09/2013 Actualité internationale

Par Axelle DEGANS, le 30 septembre 2013  Imprimer l'article  lecture optimisée  Télécharger l'article au format PDF

Agrégée d’histoire, co-auteure de Les grandes questions internationales, éd. Studyrama 2013 et auteure du livre Les pays émergents : de nouveaux acteurs, Ed. Ellipses, collection CQFD, 2011. Professeure d’histoire, de géographie et de géopolitique en classes préparatoires économiques et commerciales au Lycée Dessaignes (Blois).

Synthèse de l’actualité internationale de septembre 2013 qui sera fort utile à tous ceux qui veulent disposer d’un point de l’actualité géopolitique ou préparent un concours. Le Diploweb se tiendra à leur côté durant les prochains mois. Pour ne rien manquer, le mieux est de s’abonner à notre page facebook.com/geopolitique ou notre compte twitter.com/diploweb.


Les grandes oreilles, suite…et fin ?


Le Brésil de Dilma Rousseff s’indigne de l’espionnage organisé par la NSA (des courriels de la présidente auraient été lus). Celui-ci est politique mais aussi économique car la société Petrobras, fierté nationale, n’y aurait pas échappé. De quoi susciter l’ire du jaguar latino-américain. La présidente attend des explications de la part de B. Obama qu’elle devrait rencontrer lors d’une visite officielle aux Etats-Unis.

Une nouvelle Détente, cette fois entre les Etats-Unis et l’Iran ?


Une détente des relations s’observe entre Washington et Téhéran. Hassan Rohani, récemment élu en Iran, fait libérer 11 prisonniers politiques, condamne, à la tribune de l’ONU, tous les génocides, y compris celui perpétré par les nazis contre les Juifs. Il adopte un discours moins antioccidental que son prédécesseur, et une rencontre pourrait avoir lieu avec B. Obama à l’ONU, ce qui serait une première depuis 1977. Détente ou guerre fraîche ? Encore une histoire de téléphone puisque les deux présidents se sont téléphoné alors que le président iranien roulait vers l’aéroport…

5 ans après le séisme économique de 2008


Le 15 septembre 2008, la banque Lehman Brother fait faillite et les autorités américaines décident de laisser faire, laisser aller… Cinq ans déjà.

L’Europe est l’une des principales victimes de cette crise financière qui a déstabilisé la zone euro. Les économies européennes restent fragiles, même si les situations ne sont pas identiques de Berlin à Rome, de Bruxelles à Athènes, ou de Madrid à Paris. Les taux de chômage sont effrayants en Espagne, au Portugal, en Grèce où ils concernent environ un quart de la population active, près de la moitié des jeunes. Les balances commerciales sont négatives et les taux d’endettement sont inquiétants (160% du PIB en Grèce). La zone euro s’est montrée solidaire envers ses membres en difficulté sous condition de réformes structurelles. La modération salariale permet ainsi à l’Espagne d’exporter davantage… au détriment de ses partenaires commerciaux européens. Les fruits des réformes sont amers.

L’économie américaine se redresse, elle, grâce à l’exploitation des gaz de schistes qui modère la note énergétique et relance l’activité économique, les inégalités ont, elles, beaucoup progressé. Elles se sont atténuées entre la Seconde Guerre mondiale et le début du premier mandat de R. Reagan, puis se sont accentuées. Elles progressent sous l’administration de B. Obama pour atteindre en 2012 leur niveau de 1928, juste avent le fameux krach. Les 10% les plus riches accaparent plus de 50% de la richesse nationale. Sous l’effet de la reprise de l’activité boursière en 2009, 95% des augmentations de revenus des cinq dernières années concernent les 10% les plus riches. La montée des inégalités pose d’évidents problèmes politiques, elle est le thème principal des élections à New York.

Sommes-nous condamnés à revivre nos erreurs passées, celles de l’entre-deux-guerres ? Les similitudes sont frappantes mais gare aux amalgame... Même ivresse pour le risque et le profit boursiers, un effondrement économique qui en rappelle un autre, une politique de rigueur qui marque notre décennie comme elle avait marquée plus sévèrement encore celle des années 1930, une plus grande audience des extrémismes politiques, une zone monétaire européenne qui reste attachée à une monnaie forte (bloc or des années 1930, euro aujourd’hui) alors que les pays anglo-saxons dévaluent (ou jouent sur la baisse salariale et des coûts énergétiques plus bas aux Etats-Unis)… Mais 5 ans, ce n’est pas 20 ans. S’il nous tarde de sortir de ce contexte économique dépressif, il faut se rappeler que les crises graves s’inscrivent dans le temps en 1949, 20 ans après 1929 la prospérité se faisait attendre, mais elle est revenue plus équilibrée, plus juste et plus durable. Il reste à espérer qu’au XXIème siècle les évolutions seront plus rapides ; les autorités économiques ont déversé davantage de liquidités, instruites par les erreurs de la FED en 1929, le commerce mondial ne s’est pas effondré.

Le terrorisme reste une menace d’actualité


Les Etats-Unis ont de nouveau été le théâtre d‘une sanglante fusillade dans un bâtiment de la marine américaine.

Les chrétiens du Pakistan se sentent menacés, en particulier après l’attentat contre une église de Peshawar qui a provoqué la mort de 81 personnes.

Au Kenya, les Shebabs somaliens attaquent un centre commercial de la capitale. Le bilan est lourd au moins 61 morts. Les terroristes, dont certains vivent aux Etats-Unis, dénoncent l’intervention du Kenya en Somalie.

Que faire en Syrie ?


Il ne fait pas de doute que des gaz toxiques ont été utilisés contre la population civile le 21 août 2013. Ils l’ont très probablement été par le régime de Bachar El-assad. Son fidèle allié russe, V. Poutine, a cependant introduit le doute, offrant ainsi une porte de sortie à une communauté internationale très partagée sur une intervention armée en Syrie. Une destruction des stocks d’armes chimiques par des experts de l’ONU est même sérieusement envisagée, pendant ce temps la guerre civile continue.

Selon une enquête menée par German Marshall Fund, 62% des Américains et 75% des Européens sont contre une intervention militaire en Syrie.

L’Allemagne d’Angela Merkel


Saisissons l’occasion, à l’heure où l’Allemagne renouvelle le mandat de son chancelier, de faire un petit bilan de la situation outre-Rhin. L’Allemagne nous est présentée vertueuse et comme l’exemple à suivre, avec un taux de chômage de moitié inférieur au notre, un budget prévu en excédent en 2014, une économie motrice de l’UE.

Alors qu’elle est l’une des pionnières de la fabrication des panneaux solaires, elle choisit de sortir du nucléaire, de miser sur des énergies « vertes » : d’être un champion de la transition énergétique. Pourtant, aujourd’hui, la filière photovoltaïque est en cours de disparition (10 000 emplois perdus, faillite de Q Cells en avril 2012) sous les coups d’une concurrence chinoise effrénée qu’A. Merkel refuse de dénoncer. Le prix de l’électricité y est deux fois plus élevé qu’en France… et des mines de charbon à ciel ouvert se multiplient.

Ce champion économique européen à la conscience « verte » pratique le dumping social dans la filière de l’élevage avicole en batterie et dans les abattoirs où sont employés des Roumains payés seulement quelques centaines d’euros (pour de longues semaines de travail) et logés dans des conditions dignes du XIXème siècle. L’Allemagne est devenue un exportateur de viande grâce à une industrie dont les excès sont dénoncés par une partie de la population civile comme des autorités religieuses excédées par ce modèle de consommation à outrance.

L’absence de salaire minimum, comme les 1,5 millions d’actifs vivant avec moins de 450 euros par mois, offrent le visage d’« une autre Allemagne », celle de la modération salariale, de la précarité et donc d’un marché intérieur allemand qui ne joue pas assez un rôle d’entrainement sur les entreprises européennes.

L’Allemagne vieillit, les décès l’ont encore emporté sur les naissances en 2012, son économie reste pourtant attractive. Ceci explique qu’elle est devenue une terre d‘accueil d’une main d’œuvre peu qualifiée (depuis la Roumanie, la Bulgarie…) mais aussi d’ingénieurs, d’architectes… provenant d’Europe de l’Ouest et de plus en plus de la péninsule ibérique, voire des pays émergents. Un géant qui n’est donc pas exempt de fragilités.


Allemagne-France : des perspectives démographiques différentes

Deux graphiques, présentant les perspectives démographiques d’Eurostat éclairent les différences entre l’Allemagne et la France.

09/2013 Actualité internationale
France-Allemagne : perspectives démographiques comparées

Ce graphique est extrait d’un article de François Verluise, Retraites : l’exemple allemand ?


Les Allemands ont renouvelé leur confiance à « Mutti » qui est à la tête d’un pays qui affiche de bons indicateurs économiques mais où les inégalités ont explosé, 8 millions de travailleurs n’ont que des emplois « atypiques »… La CDU obtient 42% des voix, ce qui est un très bon score et manque de peu une majorité suffisante pour gouverner seule. Elle perd cependant son allié libéral du FDP dont le score inférieur à 5% le prive du Bundestag. A.Merkel doit négocier une alliance (avec le SPD, les Verts) ou gouverner seule ? Les tractations ont commencé. Il est, enfin, remarquable de constater que ces élections ont polarisé l’attention des membres de l’UE…

Le drame silencieux de la République centrafricaine…


Le président François Bozzizé, parvenu au pouvoir par un coup d’Etat, en a été chassé il y a quelques mois par une coalition de rebelles : Séléka. Depuis le pays vit à l’heure des pillages et exactions de tout genre. La population, terrorisée, vit en partie dans le bush près de son domicile. L’Etat est menacé d’effondrement, et les Centrafricains redoutent une « somalisation » de leur pays et se demandent pourquoi le monde les a oubliés. Seule la France et l’UE font part de leur préoccupation.


… la stabilisation politique du Mali


Bamako fête la paix retrouvée à l’occasion de l’investiture du nouveau président Ibrahim Boubakar Keïta. Le président F. Hollande y a été le premier à y prendre la parole, une manière de remercier la France pour son intervention. La France et Bruxelles ont promis au Mali un plan d’aide pour accompagner la restauration de la démocratie.

La condamnation historique de Charles Taylor


L’ancien dictateur à la tête du Libéria et responsable de l’extension de la guerre au Sierra Leone voisin où il a fait régner la terreur (assassinats, viols, enfants-soldats, mutilations…) a été condamné pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité par le tribunal de La Haye à 50 ans de prison. Une condamnation qui fera jurisprudence, et peut-être fera réfléchir quelques dictateurs.

Les pays émergents : l’alpha et l’oméga ?


Le fabricant automobile PSA souhaite, pour améliorer sa situation financière, nouer un partenariat avec le chinois Dongfeng. Il s’agit de créer une joint-venture pour conquérir les marchés émergents et mutualiser ainsi les investissements. PSA souffre de sa petite dimension, malgré le partenariat avec General Motors, de l’atonie du marché européen pénalisé par une faible croissance associée à de coûts de production élevés (mais une bonne productivité). Le sésame est-il pour autant dans une alliance avec une entreprise émergente ? L’Oréal a choisit l’Indonésie (avec sa croissance à 6%, une classe moyenne d’environ 75 millions d’individus qui grossit de plus de 6 millions de personnes chaque année…) pour y construire sa plus grande usine, Schneider Electric y a misé gros, GDF Suez y est un important fournisseur d’énergie, Renault y vend son Duster.

Les déconvenues peuvent être au rendez-vous, Danone est bien placée pour le savoir. Le non-respect de la propriété intellectuelle et le pillage des brevets et technologies d’autres firmes est un mal structurel en Chine. L’endettement de la Chine a explosé depuis 5 ans. Ces pays émergents ont de multiples faiblesses. L’Inde est ainsi confrontée à une décélération de sa croissance économique, une crise de la roupie qui n’appartient pas complètement au passé, et un risque non négligeable de crise politique. Elle doit réformer son économie, mettre fin à la corruption endémique, lutter contre les inégalités par trop criantes…

Rien n’arrête le réchauffement climatique


D’après les nouveaux calculs, l’inlandsis du Groenland aurait fondu de 215 milliards de tonnes depuis 2000, soit six fois plus vite que pour la décennie précédente. Les gaz à effet de serre seraient responsables, des pluies exceptionnelles en Australie, de la sécheresse en Afrique de l’Est, de la chaleur au printemps 2012 aux Etats-Unis. Le monde a enregistré 511 cyclones en 10 ans qui ont touché plus de 250 millions de personnes.

Le rapport du GIEC conclut à la responsabilité, voire la culpabilité, des hommes concernant l’augmentation du CO2 dans l’atmosphère, 20% de plus depuis 1958. Il annonce une augmentation du niveau des mers et océans, comme leur acidification mettant, à terme, en danger la vie marine.

Copyright Octobre 2013-Degans/Diploweb.com


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Voir une présentation d’un ouvrage auquel Axelle Degans a contribué "Les grandes questions internationales", L. Briday, A. Chaffel, P. Dallenne, A. Degans, éd. Studyrama

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