Avez-vous déjà fait des pâtés de sable ? Et vous êtes-vous déjà demandé s’il est possible de faire une géopolitique du sable ? Parce qu’il s’agit d’un matériaux clé de la mondialisation, Planisphère pose la question à Julien Bueb qui vient de publier « Géopolitique du sable » aux éditions Le Cavalier bleu. Podcast et synthèse rédigée.
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Synthèse de cette émission, Planisphère, Existe-t-il une géopolitique sable ? Avec J. Bueb. Rédigée par Émilie Bourgoin pour Diploweb.com. Relue et validée par J. Bueb
LE SABLE, souvent associé à l’image des plages et des déserts, est en réalité l’une des ressources les plus stratégiques de notre époque. Matériau le plus consommé après l’air et l’eau, il est indispensable à la construction, aux technologies modernes et à de nombreuses industries. Dans son ouvrage « Géopolitique du sable », Julien Bueb explore les dimensions environnementales, économiques, sociales et géopolitiques de cette ressource en apparence banale mais essentielle à la mondialisation.
Le sable est massivement utilisé dans le BTP [2] (béton, voiries, ballast, autoroutes), mais aussi dans le verre, les fioles médicales, la fibre optique ou encore la fracturation hydraulique. Chaque être humain consomme en moyenne 18 kilos de sable par jour. Cette demande colossale, bien supérieure à celle des métaux rares, met sous pression une ressource pourtant considérée comme abondante.
L’extraction du sable entraîne de nombreux impacts écologiques :
. Pollution de l’eau et de l’air, contamination aux métaux lourds.
. Affaissements de terrains et destruction d’écosystèmes.
. Érosion côtière et disparition de plages, accentuées par les prélèvements marins.
. Salinisation des nappes phréatiques, mettant en danger l’accès à l’eau potable et l’agriculture.
La moitié de la population mondiale vivant en zone côtière est directement exposée à ces risques, aggravés par le changement climatique. Sur le plan social, ces pressions créent de nouvelles vulnérabilités pour les populations locales.
La rareté et les réglementations croissantes favorisent l’émergence de réseaux illégaux. Les mafias du sable prospèrent, notamment en Inde, où elles vont jusqu’à pratiquer la corruption et parfois l’assassinat. La demande croissante des marchés émergents alimente ce trafic mondial et contribue à un système parallèle de fourniture pour les besoins du BTP.
Le sable ne fait pas directement l’objet de conquêtes territoriales, mais il sert d’auxiliaire stratégique. En mer de Chine méridionale, Pékin utilise le sable pour poldériser des récifs et construire des bases, renforçant ses revendications territoriales. De même, en draguant du sable près des îles taïwanaises, la Chine fragilise les territoires voisins tout en exploitant les ressources halieutiques.

Singapour illustre la puissance du sable comme outil de croissance : l’État insulaire a agrandi son territoire grâce à des importations massives, entraînant la disparition d’îles indonésiennes. Les Émirats arabes unis, quant à eux, ont bâti leur stratégie de soft power touristique (Palm Islands, hôtels de luxe) grâce à l’importation de sable australien, le sable désertique étant inadapté à la construction.
Le sable est aussi mobilisé dans un cadre sécuritaire. Au Maghreb et dans le Sahel, des “murs de sable” sont édifiés pour entraver les flux migratoires ou les incursions terroristes. L’Union européenne, en externalisant sa politique migratoire, finance indirectement ces infrastructures, qui ralentissent mais n’empêchent pas les déplacements, souvent au prix de drames humains.
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Planisphère. Existe-t-il une géopolitique du sable ? Avec J. Bueb
Julien Bueb envisage trois scénarios :
« Business as usual » : la consommation continue de croître (jusqu’à 60 milliards de tonnes par an en 2050), aggravant les désastres écologiques et sociaux.
La croissance verte : parier sur la technologie pour réduire l’empreinte matérielle, mais cette solution reste largement insuffisante.
La sobriété : repenser nos modes de consommation et de production, réduire la demande et interroger nos besoins réels, en intégrant une nouvelle manière « d’habiter la Terre ».
Le sable, loin d’être un simple matériau de loisirs, est devenu un enjeu majeur de la mondialisation. Ressource vitale, il concentre des tensions environnementales, sociales et géopolitiques, tout en illustrant nos limites face à la surconsommation des ressources naturelles. Réfléchir à une géopolitique du sable revient à interroger notre rapport à la planète et à nos modèles de développement, entre croissance, technologie et sobriété.
. Julien Bueb, « Géopolitique du sable », éditions Le Cavalier Bleu (2025).
. Denis Delestrac, documentaire « Quand nos plages auront disparu » (Arte, 2013-2014).
. Lina Pamart & Julien Bueb, « Géopolitique du sable, entre raretés, conséquences environnementales et enjeux climatiques », article publié sur Diploweb.com (2019).
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. Julien Bueb, « Géopolitique du sable » éditions Le Cavalier bleu
À la fois omniprésent à la surface de la planète, notamment dans les déserts, et invisible dans la variété de ses usages dans notre quotidien, le sable est la ressource la plus consommée au monde. Accompagnant l’urbanisation massive à l’échelle mondiale, son extraction dépasse celle des combustibles fossiles et provoque d’importantes dégradations environnementales.
Ressource très lucrative pour certains pays et les mafias qui s’y implantent, elle permet à d’autres d’accroître leur territoire et d’asseoir leur puissance maritime et sécuritaire.
Tous les ingrédients sont donc réunis pour faire du sable une ressource éminemment géopolitique. Car, s’il n’est pas directement à l’origine de conflits, il en est un auxiliaire clé.
La géopolitique du sable conduit aussi Julien Bueb à s’interroger sur l’extractivisme et, plus largement, sur le libéralisme et le capitalisme, et les dérives qui lui sont attachées.
Docteur en économie de l’environnement, Julien Bueb est directeur Transition écologique à la Communauté d’agglomération du Grand Saint-Dizier, Der & Vallées, après avoir travaillé au Haut Conseil pour le climat. Il est également professeur à Paris 1 Panthéon-Sorbonne, à Paris Dauphine et à l’École normale supérieure.
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Julien Bueb, Docteur en économie de l’environnement et directeur Transition écologique à la Communauté d’agglomération du Grand Saint-Dizier, Der & Vallées. Il vient de publier « Géopolitique du sable » aux éditions Le Cavalier bleu.
Interview organisée et conduite par Pierre Verluise, docteur en Géopolitique, fondateur du Diploweb, il produit Planisphère sur Radio Notre Dame et RCF. Cette émission a été diffusée en direct le 27 janvier 2026.
Synthèse par Émilie Bourgoin, étudiante en dernière année de Master Sécurité et Défense à l’Université d’Ottawa, après un BBA à l’EDHEC. Elle a travaillé en alternance au sein de la cellule sûreté d’un grand groupe. Elle a la charge du suivi hebdomadaire de l’actualité des livres, revues et conférences géopolitiques comme de la rédaction des synthèses des épisodes de l’émission Planisphère pour Diploweb.
[1] Cette émission a été enregistrée le 29/09/2025 et diffusée le 28/01/2026.
[2] BTP : Construction, bâtiment et travaux publics.
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Date de publication / Date of publication : 28 janvier 2026
Titre de l'article / Article title : Planisphère. Existe-t-il une géopolitique du sable ? Avec J. Bueb
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Avez-vous déjà fait des pâtés de sable ? Et vous êtes-vous déjà demandé s’il est possible de faire une géopolitique du sable ? Parce qu’il s’agit d’un matériaux clé de la mondialisation, Planisphère pose la question à Julien Bueb qui vient de publier « Géopolitique du sable » aux éditions Le Cavalier bleu. Podcast et synthèse rédigée.
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