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La Chine aujourd'hui, par l’ambassadeur honoraire des Pays-Bas Dr Anton G.O. Smitsendonk. Entretien avec Pierre Verluise
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Voici un entretien singulier. Commencé de visu à Paris, il s’est poursuivi grâce à Internet alors que l’ambassadeur A. Smitsendonk résidait en Chine. Connaissant ce pays depuis plus de vingt ans, il nous propose ici une formidable fresque de la Chine à l’aube du XXI e siècle. A la façon d’une conversation, le texte ci-après aborde de nombreux sujets : l’évolution économique et ses effets sur le cadre de vie, les élites contemporaines, les relations entre Chinois, le jeu diplomatique de Pékin, l’organisation de l’espace économique, la fonction de Hong Kong, les limites financières qui pèsent sur le développement. L’auteur donne même de judicieux conseils aux entreprises qui souhaiteraient s’installer en Chine.
De nationalité hollandaise, le Dr Anton G.O. Smitsendonk a eu l’amabilité de parler puis de rédiger ces échanges en français . Combien d’entre nous auraient été capables de le faire en hollandais ? Le texte initial a été corrigé par Sylvie Verluise. Les quelques fautes qui subsistent inévitablement ne retirent rien à l’intérêt de cet entretien singulier que nous vous livrons au terme de plusieurs mois de travail. |
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Biographie de l'auteur en bas de page. Mots clés - Key words: anton smitsendonk, géopolitique de l'asie, chine, évolution économique et ses effets sur le cadre de vie, élites chinoises contemporaines, relations entre Chinois, jeu diplomatique de Pékin, organisation de l’espace économique, fonction de Hong Kong, limites financières qui pèsent sur le développement chinois, conseils aux entreprises souhaitant investir en chine ou se dégager d'un conflit.
Voir une carte de la Chine dans son environnement stratégique
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Excellence, comment situer votre point de vue ?Depuis mon départ de la Chine en 1986, j’y retourne chaque année pour quelques semaines, ou même plusieurs mois, comme en 2004. Récemment nous avons pu ouvrir un petit bureau dans le centre de Pékin pour donner un appui aux entreprises européennes qui veulent engager quelques activités en Chine (1). Plus récemment encore nous avons eu la grande aventure de prendre en location pour plusieurs années une vieille résidence des temps manchou. La municipalité de Pékin a gracieusement restauré cette résidence type « si-he-yuanr » c’est-à-dire composées de quatre petits pavillons disposés autour d’une cour centrale. Pour ma famille, cette option fut hautement significative puisque mon épouse eut le Premier Zhou En Lai comme père adoptif, quand son père de commun accord avec le Premier Ministre chinois l’envoya en Chine pour établir un premier contact entre les deux pays au niveau personnel (2). Zhou En Lai voulait installer dans cette résidence un institut pour la préservation des vieilles demeures de Pékin et pour le maintien et l’enseignement des techniques s’ y référant. D’ailleurs, si nous n’avions pas pris cette résidence en location, l’immeuble aurait été détruit pour faire place à une station d’essence. Quelles évolutions observez-vous ?Depuis tant d’années j’ai pu observer beaucoup de bonnes choses. Cependant, je me rends aussi compte que la Chine a un passé tragique encore récent : les désastres de la nature, la guerre des Japonais, l’installation du Parti Communiste avec l’élimination des anciens propriétaires, le désastreux « grand bond en avant » dans les années 1950 et la Révolution culturelle des années 1960 et 1970. Les suites de ces désastres sont encore visibles dans l’âme chinoise.
L'ambassadeur honoraire des Pays-Bas Dr Anton G.O. Smitsendonk. Crédits: P. Verluise Durant ces dernières années, une grande partie de la vieille ville de Pékin a été détruite dans le désordre et sans nécessité. La perte de quartiers historiques pour construire une mauvaise copie moderne m’a profondément attristé. Le manque de respect pour sa propre histoire choque de nombreux Chinois, mais ils n’ont pas voix au chapitre. Le gouvernement et le parti ont décidé seuls ou plutôt ils ont négligé de décider quoi que ce soit. Ils ont laissé faire la spéculation, sans intervenir sauf dans de mauvaises affaires. Dans de pareils cas à l’amertume que l’on ressent il n’y a pas de meilleur remède que se lancer dans une action concrète. Vous comprenez alors que le fait de pouvoir prendre en location une vieille résidence est pour moi et pour les miens un bon remède pour retrouver la sérénité. La perte de valeurs pourrait-elle avoir des conséquences à long terme sur l’identité chinoise ? La question de savoir comment protéger l’identité culturelle d’un peuple est importante pour la Chine comme elle l’est pour nos peuples d’Europe. Peut-être avec son étendue géographique et son épaisseur historique le peuple chinois est-il moins en danger que nous autres Européens. Cependant on observe aujourd’hui une course folle à la consommation et un oubli des valeurs anciennes. Dans les discours officiels et dans les allocutions durant les dîners on entend très souvent les dirigeants du pays parler de l’identité chinoise, ou plus exactement de leur « te-se ». Cela se traduit par les « couleurs caractéristiques » de la Chine. « Couleurs » est moins profond, moins bien établi que l’idée d’« Identité » que nous utilisons en Europe. Identité va directement au fond de notre âme, et dans notre cas est plus ou moins ancrée transcendentalement dans la religion. « Couleurs » reste un peu à l’extérieur. Je trouve ces slogans de « te-se » dans la bouche des dirigeants chinois décevants. En vérité, ils n’ont aucun respect pour leurs « te-se » ou celle des autres peuples qui habitent la Chine, par exemple au Tibet. Indifférence qui certainement n’existait pas au temps de Mao ZeDong et de Zhou En Lai. Ils avaient une culture profonde et un certain respect pour les différences. Ce mot de « te-se » dans les propos officiels est vide de sens. Comment la vie quotidienne change-t-elle ?La vie évolue par le développement de la modernisation et de l’individualisme. Ce n’est plus la famille - la tribu - qui régit l’individu comme dans un passé lointain. Le Chinois d’aujourd’hui est aussi bien plus libre qu’il ne l’était voici vingt-cinq ans. Il n’est plus dirigé à chaque pas de sa vie par le Parti, son unité de production, l’école, l’usine, le bureau, ou par le comité de surveillance de la rue, en somme par le « danwei » dans toutes ses formes. Par le passé, on n’avait presque aucune sphère privée. On était membre, propriété de son « unité », de son « danwei » Cela diminue fortement. Même le Parti sait qu’il ne peut plus maîtriser tout en détail. Les entreprises doivent se dégager de beaucoup de leurs tâches anciennes si elles veulent devenir compétitives et survivre dans le climat de concurrence mondiale . Cela laisse plus d’espace à la personne individuelle. Ainsi, on remarque, au moins dans les villes, une certaine « gaîté de vivre ». On est encore tout neuf dans la course vers la consommation. On n’est pas blasé. On a encore tant à découvrir, à s’émerveiller. Mais le citoyen devient aussi plus individualiste, moins habité par le patriotisme. Il risque maintenant d’être asservi par le consumérisme. Auparavant, le citoyen chinois devait obéir à l’Empereur ou à son magistrat, puis au Parti dans la seconde moitié du siècle passé, maintenant il est aussi prêt à obéir inconditionnellement à la publicité diffusée par la télévision. Cela n’est pas un très beau progrès. Il y a un grand vide dans l’âme chinoise et les vieilles traditions - la lecture, la pratique de la calligraphie etc. - ne suffiront pas à la remplir. Le Bouddhisme en Chine est moins profond qu’en Thaïlande ou au Sri Lanka. Je crois que dans ce vide le Christianisme aura à apporter beaucoup à la Chine.
Pourriez-vous donner quelques exemples des pratiques actuelles de consommation ?
Voici quelques exemples. Peut-être les industriels s’y intéresseront parce qu’ils sont naturellement motivés par des études de marché. Récemment nous avons vu en Hollande la reprise de la manufacture de voitures à petite échelle, avec l’ancien nom de « Spijker », entreprise qui a fleuri entre 1903 et 1925. Une voiture de ce type coûte 300 000 euros, soit dix fois le prix d’une autre voiture de luxe en Chine. Or, pour la relance de la « Spyker » le manufacturier a pensé à franchir lui-même la porte Deshengmen de Pékin où elle était passée il y a un siècle. Cela a bien marché. La voiture a été achetée par des nouveaux riches.
Autre exemple toujours lié à la voiture. Le sommet de l’ostentation avec une voiture de luxe est d’avoir aussi un numéro de registration avec beaucoup de chiffres huit (« ba ») ce qui indique la bonne fortune. On évite par contre surtout le chiffre 4 (« si ») qui en chinois veut dire la mort. Cela m’a procuré l’avantage de payer le prix minimum pour un nouveau numéro de téléphone portable parce que j’ai choisi un numéro avec trois chiffres quatre, trois fois la mort.
Les cérémonies de mariage sont de plus en plus chères et luxueuses. La photographie de l’épouse dans une longue robe blanche est de rigueur. Parfois elle est prise devant l’église de Saint Joseph dans ma rue « Wang Fu Jing », même si les époux ne sont nullement catholiques. Par le passé on se faisait photographier devant un portrait de Mao Ze Dong. Les mariages deviennent de plus en plus coûteux Les frais peuvent s’élever à trois milles dollars, ce qui en Chine est considérable. Dans l’ensemble de la Chine ces frais s’élèvent à 30 milliards de $ par an. Voila un beau marché ! Les maîtres de cérémonie pour les mariages se constituent dans une nouvelle catégorie professionnelle et ont forme un « Club de maîtres de cérémonie de mariage ». Les couples des années passées peuvent maintenant aller à la « recherche du temps perdu ». Par exemple, si voici vingt ans on avait manqué l’occasion de faire une belle photographie de mariage, on la fait maintenant avec des vêtements loués pour cette occasion dans les multiples studios qui se spécialisent dans cet art. Les époux sont naturellement un peu retouchés pour retrouver leur jeunesse.
D’autres exemples de la consommation nouvelle en Chine ?
Des phénomènes inconnus par le passé comme l’obésité apparaissent comme aux Etats-Unis et en Europe.
Pas mal de gens s‘achètent un petit chien même si cela coûte des frais d’enregistrement de rmb 5000 (environs euros 500) et deux milles rmb par an.
Jetons aussi un regard aux grands magasins, comme le magasin « Bai Huo Da Lou » dont je peux voir le grand immeuble de couleur brune de ma fenêtre. Avec ses 50 ans il est avec l’église catholique de Saint Joseph qui a trois siècles le plus vieil immeuble sur la rue Wang Fujing rénové ces dernières années. Quant à moi je trouve l’intérieur de ce Bai Hua Da Lou, « Grand magasin de Cent Choses », moins intéressant qu’auparavant. Maintenant c’est une « department store » comme il y en a partout dans le monde, centré sur la mode, les articles de beauté féminine et rien ne se vend si ce n’est pas « de la marque ».
J’ai connu ce genre de grands magasins autrefois. La variété était alors bien plus grande. Il y avait vraiment « cent choses » et non comme aujourd’hui « vingt choses » multipliées par le nombre de marques. J’ai pu visiter ce type de grand magasin à Pékin mais aussi a Tianjin, Datong, Shanghai, Wuhan et autres endroits en Chine était vraiment un magasin universel. Si durant la nuit vous formiez le plan courageux de commencer une entreprise avec une petite usine, vous pouviez trouver dans un tel magasin presque tous les outils et machines dont vous auriez eu besoin. C’est du passé.
Quels changements constatez-vous dans les transports ?
Le transport a aussi ses modes de consommation qui changent. Il existe un grand nombre de moyens de transport en commun. Pékin a même un métro de bonne qualité. La bicyclette a encore une place prépondérante, mais l’automobile envahit le terrain et rend la vie des cyclistes moins confortable. La priorité accordée à l’automobile dans le système économique et dans la hiérarchie des valeurs, est-elle un choix astucieux ? On commence à en douter. Le bureau de consultation KPMG exprime déjà des doutes concernant le volume et la profitabilité de l’investissement énorme fait dans ce secteur. Malheureusement, une voiture une fois produite ne disparaît pas mais gêne la circulation, génère la pollution, accroît le déficit du à l’importation du pétrole. En somme, je crois que cette aventure est un nouvel exemple d’une certaine vanité chinoise. Dans la presse, on vante déjà la fin de « l’ère de la bicyclette » et la venue du « règne de l’automobile ». Le nouveau roi me semble un Tyran néfaste et la Chine fait un choix contraire à ceux d’autres pays. Aux Pays Bas, par exemple le Ministère des Affaires Etrangères a aboli voici quelques années le garage qui était disponible pour les fonctionnaires venant au bureau en voiture. Il donne maintenant une prime à ceux qui viennent au travail en bicyclette. On a même installé des bicyclettes à usage commun. Si un fonctionnaire du Ministère doit se déplacer en ville pour visiter un autre Ministère, une ambassade, ou pour suivre les délibérations au Parlement, il peut prendre une bicyclette à usage commun. Quel contraste ! En Chine, on a vu la voiture comme une machine pour se déplacer mais aussi une machine à produire de la croissance. Mais actuellement, il faut freiner la croissance et la Chine n’a plus besoin de ce stimulant. Je me demande combien des centaines d’usines de voitures seront encore en vie dans quelques années. J’ai parfois la chance d’échanger quelques mots avec les chauffeurs de taxi. Ils ont la vie dure. Actuellement ils paient par mois 4200 rmb au propriétaire tandis que celui-ci ne paie au gouvernement que 930 rmb. L’augmentation du prix du pétrole leur cause des difficultés. Ils m’ont signalé une adaptation astucieuse à la nouvelle situation qui consiste à ne plus circuler à vide dans la ville. Ils préfèrent attendre dans de longues files devant les hôtels. De cette manière ils consomment moins de pétrole. Astucieux pour eux, mais pas plaisant pour ceux qui cherchent un taxi dans les rues. Les chauffeurs ont encore un autre problème. La Chine compte un nombre important d’accidents automobiles mortels. L’Etat a donc introduit de nouvelles lois qui responsabilisent le chauffeur en cas d’accident avec un piéton, même si le chauffeur n’a pas fait d’erreur. Si l’accidenté décède, la condamnation peut s’élever jusqu’à 28 000 $ dont les assurances ne prennent en charge qu’une partie. Quelles sont les autres manières de montrer son enrichissement ? On remarque actuellement beaucoup plus de grossesses qu’auparavant. Serait-ce encore une autre manière d’exhiber sa richesse ? De cette manière on peut montrer qu’on est capable de payer les contraventions qui pénalisent les grossesses répétées, contraire à la politique de l’enfant unique. Un secteur de consommation qui fleurit bien est le livre. Les magasins de livres sont toujours fortement fréquentés. Les Chinois sont encore curieux et pas blasés. Ils gardent une certaine joie de vivre dont le goût de lire est une preuve. Ce matin encore j’ai vu une centaine de jeunes gens assis sur les marches qui mènent au grand magasin de livres dans la rue Wang Fu Jing. Ils attendaient l’heure d’ouverture du magasin. Ce qui est aussi enrichissant est que le peuple chinois voyage beaucoup plus qu’autrefois. Les gens simples ont toujours voyagé en Chine dans les grandes occasions de fêtes traditionnelles, pour retrouver les parents et le village. C’était déjà de grands voyages étant donné les dimensions de la Chine. Mais aujourd’hui c’est un autre style de voyage, plus touristique. On voit devant mon bureau à Wang Fu Jing des milliers de touristes Chinois venus de partout en Chine. En plus petit nombre, mais en nombre croissant, on voit les groupes de Chinois atterrir à Paris, à Amsterdam, Londres, et naturellement en Amérique ou beaucoup de familles ont leurs enfants, autre signe de bien-être et …de prudence. Contraire à ce qui semblait impossible il y a vingt ans, les « rickshaws » sont de retour dans les rues, notamment en fin de journée, pas avec des coureurs à pied, tirés par un tricycle. A cet égard la Chine est sans complexes. Je me rappelle que l’Indonésie sur conseil de la Banque Mondiale a jeté des milliers de tricycles dans la mer de Tandjong Priok, ce moyen de transport étant jugé contraire à la dignité humaine. Pas en Chine. Que reste-t-il des anciennes coutumes ?Avec la disparition de leurs anciennes maisons et leur relogement dans de lointaines périphéries, les Chinois ont perdu quelques usages et coutumes. Si l’on voit encore les cerfs-volants manipulés par des garçons ou par des adultes, on ne remarque plus dans le ciel de Pékin les colombes qui portaient un petit sifflet à leurs pattes et qui en volant en équipes au-dessus Pékin produisaient un son enchanteur. Ces vols de colombes sonorisées donnaient une dimension verticale à Pékin. Ce son unissant la ville est perdu comme s’est perdu plus tôt le son de la cloche battue dans la tour Zhong Lou ou le grand tambour dans « Gu Lou ».
Ancienne armoire chinoise. Crédits: P. Verluise Les vieillards avec leurs cages d’oiseaux ont eux aussi cédé la place à la circulation frénétique. Les chanteurs d’opéra pékinois trouvent toujours des parcs publics à leur disposition. Sur quelques places publiques, on danse encore des danses de salon avec une élégance remarquable. Le peuple du vieux Pékin ne fut pas très content de la destruction de son habitat même si les conditions de vie liées au surpeuplement de ces quartiers n’étaient plus depuis déjà longtemps à la hauteur d’une vie confortable. Parfois j’ai vu l’inscription « zhengfu darou renmin », « le gouvernement dérange le peuple », écrit à la chaux avec de grandes lettres sur les murs des maisons vouées à la destruction. Cette destruction était-elle nécessaire ? Aurait-on pu faire autrement ? Il est difficile d’y répondre. Les autorités n’ont pas eu le talent d’envisager un ensemble de mesures pour cela, et sont vites tombées devant le veau d’or du capital étranger et l’argent facile à gagner dans ce soi-disant « développement ». La situation a totalement échappé aux mains des autorités. Ils ont cédé leur place aux bâtisseurs, aux spéculateurs, qui construisent des bâtiments énormes de peu de valeur architecturale. La mort du vieux Pékin montre aussi le bas niveau culturel des dirigeants depuis la disparition de Zhou En Lai. Je reconnais bien la difficulté d’une telle tâche de conservation. Ce n’était pas une tâche que l’on pouvait entreprendre avec une administration simple et peu intégrée. Pour réunir toutes les conditions nécessaires il aurait fallu un empereur ou un homme comme Mao Ze Dong ou Zhou En Lai. Pour commencer, on aurait été obligé d'éloigner les 3/4 de la population des vieilles maisons population qui aurait été un obstacle à la rénovation. Sur quelle base ? Par loterie ? Par ancienneté de titres ? Difficile pour un gouvernement communiste. Par attirance pour une nouvelle ville hors de Pékin ? Véritable projet d’urbaniste pour lequel manquaient à la fois les moyens et les talents. On aurait du aussi donner des primes et encouragements aux architectes qui auraient trouvé des moyens pratiques pour renouveler les anciennes demeures. Donc des tâches importantes pour les ministres des Finances, de l’Industrie, de l’Education et des universités. Il fallait aussi éduquer la population restant dans le centre à faire elle-même des réparations. Ce qui n’a jamais été fait. La ville de Pékin jusque récemment n’avait pas de magasins de bricolage. On aurait du prendre des mesures financières pour rendre la restauration possible. On aurait une population très modeste vivant dans des quartiers de Pékin au-dessus de son vrai niveau de vie. Ces résidences une fois restaurées dans le vrai centre d’une agglomération de 14 millions d’habitants, capitale d’une grande nation qui reprend sa place dans le monde, auraient naturellement attiré les millionnaires, les artistes du cinéma, les grandes figures de l’industrie. A la fin le menu peuple provisoirement resté serait donc probablement parti mais avec la plus value de la vente de sa maison. Ce que j’aurais aimé aurait donc été possible mais pas sans problèmes. Ce que je regrette c’est que toute cette matière a échappe aux autorités, qui l’ont traité avec nonchalance. Que reste-t-il de l’ancienne sobriété ? On voit que dans la vie quotidienne le peuple chinois – sauf quelques exceptions – demeure parcimonieux. Il reste prudent de ne pas jeter quelque chose qui peut encore servir. Souvent dans les rues on voit de petits chariots sur lesquels des hommes transportent des cartons et autres sortes d’emballage. Les dix ouvriers qui sont en train de restaurer le si-he-yuan que nous comptons louer ont démoli toutes les structures internes d’un bureau qui se trouvait là et ont entassé soigneusement les pièces de bois et de métal et les cordes électriques pouvant être réutilisées. Les banquiers de la Chine et du monde connaissent la sobriété du peuple chinois. On épargne encore une grande partie de ses gains, même s’ils sont maigres. Il ne s’agit plus de plus placer ces épargnes dans les banques d’Etat souvent mal gérées, mais plutôt de les investir dans de nouvelles techniques pour rendre le marché financier plus riche et résoudre les problèmes d’épargne pour la retraite de la génération présente. La Chine vieillit et on prévoit que les enfants uniques nés de la politique des naissances devront prendre charge seul leurs parents et parfois leurs grands-parents. Que penser de l’indicateur de développement humain chinois ?Le peuple chinois est généralement patient et tranquille sauf dans les rares occasions où le gouvernement l’incite à de folles entreprises comme la Révolution Culturelle. Quelques exceptions majeures : les ouvriers migrants sous-payés, les retraites parfois impayés, les paysans délaissés et imposés… provoquent un mécontentement. Les Chinois ont toujours vécu sous des maîtres durs. Le peuple chinois est-il content ? L’UNDP cherche à le savoir avec son indicateur de développement humain (IDH). Ce n’est naturellement pas présenté comme un calcul complet et comparatif de la félicité humaine mais l’énumération est quand même intéressante. Voici les rangs : Norvège 1, Suède 2, Australie 3, Canada 4, Pays-Bas 5, Etats-Unis 8, France 16, Allemagne 19 et Chine : 94. Elle est suivie d’autres pays encore moins “humainement développés” comme l’Indonésie (114e). Pour arriver à cette énumération l’UNDP cherche à rendre compte de plusieurs facteurs comme la durée de la vie, le niveau de l’éducation… Mais pour beaucoup de domaines du bien-être, cet effort de calcul reste stérile. Un village indonésien peut être très pauvre, mais s’il a un bon « dalang », c’est à dire un conteur d’histoire manipulateur des poupées, la communauté du village pourra trouver des explications et un moment d’intégration heureuse durant les nuits de “wayang”. Pour la Chine, que nous apprend ce classement de l’UNDP ? Quand on se promène dans la rue centrale de Pékin Wang-Fu-Jing on se croirait plutôt au rang des 20 premières nations, à Milan ou Amsterdam. Cependant le 94e rang révèle qu’à part les endroits fortunés il y a en Chine encore de vastes régions où vit une énorme masse pauvre qui tire l’IDH vers le bas. Comment la politique de l’enfant unique influence-t-elle la vie des couples ?La question de l’enfant unique permis a naturellement une influence majeure sur la vie des couples chinois. J’en obtint la confirmation récemment lors d’un dîner très sympathique à Chengdu quand notre hôte n’a pas voulu boire du vin. Je lui en ai demandé la raison. Sa réponse fut : « parce que nous pensons avoir un enfant au mois de décembre ». D’abord je pensais que c’était par solidarité avec sa femme déjà enceinte, mais je me trompais. L’épouse n’était pas encore enceinte. Le futur père, « longa manu », se préparait physiquement et mentalement pour le moment prévu au mois de décembre. Ce qui dans d’autres pays est une décision prise parfois plusieurs fois est en Chine une décision unique dans la vie des couples. Unique et donc d’autant plus précieuse. Comment les élites vivent-elles ?Quel a été le sort des élites en Chine ? Pour moi, un vieux monsieur qui passe ses matinées à faire de la calligraphie avec une grande brosse trempée dans l’eau à peine colorée et parfaitement effaçable sur les toiles lisses d’une place publique fait partie d’une élite. De même le paysan qui, le soir, lit le « Roman des Trois Royaumes ». De tels personnages appartiennent à l’élite véritable. C’est une élite un peu dans la suite de Lao Tze. Je crois que ce modèle n’a pas encore perdu sa validité dans la Chine contemporaine. (Lire A. Viatteau pour la distinction entre l'élite et les élites)En ce qui concerne l’élite d’autorité, l’élite liée aux cercles du pouvoir donc dans la droite ligne de Confucius, ils furent nécessairement, voici trente ans des dirigeants communistes ou des fonctionnaires cooptés par eux, des généraux, des anciens ministres. Ils vivaient et ils vivent encore bien, sans ostentation mais avec beaucoup privilèges inhérents à leur fonction, en plus de leurs émoluments pécuniaires : voiture avec chauffeur à disposition, soldats montant la garde devant leur porte, réceptions, information privilégiée venant du centre du Parti que l’on ne donne pas aux autres, par écrit ou par messager personnel…Et d’excellents soins médicaux, parce que la Chine tient ses vieux dirigeants en vie avec le plus grand succès du monde. C’est à son honneur que l’on puisse dire que les pratiques d’euthanasie n’ont pas cours en Chine. Tous ces avantages sont donnés et acceptés avec une certaine sobriété. Voila un groupe d’élites bien déterminé.En revanche, notre temps produit aussi en Chine des hommes qu’on hésite à appeler des « élites » et que l’on devrait appeler simplement des « richards ». Peut-être sont-ils intelligents à leur manière, mais cela est-il suffisant pour appartenir à l’élite ? Beaucoup de ces richards se laissent aller à l’ostentation, avec des voitures de marque, des villas de style postmoderne. En Chine, le nombre des millionnaires en dollars est estimé à 235 000. Ils s’offrent parfois des repas très coûteux, avec des feuilles d’or sur la tarte…Nous connaissons de nombreuses personnes des cercles dirigeants chinois dont les enfants disposent d’un double passeport américain ou canadien. Cela facilite leurs déplacements et les « affaires ». Cela leur procure aussi une certaine sécurité, au cas où le régime ou la fortune de la famille changerait.Par élite, j’entends aussi les excellents hommes et femmes qui font de leur mieux pour améliorer la qualité de vie de leur pays, qui construisent des entreprises utiles en pensant aussi au sort des pauvres.J’inclus aussi dans la notion d’élite les étrangers qui vivent à Pékin en tant qu’ « experts » invités. Parfois le gouvernement après un certain temps oublie de leur demander leurs services. Mais ils sont depuis la prise de pouvoir en 1949 bien traités, avec des réceptions annuelles. On peut dire que la Chine a connu tôt cette idée d’élites étrangères vivant auprès d’elle comme les pères jésuites au temps de Matteo Ricci. De même comme Leonard de Vinci fut dans l’élite de la cour de France et les peintres hollandais à Rome.Il ne faut pas oublier dans les élites les jeunes qui se préparent à conquérir le monde économique et technologique. Il y a plus de 200 000 cafés Internet en Chine, souvent encore mal éclairés et peu protégés contres les risques d’incendies. Le gouvernement cherche à les regrouper en cent chaînes dans l’optique de les améliorer. Sous peu le « broad-band » sera disponible dans des millions d’appartements.N’oublions pas non plus qu’une partie de l’élite chinoise se trouve en prison. Je pense à quelques évêques de l’Eglise catholique.Egalement à compter parmi les vraies élites quelques avocats qui se trouvent boycottés par la pression du gouvernement. Ils sont abandonnés par leur clientèle à cause de leur courage à défendre la cause des paysans dépossédés. Le modèle du citoyen ou fonctionnaire disposé à approcher l’empereur à ses risques et périls pour recevoir finalement une remontrance n’est pas inconnu dans l’histoire. Il existe toujours.Comment les autorités du pays appréhendent-elles les élites ? Le Président Jiang Zemin a lancé son idée des « trois représentativités » comme un effort nécessaire pour élargir et consolider le pouvoir du Parti Communiste. On pourrait dire qu’il reprend à sa manière ce que Stendhal a dit de la nécessité de « refonder la caste au goût du temps ».Pour éviter que les mouvements de modernisation n’échappent totalement au Parti communiste, il a propose que les entrepreneurs, les capitalistes, et « les forces productives de la nation » puissent être qualifiées pour entrer au Parti Communiste. Qu’ils entrent ou non, c’est toujours le Parti qui se targue de les représenter. Le Parti dit au fond « Je vous représente, que vous le vouliez ou non. Hors du Parti, ne comptez sur aucune autre forme de représentation ».Ce n’est donc pas une véritable ouverture, mais c’est au moins la reconnaissance que hors du Parti d’ « autres forces productives » peuvent exister, avoir quelque chose à dire, pourvu que le Parti parle pour elles. C’est un signe que le Parti sent qu’il n’est pas autosuffisant, et donc qu’on a besoin d’autres « élites ». Il reste à voir si ce premier élargissement sera suffisant. Je pense que le véritable élargissement doit aller dans le sens de laisser plus de liberté à la « société civile », aux organisations non gouvernementales. Quand j’écris ONG, je ne veux pas dire "Gongo’s" - c'est-à-dire les ONG initiés ou maîtrisées par le Parti, un type de contradiction qui tente toujours le communisme. (En anglais GONGO’s vient de government owned ngo’s) .Les pensées de Jiang Zemin sont certainement inspirées par les réalités qu’il a observées. Par exemple dans un grand nombre de villes la charge de Maire a été confiée à un grand capitaine d’industrie ou de commerce, qui se voit alors promu homme d’affaires « à chapeau rouge » Cette appellation de chapeau rouge vient de la cour des empereurs où certains entrepreneurs ont reçu la dignité du « chapeau rouge ». Cette tendance de mêler le commerce et l’administration n’est d’ailleurs pas sans dangers. La nouvelle réflexion du Parti Communiste sur les « élites » coïncide avec une attention accrue pour le bien-être de la population pauvre décidée en novembre 2003lors du 16e Congrès du Parti. On veut promouvoir pour les pauvres le “Xiao Kang”, ou “bien-être modeste”. Ce mot est agréable comme expression et indique un certain retour à la mesure dans l’expression. Depuis lors, le Président Hu Jintao , le Premier Ministre Wen Jiabao et toute la classe dirigeante parlent fréquemment des paysans et des gens simples. Jamais je n’ai entendu tant parler des « lao-bai-xing », les « cent noms de famille », c’est-à-dire les gens simples du pays comme les derniers mois de l’année 2004. Cela a parfois une intonation de commisération.Comment se caractérisent les relations entre Chinois ? Ce qui frappe toujours c’est la massivité de la Chine dans l’espace et dans le temps. Cela veut dire qu’il y a une forte pression vers l’uniformité. Chacun doit s’adapter à ce que font les autres, par une discipline à la fois imposée et intériorisée. Cette habitude est renforcée par une prudence politique. L’homme seul, l’homme unique, a toujours eu une existence difficile en Chine. Cela ne veut pas dire qu’il n’y ait pas eu de héros non-conformistes. Mais ils ont dû le payer par la corde autour du cou. L’uniformité se maintient par la cruauté. Outre le poids de l’Histoire, il faut aussi penser au poids de la Nature. Les Chinois qui habitent un territoire ingrat, dur et cruel, ont par fatalité pris quelques traits de ce climat. Avec tout ce que l‘on peut louer et aimer de la Chine on ne chantera jamais de « la douce Chine » comme on peut chanter de la « douce France » A cause de la pénurie et des renversements politiques les Chinois sont entre eux généralement suspicieux. Les mêmes personnes que vous et moi rencontrons et avec qui nous avons un entretien charmant, peuvent se retourner les uns contre les autres avec une dureté remarquable. La culture chinoise, comme en témoigne l’ouvrage classique intitulé « Le roman des trois royaumes », est marquée à chaque page par les stratagèmes et les tromperies mutuelles. Les proverbes chinois sont souvent faits pour ridiculiser autrui, pour montrer qu’on est plus fort que l‘autre. On y trouve rarement une grande cordialité ou convivialité. La Révolution Culturelle a marqué une étape supplémentaire, brisant la confiance jusqu’au sein du foyer familial. De nombreuses trahisons ont laissé de terribles traces. On ne veut donc pas trop s’exposer.
L'ambassadeur honoraire des Pays-Bas Dr Anton G.O. Smitsendonk. Crédits: P. Verluise Nous avions ainsi à l’ambassade un ancien chauffeur qui conseillait aux autres Chinois de ne pas trop s’approcher des diplomates hollandais par crainte d’un retournement de la situation politique. Il est vrai que, pendant la Révolution Culturelle, un couple de Chinois travaillant dans une ambassade a trouvé la mort parce qu’il a été jugé trop proche de la direction de ce poste. Quelqu’un a remarqué avec justesse que la confiance est à la base du système capitaliste. Le manque de confiance ne facilitera pas une absorption rapide et correcte en Chine d’un vrai capitalisme dans son sens éthique et socialement responsable. En effet si la question de « gouvernance » se pose pour nous Occidentaux, elle est encore plus grave et urgente en Chine. Nous en avons parlé longuement durant une conférence de la Chambre de Commerce Internationale à Pékin en octobre 2004. Est-ce que ces remarques montrent qu’en fin de compte un étranger ne peut pas vivre agréablement parmi les Chinois ? Pas du tout. La question n’est pas là. On peut se trouver très à l'aise en Chine. C’est mon cas tant que j’ai mon passeport de diplomate hollandais. Si j’étais un Chinois parmi d’autres Chinois, je préférerai vivre à Paris ou au Canada, où les dirigeants envoient d’ailleurs leurs enfants… Que penser du développement économique présent ? Quel crédit accorder aux chiffres de croissance avancés par la Chine ? Il faut souvent corriger les chiffres à la hausse ou à la baisse, selon les cas. Par exemple, quand le gouvernement cherche à obtenir un taux élevé de croissance pour montrer que l’on fait de son mieux pour créer des emplois, les autorités subalternes sont très promptes à soumettre des comptes-rendus extrêmement optimistes. Quand, à l’inverse, c’est le moment de freiner la croissance soit pour éviter des pressions inflationnistes ou afin de résister aux pressions américaines pour une réévaluation du renminbi, c’est autre chose. La croissance réelle reste alors au-dessus de ce que le gouvernement central désire et au-dessus de ce que les autorités subalternes mettent dans leurs comptes-rendus. Dans l’industrie, encore majoritairement propriété d’Etat, ou dans les gouvernements locaux, la carrière des cadres dépend encore en large partie des grands projets que quelqu’un a entamé durant sa période de gestion. On ne se rend pas populaire en freinant. Le manque de chiffres exacts ne pose pas seulement un problème éthique mais aussi de nature technique. La Chine pourrait cependant gagner à une collaboration accrue avec l’Organisation de Coopération et de Développement Economique (OCDE) et ainsi développer de meilleures méthodes pour construire un appareil statistique crédible. Pour ma part je me rappelle la visite officielle du Premier Ministre Chinois Zhao ZiYang aux Pays Bas dans l’année 1984. J’ai pu accompagner le Premier Ministre durant toute sa visite et aussi dans une rencontre privée avec le Premier Ministre Lubbers. Monsieur Lubbers a commencé par demander : « Quel est le taux de croissance économique en Chine ? » Le Premier Ministre Zhao répondit : « A l’heure actuelle 24% par an ». Lubbers enchaîna alors : « C’est magnifique ; je vous en félicite » Mais le Premier Ministre Zhao avec une mine très peinée observa : « Pas du tout. C’est un grand problème, Nous n’arrivons pas à maîtriser cette croissance, et cela pourrait mettre en danger la stabilité de mon pays » En 2004, la Chine représente Chine 1/8e du volume de l’économie américaine. Cependant, sa consommation d’acier est le double de celle des Etats Unis. Elle consomme 7% du pétrole brut produit dans le monde et 30% de tout le minerais de fer produit dans le monde. Cependant, sa structure naturelle est extrêmement fragile avec seulement 10% de surface de terre arable, contre 40% aux Etats Unis. Dans l’enthousiasme général des décennies passées beaucoup d’entreprises se sont établies sans stratégie et sans une étude de marché adéquate. De sorte que, par exemple, l’usine d’acier Jiangsu Tienen doit fermer ses portes. La fermeture se solde par la perte de 400 hectares de terres arables et de milliers d’emplois. L’éclatement spatial de l’industrie lourde porte en lui-même une tendance à la surchauffe (China Daily – 14.10.04) et cause la perte de matières premières, et nuit à l’environnement. Pour ses besoins en énergie la Chine dépend encore pour 75% du charbon produit localement. Pour la Chine estime la consommation à 1, 2 milliards de tonnes par an. Ce charbon est utilisé selon des critères qui progressent mais restent encore largement à un stade primitif et donc nuisible à la santé et à la durabilité de la croissance. Des amis hollandais (ESI – Eurosilos) proposent actuellement à la Chine de meilleures méthodes de stockage du charbon pour éviter des gaspillages. La vérité dans les chiffres est un sujet assez important. Comment rendre compte de la dégradation de l’environnement induite par la croissance rapide du Produit Intérieur Brut (8% par an) ? L’environnement représente un capital considérable, dont par le passé, comme en Russie, les Chinois se sont peu préoccupés. Que signifie des chiffres élevés de croissance ? Ne devrait-on pas déduire un pourcentage pour la perte du capital de la nation en termes de milieu, santé, heures perdues de travail, d’absence etcetera ? C’est une considération importante. Quels pourcentages faut-il prendre en considération pour faire la déduction appropriée ? Le Professeur Dale Jorgensson de Harvard University pense que l’on devrait déduire au moins 5% et qu’en 2030 cette déduction pourrait s’élever à 15% si les choses continuent comme actuellement. Le professeur Vaclav Simil pense même à des pourcentages de déduction plus élevés, de 8 à 12%. Le gouvernement chinois et ses organes spécialisés comme le State Environment Protection Administration (SEPA) sont au courant et pleins de bonne volonté. Mais le groupe d’experts dans l’élaboration des programmes est restreint par rapport à l’étendue du pays et en comparaison avec d’autres pays. De plus, la formulation de lignes politiques ne suffit pas. Il faut encore les mettre en pratique. Or, les autorités locales ne collaborent pas toujours. La Chine reçoit et apprécie l’aide que lui donne les organisations internationales, les actions individuelles comme celles de la Grande Bretagne avec son DFID, de la France, des Pays Bas… mais tout cela doit encore trouver les connections qui ont jusqu’ici manqué dans les organismes centraux et avec les hommes de terrain. La Chine arrivera-t-elle à un calcul exact de son PNB ? C’est déjà difficile pour les Etats membres de l’OCDE. Cela le sera encore plus pour la Chine. Pour mieux gérer la pénurie d'éléments essentiels comme les matières premières, l’eau, l’air et l’environnement, la Chine veut utiliser des outils politiques nouveaux comme les mesures fiscales et le marché. Par exemple, pour l’électricité, la grande entreprise monopoliste d’Etat à été éclatée en cinq entreprises mises en concurrence. Dans une formation décentralisée l’industrie de l’électricité serait mieux en mesure de capter les signaux venant du marché local. On pourrait alors mieux adapter les tarifs à la situation locale et récompenser les entreprises qui se montrent responsables à l’égard de l’environnement. C’est astucieux et bien pensé. Cela montre qu’introduire la compétition n’est pas une invention des pays développés imposée aux nations pauvres, mais qu’elle peut vraiment être utile à tous. Dans le même ordre d’idée, fin 2004 le prix de l’eau à Beijing a été augmenté pour l’usage résidentiel par mètre cube de 2, 9 yuans à 3, 7 yuans. Cela incitera la population à prendre conscience de la pénurie d’eau. Le problème de l’eau est grave dans presque toute la Chine. Beaucoup de rivières sont sèches aujourd’hui. Pendant une partie de l’année, le grand Fleuve Jaune n’arrive même plus jusqu’à la mer. On estime qu’en 2010 l’air de Pékin ne sera plus respirable si les concentrations d’oxyde nitrique, carbone sulfure dioxyde continuent à augmenter. Les déserts à l’ouest de Pékin s’étendent chaque année de façon terrifiante. Dans les régions arides du nord et de l’ouest, on a permis trop facilement l’implantation et l’extension de cultures qui exigent de l’eau. Souvent, on a endigué et irrigué pour gagner de la terre arable. Cela semblait alors astucieux mais cela s’avère une vraie folie. Lors des crues, l’eau n’a plus la possibilité de se répandre et cause encore plus de désastres qu’il y a cinquante ans. En Europe, nous en avons parfois tiré les leçons. Même aux Pays-Bas, après des siècles de « domination » de la nature, (selon le proverbe mauvais : « Dieu a fait les autres mais les Hollandais ont fait leur propre pays ») nous voyons la nécessité de redonner à la nature sa liberté. Nous laissons aux fleuves plus d’espace. Même les marais sont maintenant appréciés comme des trésors de la nature. Pour la Chine, je peux citer un exemple des deux tendances, celle de la domination de la nature et celle de la réserve discrète. Deux empereurs différents ont eu une attitude différente. L’un voulait endiguer le Fleuve Jaune, l’autre le laisser libre. Le gouvernement chinois veut replanter une partie des terres agricoles en forêts. Dans les régions montagneuses l’agriculture est désormais défendue sur les collines jugées trop pentues. Ces collines seront semées avec de l’herbe pour mieux retenir le sol. Ce qui représente des opportunités pour les entrepreneurs européens. Je pense notamment aux cultivateurs d’herbe aux Pays-Bas, comme Barenburg. S’il le faut le gouvernement ne recule pas devant la nécessité de transférer des populations entières vers d’autres localités. On dit souvent que pour les pays développés et pour les pays en voie de développement la croissance de la Chine est hautement enviable. Que penser de ce sentiment ? Pas dans le sens où la Chine tirerait actuellement un bénéfice qui serait nié aux autres pays, et qui donc devrait nous rendre jaloux. La croissance de la Chine repose essentiellement sur les gains de productivité obtenus par le transfert de la production agraire vers de nouvelles initiatives, souvent accompagné du déplacement des paysans vers les villes. Cela se combine avec l’expansion de marchés dans de vastes régions qui végétaient dans une économie de subsistance. Or les pays développés ont déjà eu ces périodes. Donc les pays riches, ont déjà eu dans leur histoire un moment similaire. Nous n’avons pas de raison pour être jaloux de la Chine. Si nous comparons avec un pays en voie de développement, pensons à l’Inde. D’autres facteurs entrent alors en jeu. L’Inde n’a pas l'homogénéité de la Chine et n’a pas eu cette tradition de commande unifiée. Etant donné sa grande variété ethnique et religieuse l’Inde a besoin de structures bien plus décentralisées, plus souples, et en fin de compte plus besoin de démocratie. Est-ce que c’est un inconvénient par rapport à la Chine ? Je pense que la démocratie portera un jour ses fruits en Inde, mais ils seront différents des résultats que la Chine obtient par sa structure spécifique. Je crois donc que le cas de la Chine est bien compréhensible, et n’a pas de traits particulièrement « enviables ». Mais sa croissance est extraordinaire. Quel est le grand jeu de la Chine ? Quelles sont ses options pour le futur ? Parfois on me dit : « Regardez les merveilles économiques réalisées par le Parti Communiste, cette croissance économique extraordinaire ! » On peut répondre que, pour un pays qui vient de la pauvreté et qui a un tel réservoir de paysans susceptibles d’être transférés dans des secteurs de l’industrie une forte croissance est normale. Les Etats Unis et d’autres pays ayant eu cet avantage par le passé, c’est l’avantage du « nouvel arrivant ». En Chine, cela est en cours depuis longtemps et cela sera valable encore pendant peut-être vingt ans ou plus. Apres avoir résisté aux Japonais, ce qui représente déjà un grand succès, la Chine a établi en utilisant la manière forte une certaine solidarité parmi le peuple : soins médicaux, alphabétisation… Conserver l’unité du peuple dans un ensemble aussi grand n’est pas sans mérite. Cependant, ce régime a parfois gâché et gaspillé des énergies, notamment lors du "Grand Bond en Avant » et de la « Révolution Culturelle », avec des millions de victimes et des dégâts qui ne sont encore pas réparés. Plus proche de nous les 1980 furent marquées par l’ouverture : « dui wai kai feng, dui nei gao huo ». Est-ce que cela doit être compté comme un succès extraordinaire attribuable à la bonne gestion du Parti Communiste ? On serait tenté de dire : plutôt une simple sagesse. Laissez faire aux paysans ce qu’ils veulent, et certainement de bonnes choses vont se produire. En d’autres termes : ce fut une période où le gouvernement et le parti ont adopté une politique de laisser-faire, laissez-passer, se limitant à des encadrements minimaux. Une période de sagesse mais pas une invention ou une gestion extraordinaire. En quelque sorte, ce fut une époque facile. La société n’était pas encore très complexe. Les années 1990 ont amené la nécessité de travailler non seulement sur l’agriculture mais dans les villes. Il y a donc eu la réforme des entreprises. Celles-ci suffoquaient sous le poids de toutes sortes de services sociaux : responsabilités des maisons des ouvriers, de leur santé, de leurs obsèques, de leurs pensions, de leurs vacances… Toute la gestion des grandes entreprises d’Etat et des banques était à réviser. Envisagée dès les années 1980, la tâche reste aujourd’hui en grande mesure inaccomplie. Donc si l’on me dit que la Chine change très vite, je peux en convenir si on parle de la « skyline » des villes, du nombre de gratte-ciels que l’ont peut voir. Mais pour les réformes en profondeur c’est bien autre chose et on doit parler plutôt de lenteur. Les années 1990 ont vu des aggravations de la situation des agriculteurs qui s’était améliorée pendant les années 1980. En effet, la diminution des charges pesant sur les entreprises s’est accompagnée d’une augmentation des impôts des agriculteurs. C’est seulement depuis le nouveau millénaire que la Chine aborde les grands problèmes d’une manière intégrée, c’est finalement l’époque de la complexité qui s’annonce. Nous en avions vu déjà quelques facettes : intégrer l’environnement dans les calculs et dans le dessin du développement. C’est maintenant qu’on aborde des concepts comme « l’économie circulatoire (3)», « l’économie à croissance verte »… Auparavant, la situation était en quelque sorte intellectuellement facile : « laisser-aller laisser-faire ». C’est seulement maintenant qu’on trouve la nécessite et le courage d’aborder les liaisons entre les domaines et de voir la politique dans son ensemble. Le moment de juger de la bonne gestion du Parti Communiste vient donc seulement maintenant. J ’espère que cela se passera bien et que les grandes organisations internationales comme la Banque Mondiale, le FMI, l’OMC et l’OCDE pourront continuer leur coopération bénéfique. Il faudrait maintenant considérer le terrain des finances comme le sommet la coupole de la vie économique. Ambassadeur, je me suis amusé (mais je croyais aussi faire une petite contribution dans le sens de l’histoire) à tenir quelques causeries sur le rôle d’une bourse de titres. Ce fut à un moment où l'on voyait une entreprise américaine dire t « Vous voulez une bourse de titres ? Je peux l’installer dans une semaine. Donnez-moi un camping car avec quelques ordinateurs et je ferai dans quelques jours un réseau ou des titres peuvent être vendus et achetés ». A l’inverse de cette idée simpliste il fallait dire aux Chinois ce qui est nécessaire au bon fonctionnement d’une bourse aux titres : la présence et une bonne tradition de comptables, un climat de confiance, une bonne législation, le contrôle financier crédible, une loi sur les faillites… A ces occasions, à Pékin et à Shanghai, j’ai rencontré des gens qui étaient actifs dans la préparation d’une bourse des valeurs. Il y avait même des associations pour l’étude d'une bourse des valeurs. C’est peut-être caractéristique de la pratique chinoise : quand le moment vient de passer des études à l’exécution pratique on a tendance à jeter le livre dans un coin et à entamer le travail avec ses mains. Les premières tentatives pour une bourse des valeurs en Chine furent chaotiques. Puis on a fait de grands progrès et aujourd’hui nous pouvons acheter des titres chinois non seulement à Shanghai et à Shenzhen mais aussi à Frankfort et à New York. Où en sommes nous en ce moment ? C’est un champ de travail très difficile et la réforme a seulement commencé. L’organisation de la bourse exige aussi des entreprises individuelles un changement profond de la culture : la gouvernance. Nous en avons parlé à Pékin dans un colloque organisé par la Chambre de Commerce Internationale, l’organisation mondiale des affaires où je remplis actuellement la fonction de Commissaire National pour deux pays : la Thaïlande et l’Indonésie. Les finances et le marché des capitaux sont les terrains où les problèmes de la Chine sont encore particulièrement aigus. Tandis que partout dans le monde on prodigue des louanges à la Chine, la bourse chinoise vit depuis cinq ans un profond malaise. Les Chinois n’ont pas l’impression que les intérêts des épargnants soient suffisamment protégés, et ils n’ont pas d’influence sur la gestion des entreprises. La plus grande partie des actions des entreprises cotées en bourse sont "non-tradable", c’est-à-dire tenues hors du commerce. Quand il y a un nouvel appel de capitaux, les actions qu’on cède au public ne sont pas les actions auparavant détenues par le gouvernement mais de nouvelles actions tenues en portefeuille de sorte que l’influence de l’état, de la bureaucratie ne diminue pas suffisamment. Dans les banques, le problème qu’ont connu les économies asiatiques en 1997 existe encore. On parle sérieusement d’une cote de 40% de mauvais crédits. Pour quelques banques le gouvernement a courageusement fait des mesures et des sacrifices. Dans quel autre pays aurait-on vu le gouvernement prendre dans les caisses de l’Etat la somme de 45 milliards de $ pour assainir les bilans de deux banques ? Ce fut le cas au bénéfice de la Banque de Chine et de la Banque de Construction pour les mener à un taux adéquat de leur capital ("capital adequacy ratio") et en préparation d’une possible sortie sur les bourses (China Daily 15. 10 . 04) . Il s’agit de rendre les banques chinoises capables de soutenir la compétition des banques étrangères quand le pays selon les accords de l’OMC (Doha Round) devra s’ouvrir en l'année 2006. Les principes de Basle devront alors être appliqués. (China Daily 14.10.04) . Beaucoup des mauvaises dettes ont été transférées à de nouvelles entreprises établies pour gérer ces dettes : Cinda Asset Management, Huarong, Orient et Great Wall Asset Management Corporation. Mais est-ce que le simple transfert change la nature des choses ? On ne voit pas de vraies restructurations dans lesquelles ces dettes seraient au moins partiellement payées. Par exemple, la substitution d’actions pour des dettes ne se pratique guère. Est-ce que ces entreprises de management ont-elle du succès ? Ce n’est pas très clair. Ces entreprises sont plutôt des salles d’attente passives que de vrais purgatoires ou de vraies réformes sont adoptées. La réforme du marché des capitaux est aussi nécessaire pour de nouvelles taches de la société chinoise comme l’établissement d’un système de retraites. Il existe déjà des entreprises (China Life, Ping An, Tai Ping etc.) mais ils trouvent que les capitaux rassemblées ne reçoivent pas dans le marché actuel une rémunération suffisante pour remplir les coffres. La population chinoise est en train de vieillir encore plus rapidement qu’en Europe. Le système des enfants uniques n’a pas aidé la pyramide démographique à s’élargir à la base. Beaucoup doit être fait dans le champ des finances pour rendre une retraite digne possible. Mais aussi sur le terrain de la réalité physique, parce que les facilites adaptées, les résidences aménagées, les maisons de retraite manquent. Notre bureau à Pékin est un peu impliqué dans la recherche de solutions pour ce problème. Nous sommes en train de chercher des résidences où les Chinois âgés pourraient avoir une vie digne, active et intéressante durant leur retraite. La restructuration de tant d’entreprises et leur progression vers une bonne gouvernance est à l’ordre du jour. Nous en avons parlé dans un colloque tenu par la CCI en coopération avec son représentant en Chine la « Mao-cu-hui » (organisation d’état pour la promotion du commerce international).
On devrait offrir aux épargnants des produits financiers à plus haut rendement. Et lier les banques à un régime qui les contraindrait à plus de prudence. La simple restructuration juridique d’entreprises en « joint stock companies » et même en des entreprises lancées à la bourse ne suffit pas pour rendre les entreprises viables. On parle d’une typologie dite de « Jinan » en se référant à la situation dans la capitale de Shandong Jinan, ou les cinq grandes entreprises d’Etat ont été introduites en bourse. Résultat : elles sont toutes en difficulté. La présence de banques solides et de services financiers étrangers est nécessaire. Mais cela veut dire aussi que dans les provinces désormais un secrétaire du parti communiste ne pourra plus prendre son téléphone et ordonner à un banquier d’octroyer un crédit à tel ou tel ami du régime local. Le Parti Communiste devra nécessairement se retirer de telle immixtion dans la vie bancaire. Il a été question de savoir si on devait oui ou non réévaluer la devise nationale, la ren-min-bi. Cela aussi est lié au stade particulier des réformes sociales. Si on laisse grimper le «yuan » par rapport au dollar et à l’ euro, une première réévaluation pourrait susciter dans les marchés mondiaux l’attente de réévaluations ultérieures et donc un nouvel afflux de devises que le gouvernement chinois devrait acheter avec de la monnaie locale, augmentant ainsi les masses monétaires et les dangers d’inflation. Comme toujours dans des cas pareils, une augmentation de la valeur de la monnaie nationale sera utile à certaines couches et défavorable à d’autres couches de la population. Mais, pour la Chine, il est important de faire le lien avec son programme de réformes. Par exemple, avec un « yuan » fort, l’achat de grains américains serait plus attractif et cela pourrait produire un exode de millions de paysans chinois vers les villes. Mais pour une telle éventualité on n’est pas encore prêt parce qu’on n’a pas encore permis au paysan qui quitte sa terre de vendre ses droits à leur juste valeur. Aujourd’hui, s’il quitte son village pour s’établir dans une ville, il laisse ses droits à d’autres, sans recevoir aucune compensation. Vous touchez donc là à l’agenda des réformes en cours. Une autre disparité exige l’attention des autorités chinoises. Dans le PNB de la Chine, la part des investissements est bien trop grande par rapport à la part de la consommation. Cela implique une pression à la hausse sur le prix des matières premières. En outre, en ce qui concerne les investissements, la partie vouée aux projets à haute intensivité de capital est trop forte par rapport à la partie des projets avec une grande intensivité de travail. Et encore la partie qui servira aux exportations dans tout cela est trop élevée par rapport aux investissements qui peuvent servir le marché local. Toutes ces disparités comportent leurs propres désavantages, et l’ensemble de ces relations entraîne une désorientation de l’économie chinoise et le mécontentement des autres pays. Désormais tout se tient. Cela, nous le savions en Occident depuis longtemps. Mais jusqu’ici la Chine fut protégée et exempte de cette loi de la nature économique par sa masse et par son isolement. Isolement de la Chine entière du marché mondial et aussi isolement de ses provinces dans un contexte national et intégré. Ce n’est plus le cas aujourd'hui. C’est en raison de cette considération que nous pouvons dire que la vraie preuve d’une bonne gestion des autorités chinoises est encore à donner. Par le passé, on pouvait souvent opérer par « trial and error » d’une manière expérimentale et locale. Par exemple, l’introduction d’une première loi sur les faillites des entreprises fut faite dans une seule province du Nord-Est. En France cela ne serait pas possible avec l’adage « la loi est égale pour tous ». La faible mesure d’ intégration économique nationale rendait telle méthode possible. Mais aujourd’hui on est dans une autre situation. Comment s’organise l’espace économique en Chine ? L’organisation de l’espace économique de la Chine est très particulière et résulte d’une part de sa géographie et d’autre part de l’histoire du pays. Pour la géographie, la proximité des terrains de production du riz a détermine l’endroit des capitales successives de la nation : Zhengzhou, Luoyang, Xian. Plus tard, la proximité des frontières du Nord dans le cas de Pékin a déterminé la construction du Grand Canal pour l’approvisionnement en grains. Ce canal fut utilisé par le Père Matteo Ricci quand il fit son voyage partant du sud vers la capitale et vers sa rencontre avec l’Empereur. La géographie n’est pas généreuse avec la Chine. Plus de 80% de sa surface consiste en des montagnes, souvent soumises aux tremblements de terre ou à l’érosion par le vent. En ce qui concerne l’histoire et son influence sur l’espace économique, pensez à l’invasion japonaise. Mao Ze Dong n’a pas seulement retiré ses troupes par la « Longue Marche », il a aussi voulu mettre les industries à l’abri d’une agression japonaise. Voila pourquoi il a choisi des implantations à l’intérieur du pays, à des endroits qui ne sont pas les meilleurs dans la configuration présente qu’exige un marché national et même global. Nous savons bien qu’aujourd’hui il est préférable de situer les aciéries à proximité du littoral, pour pouvoir à la fois importer les matériaux et exporter les produits. Mais la Chine vit encore avec une grande partie de cet héritage imposé par la guerre. Le Japon n’est pas le seul facteur historique à influencer l’organisation de l’espace économique en Chine. Autre incidence de l’histoire politique sur l’espace économique du pays : le refus du parti communiste pendant de longues années après la « libération » de vouloir reconnaître le rôle clé naturel d’une ville comme Shanghai. Pour les dirigeants communistes, cette ville était l’emblème de la période coloniale et marquée par le péché. Elle était impure. On niait, alors, les fonctions naturelles qu’une telle métropole pouvait remplir pour la nation entière. |