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La mouvance salafiste internationale et l'Internet,

par Walter Akmouche, de la délégation générale pour l'armement   

 

Les attentats de Madrid du 11 mars 2004 et de Londres du 7 juillet 2005 invitent à repenser la mouvance communément désignée sous le terme d’Al-Qaïda et à proposer un nouveau modèle pour la caractériser. Pris sous l’angle d’une entité de type biologique, le développement international d’Al-Qaïda peut alors s’expliquer, au moins en partie, par l’utilisation des moyens modernes de communication, plus particulièrement l’Internet, comme vecteur de propagation et de contamination. 

Dans le cadre de ses synergies géopolitiques, le site www.diploweb.com vous présente  sur Internet un article de Walter Akmouche (DGA), publié dans le numéro d’août-septembre 2006 de la revue Défense nationale et sécurité collective (pp. 197-207). Nous vous invitons à visiter son site à l’adresse http://www.defnat.com 

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Une nouvelle modélisation de la mouvance salafiste internationale

De quoi s’agit-il ?

Les enquêtes policières et judiciaires engagées contre les groupes jihadistes à l’origine des attentats de Madrid le 11 mars 2004 et des attentats de Londres le 7 juillet 2005 ont démontré que ces groupes n’avaient, en réalité, jamais eu de lien avec ce que l’on appelle Al-Qaïda. Néanmoins, ils ont revendiqué ces actes au nom de cette organisation.

Ces affaires illustrent en définitive assez bien ce qu’est la structure réelle de ce qui est communément appelé Al-Qaïda, « la base » ou « la règle » en arabe. Il s’agit en réalité d’une mouvance protéiforme, en perpétuelle reconfiguration et dont les relations internes sont fluctuantes, incertaines, floues : la mouvance salafiste internationale. Il semble donc impropre d’utiliser la terminologie d’organisation pour définir cette mouvance, qui s’avère peu ou pas structurée, dont le comportement au niveau mondial n’est en rien déterministe, et dont les relations avec les groupes commettant des actes terroristes sont parfois informelles ou inexistantes.

Ce constat permet de poser le problème, mais pour une démocratie qui cherche à se prémunir d’actes terroristes contre son territoire, ses ressortissants ou ses intérêts, il convient d’anticiper et de détecter les signaux faibles le plus en amont possible de la préparation de ces actes. En raison de l’analyse précédente, il paraît complexe et difficile de procéder à une telle anticipation. La première étape consiste donc à modéliser le problème, éventuellement à le simplifier momentanément, pour dégager des critères de détection.

Le modèle "biologique" 

Une modélisation est toujours réductrice, et cela est particulièrement vrai dans le cas de la mouvance salafiste internationale, dont la complexité et le périmètre varient au cours du temps. Toutefois, une telle modélisation peut s’avérer utile pour fixer le cadre d’un «champ des possibles», au sens probabiliste du terme, et pour permettre de déterminer les perspectives d’opportunité maximale. La modélisation « biologique » permet ainsi de représenter le comportement de la mouvance salafiste internationale. Dans ce modèle, cette dernière s’apparente à un organisme biologique parasitaire, dont le terreau est formé de l’environnement international de crises récurrentes dans le monde arabo-musulman, d’un profond sentiment anti-occidental et du rêve d’un âge d’or hypothétique et révolu, l’Oumma.

Le terreau local, plus ou moins fertile, est un élément déterminant du développement de cette entité parasitaire biologique. Ce n’est toutefois pas un élément suffisant. Il est indispensable que ce terreau soit arrosé afin de permettre la germination. Cette pluie est actuellement assurée par les moyens de communication modernes, tant du fait des réseaux de télécommunication que du déploiement de l’Internet, en déversant la propagande salafiste et jihadiste. Ces moyens de communication permettent aussi, par les relations qu’ils proposent, la contamination de l’idéologie salafiste à des territoires encore sains. Enfin, ils permettent par la formation qu’ils proposent, notamment sur l’Internet, une adaptation de cette entité salafiste au milieu qui l’entoure.

Il reste à expliquer concrètement comment les moyens de communication modernes permettent à la mouvance salafiste internationale de se propager, de coloniser de nouveaux espaces et de programmer des actions violentes contre des sociétés du monde occidental mais aussi, en majorité, du monde arabe, comme la situation iraquienne le démontre au quotidien.

 

L’utilisation de l’Internet au profit de la cause salafiste

L'Internet ou les Occidentaux pris au piège 

Les jihadistes, et plus généralement les groupes salafistes, ont accru leur utilisation de l’Internet, pourtant symbole de la technologie occidentale, et même américaine, qu’ils récusent et condamnent au quotidien ; mais le pragmatisme justifie l’utilisation d’un médium présentant de si nombreux avantages et une technologie éprouvée.

Développé sous l’égide de la Defence advanced research project agency (Darpa) à la fin des années 60 dans le but de réaliser un réseau capable de résister à une attaque nucléaire, l’Internet est par conséquent un réseau bien conçu et particulièrement robuste. Par ailleurs, il se prête aisément, du fait de sa conception initiale, à un anonymat et un camouflage du point d’origine relatifs.

De plus, l’Internet est désormais au cœur de l’économie numérique, des transactions financières et du e-business. Il est donc protégé par les gouvernements occidentaux. En dépit de menaces et de risques importants, il est peu probable que ce média puisse être neutralisé, même temporairement, car dans cette éventualité, les conséquences sur l’économie mondiale seraient critiques. L’Internet est donc devenu un paradigme de la communication mondiale et des échanges commerciaux, parasité par la propagande salafiste.

Son utilisation par la mouvance salafiste a principalement lieu de trois façons : la diffusion de la propagande salafiste, la coordination de groupes ou d’individus à des fins d’actions violentes en offrant des outils de communication, et une capacité d’enseignement à distance. Toutefois, si des recherches de financements sont possibles, le risque d’une attaque informatique majeure à vocation terroriste devrait être relativisé.

 

L'Internet vecteur de propagande

L’Internet se prête très bien à la diffusion de la propagande : sur le fond — on ne remet pas en cause ce qui est diffusé ; comme sur la forme — l’Internet est un média adapté car il permet simultanément de toucher une vaste population de millions d’internautes grâce à son développement dans le monde. En considérant que le taux de réussite de la propagande reste toujours faible, cette capacité est d’autant plus importante (1). En outre, paradoxalement, chaque internaute est touché individuellement, sans possibilité de réfléchir. C’est le cadre idéal d’une vaste théorie du complot adressée à des millions d’internautes, dont chacun a le sentiment d’être le seul destinataire de cette information qui est globalement invérifiable. De plus, ce moyen de communication est accessible à domicile, dans des cybercafés, et désormais sur des téléphones mobiles.

Parallèlement, les salafistes ont su organiser une propagande très efficace, en recourant parfois à des personnes compétentes. Abou Mayssara al Iraqi a ainsi su transformer Abou Moussab al Zarqaoui en un leader terroriste charismatique de stature internationale alors qu’il n’était à l’origine considéré que comme un simple criminel.

La propagande salafiste a aussi exploité une dualité, schizophrène, « victime-vainqueur », révélatrice de la théorie du complot : les moudjahidin sont à la fois les victimes de l’humiliation et des massacres des Occidentaux, et en même temps, les « lions » qui infligent des pertes terribles à ces mêmes Occidentaux présentés comme des incompétents et des faibles.

En outre, les nouveaux moyens techniques permettent à ces propagandistes de proposer des images, photos ou vidéos, de leurs opérations en Iraq, en Afghanistan ou en Tchétchénie. Ces moyens multimédias s’adressent manifestement à un public jeune, souvent avide de sensations, pour qui ces actions militaires accompagnées d’une musique glorifiante (parfois même sous forme de rap) peuvent représenter un attrait.

Sur un terreau a priori fertile de frustration, d’humiliation ressentie ou plus simplement de désœuvrement, l’abondance et la force de conviction de cette propagande peut conduire des jeunes sans lien direct avec la mouvance salafiste à adhérer à cette idéologie, pour certains, à être recrutés physiquement par des groupes salafistes locaux, voire, pour un faible nombre, à passer à l’acte. Ressortissants nationaux, sans lien direct avec les salafistes, ces internautes sont alors quasiment indiscernables et indétectables.

 

L'Internet vecteur de propagation de la menace 

En tant que moyen de communication, par les forums, le courriel ou le chat, ou en tant que capacité de formation à distance, l’Internet est une des sources de l’extension de la menace. Comme moyen de communication, il permet de véhiculer les menaces, de propager les rumeurs et, le cas échéant, d’assurer la communication et la coordination de groupes préparant un acte terroriste.

On peut ainsi citer de nombreux forums sur lesquels des internautes apportent leur expérience des humiliations, désignent certains États ou gouvernements à la vindicte générale, appellent à commettre des attentats. Ainsi, en août 2004, le forum d’un site appelait à embraser l’Italie (2). De même, lors des caricatures portant sur le prophète, des incitations au meurtre contre les dessinateurs et plus généralement des menaces contre le Danemark avait été diffusées (3). En outre, de nombreux sites offrent aussi l’accès à un forum ou à un chat, en particulier sur le conflit iraquien (4).

Autre exemple, celui du terroriste Richard Reid qui a reconnu avoir préparé sa tentative d’attentat aérien par échange de courriels.

Des internautes qui ne se connaissent pas peuvent ainsi échanger leurs opinions, exprimer leur haine de l’Occident ou des régimes arabes, déclarés pour la plupart impies, sans quitter leur pays d’origine. Des groupes terroristes qui ne se connaissent que par adresse électronique peuvent aussi coordonner leurs actions terroristes.

 

Des sites menaçant la France et l'Europe 

Les pays principalement visés par le prosélytisme et la propagande salafiste sont les États-Unis, déclarés coupables d’humilier et d’asservir le monde arabo-musulman ; Israël, systématiquement désigné comme le pays des sionistes ; et les gouvernements arabes, considérés comme vassaux des États-Unis et par conséquent impies.

Il serait cependant faux de croire que la France et l’Europe échappent à ce menaçant prosélytisme. Conscients de la relativement faible connaissance de l’arabe par les jeunes générations européennes, des sites clairement islamistes et même jihadistes n’hésitent pas à proposer des versions françaises, allemandes, anglaises, espagnoles, etc. Cela ne fait a priori pas mystère des populations visées (5). Quant au site de soutien à la « résistance sunnite iraquienne », il a reçu 169 849 connexions depuis la France, entre le 13 novembre 2003 et le 18 avril 2006 (6). Cela place la France en cinquième position des pays consultant ce site, devant l’Égypte ou l’Arabie Saoudite.

En dernier lieu, il est possible d’évoquer le site surnommé « Al Mourabitoune » qui propose un forum en français dans lequel un internaute utilisant le pseudonyme d’Abou Zoubayr prétend intervenir depuis l’Iraq où il serait moudjahid (7). Cette assertion est invérifiable, et même probablement fausse, mais il recueille de nombreux messages de soutien.

Ces seuls exemples suffisent à démontrer que la menace contre l’Europe, et contre la France, est avérée.

 

Sauts quantitatif et qualitatif

Un saut quantitatif

Le nombre de sites jihadistes, et non pas seulement islamistes, est assez important et va croissant (8).

De plus, les forums ou les sites de type Wiki (9) offrent de plus en plus d’images d’actions terroristes en Iraq, en Afghanistan, en Arabie Saoudite, en Algérie, en Tchétchénie, etc. Ces documents sont filmés à l’aide de caméscopes numériques bon marché ou grâce à des téléphones portables de 3e génération (reconnaissables car les fichiers vidéos se terminent alors avec l’extension « gpp »). Les téléphones portables de dernière génération, l’électronique multimédia, etc., sont désormais les outils standards des jihadistes de part le monde.

En outre, la fermeture d’un site particulièrement virulent s’avère souvent sans effet (10). Le site ansarnet a été fermé fin avril 2005 ; début mai 2005, il ouvrait sous un autre nom (11).

La facilité de création sur l’Internet, ainsi que le potentiel de l’électronique grand public vendue à des prix dérisoires, permettent d’envisager des développements quasi illimités.

 

Un saut qualitatif 

L’aspect quantitatif n’est toutefois pas la seule évolution notable. Il semble désormais clair que la nouvelle génération de jihadistes, qui a grandi avec l’Internet et l’informatique, maîtrise sensiblement mieux ces moyens de communication que ses prédécesseurs. L’Internet et la téléphonie mobile étaient auparavant utilisés de manière quasi artisanale. Ce n’est plus le cas aujourd’hui, tant sur le fond que sur la forme.

Sur la forme, les jihadistes sont désormais en mesure d’utiliser la stéganographie (12) de haut niveau, d’une part car des outils sont librement disponibles sur l’Internet, et d’autre part car ce type de procédé est commun à tout étudiant ou lycéen actuel. Il en va de même de la cryptographie, par exemple avec le système PGP, gratuitement téléchargeable. Les jihadistes ne font que profiter d’une liberté gratuitement offerte, très performante et particulièrement simple à mettre en œuvre. L’inconvénient est que la contre-mesure pour détecter et exploiter ces fichiers stéganographiés ou cryptés est considérablement plus coûteuse, en temps, en moyens et en recherche, que son utilisation. À titre d’exemple, s’il ne faut que quelques secondes pour chiffrer ou déchiffrer un fichier standard avec l’algorithme AES, il faut neuf jours avec des ordinateurs extrêmement puissants pour casser ce chiffre (13). Dans cette course, les jihadistes sont actuellement largement favorisés.

Sur le fond, il y a aussi une évolution qualitative. Les sites islamistes sont interactifs et utilisent un véritable « design », avec une ergonomie étudiée (14). Les sites sont bien protégés, régulièrement mis à jour, les propos sont souvent surveillés par un « modérateur » ; lequel est censé éviter les incitations à la haine, mais en pratique il rappelle souvent à certains internautes, trop passionnés, que le site peut être surveillé par les services de police et qu’il vaut mieux éviter d’évoquer trop précisément certaines actions en préparation.

Il faut aussi évoquer le cas des fichiers en téléchargement sur les sites de Peer-to-Peer (P2P) qui présentent l’énorme avantage de faire bénéficier leurs utilisateurs d’un espace gratuit et quasi illimité. Les fichiers sont publiés dans des newsgroup difficilement identifiables et chacun peut y trouver le sujet qui l’intéresse (vidéos russes, tchétchènes, iraquiennes, etc.). Soulignons que les vidéos sont disponibles en permanence puisque ces sites ne sont jamais fermés. Ce phénomène connaît actuellement un essor considérable.

Quant à la propagande, elle est soigneusement orchestrée et préparée. En la matière, Abou Moussab al Zarqaoui, manifestement conseillé par Abou Mayssara al Iraqi, a fait de nombreux efforts et progrès. Alors que ses messages audio étaient originellement en dialecte jordanien, souvent plus proches de l’invective que du discours, il a considérablement évolué pour se donner une véritable stature de chef de guerre mais aussi de stratège. Sur la vidéo diffusée le 23 avril 2006, Zarqaoui parle de manière calme, et pose à côté de son arme sur le modèle d’Ayman al Zawahiri. Il démontre, en laissant apparaître son visage à l’écran, que l’Iraq est désormais un territoire sûr pour lui et qu’il ne craint pas les Américains. Il affirme par son discours, calme, posé et bien écrit qu’il n’est pas ou plus le voyou jordanien, mais le chef de guerre d’Al-Qaïda en Iraq.

L’utilisation des moyens de communication n’est pas figée et les jihadistes montrent au quotidien leur inventivité en la matière.

 

Les moyens de télécommunication pour la détection précoce 

Les moyens de communication permettent de mieux comprendre comment l’idéologie salafiste et jihadiste peut être diffusée à travers le monde, et comment la marque de fabrique « Al-Qaïda » peut être utilisée par des groupes qui n’ont que des liens distants avec l’organisation afghane originelle d’Oussama Ben Laden. Les groupes jihadistes qui se créent sont donc difficilement discernables, mais ils ne relèvent pas de la génération spontanée : outre le terreau local, ils ont aussi besoin d’un accès et d’une utilisation des moyens de communication modernes. Cela peut constituer une faille et conduire à une possibilité de détection précoce de la formation de ces groupes.

 

L'exploitation de l'Internet 

Les différents sites jihadistes ne représentent pas tous la même menace (15). Par ailleurs, certains sites sont clairement mieux informés, voire en avance. Ils constituent en quelque sorte des « sites référents » du jihadisme international. Cela était le cas du site ansarnet, sur lequel ont été diffusés en exclusivité les discours audio d’Abou Moussab al Zarqaoui. Ces sites référents fixent les grandes tendances et peuvent constituer une sorte de baromètre de la menace qui peut prendre une dimension plus inquiétante contre un pays.

Enfin, et sans entrer dans les détails dans le cadre de cette publication, l’Internet n’est pas anonyme. Chaque connexion laisse des traces, ce que l’on appelle communément les adresses « IP ». Ces adresses peuvent effectivement donner de nombreuses informations sur l’auteur et la localisation de la connexion, mais à la condition d’être exploitées dans les plus brefs délais.

 

La fusion des données 

À l’instar de l’Internet, la téléphonie mobile n’est pas exempte de traces laissées dans les bases de données des opérateurs. Ces traces sont exploitables et permettent aussi d’obtenir de nombreuses informations sur le titulaire du téléphone mobile, ses déplacements, ses relations, etc. ; ce que savent déjà les services de police et de sécurité.

Toutefois, les jihadistes utilisent, comme la majeure partie de la population, simultanément l’Internet et la téléphonie mobile. Le croisement de ces données permettrait vraisemblablement de détecter très en amont les signaux faibles correspondant à une utilisation peu orthodoxe de ces moyens. Des critères objectifs et mesurables correspondants à des comportements supposés à risque permettraient alors de détecter un commencement de menace et d’orienter les services d’investigation.

 

Les limites de la méthode

La contre-exploitation des moyens de communication modernes ne saurait être strictement technique. Cette orientation, retenue par les services américains, a conduit à deux erreurs majeures : d’une part, la collecte d’une masse considérable de documents électroniques, finalement inexploitables. Toutes les données concernant les attentats du 11 septembre 2001 ont bien été collectées, mais non exploitées. D’autre part, cette méthodologie ne peut s’inscrire que comme une aide à la détection pour les services d’investigation.

L’exploitation des moyens de communication s’apparente alors à la traque du financement terroriste, en nous plaçant dans le domaine amont de la détection, et non pas seulement dans le cadre d’une enquête judiciaire qui suivrait un attentat.

En dernier lieu, cette méthodologie ne pourrait raisonnablement s’inscrire que dans le cadre de règles de contrôle particulièrement strictes, afin de garantir le respect les libertés individuelles.

 

Conclusion: l'apport du ministère de la Défense

Le ministère de la Défense, tant par ses unités de guerre électronique que par ses gendarmes spécialisés en cybercriminalité, dispose déjà d’une expérience notable de l’exploitation des communications, notamment sur l’Internet. Il dispose aussi des linguistes nécessaires à la pleine exploitation de la propagande diffusée et de l’organisation requise pour établir des niveaux d’alerte en fonction de la menace détectée.

Dans tous les cas, l’essentiel est d’exploiter les signaux faibles générés par les jihadistes, et en particulier lors de leur utilisation des moyens de communication, afin de se prémunir d’une attaque terroriste. En effet, si l’Internet est un instrument indispensable des communications et des échanges (notamment financiers, commerciaux, etc.) pour les pays occidentaux, il l’est tout autant pour les salafistes pour des applications de propagande et de coordination. Le risque d’une « attaque terroriste informatique » majeure désignée sous le vocable de « cyberterrorisme » devrait donc être relativisé. Les salafistes n’ont pas intérêt à neutraliser un moyen important de leur stratégie d’influence, et au contraire à utiliser durablement un outil qu’ils ont su parfaitement infiltrer et parasiter. En outre, les attentats portant directement atteinte à la vie des personnes suscitant toujours le même effroi, il ne leur est pas nécessaire d’envisager des actions différentes, du moins à court terme. La vigilance reste cependant de mise.

Walter Akmouche 

M. Walter Akmouche, de la Délégation générale pour l’armement (DGA), a co-écrit cet article avec Mme Laurence Ifrah de la société Zylion d’expertise en criminalité numérique, ainsi que MM. Xavier Raufer et François Haut du Département de recherche sur les menaces criminelles contemporaines (DRMCC). 

Note de la rédaction du diploweb.com : Cet article de Walter Akmouche a été initialement publié dans le numéro d’août-septembre 2006 de la revue Défense nationale et sécurité collective (pp. 197-207). Nous vous invitons à visiter son site à l’adresse http://www.defnat.com

Notes :

(1) En effet, sur 1,3 milliard de musulmans, on estime le nombre de jihadistes à 30 000, soit 0,002 % de cette population. Pour rallier un jihadiste, il faut donc démarcher, en moyenne, 45 000 personnes.

(2) www.islamic-minbar.com.

(3) http://alekhlaas.com.

(4) C’est le cas du site www.albasrah.net ou http://iaiiraq.yahoo.com par exemple.

(5) Ainsi, www.prohijab.net propose des versions en arabe, en français, en anglais et en néerlandais. De même, www.hizbuttahrir.org est accessible en ourdou, en arabe, en turc, mais aussi en russe, en anglais, en allemand et en polonais.

(6) En moyenne, cela représente environ 200 connexions par jour (www.albasrah.net).

(7) www.ribaat.org. Ce site a succédé en réalité à www.assabyle.com, fermé par les autorités belges en 2004, après qu’il eut menacé très explicitement le ministre de l’Intérieur français, Nicolas Sarkozy. Il est cependant hébergé à Paris.

(8) Le site israélien www.haganah.us en recensait 74 en avril 2006.

(9) Les sites Wiki sont des sites pour lesquels les internautes peuvent déposer, en libre accès, leur contribution, sur le modèle de l’encyclopédie électronique Wikipedia.org.

(10) L’exemple le plus célèbre est www.al-ansar.biz qui avait été fermé suite à la diffusion de l’exécution de l’otage américain Nickolas Berg en juin 2004. Il était réapparu quatre jours plus tard sous le nom www.geocities.com/al-ansar, avant de prendre le nom www.ansarnet.ws. Sur ce site, Abou Moussab al Zarqaoui a diffusé la totalité de ses discours audio et la plupart de ses communiqués revendiquant des attaques menées en Iraq.

(11) www.inn4news.net.

(12) Stéganographie : logiciel permettant de camoufler un message dans un fichier, par exemple du texte dans une photo ou dans un fichier audio.

(13) Selon les déclarations d’experts de la National Security Agency (NSA).

(14) Le site www.islahradio.net, du Saoudien Saad al Fagih, exilé à Londres, propose même de la radio numérique depuis 2005, avant même la plupart des services de radio français.

(15) Les sites ribaat.org, hizbutahrir.com ou prohijab.net ont clairement, en raison des choix de langues qui sont faits, des visées sur les internautes européens. Cela peut même être plus précis car la langue néerlandaise s’adresse manifestement à une population très bien ciblée.

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Date de la mise en ligne: octobre 2006

 

 

 

   

 

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