3/2015 Actualité internationale
Synthèse de l’actualité internationale de mars 2015

Par Axelle DEGANS, le 1er avril 2015  Imprimer l'article  lecture optimisée  Télécharger l'article au format PDF

Professeur de chaire supérieure. Agrégée d’histoire, notamment co-auteure de Un monde multipolaire. Géopolitique et géoéconomie, Coll. CQFD, Paris, Ellipses, 2014 ; et Les grandes questions internationales, Paris, Studyrama 2013. Professeure d’histoire, de géographie et de géopolitique en classes préparatoires économiques et commerciales au Lycée Dessaignes (Blois).

Voici une synthèse de l’actualité internationale de mars 2015 qui sera fort utile à tous ceux qui veulent disposer d’un point de l’actualité géopolitique ou préparent un concours. Pour ne rien manquer, le mieux est de s’abonner à notre compte twitter.com/diploweb.


Une situation de plus en plus complexe au Moyen-Orient


AU YÉMEN, des attentats visant la minorité chiite houthie ont provoqué la mort de 142 personnes. Les Houtis ont alors lancé une grande offensive en direction du port d’Aden où s’est réfugié le président Abd-Rabbou Mansour Hadi suite à la prise cette automne par ces mêmes Houthis de la capitale Sanaa. Le président a précipitamment fuit chez le voisin saoudien. L’emprise chiite sur le territoire yéménite s’étend donc.

Ce n’est pas une "guerre froide" qui se joue au Yémen mais une rivalité pour le leadership régional entre l’Iran chiite et l’Arabie saoudite sunnite.

Ce n’est pas la première fois que le Yémen est déchiré, il était divisé entre un Yémen du Nord pro-occidental et Yémen du Sud communiste entre 1967 et 1990. Aujourd’hui, Ce n’est pourtant pas une guerre froide qui se joue au Yémen mais une rivalité pour le leadership régional entre l’Iran chiite et l’Arabie saoudite sunnite. Une intervention arabe menée par l’Arabie et ses voisins qatari et émirati s’opère au Yémen, elle est soutenue par Washington. Bruxelles se dit préoccupée quand Téhéran et Bagdad dénoncent cette action militaire. Le tout sur fond de rivalité entre Al-Qaida et l’EI.


Sur le front de l’EI


Des terroristes ont tué une vingtaine de personnes – essentiellement des touristes - et blessé une quarantaine d’autres personnes jusque dans le musée du Bardo. Au-delà de cette lâche agression, les terroristes ont frappé le seul pays qui incarne l’espoir d’un « printemps arabe » réussi. Ils cherchent ainsi à le plonger dans le chaos en s’attaquant au secteur touristique qui représente 4% du PIB et emploie 7% de la population active. La société civile a très vite réagi en manifestant significativement contre le terrorisme. La Tunisie souffre de sa proximité avec une Libye qui est devenue un foyer de déstabilisation où se sont implantées les jihadistes. Cet attentat a été revendiqué par l’EI.

Une terrible bataille s’est engagée autour de Tikrit – ancien fief de Saddam Hussein – aux mains de l’EI. Les forces chiites sont en première ligne, l’Iran joue donc ici une carte déterminante. La reconquête est ardue car la ville est minée. Les Etats-Unis apportent un soutien aérien. L’Iran s’affirme comme une puissance régionale en voie d’affirmation.

Daesh a assassiné une trentaine de personnes à Hama en Syrie, y compris des femmes et des enfants, dans une région de coexistence religieuse.


Le cours du pétrole gêne les pays producteurs


Le cours du pétrole oscille désormais entre 50 et 60 dollars pour le baril de brent. Cette baisse significative, sa cotation était supérieure à 100 dollars à l’été 2014, est liée à l’augmentation de la production pétrolière des Etats-Unis alors que l’OPEP ne la réduit pas sensiblement. Cette nouvelle donne fragilise des pays comme le Venezuela dont la crise très sérieuse se traduit par une économie de pénurie, y compris pour les produits de première nécessité. Nicolas Maduro accuse d’ailleurs Washington de mener une « guerre du pétrole ». Cette baisse brutale des cours fragilise la situation politique de pays du Golfe comme l’Iran ou l’Irak, de pays africains comme la Libye, l’Algérie ou le Nigéria. Il va sans dire que cela n’améliore pas la situation russe et handicape le Turkménistan. Ce pétrole bon marché alimente les tendances déflationnistes de pays comme le Japon, la baisse du yen comme de l’euro en limite l’effet. Elle redore le moral des ménages français...

Le Pakistan victime de nouveaux attentats


Les talibans ont ensanglanté le Pakistan assassinant plus de 14 chrétiens à l’heure de la messe à proximité d’églises dans le quartier chrétien de Lahore.


La secte Boko Haram continue à déstabiliser le Nigéria


Elle a fait allégeance à Daech après avoir provoqué le report des élections présidentielles. Ils ont marié de force à des membres de cette secte plusieurs dizaines de femmes avant de les assassiner. Les élections présidentielles se déroulent dans un climat très tendu et oppose le président sortant Jonathan Goodluck (à qui est reproché le développement de la corruption et son incapacité à lutter contre Boko Haram) et Muhammadu Buhari, général en retraite.

En Russie, un enterrement sous haute tension


Les obsèques de l’opposant Boris Nemtsov ont mobilisé des milliers de personnes. Son assassinat n’est pas élucidé. Le commanditaire serait-il proche du pouvoir ? A-t-il au contraire été organisé pour déstabiliser Vladimir Poutine voire le pousser à une politique plus radicale ? La piste jihadiste est-elle vraiment crédible ?

Les nuages s’amoncellent dans le ciel des émergents


Plusieurs indices économiques entrent dans le rouge témoignant du ralentissement de la croissance chinoise. Ainsi, les ventes au détail diminuent, les investissements ralentissent comme la production industrielle, même la consommation des ménages se tasse alors que Pékin compte recentrer en partie sa croissance sur son marché domestique.

La banque centrale estime que le Brésil sera en récession en 2015 avec une inflation probablement supérieure à 7%.

Le Brésil de Dilma Rousseff traverse des turbulences, ralentissement économique, scandale politico-financier autour de la firme Petrobras qui ont mis 20 000 personnes dans les rues de Brasilia et 15 000 dans celles de Rio de Janeiro. La banque centrale estime que le Brésil sera en récession en 2015 avec une inflation probablement supérieure à 7%. La situation économique de la Russie continue à se dégrader dans le cadre de la guerre en Ukraine et des sanctions occidentales. Les grands émergents sont entrée dans une phase de ralentissement de leur croissance économique, phase délicate qui doit être gérée au mieux politiquement pour que de puissances émergentes elles puissent durablement être des puissances émergées.

De bonnes nouvelles économiques aux Etats-Unis


Le taux de chômage qui dépassait les 10% en janvier 2010 est redescendu à 5.5% en février 2015, c’est-à-dire le quasi plein emploi. Cette bonne tenue de l’économie américaine provoque la hausse du dollar. L’enseigne Wall Mart, premier employeur privé du pays, vient d’annoncer une hausse des salaires de ses employés à 10 dollars de l’heure pour 2016. D’autres entreprises lui ont emboité le pas.

Janet Yellen – à la tête de la Fed – opère un « virage monétaire » relevant le taux directeur de 0.25% une première depuis 2009. Le dollar se renforce par rapport à l’euro (l’euro représente moins de 1,05 dollars).

Un rapprochement Washington – Damas ?


Le secrétaire d’Etat John Kerry reconnait que depuis que la guerre civile en Syrie s’est compliquée avec la politique de prédation de Daech qui aurait peut-être utilisé du chlore contre les Kurdes, Bachar El-Assad redevient un interlocuteur régional possible. Il s’agit de realpolitik, Assad semble devoir survivre à cette crise majeure que traverse son pays, il apparait aussi comme un danger bien moindre que l’EI, voire il serait même une partie de la solution dans cette région. La France n’est pas sur la même ligne concernant Bachar El-Assad (même si Washington reste indécis sur la conduite à suivre) comme elle émet de fortes réserves concernant le dialogue entre Washington et Téhéran concernant le dossier nucléaire.

La Grèce est à court d’argent


Alors que 71% des Allemands ne font pas confiance au gouvernement d’Alexis Tsipras pour mettre en œuvre des réformes, Athènes doit faire face à des échéances de prêt : 1,25 milliards d’euros à rembourser au FMI pour la fin du mois de mars, et près de 5 milliards d’euros de prêt à court terme à honorer pour le mois d’avril. Le premier ministre plaide pour une restructuration de la dette de son pays.

Jean-Claude Juncker essaie de temporiser entre Athènes et Berlin car le ton monte entre les deux capitales. Wolfgang Schäuble, le ministre allemand des finances, évoque à voix haute un « grexident », une sortie par accident de la Grèce de l’euro, alors qu’Athènes réclame des réparations à Berlin au titre de la Seconde Guerre mondiale... Les relations sont des plus tendues...

L’Ukraine obtient de l’aide


Le Fonds monétaire international (FMI) adopte un programme de prêt de 15,5 milliards d’euros sur quatre années alors que Kiev a annoncé la baisse du montant des retraites et le triplement du prix du gaz. L’agence Moody’s estime pourtant que le défaut de paiement de l’Ukraine est très probable.

Une Union européenne moins attractive ?


L’Islande vient de retirer sa candidature à l’entrée dans l’Union européenne, après avoir lancé le processus de candidature en 2009.

Au Royaume Uni, l’idée d’un referendum sur la sortie de l’archipel de l’Union européenne progresse. Le leader de l’Ukip, Nigel Farage, veut négocier son rapprochement avec les conservateurs – les tories – en vue des élections législatives du mois de mai. Une étude menée par Open Europe évalue la sortie de l’Union européenne à 2.2% de perte pour le PIB britannique sur une période d’environ 10 ans qu’il faudrait compenser en ouvrant plus largement le pays y compris à l’immigration.

La montée du péril jihadiste ne remet pas en cause la dissuasion nucléaire.


Les guerres en Syrie, au Sahel, en Irak, la guerre de « basse intensité » en Ukraine, la multiplication des attentats terroristes posent de nouveaux stratégiques. La dissuasion nucléaire, n’est a priori pas adaptée à ces dangers.

3/2015 Actualité internationale
Carte de l’Iran entouré de 4 puissances nucléaires
Cliquer sur la vignette pour agrandir la carte. Israël, la Russie, le Pakistan et l’Inde disposent de l’arme nucléaire. AI n°60

Carte extraite d’un article d’Alternatives internationales, M-O. L’effet de la bombe

Neuf pays détiennent cette arme, outre les membres permanents du conseil de sécurité de l’ONU, trois autres ont déclaré publiquement la détenir (Inde, Pakistan, Corée du Nord) et un autre s’en est gardé (Israël). En fait, les grandes puissances modernisent leur arsenal nucléaire qui permet de conserver une supériorité stratégique sur un adversaire qui en est dépourvu. L’arme nucléaire demeure aussi un fort marqueur du statut géopolitique du XXIème siècle.

Israël à l’heure des élections


Les élections israéliennes ont été remportées, de façon non prévues, par le Likoud de B. Netanyahu. Sa formation rafle 30 sièges alors les travaillistes n’en recueillent que 24. Il forme donc un gouvernement « Bibi IV ».

Singapour perd son père fondateur.


Lee Kuan Yew vient de mourir. Il a transformé la cité-Etat de Singapour en « dragon » d’Asie. Il a misé sur l’éducation, les « vertus asiatiques », le capitalisme et a transformé ce petit Etat – 800 km2 pour 5 millions d’habitants - en leader régional. Ce « miracle » économique a un revers, des libertés corsetées, une absence de démocratie, mais le droit est respecté ce qui permet un meilleur climat pour les affaires.

Un accord sur le Nil


L’Egypte, le Soudan et l’Ethiopie ont trouvé un accord sur la gestion des eaux du Nil, fleuve international. Il s’agit d’un accord sur la construction du barrage Renaissance en Ethiopie, il sera le plus grand barrage du continent africain quand il sera mis en activité en 2017.

En France, les élections s’enchaînent et se ressemblent


Les élections cantonales ont été très largement reportées par la droite qui récupère les deux tiers des départements. La gauche perd 25 départements - y compris des bastions de la gauche comme le Nord, la Corrèze du président, l’Essonne du premier ministre ou les Bouches du Rhône - et n’en gagne qu’un seul (la Lozère). Il s’agit de la troisième défaite électorale en un an après la cinglante défaite aux municipales (mars 2014) et aux élections européennes (mai 2014). Les élections régionales de décembre 2015 ne s’augurent pas bien pour la majorité au pouvoir.

Ces élections confirment l’ancrage territorial du Front national, 62 conseillers départements sont élus sous cette étiquette, mais aucun département n’est remporté contrairement à ce qui était pressenti. Erreur d’appréciation statistique, « réflexe républicain », manipulation politique ? Le jeu politique s’est clairement recentré autour du Front national qui est devenu l’épouvantail de la gauche comme de la droite et du centre.

Fin des quotas laitiers


C’est la fin historique des quotas laitiers en Europe communautaire pour faire face à la hausse de la demande mondiale. Ces quotas ont été établis dans les années 1980 pour lutter contre la surproduction qui alourdissait le coût de fonctionnement de la politique agricole commune (PAC). Cette nouvelle fait le bonheur des producteurs d’Europe du Nord aux grandes exploitations, par contre les petits producteurs laitiers français craignent une baisse des prix d’achat et donc leur disparition à terme. Cela relance les débats sur les projets de « fermes des milles vaches », dans lesquelles les coûts de production sont plus bas.

Copyright Mars 2015-Degans/Diploweb.com


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