1/2015 Actualité internationale
Synthèse de l’actualité internationale de janvier 2015

Par Axelle DEGANS, le 31 janvier 2015  Imprimer l'article  lecture optimisée  Télécharger l'article au format PDF

Professeur de chaire supérieure. Agrégée d’histoire, notamment co-auteure de Un monde multipolaire. Géopolitique et géoéconomie, Coll. CQFD, Paris, Ellipses, 2014 ; et Les grandes questions internationales, Paris, Studyrama 2013. Professeure d’histoire, de géographie et de géopolitique en classes préparatoires économiques et commerciales au Lycée Dessaignes (Blois).

Voici une synthèse de l’actualité internationale de janvier 2015 qui sera fort utile à tous ceux qui veulent disposer d’un point de l’actualité géopolitique ou préparent un concours. Pour ne rien manquer, le mieux est de s’abonner à notre compte twitter.com/diploweb.

Vous trouverez en pied de page le lien vers les synthèses annuelles des Actualités internationales.

Les pays baltes à l’honneur

La Lituanie est devenue au 1er janvier 2015 le 19ème pays à adopter l’euro, après l’Estonie en 2011 et la Lettonie en 2014. Sa monnaie, le Litas, y était déjà arrimée depuis 2002.

La Lettonie assume la présidence de l’Union européenne pour 6 mois, 1 an après avoir adhéré à l’euro. Elle doit accueillir le prochain sommet sur le partenariat oriental avec les ex-républiques soviétiques de Biélorussie, Ukraine, Moldavie, Géorgie, Arménie et Azerbaïdjan. Elle doit aussi mettre sur les rails le plan Juncker...

Croatie : élection de Mme Grabar-Kitarovic à la présidence

Le 28e membre de l’Union européenne, la Croatie, vient de renouveler son exécutif choisissant d’élire la candidate conservatrice – qui est la première femme de la région à être élue à la magistrature suprême – face au président sortant social-démocrate pénalisé par son bilan économique.

Le Luxleaks agite le grand Duché et l’Union

Ce sont des révélations sur les politiques d’optimisation fiscale dont profitent les très grandes entreprises qui sont à l’origine d’une commission d’enquête. Il faut dire qu’il n’y a pas d’harmonisation fiscale au sein de l’Union qui est donc un espace de dumping fiscal. Celui-ci s’est développé notamment quand Jean-Claude Juncker était aux commandes du grand Duché. Les grands partis du Parlement européen n’ont pas voulu mener une action contre le président de la Commission, l’action est portée par les Verts et la gauche radicale, ils pourraient être rejoints par les Europhobes et quelques députés du PPE (conservateur).

Le 7 janvier 2015 la France est frappée par l’horreur ...

La France est frappée par un lâche attentat - 11 personnes sont assassinées dans les locaux de Charlie hebdo dont les dessinateurs Cabu (76 ans), Wolinski (81 ans), Honoré (74 ans), Tignous et Charb, l’économiste Bernard Maris (« Oncle Bernard », 68 ans), des policiers... – en pleine journée au cœur de sa capitale. A la différence des précédents attentats qui ont ensanglanté dans les années 1980 et 1990, ceux-ci ont été perpétrés non pas par des terroristes internationaux (Carlos...) mais des Français scolarisés au sein de l’école républicaine. Ce ne sont pas des attentats aveugles – pas plus que la tragique prise d’otages dans une supérette casher le 9 janvier 2015 – mais des actes qui ciblent l’identité française, ses libertés – dont la liberté de penser, de conscience et d’expression – c’est-à-dire ce qu’elle mis plusieurs siècles à construire. Ces attentats commis par des terroristes qui ont bénéficié d’un entrainement dispensé aux jihadistes, témoignent d’un obscurantisme qui grandit jusqu’en France.

A la condamnation politique unanime – quelque soit le bord politique – à celle des autorités religieuses – quelque soit la religion – répond une formidable manifestation qui a réuni 3,7 millions de personnes à travers le pays pour dénoncer la barbarie. Il ne faut cependant pas y voir la manifestation de toute la France unie (« Je suis Charlie »), mais la mobilisation forte d’une partie de la population (qui d’ailleurs ne connaissait pas forcément Charlie Hebdo). Une autre ne se reconnait pas dans Charlie Hebdo, et un profond clivage existe. Ces attentats risquent de les amplifier, de dresser une population contre une autre, c’est peut-être leur objectif à moyen et long terme, que participer au délitement de la cohésion nationale.

... ces événements ont des échos internationaux

De nombreux chefs d’Etat ont fait le déplacement pour participer – aux côtés de François Hollande au défilé parisien en hommage aux 17 victimes du terrorisme. Le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker, Donald Tusk président du Conseil européen et Martin Schultz président du Parlement européen ont ainsi témoigné leur solidarité avec la France endeuillée comme Angela Merkel, David Cameron, Matteo Renzi, le président malien Ibrahim Boubacar Keita, le roi Abdallah de Jordanie, le palestinien Mahmoud Abbas, l’israélien Benjamin Netanyahou.... Un rassemblement historique pour défendre les libertés et la démocratie où la représentation américaine fait pâle figure.

La semaine suivante d’autres manifestations sont organisées à travers le monde pour dénoncer les nouvelles caricatures de Charlie hebdo, faisant 5 morts au Niger où une quarantaine d’églises sont détruites (on ne peut pourtant accuser Charlie hedbo d’être un représentant ou un défenseur de la foi chrétienne...), des manifestations anti-Charlie mais aussi anti-françaises se déroulent au Sénégal, en Algérie, en Indonésie, au Pakistan, en Afghanistan où l’on brûle des drapeaux français devant les caméras... une guerre de communication a lieu à l’échelle de la planète, les fondamentalistes musulmans parvenant à mobiliser les populations.

L’Orient est sous forte tension

Les mouvements jihadistes se livrent une sanglante compétition. Daech est né d’Al-Qaida en Irak, mais au contraire de Daech qui se concentre dans une vaste opération au Proche-Orient, Al-Qaida multiplie les foyers terroristes. Il n’existe d’ailleurs pas d’ « internationale du jihadisme », Daech et Al-Qaiada sont en forte compétition, ce qui se traduit par une surenchère des actions dont peut-être Paris a fait les frais. Les Kurdes ont repris Kobané à Daech, qui a aussi reculé à Diyala en Irak, mais conserve la pétrolifère Mossoul.

Agé de 91 ans et en mauvaise santé, le roi Abdallah, fils de Ibn Saoud est mort le 23 janvier. Après un règne de 20 ans, il avait succédé au roi Fadh qui l’avait lui-même associé au pouvoir. Son demi-frère Salman (79 ans), déjà associé au pouvoir, lui succède. Les défis sont nombreux : l’affirmation de l’Iran, voisin détesté, des relations sulfureuses avec les jihadistes qui lui reprochent sa participation à l’opération Chammal contre l’EI, une économie très dépendante des hydrocarbures.

Le Yémen risque de sombrer dans l‘anarchie : président et gouvernement ont démissionné. Sanaa est sous le contrôle des milices chiites houthies. Le danger d’un « Etat failli » est réel deux ans après le départ du président Saleh, alors que le voisin saoudien ne se gêne pas pour intervenir contre des chiites qu’il estime soutenus par Téhéran, ce pays est aussi l’épicentre d’une violence entretenue par Al-Qaida dans la péninsule arabique (AQPA).

En Libye, c’est déjà l’anarchie. Le gouvernement -siégeant à Tobrouk- d’Abdullah al-Thinni reconnu par la communauté internationale réclame des armes en toute urgence pour l’armée libyenne afin de combattre un autre gouvernement adossé aux milices islamistes Fajr Libya qui ont pris Tripoli cet été. Entre les deux, le pays est livré à la violence de milices plus ou moins proches de l’islam radical et de telle ou telle tribu. Les voisins tchadien et nigérien appellent à une intervention internationale pour éviter un phénomène de contagion. Paris est très réticent

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Carte de la Libye, zones d’influence des deux camps, décembre 2014
Cliquer pour agrandir la carte. Source : Alternatives internationales, n°65, décembre 2014, p. 50.

L’Europe et l’Allemagne face au défi de l’immigration

En Allemagne, la chancelière Angela Merkel s’inquiète des manifestations contre « l’islamisation de l’Occident » - les marches Pediga comme à Dresde - et déclare que « l’immigration est un gain pour nous tous ». Il faut rappeler que l’Allemagne est en situation de dépopulation, avec un taux de fécondité de 1,4 enfants par femme et plus d’1/5ème de la population âgée de plus de 65 ans. L’Office fédéral des migrations et des réfugiés évalue à 230 000 les demandes d’asile pour 2015.

A peine 48 heures après avoir sauvé le 31 décembre 900 migrants dans un cargo à la dérive dans l’Adriatique, la marine italienne doit prendre le contrôle d’un autre bateau en perdition avec à bord 450 migrants.

Fin de l’intervention militaire de l’OTAN après 13 ans de guerre

Les troupes américaines et françaises quittent le sol afghan. La France a mobilisé jusque 70 000 militaires et déplore la mort de 89 d’entre eux. L’Afghanistan reste un pays très instable, très corrompu, violent où la drogue a phagocyté l’économie. Le nouveau gouvernement doit prendre en main l’avenir du pays, soutenu par l’aide internationale.

Le Sri Lanka renouvelle son exécutif

Le président en exercice Mahinda Rajapakse (accusé d’avoir laissé se développer la corruption et soupçonné d’enrichissement personnel) a perdu les élections face à son ministre Maithripaia Sirisena qui a promis des réformes et du changement. Reste à voir s’il pourra tenir ses promesses.

Au Nigéria, rien ne va plus ... ses voisins sont très inquiets.

Boko Haram continue sa campagne de terreur qu’il associe à une efficace campagne de communication. Il a utilisé ce mois-ci une fillette d’une dizaine d’année comme kamikaze dans un marché très fréquenté de Maiduguri. Cette organisation aurait assassiné plusieurs milliers de personnes – mais une guerre des chiffres existe- rasant des dizaines de villages au nord-est du pays dans la région de Baga à la frontière avec le Cameroun. Ce dernier a repoussé une offensive de Boko Haram, ce qu’est incapable de faire l’armée nigériane. En pleine élection présidentielle, le Nigéria – géant démographique africain – est incapable d’assurer l’autorité de l’Etat et la sécurité sur la partie septentrionale de son territoire. Seules les armées tchadiennes auraient la capacité de s’opposer à Boko Haram qui veut établir un califat par une violence extrême qui a poussé plus de 100 000 personnes à fuir la région. Alors que John Kerry rencontre le président Jonathan Goodluck à Lagos, Boo Haram mène une double offensive au Nord notamment contre la capitale de l’Etat de Borno.

La BCE tourne le dos à l’austérité

La BCE injecte près de 1 100 milliards d’euros (10% du PIB de la zone euro) à travers un plan massif de rachat des dettes souveraines – un « QE » ou quantitative easing - pour stimuler l’économie et faire baisser l’euro et ainsi favoriser les exportations. Etats-Unis, Royaume-Uni et Japon ont déjà utilisé cette méthode avec plus (les Etats-Unis) ou moins (le Japon) de bonheur, Berlin était résolument contre.
Pas de solution magique...

A l’Est rien de réjouissant...

La société Gazprom qui livre en gaz une bonne partie de l’Union européenne via l’Ukraine, un corridor énergétique, veut livrer son gaz à partir de la Turquie. Il s’agit de contrer l’Europe de l’énergie, et de répondre à Bruxelles qui a établi des sanctions contre la Russie ce qui dégrade très sensiblement la situation économique à Moscou.

L’inflation a frôlé les 11.5% en Russie en 2014, du fait de l’effondrement du rouble, elle a accusé une fuite de capitaux d’environ 150 milliards de dollars ce qui fragilise grandement sa situation économique. La Banque européenne de reconstruction et de développement estime que le PIB russe pourrait se contracter de 5% pour l’année 2015. La crise russe ne peut qu’avoir des répercutions sur ses partenaires européens.

La situation continue à se dégrader dans une Ukraine au bord de la faillite, elle appelle le FMI à l’aide au moment où les pro-russes mènent une offensive dans l’est du territoire : ils ont pris l’aéroport de Donetsk et les combats se concentrent autour de Marioupol a bord de la mer d’Azoz.

... Au sud la Grèce change d’orientation

Les élections grecques ont été remportées par la gauche radicale de Syriza qui remporte plus d’un tiers des suffrages. Le parti d’Alexis Tsipras a axé sa campagne sur le refus de l’austérité dans un pays où la dette représente 173% du PIB, où plus du quart de la population vit sous le seuil de pauvreté. Le nouveau gouvernement, qui repose sur une alliance avec la droite souverainiste, doit renégocier sa dette auprès de ses créanciers européens. Il a annoncé qu’il ne consentirait pas à de nouvelles sanctions contre Moscou, son allié.

La Chine un géant empêtré

Les prévisions du FMI font de la Chine 2014 la première puissance économique en parité pouvoir d’achat (PPA), une révolution ! Et pourtant...

Le vieillissement accéléré d’une Chine qui menace d’être vieille avant d’être riche inquiète les autorités ; l’indice de fécondité est de 1,7 enfant par femme sur les cinq dernières années, les générations ne sont donc plus renouvelées. La politique de l’enfant unique a déjà été amendée, et depuis 2014 si l’un des parents est enfant unique le couple peut désormais avoir deux enfants. Pourtant les demandes d’autorisation pour avoir un deuxième enfant sont bien moins nombreuses qu’attendues. Cela interroge le désir d’enfant et le coût de son éducation en milieu urbain.

Pourtant les performances économiques chinoises ne sont plus ce qu’elles étaient il y a seulement quelques années. Le ralentissement du commerce extérieur – une baisse des importations de 0,6% sur l’année 2014 - trahit un ralentissement plus général de la croissance économique chinoise.

Kaisa un géant de l’immobilier risque de ne pas être en mesure de faire face à sa dette. Cette possibilité relance les doutes concernant la bulle immobilière qui a grossi dans la Chine de la croissance. Elle renvoie aussi à la corruption omniprésente dans le pays, un fléau de la Chine.

Elle utilise ses terres rares (23% des ressources mais 97% des exportations mondiales) comme une arme économique notamment dans son bras de fer avec le Japon au sujet des Senkaku. Ces terres rares sont indispensables à tous nos objets connectés, à l’informatique, à la fabrication des moteurs hybrides, des panneaux photovoltaïques, des éoliennes, des lasers, des avions et fusées, des armes sophistiquées... bref ce sont des matières stratégiques pour nos économies du XXIème siècle, et donc nos emplois. Le quasi monopole chinois est devenu très désagréable car elle exerce une « rare earths power ». Le Japon, les Etats-Unis et l’Union européenne portent plainte à l’OMC contre la politique de la Chine. L’OMC condamne ces pratiques, Pékin finit par lever ses quotas les remplaçant par des licences d’exportation.

L’administration de Xi Jinping continue son opération « mains propres ». Le patron du contre-espionnage chinois – Ma Jian – vient d’être arrêté pour corruption passive. La seule année 2014 a vu la sanction de 23 000 cadres du PCC.

Un rapprochement Washington-New-Delhi qui déplaît fortement à Islamabad.

Barack Obama a rendu une visite historique à New Delhi que dirige désormais Narenda Modi : le partenariat de ces deux pays a été annoncé essentiel pour le XXIème siècle. Il s’agit d’un renversement d’alliance en Asie du Sud car le Pakistan – Etat peu stable - est devenu un allié problématique pour Washington dans la région, mais l’Inde apparaît comme un pôle stabilisateur et se vante d’être la « plus grande démocratie du monde ».

Le scandale des subprimes

Au Etats-Unis, l’agence de notation Standard and poor’s est poursuivie par le département de justice ainsi que l’« attorney géneral » pour avoir trompé les acheteurs de produits financiers hypothécaires – les subprimes – en leur donnant une note de qualité totalement injustifiée. Les autorités américaines ont dû sauver de la faillite les assureurs de prêts Freddie Mac et Fanny Mae en injectant plusieurs centaines de milliards de dollars. Standard and Poor’s négocie pour solder le contentieux : l’agence doit payer 1,37 milliards au département de justice américaine, 58 millions de dollars au gendarme de la bourse (la SEC), 12 millions de dollars à l’Etat de New York et 7 à celui du Massachussetts.... Amende record, certes, mais dont le montant est très loin des dommages commis.

Un pétrole en baisse

Le cours du baril du pétrole continue sa baisse entamée en 2014. Côté encore à plus de 110 dollars en juin 2014, il s’échange désormais autour de 45 dollars, la baisse pourrait encore continuer. Le marché est devenu offreur du fait de la décélération de la croissance économique chinoise, et donc un fléchissement de la demande, au moment où l‘Arabie saoudite augmente sa production pour préserver ses parts de marché menacées par les producteurs de pétrole de schiste – et gêner l’Iran. L’attitude similaire de la Russie pour faire face aux sanctions économiques occidentales accentue encore le phénomène.

C’est une bonne nouvelle pour les pays européens qui dépendent de leurs importations de pétrole, la contrainte extérieure s’allège pour eux. C’est le contraire pour des pays comme l’Algérie et surtout le Venezuela déjà en mauvaise posture et terriblement dépendant de leurs exportations d’or noir.

Copyright 31 janvier 2015-Degans/Diploweb


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