Le 2 mars 2026, Emmanuel Macron a surpris son auditoire lors de son second discours sur la dissuasion nucléaire en annonçant une augmentation de l’arsenal nucléaire français tout en dévoilant le nouveau concept de dissuasion avancée.
Ce tournant majeur est possible en actant la fin de la stricte suffisance de l’arsenal nucléaire français de manière à l’étendre à l’Europe, en revenant à l’ambiguïté stratégique sur la base d’un nouveau calibrage des stocks, ce dans le but de préparer le positionnement des forces nucléaires françaises dans des pays européens alliés.
ALORS qu’il venait juste d’être le premier Président de la Ve République à déclarer, lors de la conférence de Munich sur la sécurité le 13 février 2026, que la doctrine nationale de dissuasion nucléaire était garantie par la Constitution française [1], Emmanuel Macron surprit encore son auditoire lors de son second discours sur la dissuasion nucléaire du 2 mars 2026 à la base opérationnelle de l’Île Longue, « cathédrale de la souveraineté », en annonçant une augmentation de l’arsenal nucléaire français tout en dévoilant le nouveau concept de dissuasion avancée. Avec cette déclaration, le projet macronien relatif à la dissuasion nucléaire arrive à maturité, s’inscrivant dans la suite directe de son premier discours à l’École de Guerre six ans plus tôt. Alors qu’avait été précisé l’axe stratégique d’européanisation de la dissuasion nucléaire française, ce nouveau discours fortifie la doctrine en établissant le mode opératoire pour étendre le parapluie nucléaire français à l’Europe [2]. Ce tournant majeur est possible en actant la fin de la stricte suffisance de l’arsenal nucléaire français de manière à l’étendre à l’Europe (I), en revenant à l’ambiguïté stratégique sur la base d’un nouveau calibrage des stocks (II), ce dans le but de préparer le positionnement des forces nucléaires françaises dans les pays européens alliés (III).

La taille de l’arsenal est la première surprise, dont le niveau dit « au plus juste [3] » mentionné dans le document préparatoire au discours visait ainsi à préparer les esprits à la décision d’accroissement de l’arsenal nucléaire, abandonnant la référence de la « stricte » suffisance, laquelle n’est plus pertinente. Ce choix du dimensionnement au plus juste niveau entend poursuivre la construction de la force de frappe nationale et peser sur le calcul de tout adversaire. En ce sens, le concept de « Stricte Suffisance » jusqu’alors prôné ne pouvait être pertinent à l’échelon continental et nécessitait d’être révisé depuis le précédent discours [4], notamment pour permettre quantitativement une saturation des systèmes de défense antimissiles balistique adverses. L’arsenal nucléaire français doit légitimement entretenir sa crédibilité en vue de l’échelle européenne qu’elle prétend défendre, ayant cette double dimension, nationale et continentale [5]. Souverainement, la suffisance nucléaire de la France était aussi amenée à être révisée par la résurgence d’une menace étatique [6], en fonction d’une percée technologique ou du déploiement de nouveaux systèmes d’armes mettant en cause l’efficacité de l’arsenal nucléaire français déployé [7], et au motif de la compromission des intérêts suprêmes du pays [8].
A cet égard, l’évocation dans le discours présidentiel du contexte géopolitique permet de rappeler la position des États dotés, au sens officiel du Traité de Non-Prolifération, en rappelant leur contribution à l’esprit des temps, là où « Le champ des règles est un champ de ruines ». Les menaces russes d’usage de l’arme nucléaire depuis le début de la guerre d’Ukraine, couplées au déploiement de missiles nucléaires tactiques en Biélorussie depuis 2023 ; le désengagement des États-Unis de la défense européenne ainsi que l’annonce du 30 octobre 2025 d’une reprise immédiate des essais d’armes nucléaires ; l’augmentation de 45% de l’arsenal nucléaire du Royaume-Uni décidée depuis 2021 ; et enfin la Chine, dont la quantité des ogives nucléaires croît d’une centaine par an depuis 2023 en plus de la construction de centaines de silos de lancement de missiles balistiques intercontinentaux, cumulent le besoin d’une actualisation de la doctrine nucléaire française en 2026, dans un monde dénué d’accords internationaux de régulation des arsenaux nucléaires [9], où la France est la dernière à réarmer, faisant le deuil de la période précédente de non-prolifération et de contraction quantitative de sa force de frappe.
La crédibilité qualitative n’est pas en reste, la France repoussant le risque de décrochage technologique avec le développement de nouveaux outils tels que la tête océanique optimisée jointe à un missile hypersonique et manœuvrant, afin de tenir compte des systèmes avancés de détection russe susceptibles d’intercepter d’ici 2035 les missiles nucléaires britanniques et français. Toutefois, si le Tritium, gaz indispensable aux armes de dissuasion en qualité de matière stratégique, fait l’objet d’un programme national de production, se pose en parallèle la question des matières fissiles lesquelles, recyclées depuis trente ans sur fond de simulation, nécessiteraient d’être produites à nouveau pour permettre l’accroissement de l’arsenal nucléaire français afin de ne pas démunir le sanctuaire national au profit des partenaires européens.
Ce second discours sur la dissuasion a fait l’objet d’une préparation médiatique. Jusqu’alors, il y avait eu nul besoin pour l’État-major des armées de publier en amont un « document préparatoire du discours du président de la République du 2 mars 2026 sur la dissuasion nucléaire française ». Mais les formations politiques, échaudés depuis le précédent discours de l’École de Guerre prononcé en 2020 au cours duquel le président Macron avait appuyé la dimension européenne des intérêts vitaux de la France, avaient depuis débattu sur la question en faisant revenir la question de l’arme nucléaire dans l’enceinte parlementaire [10].
Or, le discours de l’Île Longue ne leur donne pas l’occasion de critiques, étant doctrinalement stable. Il rappelle que l’arme nucléaire est réservée à un usage défensif, appuyant sur le refus de la bataille nucléaire. Pas de partage de la décision ultime, ni de planification nucléaire, ni de mise en œuvre opérationnelle. Si la mention optionnelle de la frappe d’Ultime Avertissement qui figurait dans la Revue Nationale Stratégique de 2025 a disparu pour redevenir simplement « unique et non renouvelable », la définition des intérêts vitaux quant à elle demeure d’appréciation souveraine de la part du Président de la République. Cette position implique qu’il n’y ait aucune garantie telle que conçue dans la logique otanienne du terme, relative au Groupe des Plans Nucléaires, avec des planifications d’États-majors étrangers qui positionneraient les forces nucléaires françaises. La responsabilité politique assumée du franchissement délibéré du seuil nucléaire demeure ainsi l’apanage du Chef de l’État.
On construit sa doctrine de dissuasion nucléaire en fonction de ses intérêts, mais aussi en fonction des autres États, lesquels planifient leur effort pour prendre l’avantage en cas de conflit dans une conception schmittienne [11]. Pour définir le volume nécessaire à une force nucléaire, deux méthodes peuvent être utilisées, à savoir calculer sa propre valeur comme enjeu ou calculer la valeur de l’adversaire [12] dans un contexte non de conquête mais d’anéantissement, de fait cibler le contexte politico-stratégique avant que n’entrent en ligne de compte les moyens financiers et techniques pour atteindre un seuil de crédibilité [13]. Dans les années 1960, la France cherchait à dissuader Moscou en menaçant de causer un nombre de morts soviétiques au moins égal à la population française. Croissant dans les années 1980 jusqu’à dépasser les 500 têtes nucléaires [14] à la fin de la Guerre Froide, l’arsenal français n’eut alors de cesse de diminuer sur l’autel du désarmement, de la non-prolifération, de la fin de la menace d’invasion soviétique, et de la baisse des dépenses publiques prenant le budget de la Défense nationale comme variable d’ajustement. L’estimation publique de l’arsenal nucléaire avait été présumée par le Président Sarkozy à moins de 300 en 2008, avant que le Président Hollande ne dévoile le chiffre précis de 290 ogives nucléaires en 2015 – une révélation qui avait suscité un tollé dans les cercles stratégiques.
Or, l’ambiguïté stratégique coupe court à toute spéculation de la part d’adversaires planificateurs car « on ne sort de l’ambiguïté qu’à son détriment [15] ». Entretenir l’opacité sur la taille de son arsenal nourrit la manœuvre stratégique : la transparence sur les forces nucléaires implique un risque de sécurité, y compris lorsque leur localisation de maintenance est déjà connue, permettant à l’ennemi de calculer de manière précise les risques inhérents de son agression [16], affaiblissant la logique même de dissuasion.
La décision présidentielle de réarmement par l’augmentation de l’arsenal nucléaire français tout en y adjoignant les partenaires européens relève des actes de gouvernement, catégorie juridique régulièrement associée aux activités nucléaires de défense lui permettant d’éviter tout recours du juge administratif pour des décisions qui ont une portée diplomatique sans pour autant concerner l’exécution d’une norme internationale [17]. La motivation de la décision présidentielle insiste davantage sur la nécessité de durcir la dissuasion nucléaire française que sur le déploiement des forces nucléaires stratégiques chez les partenaires européens. Une telle motivation est partiellement paradoxale : elle tend à poser comme paradigme que l’augmentation de l’arsenal nucléaire français servira à protéger le territoire européen devenant un intérêt vital par effet de contagion. Or, ces deux actes peuvent ne pas être liés d’une manière identique aux relations internationales de la France, si ce n’est sur leur portée, à savoir la profondeur stratégique du continent européen.
Si la responsabilité de l’arme nucléaire ne se partage pas, l’épaulement clamé par le Président Macron permet de coupler les capacités nucléaires françaises aux capacités conventionnelles européennes.
Car la France n’a pas limité à la seule échelle nationale [18] ses propres intérêts vitaux et leur a conféré une dimension européenne dès l’origine. Dans la lignée de la « dissuasion concertée » appelée en 1995, la « dissuasion avancée » proposée par le Président Macron associe d’entrée huit pays européens — Royaume-Uni, Allemagne, Pologne, Pays-Bas, Belgique, Grèce, Suède et Danemark —, et implique le déploiement d’avions français équipés de leur armement nucléaire chez les partenaires européens de la France afin de compliquer le calcul de l’adversaire. Offrant des exercices nucléaires communs et proposant des consultations en cas de franchissement des lignes, la contribution des partenaires du Vieux-Continent s’effectuera par « l’épaulement » avec des missions de renseignement, de surveillance et de détection de frappes nucléaires, notamment l’alerte avancée, ainsi qu’un appui par des forces conventionnelles pour protéger les forces aériennes stratégiques françaises. On peut noter que cinq des États intéressés par la dissuasion avancée comptent au nom des six pays européens de l’OTAN qui accueillent déjà des bombes nucléaires américaines B61 sur leur territoire. Si le déploiement des forces nucléaires françaises s’effectue en complément de la mission nucléaire otanienne, il peut aussi amener l’Alliance atlantique à jouer son rôle malgré la tentation du désengagement. La théorie du détonateur, discuté et rejetée par les généraux Beaufre et Gallois dans la réflexion doctrinale française [19], serait élargie à l’échelle du continent européen.
Si la responsabilité de l’arme nucléaire ne se partage pas, l’épaulement clamé par le Président Macron permet de coupler les capacités nucléaires françaises aux capacités conventionnelles européennes. Par l’instauration de coopérations inter-étatiques, dans un dialogue de souveraineté à souveraineté, la doctrine nucléaire française exclut l’Union européenne pour cette responsabilité, sans référence à l’article 42 paragraphe 7 du Traité sur l’Union européenne, mais s’adressant aux États dans une logique purement régalienne.
Cette expérience crédibilise le pré-positionnement des forces aériennes stratégiques françaises dans l’espace européen, possible vis-à-vis de l’Allemagne car Berlin reste contrainte par le respect au TNP et les accords de réunification de 1990 lesquels lui confère un statut non nucléaire, l’interdisant de posséder un armement nucléaire. Néanmoins, invoquant le Traité d’Aix-la-Chapelle, Paris et Berlin se regroupent dans la création d’un groupe de pilotage nucléaire conjoint [20] et prévoyant la participation allemande aux exercices nucléaires français, une coopération présentée comme complémentaire — et non substitutive — du parapluie nucléaire américain. Tenant compte de l’augmentation des forces conventionnelles allemandes, celles-ci évolueront sous le parapluie nucléaire national car la France est la seule à pouvoir jouer la carte de la défense nucléaire dans l’Union européenne, maîtrisant tout le cycle de production-déploiement et forte de ses 62 ans de pratique militaro-politique dans l’alerte permanente de la dissuasion nucléaire.
Ainsi, cette dissuasion élargie via la doctrine déclaratoire du Président Macron permet l’imbrication croissante des intérêts vitaux d’une Europe dont les membres sont de plus en plus interdépendants, en faisant stationner les vecteurs aériens nationaux, la participation à des programmes communs d’infrastructures, et peut-être la mise à disposition d’ogives en temps de crise [21], ce sans poser de problème conceptuel à la France puisque le Président de la République garde la décision d’emploi. Ce partage des risques et des responsabilités serait alors garant d’une certaine crédibilité, illustré par une dissuasion franco-britannique et franco-allemande, compliquant les calculs stratégiques russes.
L’option F pour France
Le Président Macron acte la fin de trois décennies d’efforts et d’exemples de non-prolifération quantitative pour la France avec l’épuisement des dividendes de la paix et sans bénéfice tiré de son bilan exemplaire [22]. Dans la suite de la Revue Nationale Stratégique de 2025 qui avait appelé à questionner les problématiques nucléaires [23], le discours de l’Île Longue organise politiquement le parapluie nucléaire français pour l’Europe. En ce sens, il prend de court le rapport publié lors de la conférence de Munich sur la sécurité. Sous le nom d’European Nuclear Study Group, onze experts de pays différents ont évalué les options nucléaires de l’Europe avec cinq scénarios [24], lesquels excluent la possibilité selon laquelle la France bâtirait elle-même la dissuasion de l’Europe en se concertant avec le Royaume-Uni et l’Allemagne. Ces cinq options, énumérées de A à E, voyaient le maintien de la dissuasion américaine élargie comme la plus crédible. Or, il faudra désormais compter sur l’option F (pour France), spécifiquement nationale, qui structurera l’architecture sécuritaire européenne à l’heure où la Finlande autorise le déploiement de dispositifs nucléaires sur son sol en conformité avec l’OTAN, ce qui prépare d’autant le pré-positionnement des forces nucléaires françaises à la frontière Est de l’Europe tandis que, côté mer, patrouilleront les SNLE de classe L’Invincible.
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Dossier géopolitique et stratégique : Le nucléaire
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Une émission réalisée par Estelle Ménard à partir d’entretiens conduits dans le cadre du colloque « Résistance et Dissuasion, des origines du programme nucléaire français à nos jours », organisé par la Fondation pour la recherche stratégique (FRS).
Voir le résumé de la conférence Eric Danon : La dissuasion nucléaire a-t-elle un avenir ?
Ancien officier de Marine, Benoît Grémare est docteur en droit public et chercheur associé à l’Institut d’Études de Stratégie et de Défense. Théoricien juridique, ses travaux portent sur la constitutionnalisation et la normativité de l’arme nucléaire.
[1] Le juriste s’inspirera de l’objectif constitutionnel d’indépendance nationale pour faire le lien entre la Constitution et l’arme nucléaire. Cf. Benoît Grémare, De l’arme nucléaire française - Essai sur la constitutionnalisation de la force de frappe, Paris, L’Harmattan, novembre 2021, 243-248. Dans la mesure où la Constitution prévaut et que les actes d’exécution des conventions internationales sont soumis au contrôle juridictionnel, existe une systématisation corrélative de l’inexécution des traités. Autrement dit, du point de vue constitutionnel, peut exister une obligation de ne pas exécuter des obligations internationales si elles contreviennent aux objectifs de la Constitution : c’est le cas de l’arme nucléaire, outil d souveraineté.
[2] Nous entendrons dans cette étude l’Europe comme les pays avec lesquels la France conviendra d’un déploiement de ses forces nucléaires, en toute souveraineté, dans une disposition juridique particulière rappelant la clause d’assistance mutuelle des membres de l’Union européenne régis par l’article 42.7 du Traité de l’Union européenne.
[3] Document préparatoire au discours du Président de la République du 2 mars 2026 sur la dissuasion nucléaire française, p. 6.
[4] Benoît Grémare, « Intérêts vitaux et stricte suffisance – Retour sur le discours de l’École de Guerre du 7 février 2020 », Notes de recherche de l’IEC-IES, n°6, avril 2020, pp. 25-27.
[5] Frédéric Bozo, « Le nucléaire entre marginalisation et banalisation », Politique étrangère, n°1, 1995, p. 204.
[6] Lucien Poirier et François Géré, La réserve et l’attente, l’avenir des armes nucléaires françaises, Economica, 2001, p. 250 : « une suffisance strictement ajustée devrait correspondre à une capacité de remontée en puissance rapide au cas où une menace dont on ignore aujourd’hui la nature, l’ampleur [surviendrait] ».
[7] Barthélemy Courmont, op cit, p. 83 : « Si le volume de l’arsenal nucléaire français n’est en aucun cas proportionnel à la taille de l’arsenal offensif adverse, il peut en revanche varier en fonction de la densité et de l’efficacité des systèmes de défense à traverser ».
[8] Article X du Traité de Non-Prolifération : « [c]haque Partie, dans l’exercice de sa souveraineté nationale, aura le droit de se retirer du Traité si elle décide que des événements extraordinaires, en rapport avec l’objet du présent Traité, ont compromis les intérêts suprêmes de son pays. Elle devra notifier ce retrait à toutes les autres Parties au Traité ainsi qu’au Conseil de sécurité de l’Organisation des Nations unies avec un préavis de trois mois. Ladite notification devra contenir un exposé des événements extraordinaires que l’État en question considère comme ayant compromis ses intérêts suprêmes ».
[9] Le principe coutumier rebus sic standibus prévoit que « le traité s’éteint parce qu’à la suite du changement de circonstances, la concordance est rompue entre son contenu et les réalités sociales nouvelles qu’il ne peut plus régir ». Cf. Mathias Forteau, Alina Miron, Alain Pellet, Droit international public, Paris, LGDJ, 2022 (9e éd.), p. 345.
[10] Deux propositions de loi ont été déposés à son sujet en 2023 et 2024, l’une par le groupe du Rassemblement National visant à empêcher le président de la République de partager la dissuasion nucléaire, l’autre par le groupe Les Républicains demandant l’inscription de la dissuasion nucléaire dans le Code de la Défense pour la préserver. Tous s’accordèrent à déclencher l’article 68 de la Constitution pour destituer le Président Macron en l’accusant de haute trahison pour avoir abandonné la dissuasion nucléaire aux intérêts européens.
[11] Carl Schmitt, La notion de politique, Flammarion, Paris, 1963. Selon l’auteur, l’essence de la politique est de pouvoir choisir un ennemi et de doter l’appareil étatique de moyens illimités pour le détruire. L’ennemi n’est plus l’inimicus mais bien l’hostis qu’il convient de tuer avant de mourir.
[12] Jérôme de Lespinois, « La France : la dissuasion multilatérale à l’ère du second âge nucléaire » in Jean Baechler et Georges-Henri Soutou, Le retour du nucléaire militaire, Hermann, Paris, 2019, p. 58 : « En 1947, les Britanniques calculent qu’ils doivent posséder 1000 bombes atomiques pour dissuader l’Union soviétique. Le calcul est assez simple. Il est fondé sur l’idée que 25 bombes nucléaires larguées par des bombardiers soviétiques suffiraient à écarter le Royaume-Uni de tout conflit. Comme l’URSS est 40 fois plus grande que le Royaume-Uni, les Britanniques calculent qu’ils doivent être capables de larguer 1000 bombes sur l’Union soviétique pour la dissuader de s’attaquer à leur île ».
[13] Selon le Général De Gaulle, la force atomique française avait atteint son seuil de crédibilité dès 1966. Cf. Jean Klein, « La stratégie de dissuasion de la France et la stratégie des Etats-Unis dans l’Alliance atlantique » in L’aventure de la bombe. De Gaulle et la dissuasion nucléaire, Paris, Plon, 1985, p. 177.
[14] Corentin Brustlein, « Forces nucléaires françaises : quel renouvellement », Politique étrangère, n°3, 2017, p. 113-114 : « Sur la base de cette appréciation, qui tient une place centrale, des facteurs budgétaires, géographiques et technologiques entrent en ligne de compte afin de développer une force de dissuasion crédible au plan opérationnel, c’est-à-dire capable de conduire ses missions de représailles en infligeant le degré de destruction voulu, quelles que soient les circonstances (y compris en cas d’attaque surprise adverse) et les capacités de l’adversaire étatique ciblé (défense antimissiles, cibles protégées, etc) ».
[15] Jean-François Paul de Gondi, cardinal de Retz, Mémoires, 1717.
[16] Bruno Tertrais, L’arme nucléaire, PUF, 2008, p. 56.
[17] Nicolas Haupais, « De la réduction du discrétionnaire dans la conduite des relations diplomatiques : actes de gouvernement et exécution des obligations internationales de l’État » in Pierre Serrand (Dir.), Le pouvoir discrétionnaire. Regards croisés franco-polonais, Mare & Martin, pp.325-342, 2013.
[18] Pour le Général De Gaulle, les intérêts vitaux nationaux ne se limitent pas au territoire national, expliquant en privé : « Mais [la Force de Frappe française] les protégera automatiquement ! Beaucoup mieux que la force américaine ! Pour la simple raison que nous sommes Européens, alors que les Américains ne le sont pas. L’intérêt des Américains à ne pas laisser détruire l’Europe est infime par rapport au nôtre. Nous, si l’Europe est envahie, nous sommes foutus », rapporté par Alain Peyrefitte, C’était de Gaulle, II, p. 653.
[19] François Géré, « Quatre généraux et l’apocalypse : Ailleret – Beaufre – Gallois – Poirier », Stratégique, n°53 La stratégie française, 1992/1, p. 38
[20] Un précédent groupe de pilotage avait déjà été institué, illustré lors du dernier exercice nucléaire « Poker » de la Force Aérienne Stratégique organisé en décembre 2025, lequel vit la présence de Britanniques dans le cadre du Groupe de Supervision Nucléaire - lancé en juillet et devenu "Pilotage" cinq mois plus tard. Cette coopération nucléaire, relevant du point 321 de la Revue Nationale Stratégique 2025, poursuit le partenariat bilatéral franco-britannique initié en 1995 et développé en 2010.
[21] Bruno Tertrais, L’arme nucléaire après la Guerre-Froide, Economica, Paris, 1999, p. 225.
[22] Lucien Poirier et François Géré, Op. Cit., p. 287.
[23] Revue Nationale Stratégique, 2025, p. 82, § 2.1.3 Renforcer et développer la pensée stratégique et critique : « l’expertise académique et universitaire doit inclure tout particulièrement les problématiques nucléaires ».
[24] Tobias Bunde James W. Davis, Claudia Major et alii, « Mind the Deterrence Gap : Assessing Europe’s Nuclear Options », MSC, février 2026, pp. 21-55. Fruit de deux ans d’ateliers, les coauteurs ont évalué les cinq options les plus évoquées dans les cercles stratégiques. Tout en modérant la fiabilité desdites options, entre s’appuyer sur la dissuasion américaine, renforcer les dissuasions françaises et britanniques, construire une bombe nucléaire européenne, acter une prolifération nationale ou s’axer sur la dissuasion conventionnelle, le rapport ne mentionne pas la France comme puissance tutélaire par le pré-positionnement de ses forces nucléaires, alors que l’extension des intérêts vitaux français était déjà mentionnée en 2020 lors du discours de l’École de Guerre. Consulté le 28 février 2026 sur https://securityconference.org/en/publications/special-editions/mind-the-deterrence-gap/
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Date de publication / Date of publication : 13 mars 2026
Titre de l'article / Article title : La dissuasion avancée. Le parapluie nucléaire français pour l’Europe
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Le 2 mars 2026, Emmanuel Macron a surpris son auditoire lors de son second discours sur la dissuasion nucléaire en annonçant une augmentation de l’arsenal nucléaire français tout en dévoilant le nouveau concept de dissuasion avancée.
Ce tournant majeur est possible en actant la fin de la stricte suffisance de l’arsenal nucléaire français de manière à l’étendre à l’Europe, en revenant à l’ambiguïté stratégique sur la base d’un nouveau calibrage des stocks, ce dans le but de préparer le positionnement des forces nucléaires françaises dans des pays européens alliés.
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