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Synthèse de l’actualité internationale de février 2019

Par Axelle DEGANS*, le 28 février 2019.

Voici une synthèse de l’actualité internationale de février 2019 qui sera fort utile à tous ceux qui veulent disposer d’un point de l’actualité géopolitique, voire préparent un concours. Pour ne rien manquer, et recevoir nos alertes sur des documents importants, le plus simple est de s’abonner gratuitement à notre Lettre d’information hebdomadaire ou au compte twitter de veille géopolitique @diploweb (+ de 12 500 followers)

La politique et ses affres…

Au Nigéria, les élections présidentielles ont lieu en février 2019 dans un climat très tendu. La moitié de la population du géant démographique africain – et important pays pétrolier – vit avec moins de deux dollars par jour et près d’un adulte sur deux n’est pas alphabétisé. La violence est endémique aussi bien sur la côte pétrolifère que dans le Nord où sévit Boko Haram et dans la région centrale où les tensions entre agriculteurs sédentaires et éleveurs nomades sont devenues structurelles. Le président sortant, Muhammad Buhari aurait pour lui de ne pas être corrompu mais son bilan est peu flatteur, son challenger Atiku Abubakar est un ancien vice-président à la réputation sulfureuse. Les deux principaux candidats sont âgés de plus de 70 ans.

En Égypte, une série de modifications constitutionnelles va permettre au maréchal Al-Sissi de se représenter aux élections présidentielles Il est même envisageable qu’il puisse se maintenir au pouvoir pour une période assez longue. Cette évolution politique n’est pas sans rappeler celle dont a bénéficié en Chine Xi Jinping en 2017.

En Algérie, Abdelaziz Bouteflika devrait se représenter aux élections d’avril 2019 pour un cinquième mandat présidentiel, et ce malgré son état de santé dégradé depuis son AVC (2013). Cette candidature témoigne de l’imbroglio politique du pays, la succession de Bouteflika – considéré comme celui qui a mis fin à la guerre civile qui a déchiré le pays dans les années 1990 – est des plus délicate entre une armée omniprésente et un parti -le FLN – qui monopolise le pouvoir depuis l’indépendance (1962). Des manifestations, pourtant interdites, se sont déroulées à Alger ainsi que dans plusieurs autres villes d’Algérie, elles dénoncent le possible cinquième mandat d’Abdelaziz Bouteflika. Ces manifestations auraient mobilisé vendredi 22 février 2019 des dizaines de milliers d’Algériens dans un pays où la jeunesse est privée d’avenir.

L’Afrique du Sud lève en février 2019 le voile sur une corruption endémique qui entache l’ANC, au pouvoir depuis la fin de l’apartheid. Ainsi, l’entreprise Bosasa aurait versé autour de 300 000 euros chaque mois à environ 80 personnes pour s’assurer des contrats. L’ancien président Jacob Zuma, au pouvoir entre 2009 et 2018, avait déjà dû démissionner pour que le scandale n’entame pas davantage la crédibilité de son pays, et de son parti.

En Thaïlande, la princesse Ubolratana, sœur de l’actuel roi, ne se présentera finalement pas aux élections du fait de l’opposition de son frère. Elle s’est rangée aux côtés de l’ancien premier ministre Thaskin chassé du pouvoir en 2006 et convaincu de corruption.

Macky Sall, homme d’État sénégalais
Source : Wikipedia.

Au Sénégal, le président sortant, Macky Sall, se présente aux élections présidentielles où il n’affronte que quatre challengers. Karim Wade (fils de l’ex-président Abdoulaye Wade) et Khalifa Sall (maire de Dakar) n’ont pu se présenter aux élections en raison de précédentes condamnations pour faits de corruption, même si certaines ONG ont contesté la procédure judiciaire qui a amené à leur condamnation, et donc leur éviction des élections présidentielles. Macky Sall affirme en février 2019 avoir remporté les élections présidentielles dès le premier tour avec 57% des suffrages exprimés. Ses opposants réclament la tenue d’un second tour.

Le Liban a enfin un gouvernement – après neuf mois de tractations politiques – le premier ministre Saad Hariri a fort à faire. Le Hezbollah est devenu un État dans l’État et détient désormais trois ministères, dans un pays qui a accueilli en masse des réfugiés syriens fuyant la guerre civile. Ce gouvernement doit opérer d’impérieuses réformes (dette qui représente 10% du PIB, service de la dette qui phagocyte 150% du PIB…) s’est doté de pas moins de 30 ministres…

Toujours la violence

Au Burkina Faso, 14 personnes sont mortes en février 2019 dans un nouvel attentat terroriste, un témoin de la permanence du danger djihadiste dans cette région sahélienne. La force du G5 Sahel (Burkina Faso, Mali, Mauritanie, Niger, Tchad), soutenue par la France, peine à exister et à sécuriser une immense région dont la stabilisation est essentielle pour l’Union européenne. La France annonce avoir tué un leader djihadiste au Mali « Abou al-Hamman » qui avait un rôle essentiel au sein d’Aqmi (al-Qaida au Maghreb islamique).

Courant février 2019, le Cachemire est de nouveau le théâtre de sévères accrochages, une quarantaine de paramilitaires indiens ont été tués dans un attentat puis une dizaine de militaires en opération. Les relations entre le Pakistan et l’Inde prennent un tour inquiétant.



En Syrie, les combats continuent en février 2019. L’emprise territoriale de Daech ne cesse de se réduire et ne correspond désormais qu’à quelques kilomètres carrés. La coalition des forces démocratiques syriennes (FDS) – dont les Kurdes - demande à ce que les pays dont sont originaires les djihadistes récupèrent leurs ressortissants. Plus de 700 d’entre eux seraient de nationalité française, Paris est peu empressé de les rapatrier. Des djihadistes français qui précédemment étaient passés inaperçus se signalent pour faire savoir qu’ils seraient prêts à revenir en France… L’éventuelle disparition de l’État islamique ne signifierait pas pour autant la fin de la menace djihadiste car, à l’évidence, son idéologie garde pour certains une capacité de séduction.

La sécurité au cœur des préoccupations européennes

En Europe, l’OTAN réfléchit à diminuer sa présence voire à quitter un Kosovo qui a annoncé en février 2019 sa volonté de créer sa propre armée. Les tensions entre les communautés albanaise et serbe y restent très vives. La Pologne pourrait bénéficier, elle, d’un déploiement supplémentaire de l’armée américaine à la demande de Varsovie toujours inquiète face à la Russie. Les membres de l’OTAN viennent d’accepter la candidature de la Macédoine du Nord, qui a tout juste réglé, avec la Grèce, le contentieux concernant son nom. La procédure pourrait durer une année. C’est pourquoi, fin février 2019, l’OTAN compte toujours 29 membres.

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La carte de l’OTAN à 29 pays membres après l’adhésion du Monténégro... en attendant celle de la Macédoine du Nord
Cliquer sur la vignette pour agrandir la carte. Le 5 juin 2017, le Monténégro dépose les instruments de son adhésion auprès de l’Alliance Atlantique à Washington (Etats-Unis). C’est le 4e élargissement post-Guerre froide de l’OTAN. Légende et carte conçues par Pierre Verluise, réalisation par Matthieu Seynaeve pour Diploweb.com.

Munich a accueilli en février 2019 un sommet sur la sécurité. Washington y a manifesté son désaccord sur la construction du gazoduc « North Stream II » livrant le gaz russe en Europe occidentale, en particulier à l’Allemagne. Ce sommet a aussi été l’occasion d’étaler aux grand jour les divergences stratégiques entre les partenaires occidentaux, Washington demandant une substantiel effort des Européens dans la prise en charge de leur défense. Les « malentendus transatlantiques » se cristallisent sur les dossiers iranien – Washington demande davantage de solidarité aux Européens concernant la politique de sanction – et la Syrie. Les Européens y déplorent le retrait des troupes américaines, même si Donald Trump vient d’annoncer qu’il y laisserait quelques centaines de soldats. Les Chinois jouent sur ces failles en insistant sur le fait que l’équipementier Huawei, interdit des marchés publics américains pour soupçon d’espionnage, respecte la législation communautaire. Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, déplore les relations délétères entre son pays et ceux d’Europe de l’Ouest, estimant que les Etats-Unis n’y sont pas étrangers. Américains et Européens se rejoignent dans leur inquiétude concernant la fin du traité des missiles à portée intermédiaire (FNI).

Des tensions dans l’UE

L’Italie envisage en février 2019 d’autoriser une plus forte autonomie pour ses régions du Nord que sont l’Émilie-Romagne, la Lombardie et la Vénétie. Ce « régionalisme différencié » illustre de nouveau le séparatisme des plus riches, et donc leur égoïsme. Ces régions, comme d’autres en Europe, ne veulent plus payer pour les régions moins riches de leur pays, au risque de provoquer un éclatement national qui ferait, dans le cas présent, de l’Italie la principale victime, et les régions du Mezzogiorno les grandes perdantes. Cette évolution est à rebours de ce qui existe à l’échelle mondiale qui donne avantage aux pays-continents : Russie, Canada, Etats-Unis, Chine, Brésil, Inde…

La Commission européenne a interdit en février 2019, au nom du credo libéral de la concurrence, la fusion entre Alstom et Siemens, refusant ainsi la création d’un « champion européen » du ferroviaire. A la suite de ce camouflet, les ministres de l’Économie français – Bruno Le Maire – et allemand – Peter Altmaier - annoncent vouloir définir ensemble une stratégie industrielle pour éviter que l’Europe ne disparaisse de la scène industrielle mondiale d’ici le milieu du XXIème siècle. Cette réaction relève d’un réflexe de sécurité économique élémentaire qui vise à sécuriser l’avenir.

Airbus annonce en février 2019 qu’il mettra fin d’ici 2021 à la construction de ses très gros porteurs, les A380, prévus pour transporter plus de 550 personnes. Cet avion n’a pas trouvé son marché, la compagnie émiratie est l’une des rares à l’avoir acheté, avec Singapour Airlines. Les problèmes techniques – qui ont provoqué d’importants délais de livraison, et son coût ont eu raison de son exploitation.

La biodiversité en danger

L’Organisation pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), organisme onusien, publie en février 2019 un rapport alarmiste concernant la dégradation de la biodiversité. La pollinisation est essentielle pour la réalisation des récoltes, elles-mêmes indispensables à l’alimentation des hommes. La pollution, la déforestation, la surpêche, la surexploitation des terres ou le mitage des terres agricoles sont autant d’éléments explicatifs des graves menaces pesant sur la biodiversité.

Inquiétudes en Amérique

La situation du Venezuela reste très compliquée en février 2019 car le pays est secoué par de nombreuses manifestations – pour soutenir Nicolas Maduro ou Juan Guaido – alors que les convois humanitaires devant acheminer des produits de première nécessité et des médicaments restent bloqués à la frontière. L’actuel président, N. Maduro refuse de reconnaitre l’existence d’une crise humanitaire et voit cette aide humanitaire comme une ingérence dans les affaires internes du Venezuela. Il a fait fermer les frontières de son pays, ce qui n’empêche pas les Vénézuéliens qui le peuvent de continuer à fuir. L’aide humanitaire est au cœur du bras de fer entre Maduro et Guaido (reconnu comme président par intérim par une quarantaine de pays dont de nombreux pays européens et soutenu ouvertement par Washington), pour le plus grand malheur de la population civile. Signe indubitable de la détresse sociale, le taux de mortalité infantile progresse pour s’établir à plus de 21‰ en 2016 contre 15‰ en 2008. Le système de santé, qui faisait il y a encore peu de temps la fierté du Venezuela, est aujourd’hui en déshérence faute de crédits et donc de possibilités de soigner la population, qui désormais manque de tout : nourriture, médicaments, sécurité… Si les Etats-Unis n’excluent pas un recours à la force au Venezuela, les pays d’Amérique latine et les pays européens préfèrent une solution négociée pour trouver une sortie de crise.

Haïti demeure un « concentré de cauchemar ». En 2019, l’ile ne s’est toujours pas relevée du séisme qui l’a dramatiquement frappée en 2010, et ce malgré l’aide internationale qui s’y est déployée. La grande difficulté à dégager le sens d’un bien commun, l’absence d’un État intègre, et pour tout dire la corruption expliquent en partie la situation actuelle. L’impasse politique et économique provoquent des émeutes populaires en février 2019 car l’inflation (environ 15%) empêche une partie de la population de se nourrir à sa faim.

Aux Etats-Unis, le président Donald Trump décrète en février 2019 l’état d’urgence pour pouvoir bâtir le mur qu’il a prévu pour endiguer l’émigration illégale en provenance d’Amérique centrale.

Le virage autoritaire se poursuit en Turquie

Les Kurdes manifestent, en protestation contre les conditions dures réservées aux leurs incarcérés dans les geôles de Turquie, et en particulier celles que connait Abdullah Ocalan, leader historique du parti kurde des travailleurs (PKK). Les grèves de la faim de soutien se multiplient en février 2019 dans le pays.

Ankara a arrêté plus de 700 personnes soupçonnées de sympathie avec Fethullah Gülen, le prédicateur accusé d’avoir fomenté le coup d’État de l’été 2016 qui a failli coûter le pouvoir à Erdogan. Près de 40 000 personnes ont déjà été arrêtées en Turquie pour ce motif qui est aussi à l’origine du limogeage d’environ 140 000 turcs. La répression cible particulièrement les militaires et les intellectuels, les peines de prison décidées contre 14 journalistes accusés de soutenir des organisations terroristes sont confirmées. Par ailleurs, l’homme d’affaire Osman Kavala, accusé d’avoir encouragé les manifestations anti-Erdogan il y six ans, encourt la prison à perpétuité.

Les tensions sont aussi internationales. Elles se sont ravivées avec la Grèce à laquelle la Turquie conteste la possession de certaines iles en mer Égée, comme l’exploitation du gaz « off-shore » dans les eaux de Chypre. La Turquie condamne la politique de Pékin dans le Xinjiang où les Ouigours – minorité chinoise turcophone et musulmane – est maltraitée : très nombreuses arrestations, surveillance accrue, mise à l’écart… Plus de de deux millions et demi de Ouigours seraient ainsi surveillés par Pékin. Un effet collatéral des enjeux stratégiques de la composante terrestre de la nouvelle route de la soie ?

Bonnes nouvelles

Le français Alexis Pinturault est champion du monde de ski alpin en combiné. C’est la première fois depuis 1987.

La frontière entre Djibouti et l’Érythrée est à nouveau ouverte.

Les iles Galapagos ont de nouveau prouvé leur richesse, avec la découverte d’une tortue géante, une Chelonoidis phantasticus, que l’on pensait disparue.

Copyright Février 2019-Degans/Diploweb.com


Plus pour réussir

Extraits du catalogue des livres géopolitiques publiés par Diploweb pour la réussite aux concours.

. Axelle Degans, "La synthèse de l’actualité internationale 2018. Réussite aux concours 2019 !" éd. Diploweb via Amazon

. Pierre Verluise (dir.), "Histoire, Géographie et Géopolitique de la RUSSIE et de ses frontières" , éd. Diploweb via Amazon

. P. Verluise (dir.), "Histoire, Géographie et Géopolitique de l’Union européenne. A l’heure du Brexit".

. P. Verluise (dir.), "Histoire, Géographie et Géopolitique de l’Asie. Les dessous des cartes, enjeux et rapports de force".

. P. Verluise (dir.), "Histoire, Géographie et Géopolitique du Proche et du Moyen-Orient. Les dessous des cartes, enjeux et rapport de force"

. P. Verluise (dir.), "Histoire, Géographie et Géopolitique de la mondialisation contemporaine. Les dessous des cartes, enjeux et rapports de force"

. S. Schmit, "Histoire, Géographie et Géopolitique de l’Amérique latine : Un sous-continent en pleine transition politique, énergétique et commerciale. Dossiers et fiches pays"

. L. Chamontin, "Ukraine et Russie : pour comprendre"

. L. Bloch, "L’Internet, vecteur de puissance des États-Unis ? : Géopolitique du cyberespace, nouvel espace stratégique"

. G-F Dumont, P. Verluise, "The Geopolitics of Europe : From the Atlantic to the Urals"


Bonus Culture géopolitique.
Vidéo. Y. Giron. Les outre-mers français et les nouveaux risques maritimes

Vous trouverez également un résumé de cette vidéo à sa page d’origine.

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Agrégée d’histoire, Professeure de chaire supérieure au lycée Faidherbe (Lille) où elle enseigne la géopolitique en classes préparatoires économiques et commerciales. Membre du laboratoire HABITER (EA 2076) de l’Université Reims Champagne-Ardenne. Elle est notamment auteure de : A. Degans, Réussite aux concours 2019 ! La synthèse de l’actualité internationale 2018, éd. Diploweb, via Amazon, 2019.


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Citation / Quotation

Auteur / Author : Axelle DEGANS

Date de publication / Date of publication : 28 février 2019

Titre de l'article / Article title : Synthèse de l’actualité internationale de février 2019

Chapeau / Header : 

Voici une synthèse de l’actualité internationale de février 2019 qui sera fort utile à tous ceux qui veulent disposer d’un point de l’actualité géopolitique, voire préparent un concours. Pour ne rien manquer, et recevoir nos alertes sur des documents importants, le plus simple est de s’abonner gratuitement à notre Lettre d’information hebdomadaire ou au compte twitter de veille géopolitique @diploweb (+ de 12 500 followers)

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