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Planisphère. Comment comprendre la Russie de V. Poutine ? Avec C. Fauconnier

Par Clémentine FAUCONNIER, Pierre VERLUISE*, le 29 septembre 2026.

Avec 17 millions de kilomètres carrés, la Russie reste le pays le plus étendu du monde. Mais c’est aussi devenu une forme d’immense trou noir où il est difficile de travailler pour les journalistes et quasi impossible pour un doctorant étranger d’y conduire une recherche universitaire. Dans ce contexte, comment comprendre la Russie de Vladimir Poutine ? Pour répondre à cette question, Planisphère a la joie de recevoir à son micro Clémentine Fauconnier, politiste et maîtresse de conférence à l’Université de Haute Alsace, auteure de « La Russie de Poutine, du tournant autoritaire à la guerre » (éd. Le Cavalier Bleu). Podcast et synthèse rédigée.

Planisphère [1]. Comment comprendre la Russie de Vladimir Poutine ? Avec Clémentine Fauconnier

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Planisphère. Comment comprendre la Russie de Vladimir Poutine ? Avec Clémentine Fauconnier. Synthèse relue et validée par C. Fauconnier

Poutine : populisme trompeur et autoritarisme conservateur

Clémentine Fauconnier met en garde contre l’usage du terme « populiste » pour qualifier Vladimir Poutine. Bien que le dirigeant russe présente certains traits associés au populisme : revendiquer une conception verticale du pouvoir, un culte du chef, et une vision simpliste du monde – l’expression est jugée réductrice et trompeuse. L’invitée lui préfère les notions d’« autoritarisme » et d’« autoritarisme conservateur », qu’elle estime plus appropriées.

Elle souligne que ce conservatisme d’État est récent, marquant un « tournant conservateur » en 2012 [2]. Auparavant, dans les années 2000, Vladimir Poutine et son entourage se définissaient comme pragmatiques et centristes, rejetant les questions idéologiques au profit de la restauration de la grandeur du pays et de l’amélioration des conditions de vie. Ce n’est qu’à partir de 2012 que les dirigeants russes ont revendiqué un programme idéologique clair, s’appuyant sur les valeurs dites traditionnelles.

Une puissance fragmentée et aux alliances nuancées

Contrairement à l’idée d’une Russie isolée ou d’un « État paria », Clémentine Fauconnier nuance son positionnement international. Elle rappelle la doctrine Primakov, élaborée avant Poutine, qui visait à faire de la Russie une puissance de premier plan dans un monde multipolaire, intégrée (via le G8, le G20 et l’OMC) mais souveraine. Après la guerre d’agression russe contre l’Ukraine en 2022, la rupture avec l’Occident devient quasi consommée, mais la Russie a redistribué ses forces et ses échanges vers l’Asie de l’Est (notamment la Chine) et le Sud global.


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Planisphère. Comment comprendre la Russie de Vladimir Poutine ? Avec Clémentine Fauconnier

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Les votes à l’ONU révèlent que les pays soutenant fermement la Russie sont peu nombreux (environ 10 %). Si la condamnation de l’invasion de l’Ukraine tend à décroître, cela ne se traduit pas par un soutien mécanique à la Russie, mais plutôt par une prudence et un attentisme, avec de nombreux pays s’abstenant ou étant absents lors des votes.

L’invitée souligne enfin que les relations de la Russie avec son « étranger proche » (les ex-républiques soviétiques) sont complexes et marquées par un recul continu de l’influence russe. Les pays Baltes ont refusé d’intégrer la CEI et ont rejoint l’Union européenne et l’OTAN dès 2004. Des pays comme la Géorgie, l’Ukraine et la Moldavie sont candidats à l’UE, tandis que le Kazakhstan et l’Arménie prennent leurs distances avec Moscou. La Géorgie est depuis quelque temps retombée sous la coupe de Moscou et sa candidature à l’UE est suspendue.

Clémentine Fauconnier
Clémentine Fauconnier, politiste et maîtresse de conférence à l’Université de Haute Alsace, auteure de « La Russie de Poutine, du tournant autoritaire à la guerre » (éd. Le Cavalier Bleu). Crédit photographique : Christian Canot
Crédit photographique Christian Canot

Ambitions internationales et réalités militaires

La Russie de Vladimir Poutine aspire à être une grande puissance, capable de dialoguer d’égal à égal avec les États-Unis et la Chine, et de participer à l’architecture de sécurité européenne. Cependant, l’invasion à grande échelle de l’Ukraine en 2022 a révélé une ambivalence majeure entre ces ambitions démultipliées et des moyens qui ne suivent pas forcément. Avant 2022, la stratégie russe privilégiait les stratégies hybrides (subversion politique, cyberespace) pour contourner une lutte armée à grande échelle, consciente de ses limites militaires.

L’armée russe, malgré une communication axée sur les armes sophistiquées, s’est montrée « très pauvre, mal équipée », confrontée à des problèmes stratégiques et un nombre d’hommes insuffisant. Le groupe Wagner, fondé en 2014 par Evgeny Prigojine, a illustré cette dépendance de l’État russe. Il a permis de sous-traiter des activités militaires et subversives en Afrique, en Syrie et en Ukraine, et a connu un essor important en 2022 grâce à sa capacité de recrutement, y compris dans les prisons. La « marche sur Moscou » de juin 2023, suivie de la mort mystérieuse de Prigojine, a cependant montré que toute tentative de contestation du pouvoir était vouée à l’échec, renforçant finalement l’État russe.

Le défi de la recherche sur une Russie opaque

Clémentine Fauconnier est aussi cofondatrice du collectif de recherche sur la Russie contemporaine pour l’analyse de ses nouvelles trajectoires, Coruscant, créé en 2023. Ce collectif pluridisciplinaire (géographes, politistes, historiens, sociologues, spécialistes de l’information et de la communication) a été motivé par la crise des études russes à la suite de la relance de l’invasion de l’Ukraine (24 février 2022). Face aux préoccupations éthiques et à l’impossibilité de faire du terrain, Coruscant s’est donné pour mission de « ne pas éteindre la lumière » sur la Russie, malgré la fermeture progressive du terrain déjà observable avant 2022.

Le Coruscant, s’adapte en explorant de nouveaux « terrains numériques » et des sources documentaires accessibles, tout en reconnaissant les limites de cette approche. Deux grands axes de recherche sont identifiés pour la science politique : d’une part, l’étude des stratégies d’influence et d’ingérence russes à l’international (notamment dans les élections européennes et nord-américaines), et d’autre part, la compréhension de la pluralité de la société russe. Cette dernière, souvent présentée comme monolithique, est en réalité très diverse (80 % d’ethnie russe, 20 % répartis entre 150 ethnies) et se transforme sous l’effet de la guerre, des rapports de genre, de la redistribution des opinions et des migrations massives. L’invitée insiste sur la nécessité de continuer à comprendre la société russe dans sa complexité, sa profondeur géographique et sa variété, en évitant la caricature.

Conclusion

L’analyse de Clémentine Fauconnier brosse le portrait d’une Russie complexe et en constante évolution, loin des simplifications. L’autoritarisme conservateur de Vladimir Poutine et sa stratégie internationale mêlant multipolarité et souveraineté, se heurtent aux réalités de moyens limités, comme l’a révélé la guerre en Ukraine. Face à l’opacité croissante du pays, la recherche académique doit s’adapter pour continuer à comprendre les dynamiques internes de la société russe et les stratégies d’influence externes. Il est crucial de maintenir un effort d’analyse rigoureux et multidisciplinaire pour saisir les multiples facettes de cette puissance, au-delà des figures dominantes et des idées reçues.

Pour aller plus loin

. Clémentine Fauconnier, « La Russie de Poutine, du tournant autoritaire à la guerre » (éd. Le Cavalier Bleu).

. Le site du collectif de recherche Coruscant
Copyright Septembre 2026-Verluise-Fauconnier/Diploweb.com

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Clémentine Fauconnier, politiste et maîtresse de conférence à l’Université de Haute Alsace, auteure de « La Russie de Poutine, du tournant autoritaire à la guerre » (éd. Le Cavalier Bleu).
Entretien organisé et conduit par Pierre Verluise, docteur en Géopolitique, fondateur du Diploweb, il produit Planisphère sur RCF Notre Dame. Cette émission a été radiodiffusée le 28 septembre 2026. Sous le titre Planisphère géopolitique et stratégique cette émission est disponible comme podcast sur les plateformes Spotify et Apple Podcast.

[1] Cette émission a été enregistrée le 14/09/2026 et radiodiffusée la première fois sur RCF Notre Dame le 28/09/2026.

[2] NDLR : Cette époque est marquée par une forme de contestation politique à la faveur d’élections.


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Citation / Quotation

Auteur / Author : Clémentine FAUCONNIER, Pierre VERLUISE

Date de publication / Date of publication : 29 septembre 2026

Titre de l'article / Article title : Planisphère. Comment comprendre la Russie de V. Poutine ? Avec C. Fauconnier

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Avec 17 millions de kilomètres carrés, la Russie reste le pays le plus étendu du monde. Mais c’est aussi devenu une forme d’immense trou noir où il est difficile de travailler pour les journalistes et quasi impossible pour un doctorant étranger d’y conduire une recherche universitaire. Dans ce contexte, comment comprendre la Russie de Vladimir Poutine ? Pour répondre à cette question, Planisphère a la joie de recevoir à son micro Clémentine Fauconnier, politiste et maîtresse de conférence à l’Université de Haute Alsace, auteure de « La Russie de Poutine, du tournant autoritaire à la guerre » (éd. Le Cavalier Bleu). Podcast et synthèse rédigée.

Adresse internet / URL : https://www.diploweb.com/spip.php?article2849

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