USA au Sud Caucase : Arménie, Azerbaïdjan, Géorgie

Par Lilit VARDANYAN, le 7 septembre 2012  Imprimer l'article  lecture optimisée  Télécharger l'article au format PDF

Doctorante à l’Institut Français de Géopolitique, Université Paris 8
Professeure assistante à l’ESG Management School, Chaire de Management des risques énergétiques

Géopolitique des Etats-Unis et du Sud Caucase. Présentation du livre de Julien Zarifian, Les Etats-Unis au Sud Caucase post-soviétique (Arménie, Azerbaïdjan, Géorgie), Paris, L’Harmattan, 2012, 265 pages, Index, Bibliographie, 7 cartes.

Les Etats-Unis au Sud Caucase post-soviétique constitue une contribution remarquable car c’est la première étude longue, fouillée et bien documentée portant sur la politique extérieure des Etats-Unis au Sud Caucase (Arménie, Azerbaïdjan, Géorgie).

Le livre apporte beaucoup aux deux domaines d’études auxquels il s’intègre naturellement : les études caucasiennes et celles qui portent sur la politique étrangère américaine. L’ouvrage est signé par Julien Zarifian, docteur en géopolitique de l’Institut français de géopolitique (Université Paris 8), Maître de conférences à l’Université de Cergy-Pontoise et chercheur au laboratoire Civilisations et Identités Culturelles Comparées de la même université.

Préfacé par Pierre Melandri, américaniste de renom, Professeur des Universités émérite à Sciences Po, l’ouvrage cherche à analyser la politique étrangère américaine en questionnant son à propos et son efficacité. Il se décline en huit chapitres qui permettent de cadrer, contextualiser et définir la politique américaine au Sud Caucase (trois chapitres) avant d’en analyser les principales manifestations dans le détail (cinq chapitres). Sept cartes géopolitiques dessinées par l’auteur qui constituent une valeur ajoutée originale, une bibliographie assez riche de quatorze pages, et des index des noms des lieux et des noms de personnes viennent compléter l’ouvrage.

Quelle unité régionale ?

En commençant le premier chapitre de l’ouvrage par une présentation géographique, démographique, ethno-religieuse, historique et géopolitique de la partie sud du Caucase, l’auteur insiste sur l’absence d’unité régionale (géographique, identitaire, politique, économique, etc.). Pourtant les trois républiques la composant sont souvent perçues par des puissances extérieures, y compris les Etats-Unis, comme un ensemble. Une telle vision de ce territoire, selon lui, est, pour ces puissances, conditionnée par « une meilleure mise en valeur de leurs intérêts » (p. 24). Et c’est également une des raisons pour laquelle J. Zarifian a choisi d’étudier la politique américaine envers l’ensemble caucasien et non pas uniquement envers une des trois républiques.

L’odeur du pétrole

Terrain de conflits et de tensions, non seulement entre les trois nations, dites titulaires, mais également s’agissant des minorités qui le peuplent, le Caucase du Sud suscite aussi, de longue date, l’intérêt des puissances régionales, puis mondiales. Son statut de carrefour entre l’Asie et l’Europe, et son positionnement géographique sur les routes d’acheminement des hydrocarbures caspiens dotent la région d’une réelle importance stratégique, que la chute de l’URSS a réactualisée. L’influence russe est désormais contestée par l’Iran et la Turquie, deux géants régionaux qui s’affrontent depuis des siècles pour le contrôle des territoires caucasiens, ainsi que par d’autres acteurs extérieurs, comme certains pays de l’Union européenne et, surtout, les Etats-Unis.

L’auteur analyse d’ailleurs dans les détails les raisons pour lesquelles les Etats-Unis cherchent à s’implanter au Sud Caucase, dans le deuxième chapitre. Il évoque notamment la place centrale du Sud Caucase en Eurasie, immense région hautement stratégique vu de Washington, les relations des trois républiques sud caucasiennes avec trois acteurs majeurs pour les États-Unis, à savoir la Russie, la Turquie et l’Iran, les hydrocarbures capsiens, où encore le caractère "corridor" (p. 82) et stratégique de la région tant pour faire transiter ces hydrocarbures vers les marchés occidentaux en évitant la Russie que dans le cadre de la lutte contre le terrorisme.

Lobbying et géopolitique

L’auteur évoque aussi dans ce chapitre, et à plusieurs autres reprises dans l’ouvrage, le rôle des lobbies et en particulier des lobbies ethniques, actifs à Washington, dans la politique américaine au Sud Caucase. Sans surestimer le rôle de ces groupes de pression, parmi lesquels le puissant lobby arméno-américain, la Georgian Association in the United States of America et l’U.S. Azeris Network, il faut noter qu’il s’agit d’un paramètre que les diplomates américaines ne peuvent pas ne pas prendre en considération. J. Zarifian met ici l’accent surtout sur le lobby arménien et offre par là même, l’étude la plus fouillée sur ce lobby, notamment grâce aux entretiens qu’il a réalisés avec des responsables de la diaspora arménienne aux Etats-Unis.

Stratégie ou opportunisme ?

Le cœur de l’ouvrage est ensuite l’analyse de la « pénétration géopolitique » américaine au Sud Caucase, qui se met en place dès le début des années 1990 et qui demeure cohérente depuis. Elle s’effectue par le biais de la mise en place d’une « stratégie régionale », qui n’en est pas vraiment une car l’auteur qualifie d’« après coup » en ce sens qu’elle est vraisemblablement établie au gré des rapports de force à Washington et des évolutions géopolitiques eurasiatiques, mais suit néanmoins une logique d’ensemble qui demeure et traverse les périodes. Prudente sous l’administration de George H. Bush (père), la politique extérieure des Etats-Unis au Sud Caucase s’affirme dès 1993, sous la présidence de Bill Clinton, qui démarre notamment l’aide financière aux Etats de la région, pan important de la politique américaine au Sud Caucase, et la coopération militaire. Puis, l’auteur observe que les attentats du 11 septembre 2001 et les modifications de la politique étrangère qui en ont découlé, n’ont affecté le Sud Caucase qu’à la marge, mettant plutôt en avant la continuité de la politique américaine sud caucasienne des administrations Clinton, Bush et Obama.

L’étude identifie et analyse longuement cinq pans principaux de cette politique. L’aide financière aux États de la région, dont l’Azerbaïdjan est partiellement exclu de 1992 à 2002 du fait des pressions du lobby arméno-américain, mais dont la Géorgie et l’Arménie sont des récipiendaires majeurs est le premier volet étudié. Puis viennent le soutien à la démocratisation des trois États, qui s’avère relativement aléatoire, la coopération et l’assistance militaires, particulièrement soutenues avec la Géorgie, les relations économiques qui s’expriment essentiellement par la politique énergétique de captation, et surtout relative au transport, des hydrocarbures caspiens vers les marchés occidentaux, politique dont les succès, en particulier dans les années 1990, sont connus, et enfin l’implication des Etats-Unis dans les processus de régulation des conflits régionaux, en particulier au Haut Karabagh, conflit dit "gelé" entre l’Azerbaïdjan et la partie arménienne.

Le panorama proposé par Julien Zarifian est particulièrement complet et on ne peut que saluer cette étude dense et bien menée.

Copyright Septembre 2012-Vardanyan/Diploweb.com


Plus

. Voir l’entretien de Pierre Verluise avec Florent Parmentier, "UE : quel partenariat oriental ?" publié sur le Diploweb.com en 2013

. Voir "UE-OTAN / Géorgie : quelles perspectives ?
Entretien de Pierre Verluise avec l’Ambassadeur de Géorgie en France, Mamuka Kudava"
publié sur le Diploweb.com en 2009.


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