12/2013 Actualité internationale

Par Axelle DEGANS, le 1er janvier 2014  Imprimer l'article  lecture optimisée  Télécharger l'article au format PDF

Agrégée d’histoire, co-auteure de Les grandes questions internationales, éd. Studyrama 2013 et auteure du livre Les pays émergents : de nouveaux acteurs, Ed. Ellipses, collection CQFD, 2011. Professeure d’histoire, de géographie et de géopolitique en classes préparatoires économiques et commerciales au Lycée Dessaignes (Blois).

Synthèse de l’actualité internationale de décembre 2013 qui sera fort utile à tous ceux qui veulent disposer d’un point de l’actualité géopolitique ou préparent un concours. Le Diploweb se tiendra à leur côté durant les prochains mois. Pour ne rien manquer, le mieux est de s’abonner à notre page facebook.com/geopolitique ou notre compte twitter.com/diploweb.

L’Asie, épicentre nouveau de tensions

En Thaïlande, les divisions sont exacerbées entre la population paysanne pauvre et les populations urbaines. La pression populaire, les « chemises jaunes », s’est intensifiée, sous la direction de Suthep Thaugsuban (ancien vice-premier ministre) en paralysant plusieurs ministères pour demander le départ du gouvernement de Yingluck Shinawatra (sœur de Thaksin qui a perdu le pouvoir en 2006) soupçonnée d’être corrompue et de préparer le retour de son frère grâce aux « chemises rouges ». La Thaïlande a connu 18 coups d’Etat – réussis ou non – depuis 1932. L’impasse politique semble totale.

L’escalade des tensions entre la Chine et Tokyo en mer de Chine orientale, comme celles qui opposent Pékin et ses voisins du Sud dans la mer de Chine méridionale poussent Washington a envoyer des B52 (non armés) dans la nouvelle zone autoproclamée de défense aérienne chinoise qui recouvre les îlots Senkaku sous souveraineté nippone. C’est dans cette zone que le croiseur américain USS Cowspens a failli entrer en collision avec un navire chinois. B. Obama montre ainsi sa fermeté – quand son pays opère un « pivot » vers l’Asie - à l’heure où la Chine déploie son porte-avions, le Liaoning.

Après les attentats de l’automne 2013, la Chine mène une opération de répression dans le Xinjiang, pays des Ouighours, accusés d’en être responsables.

Washington s’inquiète aussi de la récente décision du leader nord-coréen Kim Jong-Un de faire exécuter son oncle.

La Chine fait bouger les lignes, à son avantage

Pékin a refusé des cargos chargés en maïs transgénique en provenance des Etats-Unis, plus de 120 000 tonnes, après avoir accepté cet été un cargo argentin avec le même type de produit. Cela affole la bourse de Chicago (CBOT) où sont côtés les matières premières : le prix du maïs a déjà baissé de plus de 40% en 2013 et celui du blé de 18%. La Chine s’engage donc dans un bras de fer avec Washington.

Elle est par ailleurs désormais très présente sur le marché du nucléaire à l’exportation. Le chinois CGN (Nuclear power Corporation) participe déjà à la construction de deux EPR en Grande-Bretagne et va construire deux réacteurs en Roumanie, en apportant les financements que les sociétés européennes peinent à supporter... La prochaine étape pour la Chine sera de proposer sa propre technologie, alors qu’elle possède déjà une nouvelle expérience dans la construction de réacteurs de technologie occidentale.

Les émergents à la conquête de l’espace

La Chine envoie son lapin de jade vers la Lune, l’Inde espère être la première puissance asiatique à atteindre Mars. Des dépenses déraisonnables – on ne connait pas le budget spatial de la Chine - vis-à-vis des défis intérieurs ou des étapes de développement allègrement sautées ? En 2003 la Chine a envoyé son premier taïkonaute dans l’espace, elle est en décembre 2013 la troisième puissance à envoyer un engin sur la Lune...et espère envoyer d’ici 2015 le premier taïkonaute sur la Lune voire d’y installer une base spatiale permanente avant le milieu du XXIe siècle. Pékin vient d’inaugurer un Lunar Palace pour entrainer ses taïkonautes et d’annoncer la fermeture des camps de rééducation... Un rêve chinois après un rêve américain ?

On peut se poser la question du caractère pacifique de l’émergence. Les tensions se multiplient aux frontières de la Chine, comme de la Russie (un réémergent ?) témoignant de nouvelles ambitions de s’imposer – minima - à l’échelle régionale.

La Russie : un geste à la veille de Sotchi

Vladimir Poutine a libéré l’ancien oligarque Mikhaïl Khodorkovski après 10 ans d’emprisonnement, celui-ci s’est d’ailleurs opposé à un boycott des jeux de Sotchi. Les Pussy Riot, emprisonnées pour avoir fait une prière publique anti-Poutine, viennent d’être aussi relâchées.

La Turquie d’Erdogan dans la tourmente politique

En Turquie, le gouvernement d’Erdogan est touché par un scandale de corruption et de trafic d’influence qui a déjà poussé trois ministres à la démission. Le premier ministre aurait, selon le journal Hürriyet, fait démissionner plusieurs dizaines de policiers qui enquêtaient sur cette affaire ; une entorse à la séparation des pouvoirs.

L’Europe de nouveau à l’heure des indépendantismes ? Une Europe tentée par les murs ?

Le Royaume Uni prévoit d’organiser un référendum le 18 septembre 2014 concernant un possible séparatisme écossais. Les indépendantistes menés par Alex Salmond ont publié un projet de près de 700 pages dans lequel est détaillé leur projet pour l’Ecosse qui devrait demeurer dans la zone livre sterling et appartenir à l’Union européenne. Si la possibilité d’une indépendance écossaise est prise au sérieux outre-manche, l’Ecosse n’est pas en mesure de décider de son maintien – ou non - dans l’Union européenne, la décision relève de Bruxelles. Les Ecossais doivent aussi prendre en considération le vieillissement de leur population et l’amenuisement de la rente pétrolière de la mer du Nord avant de décider ou non d’emprunter la voie de l’indépendantisme pour un pays qui serait peuplé de moins de 6 millions d’habitants et d’à peine plus de 78 000 km2.

La Catalogne rêve elle aussi d’indépendance. Son gouvernement entend organiser le 9 novembre 2014 un référendum sur ce sujet. Perspective contre laquelle le gouvernement espagnol de Mariano Rajoy est résolument opposé.

Le britannique David Cameron veut faire évoluer la politique migratoire européenne en revenant sur la libre-circulation des personnes, dans la perspective de son extension au 1er janvier 2014 aux ressortissants roumains et bulgares. La peur de l’immigration est une peur de plus en plus partagée au sein de l’Union européenne, plan de lutte contre le « détachement de travailleurs » en France, pas de droits sociaux pour les immigrés qui ne travaillent pas en Grande-Bretagne, scandale des camps de rétention à Lampedusa...

Un camouflet diplomatique pour Bruxelles...

Alors que Bruxelles a préparé un accord d’association proposé à l’Ukraine, Kiev l’a refusé sur pression moscovite. De très importantes manifestations populaires – qui rappellent celles de la révolution orange (2004) - dénoncent l’accord douanier qu’a préféré passer le président ukrainien Viktor Ianoukovitch avec les autorités moscovites et réclament même sa démission. Cet accord devrait être la première étape vers une union eurasienne que projette Vladimir Poutine, en attendant il investit 15 milliards de dollars en titres ukrainiens et accorde des prix préférentiels pour le gaz.

Il n’en demeure pas moins que Bruxelles doit redéfinir sa politique à l’Est car son vaste projet de partenariat oriental - ayant pour objectif un rapprochement économique et politique avec en contrepartie une lutte contre la criminalité, la corruption et des progrès dans le domaine des droits de l’Homme - avec les anciennes républiques soviétiques d’Ukraine, Biélorussie, Arménie, Géorgie, Azerbaïdjan et Moldavie ne pourra se faire qu’avec la Moldavie et la Géorgie, après le revirement spectaculaire de l’Ukraine.

... mais des avancées pour approfondir l’Union européenne

Il s’agit d’une avancée fédérale importante, fruit de la collaboration franco-allemande, pour créer un mécanisme de gestion des faillites bancaires. La BCE devra identifier le problème, le conseil de résolution devra élaborer des solutions, et le conseil des ministres des finances aura alors 24 heures pour prendre une décision. En cas de renflouement, ce sont les actionnaires et les créanciers obligataires comme ceux dont les dépôts excédent 100 000 euros qui seront mis à contribution dans la limite de 8% du passif de la Banque, limite au-delà de laquelle le Fonds de résolution intervient. Ce Fonds est financé par les banques, et contrôlé par les Etats.

C’est dans le contexte des interventions au Mali et au Centrafrique, comme dans celui des incertitudes nées du « printemps arabe » que l’Union européenne réanime, un peu, l’Europe de la défense. Les interventions françaises ne font que souligner les manquements de l’Europe communautaire dans ce domaine stratégique. Les dirigeants européens continuent la politique des « petits pas » avec l’adoption d’une feuille de route pour accentuer la coopération européenne qui sera régulièrement au sujet des sommets européens. La France demande l’extension du mécanisme « Athéna » qui finance les opérations extérieures de l’Union européenne. Les Européens se mettent d’accord pour un projet commun de drone pour l’horizon 2025... à condition de trouver un financement.

Une réussite française

La France se distingue de nouveau au niveau médical, les professeurs Christian Latrémouille et Daniel Duveau ont réussi à implanter un cœur artificiel qui devra assurer une vie normale à son porteur, une révolution. Cette belle réussite donne bien sûr de l’espoir à ceux qui souffrent de problèmes cardiaques majeurs. Ce cœur artificiel a été élaboré par l’entreprise française Carmat créée en 1986 par le professeur Carpentier et soutenue par l’entreprise Lagardère.

L’Afrique des larmes

12/2013 Actualité internationale

Logo de l’opération Sangaris. Copyright Ministère de la Défense (France)

Face à a recrudescence de violence en république centrafricaine, et après l’appel à l’aide lancé à la France, la France déploie une force armée de 1 600 hommes pour enrayer la spirale de violence qui ensanglante le pays, l’opération Sangaris. Le gouvernement a été renversé par la Séléka en mars dernier, mais le nouveau pouvoir n’a en rien stabilisé le pays qui est aujourd’hui tel un bateau ivre. Les massacres se multiplient perpétrés entre les musulmans (de la Séléka) et les chrétiens (des milices anti-balaka). L’ONU a donné son aval à une intervention militaire française – qui dispose de troupes pré-prépositinnées- qui vient appuyer celle d’une force panafricaine, la Misca. La France confirme ici son rôle de « gendarme de l’Afrique », même si le contexte est très différent de celui du Mali (il s’agit d’éviter une déstabilisation majeure à l’échelle régionale), et la France de François Hollande l’assume à son corps défendant, cherchant par ailleurs des financements européens. La situation est suffisamment dégradée pour que Washington craigne une situation « pré génocidaire ».

Le Soudan du Sud, né en 2011, est lui aussi en proie aux violences. Les troupes du président Salva Kiir affrontent celles des rebelles de Riek Machar.

L’Afrique du Sud pleure la mort de « Madiba ». Nelson Mandela, le symbole de le lutte contre l’apartheid puis de la réconciliation nationale est décédé et plonge tout son pays dans le deuil et une nécessaire introspection, 20 ans après la fin de l’apartheid, peu d’hommes politiques ont le charisme de Mandela, et le pays reste encore l’un des champions des inégalités.

L’Egypte toujours dans la tourmente

Après la destitution du président Morsi, issu des rangs des Frères musulmans, ceux-ci annoncent le boycott du référendum constitutionnel. Le pouvoir vient de déclarer les Frères musulmans, première force politique du pays, organisation terroriste.

Le sort des urnes...

Les élections présidentielles du Honduras portent au pouvoir Juan Orlando Hernandez à Tegucigalpa avec un peu plus d’un tiers des suffrages exprimés. La droite conserve ainsi le pouvoir qu’elle détient depuis un demi-siècle.

En Allemagne, les accords politiques, suite aux élections législatives, donnent naissance à une grande coalition autour d’Angela Merkel, chancelière pour la troisième fois. Cette grande coalition organisée autour de la CDU-CSU (conservatrice) et le SPD (social-démocrate) offre quelques postes clés au SPD : ceux de l’emploi, de l’économie et de l’énergie confié à Sigmar Gabriel ou des affaires étrangères que retrouve Franck-Walter Steinmeier.

En Inde, le parti du Congrès a vécu une humiliante défaite électorale lors d’élections régionales qui ont été remportées par le BJP, parti hindouiste militant et un nouveau parti créé ex-nihilo en 2011 pour dénoncer la corruption ambiante, l’Aam Admi. Ces résultats augurent mal, pour le parti du Congrès tenu par Sonia et Rahul Gandhi, les élections du printemps prochain.

Copyright 31 décembre 2013-Degans/Diploweb.com


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Voir une présentation d’un ouvrage auquel Axelle Degans a contribué "Les grandes questions internationales", L. Briday, A. Chaffel, P. Dallenne, A. Degans, éd. Studyrama

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