| www.diploweb.com Géopolitique du réchauffement climatique Les migrations climatiques générées par la hausse inégale du niveau de la mer. Perspectives géopolitiques. Par le capitaine de frégate Jérôme Origny (France, Marine, CID, 13e promotion) |
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Le danger est réel. Sous l’effet du réchauffement climatique, de nombreux Etats insulaires connaîtront le destin de l’Atlantide et seront engloutis si nous ne prenons garde. Certains sont déjà condamnés. A l’horizon 2100, près de 200 millions êtres humains seraient susceptibles de déménager. Parmi ceux-ci, près d’un million de personnes seront amenées à trouver refuge dans un pays différent de leur terre natale. Il s’agit d’anticiper pour diminuer autant que faire se peut les tensions inéluctables lors des mouvements de migration. Avec une politique internationale judicieuse et intelligente, le problème peut être appréhendé avec circonspection et efficacité. Il est également essentiel de légiférer sur le statut des réfugiés climatiques. Le réfugié climatique n’est aujourd’hui pas reconnu. Il est pourtant persécuté par les éléments naturels « excités » par une utilisation abusive des ressources de notre Terre. Et, sans statut, pas de salut. Ce mémoire de géopolitique a été réalisé au CID dans le cadre du séminaire démographie placé sous la direction du recteur Gérard-François Dumont. |
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Biographie de l'auteur en bas de page. Mots clés - Key words: Les migrations climatiques générées par la hausse inégale du niveau de la mer. Perspectives géopolitiques. Par le capitaine de frégate Jérôme Origny (France, Marine, CID, 13e promotion) Mémoire de géopolitique réalisé dans le cadre du séminaire démographie placé sous la direction du recteur Gérard-François Dumont Sommaire 1. LA HAUSSE DU NIVEAU DE LA MER. Le GIEC une structure sérieuse qui fait référence. L’hétérogénéité de la hausse. Les causes principales. La hausse moyenne au cours des prochaines décennies. 2. LES POPULATIONS CONCERNÉES. Les données générales. Les côtes continentales. Des villes menacées. Les Etats insulaires. En France. 3. DES ADAPTATIONS NÉCESSAIRES. Les différentes adaptations possibles. Le statut des réfugiés climatiques. Les premières actions entreprises. Perspectives géopolitiques des migrations. Bibliographie. |
« La Terre ne nous appartient pas, nous l’empruntons à nos enfants ». Saint-Exupéry. INTRODUCTION Notre Terre se réchauffe ! Les tempêtes sont plus fréquentes ! Ces leitmotiv sont aujourd’hui répétés à l’envi. Il n’est pas une seule personne qui n’ait quelque exemple illustratif. Chez moi, à proximité de Hyères dans le Var, la presqu’île de Giens ne doit son statut de presqu’île qu’aux engins de chantier qui n’ont de cesse de renforcer et d’élever les dunes qui feront front aux vagues violentes de la mer Méditerranée générées par un mistral assidu. La hausse des températures et du niveau des océans n’est plus une hypothèse. C’est un fait tangible. Les populations prennent petit à petit conscience de ce fléau. Car c’est d’un fléau dont il s’agit. Le réchauffement de la planète aura de nombreuses conséquences sur nos modes de vie ; et il emmènera dans sa suite une cohorte de catastrophes de tout acabit : sécheresses, inondations, bouleversement de la biodiversité et des cultures, maladies, etc. Les nations occidentales, parmi les plus nanties de cette planète, ne sont pas exonérées des catastrophes hydrométéorologiques. Le cas de la Louisiane en 2005 a été singulier à cet égard : le cyclone « Katrina » a frappé l’un des plus riches pays de cette planète. Il faut noter que près de la moitié de la population mondiale vit dans les zones côtières. Car, au-delà des raisons historiques, les littoraux représentent souvent des régions d’un intérêt fondamental : tourisme, échange commerciaux, pêche, entre autres, en profitent. C’est au cours de la première conférence mondiale sur le climat en 1979 que les scientifiques ont pris conscience de la « transition » climatique. Ce qui n’était qu’une hypothèse dans les années 1980 est devenu une certitude à la fin du 20ème siècle. Sous l’égide de l’Organisation météorologique mondiale (OMM) et du Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE), une Convention Cadre a été rédigée. Elle a permis d’établir les structures pour une étude internationale et sérieuse du climat et des conséquences de son évolution. D’aucuns se posent la question : est-ce que l’Homme est responsable ? On pourrait disserter pendant des heures sur ce sujet sans jamais rien résoudre. En revanche, que la présence des gaz à effet de serre soit la raison principale du dérèglement climatique de notre planète, c’est une certitude. Et effectivement l’homme a une responsabilité dans la présence de gaz à effet de serre. Mais il apparaît vain de déterminer cette part de responsabilité. Il nous revient avant tout maintenant de déterminer avec précision les sources des gaz à effet de serre pour les traiter, recouvrer un équilibre et diminuer de facto les risques sur les populations. Cela prendra assurément du temps. Des dizaines d’années. Voire des siècles. C’est l’objectif des conventions et protocoles qui aujourd’hui ponctuent l’actualité. Ainsi du protocole de Kyoto[i], premier protocole fixant des échéances et des quotas. Il est né pour limiter les rejets de gaz à effet de serre au premier rang desquels se trouve le dioxyde de carbone (CO2). Cependant, ce premier protocole n’est pas la panacée. Il devra être suivi par d’autres accords après 2012, échéance principale de cette première étape. Par ailleurs, tous les pays doivent se sentir concernés. Parmi les pays qui imitent l’autruche quand elle est effrayée, parce que d’autres intérêts l’animent, on trouve le plus grand pollueur : les Etats-Unis. Quand bien même on réduirait aujourd’hui de façon drastique les émissions de gaz à effet de serre, l’inertie de la hausse des températures et du niveau des océans est telle qu’il nous faut maintenant composer avec ces avatars pendant les prochains lustres. C’est pourquoi cette étude ne cherche pas à exposer des solutions pour supprimer les raisons. Certains l’ont déjà fait. D’autres étudient les solutions possibles. Et la récente session au mois de septembre 2005 de la conférence des Nations unies sur le changement climatique à Montréal a permis de confirmer la menace et d’établir un échéancier pour non seulement se préparer et se prémunir mais aussi pour trouver des solutions qui permettront d’infléchir la tendance dans quelques dizaines d’années. Nous allons étudier ici les conséquences de la hausse du niveau de la mer, fille de la hausse générale des températures. L’objet de ce rapport est de déterminer les populations qui seront concernées par la hausse du niveau de la mer au cours du 21ème siècle. En particulier les populations qui seront amenées à déménager pour trouver des rivages et des terres moins hostiles. Cependant, au cours de l’Histoire, nous avons observé que les migrations de populations n’étaient pas sans conséquences sur l’équilibre géopolitique. Il m’a semblé délicat de m’engager dans cette réflexion sans, au préalable, établir un point de situation de la hausse du niveau de la mer et des raisons inhérentes. Dans une deuxième partie, en partant des études et des rapports menés au sein des structures établies par les Nations unies, nous allons tenter d’établir une liste des populations qui seront concernées au premier chef par le phénomène de la hausse du niveau de la mer au cours du 21ème siècle. Dans une troisième et dernière partie, nous étudierons les différentes possibilités d’adaptation et les perspectives géopolitiques de ces populations. Parce que la protection par des digues sera difficile, principalement en raison de son coût démesuré, l’unique solution pour ces populations sera souvent le retrait : un déplacement vers l’intérieur des terres ; parfois une migration vers d’autres Etats. Cela sous-entend des perspectives géopolitiques non dénuées de caractère. Et il faudra composer avec ces immigrés d’une « catégorie » nouvelle : les immigrés climatiques.
PREMIÈRE PARTIE : LA HAUSSE DU NIVEAU DE LA MER Nous allons établir maintenant une synthèse des conclusions des études du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (le GIEC[ii]), la référence dans ce domaine.
1.1. Le GIEC une structure sérieuse qui fait référence Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat a été créé en 1988 conjointement par l’Organisation météorologique mondiale (OMM) et le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE). Cet aréopage d’experts a pour fonction : . d’évaluer les informations disponibles portant sur la science, les incidences et les aspects économiques des changements climatiques, ainsi que les possibilités d’adaptation aux changements climatiques et les moyens d’atténuer leurs effets ; . de fournir, sur demande, des conseils scientifiques, techniques et socio-économiques à la conférence des Parties à la Convention-Cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC). Cette coopération implique plusieurs centaines d’experts de toutes les nationalités (plus de 170 nationalités représentées), de toutes les spécialités (climatologues, géographes, démographes, physiciens, géologues, etc.), et de tous les âges. Qualités qui constituent des gages d’indépendance et d’impartialité. Les experts qui travaillent pour le GIEC le font bénévolement. Le dernier rapport complet d’évaluation sur le changement climatique a été établi par le GIEC et validé en assemblée plénière en 2001. Ce groupe travaille ainsi au profit de la communauté internationale selon la Convention-Cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC) signée en 1992 à Rio de Janeiro, et entrée en vigueur en 1994. Depuis, des réunions de la conférence des parties ont lieu régulièrement pour légiférer et prendre des mesures de précaution. Ainsi du protocole de Kyoto signé en 1997 et entré en vigueur en 2005 qui fixe des limites de rejets en gaz carbonique à l’horizon 2012. C’est donc essentiellement sur les rapports du GIEC que je m’appuierai. Certes quelques voix discordantes se font entendre ici ou là. Il faut noter en particulier celle d’un Danois, Bjorn Lomborg, professeur de statistiques au Danemark, dont le livre est devenu aujourd’hui un best-seller : « L’écologiste sceptique[iii] ». L’auteur consacre 60 pages à la critique des conclusions des rapports du GIEC. C’est un ouvrage bien construit et s’appuyant sur des statistiques, le domaine de prédilection de l’auteur. Si les journalistes ont été séduits par la thèse de M. Lomborg, parce qu’elle fait naître la polémique, les scientifiques ont montré que les extrapolations et les interpolations des statistiques étaient souvent hasardeuses parce que fondées sur des inexactitudes et des approximations rapides. Cet ouvrage est un monument de raisonnements fallacieux. Il ne suffit pas d’être professeur de statistique pour « posséder » le sujet. Il est essentiel de développer un large spectre de connaissances appartenant à des disciplines très variées, dont seul peut être capable aujourd’hui un aréopage de scientifiques tel que le GIEC. En France deux organismes font référence et se partagent le suivi du phénomène : l’Observatoire national des effets du réchauffement climatique (ONERC[iv]) et la Mission interministérielle de l’effet de serre (MIES[v]). L’ONERC a été créé en 2001 pour communiquer sur les conséquences de l’évolution du climat, et pour offrir au gouvernement, aux élus et aux collectivités, acteurs français du développement, les moyens d’élaboration d’une véritable politique de prévention et d’adaptation. La MIES, quant à elle, est placée sous l’autorité du ministre de l’écologie et du développement durable. La mission est chargée de coordonner et d’organiser, en concertation avec les associations et les partenaires économiques et sociaux, le travail de préparation et de mise en œuvre du programme national d’action contre le changement climatique. Elle participe aux travaux communautaires conduits dans ce domaine et prépare les positions françaises dans le cadre des négociations internationales concernant le changement climatique, pour lesquelles elle est chef de délégation en dehors des sessions ministérielles.
1.2. L’hétérogénéité de la hausse du niveau de la mer (Eustatisme[vi]). Alors que depuis 2000 ans le niveau de la mer a peu varié, observations effectuées à partir de carotages, les mesures marégraphiques nous montrent que, à l’échelle de l’homme moderne, l’élévation du niveau des océans a débuté de façon significative au cours du 20ème siècle. Ce n’est que depuis une quinzaine d’années que l’on peut cependant observer avec précision et de façon globale cette hausse grâce aux satellites altimétriques : Topex-Poséidon lancé en 1992 et Jason-1 en orbite depuis 2001. Cette élévation est tangible. Les marégraphes nous donnaient une valeur moyenne de près de 2mm par an au cours du 20ème siècle. Les satellites nous offrent aujourd’hui une valeur moyenne de plus de 3mm par an. Gardons nous cependant de conclure que cette hausse s’est accélérée même si cela ne peut être exclu comme le suggèrent certains spécialistes. En effet, les marégraphes ne fournissent que des échantillons ponctuels tant leur distribution reste peu homogène : celle-ci privilégie l’hémisphère nord, et les marégraphes se sont développés en premier lieu près des côtes. Il faut noter enfin que les marégraphes ne donnent que des valeurs relatives puisque, par essence, ils restent liés aux mouvements des plaques terrestres dont ils sont solidaires. Une des principales informations que nous apportent les mesures des satellites d’observation, en comparaison de celles des marégraphes, est que la hausse est très hétérogène d’un point de vue géographique. La carte mondiale des variations régionales de vitesse de variation du niveau de la mer pour 1993-2005, d’après les mesures de Topex-Poséidon, conduit à constater la grande variabilité géographique des vitesses. [NDLR : Carte non reproduite pour des raisons de droits d’auteur. Consulter Mme Cazenave, Les variations actuelles du niveau de la mer : observations et causes, 2005 ]. A cause de leur distribution très limitée, les observations marégraphiques n’avaient pas permis de mettre en évidence une telle variabilité régionale et il était souvent admis jusqu’ici que la mer s'élevait uniformément. Avec l’altimétrie précise des satellites, et leur couverture globale, nous avons maintenant la preuve que ce n’est pas le cas. Dans certaines régions la vitesse d’élévation du niveau de la mer au cours de la dernière décennie a atteint 10 fois la hausse moyenne globale : par exemple dans le Pacifique ouest et l’océan Austral. Dans d’autres régions, comme le Pacifique est et l’ouest de l’océan Indien, le niveau s'est au contraire abaissé sur cette période d’une douzaine d’années. En outre, si l’hétérogénéité de l’eustatisme dans l’espace géographique est évidente à la lumière de ces études, les variations restent également variables dans le temps. Des phénomènes comme l’oscillation El Nino[vii] viennent perturber en effet l’évolution moyenne et régionale de la hausse du niveau de la mer. Etablir une liste exhaustive des régions mondiales touchées par une hausse du niveau des océans est donc une gageure. C’est pourquoi aucun organisme scientifique n’a réussi à finaliser ce travail pour le moment tant la difficulté est énorme : chaque fois projeter une variation régionale, en intégrant les différentes oscillations locales et les particularismes géographiques. Je n’ai donc pas la prétention de combler cette lacune. Cependant, après quelques discussions avec les scientifiques qui m’ont apporté une aide précieuse, en utilisant une échéance lointaine, la fin du 21ème siècle, il semble possible de faire fi des variations régionales de périodes plus courtes. L’échéance de cette étude (une centaine d’années) se superpose ainsi à toutes les autres variations temporelles et régionales de périodes inférieures. Une élévation moyenne sur les 100 prochaines années semble donc constituer une valeur intéressante quelle que soit la région considérée. Je ne donnerai cependant pas de date précise. Je me contenterai de déterminer les régions et les populations qui seront concernées tôt ou tard par l’élévation du niveau de l’eau à l’horizon 2100.
1.3. Les causes principales de la hausse du niveau moyen de la mer Le niveau de la mer sur le littoral est déterminé par de nombreux facteurs de l’environnement global qui entre en jeu à des échelles de temps fort diverses, allant de quelques heures (pour les marées par exemple) à des millions d’années (la modification du volume des bassins sous l’effet des mouvements tectoniques). Sur des échelles de temps allant de l’année à quelques décennies, les causes des variations du niveau de la mer résultent essentiellement de deux facteurs : . les variations du volume des océans, produites par des variations de température et de salinité de la mer, . les variations de la masse d’eau contenue dans l’océan résultant principalement d’échanges avec les réservoirs continentaux, les glaciers de montagne et les calottes polaires (les inlandsis du Groenland et de l’Antarctique[viii]). Ces deux facteurs sont donc profondément liés à l’élévation des températures. La dilatation thermique des océans liée au réchauffement de la mer est responsable des deux tiers de l’élévation actuelle du niveau de la mer, le dernier tiers résultant de la fonte des glaces. Il faut noter au passage que la grande variabilité régionale de l’eustatisme, développée au paragraphe précédent, résulte principalement du premier facteur dont le stimulus (la variation des températures des océans) reste inégalement distribué. C’est donc la concentration des gaz à effet de serre qui agit indirectement sur le niveau de la mer en réchauffant notre planète. « Chauffée » par le rayonnement du soleil, la Terre émet, entre autres, un rayonnement infrarouge pour conserver son équilibre thermique. Les gaz à effet de serre restant fortement opaques aux infrarouges, la chaleur reste piégée près du sol, dans les premières couches de l’atmosphère. Et plus ces gaz sont abondants, plus la température augmente. S’ils sont essentiels à la vie en réchauffant suffisamment notre planète, ces gaz n’en demeurent pas moins des « pompes à chaleur » dont le thermostat reste délicat à manœuvrer. Et si l’on ne veut pas vivre dans une étuve, il est grand temps de s’intéresser à son mode d’emploi. Le principal gaz à effet de serre est le dioxyde de carbone (CO2). Il est relâché dans l’atmosphère principalement par les usines, le chauffage domestique et les moyens de transport que nous utilisons à profusion chaque jour. En un mot, tout ce qui brûle du combustible. Si les concentrations de gaz à effet de serre se stabilisaient (même à leurs niveaux actuels), le niveau de la mer continuerait néanmoins de monter pendant plusieurs siècles. En effet dans les fonds océaniques, la température ne varie que très lentement. La dilatation thermique, principal facteur de l’élévation, se poursuivra donc pendant plusieurs siècles quelles que soient les mesures d’atténuation entreprises.
1.4. La hausse moyenne du niveau de la mer au cours des prochaines décennies Des estimations théoriques sont régulièrement proposées par les climatologues sur la base de différents scénarii d’élévation de la température moyenne du globe en réponse à l’augmentation de la concentration des gaz à effet de serre. Les résultats des scénarii diffèrent selon que l’on intègre ou non les paramètres suivants : évolution démographique, développement social et économique, évolution technologique, utilisation des ressources et gestion de la pollution, etc. Le GIEC a ainsi développé plusieurs séries de scénarii : en 1992 et en 1998. J’ai utilisé ici ceux de 1992, appelés IS92. Moins nombreux que les scénarii IS98, qui intègrent des paramètres sur les politiques environnementales éventuelles, ils sont suffisamment représentatifs pour être utilisés ici. Les projections pour l’élévation moyenne mondiale du niveau de la mer pour la fin du 21ème siècle se situent dans une fourchette de 0,11 à 0,88m. Cette fourchette reflète l’incertitude systématique propre à la modélisation et aux scénarios envisagés. Communément, on admet qu’il est probable que le niveau de la mer s’élève en moyenne d’un demi-mètre à l’horizon 2100, c’est-à-dire en moyenne de 5mm par an. Ce faisant, dans la mesure où nous l’avons dit la hausse moyenne du niveau de la mer semble une valeur repère (cf. § 1.2.), nous utiliserons une élévation de 50 cm pour l’horizon 2100. Selon les derniers entretiens avec quelques scientifiques travaillant sur la mise à jour des valeurs moyennes, il semble que la fourchette des scénarii soit quelque peu revue à la baisse (de quelques centimètres). Il n’est malheureusement pas possible pour le moment d’avoir accès à des informations officielles du GIEC permettant d’ajuster la valeur moyenne. Quoiqu’il en soit nous utiliserons la valeur moyenne des informations officielles actuellement en notre possession, soit 50 cm.
DEUXIÈME PARTIE : LES POPULATIONS CONCERNÉES PAR L’ÉLÉVATION DU NIVEAU DE LA MER Nous allons tenter d’établir ici une liste des populations concernées par la hausse du niveau de la mer au cours du 21ème siècle. Sans prétendre à l’exhaustivité, nous nous efforcerons d’établir une liste la plus complète possible. Dans la mesure où les perspectives géopolitiques seront différentes, il paraît judicieux de diviser en deux catégories les populations touchées par la hausse du niveau de la mer à l’horizon 2100 : les pays côtiers et les archipels. Dans le premier cas, les Etats considérés possèdent souvent des terres permettant l’accueil des réfugiés ou les moyens de construire des protections face à la menace ; dans le second, il ressort que de nombreux Etats archipélagiques ne sont pas en mesure de faire face à une élévation trop brutale de l’eustatisme et qu’ils sont voués à une disparition inévitable. Les populations concernées seront alors dans l’obligation de trouver asile dans d’autres pays. Nous débuterons par des données générales afin de fixer les idées sur l’acuité du fléau. Par la suite nous étudierons successivement les côtes continentales, les grandes mégalopoles, et les Etats archipélagiques soumis à des logiques différentes. Un chapitre particulier sera consacré à la France métropolitaine et à ses pays d’outre-mer.
2.1. Quelques données générales De nombreux pays sont confrontés aux problèmes créés par l’élévation du niveau de la mer, ainsi que par la recrudescence et l’intensité des tempêtes. On estime à près de 50 millions de personnes vivant sur des terres qui risquent d’ores et déjà chaque année d’être inondées (comme en Louisiane en 2005) par une onde de tempête. Si la mer devait s’élever de 50 cm, ce chiffre pourrait passer à près de 100 millions. Et c’est sans compter les populations mises en demeure de migrer devant le risque de submersion définitive. Aujourd’hui 450 millions d’habitants habitent à moins de 5 km des côtes. 320 millions d’habitants habitent à moins de 5 m d’élévation par rapport au niveau de la mer. (Cf. Nicholls R., Small C., Improved estimates of coastal population and exposure to hazard released, www.survas.mdx.ac.uk, 2002.) Deux études, qui ont pour ambition de dresser une liste exhaustive des pays et des populations menacés par la hausse du niveau de la mer, ainsi que des impacts inhérents, peuvent être citées. Elles sont actuellement en cours de développement. Il s’agit des projets DINAS-COAST et SURVAS. Le projet DINAS-COAST[ix] (Dynamic and INteractive ASessment of National, Régional and Global Vulnerability) est toujours en cours d’élaboration. Le but de ce programme est de produire un outil dynamique et interactif permettant de fournir aux décideurs des indicateurs sur la vulnérabilité des côtes et des données générales sur les politiques d’adaptation de plus de 180 pays. C’est un outil complexe et long à mettre en place car il s’appuie sur des algorithmes et des modèles en cours de développement et issus de nombreuses disciplines universitaires. Le projet SURVAS[x] a été développé pour fournir une base de données sur les impacts issus des conclusions des différentes études scientifiques régionales en ce qui concerne l’élévation du niveau de la mer. En regroupant ainsi l’ensemble des données recueillies, il offre aux décideurs un outil exhaustif sur les vulnérabilités potentielles des pays concernés. Il est cependant actuellement toujours en cours de développement et il semble encore très incomplet ; le principal contributeur de cette étude, qui n’est autre que Robert J. Nicholls dont les études alimentent sans cesse les rapports du GIEC, a en effet quitté le groupe de travail pour des raisons personnelles. Pourtant R. J. Nicholls est un des principaux consultants et experts du GIEC pour les migrations climatiques. Outre les rapports de Robert J Nicholls, ce sont les travaux de Norman Myers que j’ai repris et qui ont contribué principalement à l’architecture de ce second chapitre. Ces travaux réalisent une synthèse de plus de 2000 études nationales ou régionales sur les impacts de l’élévation du niveau de la mer. J’ai bénéficié également d’études présentes sur quelques sites Internet : entre autres Climate Research[xi], World Resource Institute[xii], et bien évidemment celui du GIEC. Selon leurs études, les chiffres globaux suivants sont avancés : . selon R.J. Nicholls, en 2080, ce sont près de 200 millions d’êtres humains qui seront déplacés par l’élévation du niveau de la mer ; . Norman Myers évalue en 2050 à 150 millions le nombre de migrants potentiels ; cela représente de l’ordre de 1,5% de la population mondiale.
2.2. Les côtes continentales On pourrait citer tous les pays côtiers dans ce paragraphe dans la mesure où l’élévation moyenne du niveau de la mer devrait à tout le moins éroder la totalité des littoraux. Mais cette érosion sera très inégale dans la mesure où les côtes possèdent des caractéristiques variées. Les impacts de l’élévation moyenne du niveau de la mer seront donc très variables. Ne figurent finalement dans les tableaux que les pays qui seront concernés de façon significative par cette élévation du niveau de la mer. Je précise que cette liste n’a pas la prétention d’être exhaustive puisqu’elle est par essence issue d’un choix arbitraire : ne détailler que les pays pour lesquelles les populations touchées sont d’un volume significatif, critère qualitatif s’il en est.
2.2.1. L’Afrique Plusieurs zones côtières africaines, dont beaucoup subissent déjà les effets de la pression démographique et d’une utilisation inconséquente des terres, souffriront d’une élévation du niveau de la mer consécutive à l’évolution du climat. La côte des pays d’Afrique centrale et occidentale (Sénégal, Gambie, Sierra Leone, Nigeria, Bénin, Togo, Cameroun, Gabon et Angola notamment) comportent des lagunes basses sensibles à l’érosion qui pourrait donc pâtir de cette élévation, d’autant que de grandes villes en expansion rapide y sont implantées. De plus, la façade Ouest est fréquemment secouée par des ondes de tempête. La façade Est entre Mozambique et le Tanzanie comporte des mangroves. Le Mozambique pourrait être concerné de façon significative et en particulier la côte sud près de la capitale, même si cette côte bénéficie de conditions calmes la majeure partie de l’année. Du côté de la Méditerranée, un certain nombre d’études montrent qu’une partie assez importante de la section nord du delta du Nil disparaîtrait sous l’effet des inondations et de l’érosion, entraînant la perte de terres agricoles et de zone urbaines (en particulier autour d’Alexandrie), et la migration d’une partie de la population. Au total 10 millions de personnes environ devraient être menacées par l’élévation du niveau de la mer. Liste des principaux pays menacés en Afrique, * source INED, institut national d’études démographiques (www.ined.fr).
2.2.2. L’Amérique latine On peut craindre la disparition d’une partie des terres littorales et l’ingression d’eau salée dans les basses côtes et les estuaires des pays de l’isthme centraméricain, du Venezuela, de l’Argentine et de l’Uruguay. C’est surtout dans les deltas que l’élévation du niveau de la mer devrait être sensible. En empêchant le déversement des fleuves et des cours d’eau des basses plaines dans l’océan, l’élévation du niveau de la mer pourrait accentuer les risques d’inondations dans les bassins hydrographiques, en particulier dans la pampa argentine. Les populations qui vivent dans les bidonvilles à proximité des mégalopoles sont menacées lorsque ceux-ci sont établis dans des zones sujettes aux inondations, comme à proximité de Buenos Aires. Au total 10 millions de personnes pourraient être menacées par l’élévation du niveau de la mer. Voici la liste des principaux pays menacés en Amérique latine, * source INED, institut national d’études démographiques (www.ined.fr).
2.2.3. L’Amérique du Nord Depuis des milliers d’années, le niveau de la mer s’élève le long de la plus grande partie de la côte Est des Etats-Unis. Une élévation de 50 centimètres, due à l’évolution du climat pourrait provoquer l’inondation de près de 20 000 km² de terres fermes. La Louisiane a subit les affres des inondations en raison de la rupture de quelques digues sous l’intensité du cyclone Katrina. D’autres régions de la côte Est et Sud pourraient connaître dans un proche avenir le même sort lors du passage d’un cyclone. Les autorités américaines doivent donc rester vigilantes. Cependant, les Etats-Unis ont les moyens techniques et financiers pour construire les digues nécessaires à la protection de la population face à l’élévation du niveau de la mer. Dans de nombreux endroits, les terres humides et les plages des estuaires risquent ainsi d’être « coincées » entre la montée des eaux et les brise-lames dressés pour protéger les établissements humains. Si les protections restent en place en dépit de l’intensité et la recrudescence des cyclones, aucune population ne devrait plus être menacée. * source INED, institut national d’études démographiques (www.ined.fr)
2.2.4. L’Asie et l’Océanie Ce sera assurément la région de la Terre la plus touchée, principalement parce que la densité de la population y est élevée, et parce que la croissance démographique se fait de façon désordonnée et sans respect de l’environnement. Les plaines côtières densément peuplées et exploitées, les îles et les deltas sont particulièrement vulnérables face à l’érosion et au recul des terres, aux inondations fluviales et maritimes, ainsi qu’à la remontée de la ligne de séparation eau salée/eau douce. Les zones les plus menacées sont donc les grandes régions des deltas du Bangladesh (delta du Gange et du Brahmapoutre), du Myanmar, du Viêt-Nam et de la Thaïlande, ainsi que les basses terres de l’Indonésie, des Philippines et de la Malaisie. Les répercussions socio-économiques pourraient frapper alors les grandes villes qui sont nombreuses le long des rivages. Le littoral japonais dans son ensemble, sur lequel est implanté la moitié de l’infrastructure industrielle, sera également menacé. En Océanie, les communautés du pourtour du détroit de Torres seraient concernées. Les établissements et les équipements d’infrastructure en rapide expansion sur ces littoraux seraient touchés par une élévation du niveau de l’eau et par la recrudescence et l’intensité des ondes de tempête. Ce sont donc 180 millions de personnes environ qui devraient être menacées par l’élévation du niveau de la mer sur ces rivages les plus peuplés de la planète. Voici la liste des principaux pays menacés en Asie, * source INED, institut national d’études démographiques (www.ined.fr).
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