2/2015 Actualité internationale
Synthèse de l’actualité internationale de février 2015

Par Axelle DEGANS, le 1er mars 2015  Imprimer l'article  lecture optimisée  Télécharger l'article au format PDF

Professeur de chaire supérieure. Agrégée d’histoire, notamment co-auteure de Un monde multipolaire. Géopolitique et géoéconomie, Coll. CQFD, Paris, Ellipses, 2014 ; et Les grandes questions internationales, Paris, Studyrama 2013. Professeure d’histoire, de géographie et de géopolitique en classes préparatoires économiques et commerciales au Lycée Dessaignes (Blois).

Voici une synthèse de l’actualité internationale de février 2015 qui sera fort utile à tous ceux qui veulent disposer d’un point de l’actualité géopolitique ou préparent un concours. Pour ne rien manquer, le mieux est de s’abonner à notre compte twitter.com/diploweb.

Une situation tendue en Afrique centrale

DES manifestations à Kinshasa ont fait une dizaine de morts. Elles s’opposent au projet de recensement perçu comme un moyen de retarder les élections présidentielles prévues en 2016. Le président Joseph Kabila au pouvoir depuis la mort de son père en 2001 ne peut plus légalement conserver son poste. La question de la passation démocratique du pouvoir se pose ici comme dans le Burkina Faso de Compaoré.

Les Nations Unies appellent la communauté internationale à aider le Sud-Soudan dont les 2,5 millions d’habitants sont aujourd’hui menacés par la famine. L’ONU estime les besoins à près de 2 milliards de dollars.

Une Europe face à des choix cruciaux

Les négociations concernant les accords transatlantiques (TTIP) ont repris. Les pays d’Europe de l’Est, selon un sondage Eurobaromètre de la fin 2014, y sont les plus favorables. C’est bien moins vrai dans les pays de culture allemande ou en France, qui craignent que ces accords n’engendrent une dégradation des normes de qualité et de protection des consommateurs. L’espionnage dont les Européens sont victimes de la part de la NSA ne les invite pas non plus à davantage de sérénité. Bruxelles met en ligne – par souci de transparence – ses propositions : un organe de coopération conjoint de régulation (Regulatory cooperation body) concernant les secteurs industriels, des services et de la finance.

Les accords de Minsk II ont pour objectif d’établir un cessez-le-feu en Ukraine entre Kiev et les séparatistes pro-russes et de définir une ligne de démarcation, nouvelle frontière interne à l’Ukraine, frontière qui ne sera plus contrôlée par l’OSCE. Cet accord prévoit aussi que Kiev continue à verser les traitements des fonctionnaires et retraites dans la région contrôlée par les séparatistes, est-ce le prélude à un futur retour dans le giron ukrainien (après négociations d’un nouveau statut) pour cette région du Donbass ou l’incapacité des séparatistes à prendre en charge ces dépenses ? Dans les faits, un tiers des régions de Donetsk et Lougansk ne sont plus maitrisées par le gouvernement de Petro Porochenko, l’économie ukrainienne est presque ruinée, l’économie russe subit de plein fouet les sanctions occidentales et l’Union européenne a perdu un partenaire économique important à sa frontière orientale. Le FMI accorde une nouveau prêt à Kiev de plus de 17 milliards d’euros sur 4 ans, Washington et l’Union européenne accordent chacune un prêt de 2 milliards d’euros. Les séparatistes pro-russes ont depuis fini la conquête de Debaltsevo qui relie les régions de Lougansk et Donetsk. Ce conflit a déjà provoqué plus de 5 000 morts et rien n’indique que ces accords négociés entre F. Hollande, A. Merkel, V. Poutine et P. Porochenko puissent réellement mettre fin ce conflit. Celui-ci interroge directement les Européens sur leur politique de voisinage et le partenariat oriental.

Le nouveau gouvernement grec d’Alexis Tsipras a affirmé sa proximité avec Moscou.

Le nouveau gouvernement grec d’Alexis Tsipras a affirmé sa proximité avec Moscou. La guerre à nos frontières orientales met l’Union européenne sous pression. La demande de renégociation de sa dette (avec un « programme relai » pour refinancer les banques grecques), se déroule dans un climat très tendu, car la Grèce demande des indemnités de guerre ainsi que le remboursement d’un prêt (environ 11 milliards d’euros) qu’elle a été obligée de concéder à l’Allemagne nazie en 1942 ; Berlin y a opposé une fin de non-recevoir. Athènes obtient de l’Eurogroupe que le programme d’aide qui devait normalement prendre fin le 28 février 2015 soit allongé de 4 mois pour qu’elle puisse toucher une nouvelle tranche. En échange, elle met en place un programme de lutte contre la fraude fiscale et la corruption et s’engage à mettre en place de nouvelles privatisations et à ne pas augmenter le salaire minimum. Certains pays, comme les pays baltes, qui ont fait beaucoup d’efforts et sont plus pauvres que la Grèce voient ces négociations d’un mauvais œil. Beaucoup de députés allemands ont eu du mal à accepter ce nouveau plan pour la Grèce que seuls 21% des citoyens allemands approuvent, selon un sondage. Mais un Grexit couterait, selon un institut de conjoncture allemand IFO, 80 milliards d’euros à l’Allemagne et 60 à la France (presque 1 000 euros par Français).

La Grèce a un nouveau président, le conservateur Prokopis Pavlopoulos.

Un mois après les attentats de Paris, l’Union européenne est de nouveau frappée par une attaque jihadiste, cette fois-ci à Copenhague. Un terroriste, né sur le sol danois, a tué deux personnes. Il voulait, semble-t-il, reproduire l’attaque de Charlie Hebdo. L’ensemble des pays européens ont témoigné de leur solidarité avec les Danois. Cette nouvelle agression repose la question de la sécurité en Europe, puisqu’elle est devenue l’une des principales cibles des jihadistes, mais aussi de la capacité européenne à prendre en main sa défense dans un contexte de plus d’une décennie de démilitarisation.

La France reste attachée à la dissuasion nucléaire

Le président F. Hollande, dans son discours d‘Istres réaffirme l’attachement de la France à la dissuasion nucléaire selon les principes de suffisance – la France n’a pas les moyens de se doter d’un vaste arsenal – et de complémentarité – maintenir la composante aérienne pour une première frappe précise et une composante maritime, les SNLE prévus pour une frappe de riposte – pour que la France conserve son autonomie dans ce domaine.

Les ambiguïtés saoudiennes

L’ancien sénateur Bob Graham évoque dans un rapport de 28 pages le financement des attentats du 11 septembre 2001 par le gouvernement saoudien de l’époque. Ce rapport n’est pas déclassifié pour des « raisons de sécurité nationale ». La polémique surgit après les attentats de Paris (7, 8, 9 janvier 2015) et le déplacement de B. Obama à Riyad – alors qu’il ne s’est pas rendu à Paris – pour rencontrer le nouveau roi. Les priorités de Washington apparaissent ici clairement.

Le roi Salman marque le début de son règne par la poursuite d’une politique de pétrole au prix très bas (initié dès mi-novembre 2014 par son prédécesseur le roi Abdallah, décédé fin janvier 2015) ce qui ne l’empêche pas d’offrir une prime de deux mois de salaires aux fonctionnaires comme aux retraités.

A l’heure où Riyad voit les périls s’accumuler à ses portes (progressive affirmation de l’Iran, chaos au Yémen, Daesh en Irak, en Syrie et aujourd’hui en Libye) le roi Salman n’aura qu’une étroite marge de manœuvre pour réformer son royaume. La situation y est très délicate.

Le Nigéria, épicentre de déstabilisation de l’Afrique de l’Ouest

Boko Haram frappe en pleine campagne pour les élections présidentielles, élections reportées au 28 mars 2015 (voir plus bas) du fait de l’impossibilité d’organiser le scrutin dans trois Etats du Nord du pays – Adamawa, Borno, et Yobe – comme de l’instabilité partout ailleurs. Boko Haram serait responsable de la disparition de plus de 15 000 personnes et du déplacement d’au moins un million d’autres Nigérians. Aucun leader politique ne semble s’imposer dans ce géant démographique africain de plus de 180 millions d’habitants

L’armée tchadienne après être intervenue contre les jihadistes au Cameroun, est intervenue sur le sol du géant nigérian à Gambaru, après que l’Unité africaine ait fait pression en ce sens sur Abuja. Les jihadistes multiplient les actions, y compris désormais au Niger. Une force internationale composée de plus de 8 000 soldats béninois, camerounais, nigérians, nigériens et tchadiens s’organise.

Déjà miné par la guérilla menée par Boko Haram, le Nigéria est déstabilisé par la baisse des cours du pétrole qui reste sa principale ressource (80% de ses recettes). Le Nigéria fait appel à l‘aide des Etats-Unis.

Daesh continue à étendre son ombre

Le terrible assassinat du pilote jordanien a profondément choqué le royaume hachémite et provoqué une condamnation sans appel de la part de la prestigieuse institution al-Azhar, ceux des deux ressortissants japonais a profondément ému l’archipel et y alimente une réflexion pour une modification constitutionnelle concernant les conditions d’utilisation de son armée... ce qui est source d’inquiétudes chez le voisin chinois. En Syrie, EI a enlevé 220 chrétiens assyriens dans la région d’Hassaké, continuant à faire régner la terreur.

La Lybie plonge encore davantage dans le chaos. Il n’y a plus d’unité réelle du pays divisé entre le parlement internationalement reconnu qui est replié sur Tobrouk à l’Est et la capitale Tripoli où les milices islamistes s’entredéchirent. Le sud du pays est une zone de trafic d’armes, de drogue et d’être humains où les milices touboues soutiennent le gouvernement de Tobrouk. Les touaregs eux sont divisés. Daesh revendique en outre l’assassinat de 21 coptes égyptiens venus travailler en Libye. Le Caire a envoyé ses F 16 mener une frappe de représailles à Derna (à 1 800 km à l’est de la capitale). Les Européens – Italiens en tête – sont très inquiets du chaos en Libye, à quelques encablures de leurs côtes et du trafic de migrants qui allonge la déjà longue liste des disparus en mer.

2/2015 Actualité internationale

La France envoie son porte-avions Charles de Gaulle pour lutter contre EI, s’engageant ainsi plus en avant dans la lutte contre le jihadisme aux côtés des Etats-Unis.

Une vente historique de Rafales...

La France vend 24 Rafales ainsi qu’une frégate à l’Egypte du maréchal al-Sissi pour une somme de 5,2 milliards d’euros. Il s’agit du premier contrat à l’exportation pour l’avion de chasse de la firme Dassault, après une déconvenue récente au Brésil et d’interminables tractations avec l‘Inde (qui outre des transferts de technologies veut obtenir une garantie pour des appareils fabriqués sur le sol indien). Il s’agit d’un contrat négocié en un temps record (5 mois), facilité par la garantie offerte par la Coface pour plus de 2 milliards d’euros et un prêt accordé par des banques françaises.

Les mauvaises relations entre Al-Sissi et B. Obama ne sont probablement pas étrangères au choix du Rafale.

Dans un contexte où l’Egypte se retrouve face au développement du terrorisme jihadiste dans le désert du Sinaï et à ses frontières en Libye, l’Egypte veut renouveler son aviation de combat. Les mauvaises relations entre Al-Sissi et B. Obama ne sont probablement pas étrangères au choix du Rafale, même si l’armée égyptienne avait déjà acheté français auparavant (Alpha-jet, Mirage 2 000).

Il s’agit donc de la première vente à l’étranger du Rafale... en trente ans malgré ses grandes qualités d’avion de combat. C’est indispensable pour que Dassault puisse espérer en vendre d’autres à l’exportation (d’où les facilités financières) et financer ainsi son successeur.

Paris estime que cette vente soutient Le Caire dans sa lutte contre le terrorisme.

Des attentats en Egypte

La Caire est frappé par l’explosion de cinq bombes tuant une personne et en blessant au moins 8 autres.

En Asie...

En Birmanie, la junte militaire s’oppose à une rébellion au nord du pays, réactivant un ancien conflit entre le pouvoir et les minorités Kobang. Plus de 30 000 personnes ont fuit les combats qui se déroulent non loin de la frontière chinoise.

F. Hollande est en visite aux Philippines où il espère renforcer un partenariat avec la France. Ce voyage a aussi pour but de lancer un appel à la lutte contre le réchauffement climatique dans la perspective de la conférence de Paris en décembre 2015, dans un archipel très exposé aux typhons comme celui d’Haiyan (décembre 2013).

L’Indonésie du nouveau président Jokowi a enregistré, selon la Banque mondiale, une croissance de 5% en 2014 et peut espérer une croissance de 5.5% en 2015. Le nouveau président indonésien doit investir dans les infrastructures pour pérenniser la croissance de son pays, handicapé actuellement par la baisse du cours des matières premières.

Copyright 28 février 2015-Degans/Diploweb.com


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