis XVI a été guillotiné le 21 janvier 1793.


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