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Planisphère. Comment la fiction peut-elle aider à penser le terrorisme ? Avec M. Hecker

Planisphère se penche aujourd’hui sur une manière originale de partager une solide expertise du terrorisme. Non pas par un énième rapport aux plus hautes autorités, non pas par une audition devant les parlementaires, mais par un roman. Comment la fiction peut-elle aider à penser le terrorisme ? Pour répondre, Planisphère a le plaisir de recevoir Marc Hecker. Podcast et synthèse rédigée.

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Synthèse de cette émission, Planisphère, Comment la fiction peut-elle aider à penser le terrorisme ? Avec M. Hecker. Rédigée par Émilie Bourgoin pour Diploweb.com. Relue et validée par M. Hecker

COMMENT penser le terrorisme autrement que par des rapports institutionnels ou des analyses académiques classiques ? C’est à cette question originale que répond Marc Hecker, directeur exécutif de l’Institut français des relations internationales (Ifri), en choisissant la voie de la fiction. Dans l’émission Planisphère, il revient sur son premier roman, « Daech au pays des merveilles », qui mêle rigueur scientifique et narration romanesque pour explorer les dynamiques du terrorisme, de la radicalisation et de la résilience sociétale. Cette intervention éclaire à la fois l’intérêt heuristique de la fiction, les mutations de la menace terroriste en France et en Europe, ainsi que les tensions entre médias, recherche et temporalité de l’analyse.

Marc Hecker
Marc Hecker, Directeur exécutif de l’Institut français des relations internationales (IFRI). Il signe cette fois un roman : « Daech au pays des merveilles », aux éditions Spinelle. Crédit photographique : Pierre Verluise pour Diploweb.
Verluise/Diploweb.com

La fiction comme outil d’analyse du terrorisme

Marc Hecker explique son choix de la fiction par un double objectif : toucher un public plus large et dépasser certaines limites structurelles de la recherche académique. Le roman permet tout d’abord de tester des hypothèses prospectives sur le temps long, en déroulant des scénarios complexes que les études prospectives ne peuvent souvent qu’esquisser. Ensuite, la fiction offre un accès privilégié à la conscience des acteurs et à leur manière de penser, là où le chercheur se heurte à l’impossibilité de « perquisitionner les cerveaux ». Elle permet ainsi de mieux comprendre les logiques subjectives, émotionnelles et identitaires de la radicalisation. Enfin, le roman offre la possibilité d’intégrer des anecdotes de terrain, des expériences professionnelles et des situations humaines qui n’ont pas leur place dans les formats académiques traditionnels.

L’ultra-droite violente comme menace latente

L’idée de ce roman repose sur une audition réelle du directeur général de la sécurité intérieure en 2016, évoquant le risque d’une « grande confrontation » entre l’ultra-droite et les musulmans en France. Marc Hecker s’interroge sur les raisons pour lesquelles cette confrontation n’a pas eu lieu. Deux explications principales émergent : d’une part, la résilience de la société française ; d’autre part, l’efficacité des services de renseignement, qui ont déjoué une quinzaine de projets d’attentats d’ultra-droite. Le roman agit ici comme une mise en lumière de ce à quoi la société française a échappé, donnant à l’ouvrage une dimension à la fois uchronique et anticipatrice.

La résilience sociétale face au choc terroriste

Initialement appliqué aux individus, le concept de résilience est étendu par Marc Hecker à l’échelle collective. Il désigne la capacité d’une société à absorber un choc majeur sans s’effondrer ni basculer dans une polarisation irréversible. Malgré la stratégie djihadiste visant explicitement l’implosion sociale et la guerre civile, la société française a su éviter cette trajectoire. Des mécanismes de désescalade politique, institutionnelle et sociale ont permis de contenir la violence. Par ailleurs, des comportements du quotidien, comme le retour rapide dans les cafés, restaurants et lieux publics ciblés par les attentats, sont devenus des indicateurs concrets de résilience collective.


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Comprendre la radicalisation : pluralité des grilles d’analyse

Le roman permet également d’illustrer les grandes théories de la radicalisation qui se sont affrontées dans le champ académique. Marc Hecker rappelle l’opposition structurante entre la radicalisation de l’islam (associée notamment à Gilles Kepel) et l’islamisation de la radicalité (défendue par Olivier Roy). À ces lectures s’ajoutent des approches postcoloniales, psychologiques ou encore sectaires. Loin de trancher définitivement, Marc Hecker souligne la nécessité d’une approche pluraliste, capable de saisir la complexité des trajectoires individuelles et contextuelles de radicalisation.

Terrorisme et médias : une relation structurelle et ambivalente

À travers le personnage d’un universitaire sursollicité par les médias, le roman met en scène la tension entre la logique médiatique de l’instantanéité et celle, plus lente, de la recherche. Les terroristes cherchent à créer de la peur bien au-delà des personnes directement touchées par des attentats. Ils visent ainsi à acquérir une visibilité maximale et se servent des médias comme d’une caisse de résonance. Marc Hecker est invité à s’exprimer sur les risques de la surmédiatisation pour les chercheurs : réactions à chaud sans disposer des informations nécessaires à une véritable analyse, simplification excessive des points de vue, confusion entre commentaire immédiat et recherche de fond, etc. Il plaide pour une présence médiatique sélective et responsable, conditionnée à la capacité réelle d’apporter un éclairage pertinent.

Une menace terroriste persistante mais transformée

Dix ans après les attentats de 2015-2016, la menace demeure élevée en France, comme en témoigne le maintien du niveau « urgence attentat ». Si les attaques récentes sont souvent moins meurtrières et moins médiatisées, elles montrent la persistance du risque. Le djihadisme reste la menace terrorisme numéro 1, devant l’ultra-droite. La stratégie de Daech, fondée sur l’exacerbation des tensions identitaires et le « choc des civilisations », n’a pas disparu. Elle s’adapte à l’évolution des contextes, exploitant les fragilités sociales, politiques et démographiques des sociétés, dans le monde musulman mais aussi en Europe.

Conclusion

L’intervention de Marc Hecker met en évidence l’intérêt de la fiction comme outil complémentaire de compréhension du terrorisme. Loin de s’opposer à la rigueur scientifique, le roman permet d’explorer des dimensions humaines, psychologiques et prospectives difficilement accessibles autrement. À travers « Daech au pays des merveilles », il invite à penser le terrorisme non seulement comme une menace sécuritaire, mais comme un phénomène social, médiatique et politique, révélateur des tensions internes des sociétés contemporaines. Cette approche hybride apparaît particulièrement pertinente pour nourrir la réflexion stratégique, académique et citoyenne face à des menaces durables et évolutives.


Tous les podcasts géopolitiques de l’émission Planisphère depuis septembre 2024, en un clic. Et avec en bonus une synthèse rédigée, c’est possible ? Oui, ici.


Ressources pour aller plus loin

. Marc Hecker, « Daech au pays des merveilles », aux éditions Spinelle.
. « The Caravan », Thomas Hegghammer, Cambridge University Press, 2020. Un ouvrage de référence sur Abdallah Azzam et la genèse idéologique du djihadisme contemporain.
. « 1975-1995, le choix des armes », France Télévisions, direction éditoriale Ariane Chemin. Une série documentaire accessible retraçant 20 ans de terrorisme en France.
. Sur Diploweb : Jean-François Gayraud et Jacques de Saint Victor, Terrorisme et crime organisé. Une nouvelle perspective stratégique : les hybrides
. Sur Diploweb.com Entretien d’Ivan Sand avec Farhad Khosrokhavar, Quels sont les ressorts sociologiques, anthropologiques, politiques et urbains du jihad dans les pays occidentaux ?
. Sur Diploweb : Vidéo. Jean-François Gayraud, Terrorisme et crime organisé. Une nouvelle perspective stratégique : les hybrides. Pour approfondir les liens entre criminalité organisée et terrorisme.
. Sur Diploweb.com : Vidéo. Conférence et synthèse rédigée, Eric Danon et Hugo Micheron : Quels futurs pour le terrorisme ?

Copyright pour la synthèse Mars 2026-Bourgoin/Diploweb.com


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Que peut nous apprendre un roman sur le monde du renseignement ?

Le roman peut-il aussi nous éclairer sur le monde secret du renseignement ? Oui, quand il est lauréat du Grand Prix de l’Académie du renseignement. Le Grand Prix Œuvre de création - mention « Fiction » 2025 a été décerné à Yann Zolets pour son roman intitulé « Le Petit caporal », paru aux éditions La Manufacture du livre. Cet ouvrage - qui se lit avec beaucoup de plaisir - débute par cet avertissement au lecteur : « Dans ce roman, les vérités se mêleront à la fiction et à l’imagination pour veiller à la sérénité et à la tranquillité de nos espions. » L’auteur de cet ouvrage, « Le Petit caporal » signe sous le pseudonyme de Yann Zolets.

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Marc Hecker, Directeur exécutif de l’Institut français des relations internationales, l’Ifri. Docteur en science politique, Marc Hecker conduit depuis une vingtaine d’années des recherches sur le terrorisme. Cette fois, il signe un roman : « Daech au pays des merveilles », aux éditions Spinelle.
Interview organisée et conduite par Pierre Verluise, docteur en Géopolitique, fondateur du Diploweb, il produit Planisphère sur Radio Notre Dame et RCF. Cette émission a été diffusée en direct le 17 mars 2026.
Synthèse par Émilie Bourgoin, étudiante en dernière année de Master Sécurité et Défense à l’Université d’Ottawa, après un BBA à l’EDHEC. Elle a travaillé en alternance au sein de la cellule sûreté d’un grand groupe. Elle a la charge du suivi hebdomadaire de l’actualité des livres, revues et conférences géopolitiques comme de la rédaction des synthèses des épisodes de l’émission Planisphère pour Diploweb.

[1Cette émission a été enregistrée le 17/02/2026 et diffusée le 17/03/2026.


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Citation / Quotation

Auteur / Author : Emilie BOURGOIN, Marc HECKER, Pierre VERLUISE

Date de publication / Date of publication : 18 mars 2026

Titre de l'article / Article title : Planisphère. Comment la fiction peut-elle aider à penser le terrorisme ? Avec M. Hecker

Chapeau / Header : 

Planisphère se penche aujourd’hui sur une manière originale de partager une solide expertise du terrorisme. Non pas par un énième rapport aux plus hautes autorités, non pas par une audition devant les parlementaires, mais par un roman. Comment la fiction peut-elle aider à penser le terrorisme ? Pour répondre, Planisphère a le plaisir de recevoir Marc Hecker. Podcast et synthèse rédigée.

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