Le système du pouvoir en Russie

Par MASSADA, le 15 avril 2003  Imprimer l'article  lecture optimisée  Télécharger l'article au format PDF

Entretien avec Pierre VERLUISE.

A l’aide d’exemples, l’auteur met à jour les relations entre le Kremlin et la périphérie. Les affaires judiciaires sont parfois utilisées pour renouveller les gouverneurs des régions riches en ressources naturelles. Moscou tente ensuite d’obtenir des entreprises les mettant en valeur un meilleur paiement de l’impôt.

PARALLELEMENT à la mise en place - peu efficace - des super gouverneurs par V. Poutine, que devient le renouvellement des gouverneurs ? Ce renouvellement dans les régions se traduit par un renforcement des liens avec le Kremlin.

Soit parce que le système des super gouverneurs a rapidement été caduque faute d’avoir réussi à imposer son contrôle sur les gouverneurs des régions, ce qui a conduit V. Poutine à en prendre acte. Il aurait alors décidé de mettre en place une autre forme de contrôle, non plus via les super gouverneurs mais directement sur les 89 régions.

Transactions

Soit, il y a eu dans certains cas des transactions à l’amiable entre le pouvoir central et le pouvoir régional. Compte tenu d’abus antérieurs des gouverneurs, la transaction aurait été : "Ne vous représentez pas et nous abandonnons les charges qui pèsent contre vous". Il en résulte notamment le renouvellement des gouverneurs dans des régions riches en ressources naturelles.

Un exemple : l’élection du gouverneur de la République de Sakha, en Sibérie extrême orientale, en Yakoutie. Il s’agit d’une région très riche en diamant, au premier ou au deuxième rang mondial. S’y ajoute de l’or, du pétrole et du gaz. Le gouverneur sortant, Nikolaïev, était un proche du groupe Alrossa, le groupe qui bénéficie de la licence d’exploitation des diamants. Il avait déjà été élu deux fois et la loi russe ne l’autorisait pas à prétendre à un troisième mandat. La République de Sakha bénéficiant du statut le plus large qui soit en Russie, il avait réussit à obtenir de son parlement local une dérogation pour un troisième mandat. Il y a eu trois à six semaines d’arguties initiées par le Procureur général. Certains tribunaux au niveau fédéral ont statué à l’illégalité de la décision. Evidemment, les tribunaux régionaux ont validé la procédure en faveur du cacique local. Après six semaines, le Président Nikolaïev a décidé de se retirer. La passation de pouvoir s’est faite assez rapidement, puisque le candidat favori était le nouveau patron d’Alrossa. Il est depuis devenu gouverneur, avec le soutien du Kremlin. Le Kremlin a récupéré 5 % du capital d’Alrossa. On a l’impression que la politique de quota des diamants et la manière dont l’entreprise Alrossa paie ses impôts sont plus conformes à la loi.

Il y aurait donc eu à la fois un accord à l’amiable entre les parties et une reprise en main du centre sur la périphérie. Les termes de l’échange étant :"Vous nous versez les ressources fiscales que vous devez à l’Etat et nous vous laissons exploiter ces ressources naturelles".

A qui le tour ?

Toutes les régions vont peu à peu passer sous les fourches du Kremlin. Ce sera bientôt le tour de Saint-Pétersbourg et de Moscou. Le maire de Saint-Pétersbourg, Yakovlev, est encore sous la critique du Kremlin. De manière concomitante, un certain nombre d’affaires qui le concerne sont remontées à la surface. Affaires qui sont générées par la Procurature, donc par le Parquet, une instance sécuritaire très politique. Comme par hasard ces affaires remontent juste avant la prochaine élection du gouverneur de Saint-Pétersbourg, fin 2003 ou début 2004. Autant de moyens pour, le moment venu, inviter Yakovlev à se retirer des affaires, en échange de quoi la Procurature veut bien faire le deuil d’actes de corruption établis… Le prochain gouverneur de Saint-Pétersbourg sera, probablement, quelqu’un plus en ligne avec le Kremlin.

Le deuxième Maire gouverneur en ligne de mire est le maire de Moscou, Loujkov. Le Kremlin tentera très probablement de récupérer le maire gouverneur de la capitale. Ne serait-ce que parce qu’il possède un budget considérable, ce qui induit de très gros enjeux.

L’espoir d’une immunité juridique suscite des vocations politiques

Ces placements d’hommes proches sont importants. Il faut noter qu’un certain nombre de gouverneurs récemment élus sont issus des grands groupes déjà mentionnés. C’est le cas d’Abrahamovitch en Choukotka, la région peuplée d’esquimaux située à proximité du détroit de Béring. Il vient du groupe Sibneft, un groupe pétrolier. Comme par hasard, Choukotka est une région pétrolière. A 36 ans, il dispose d’une fortune personnelle estimée à 3 milliards de dollars, ce qui l’a aidé pendant sa campagne électorale. Il faut savoir que l’élection au poste de gouverneur donne une immunité juridique. Immunité qui fait rêver bien des magnats à qui l’on pourrait, peut-être, reprocher quelque chose.

En Yakoutie, l’ancien patron d’Alrossa est devenu le président gouverneur, puisqu’il s’agit d’une république.

Duel au sommet

La région de Taïmir, une petite région au nord du cercle arctique est aux mains de Kloponine. Norilsk Nickel y joue un rôle clé. Kloponine s’est présenté aux élections pour le gouvernorat de Krasnoïarsk, à la suite de l’accident mortel de Lebed. Les élections gouvernatorales de Krasnoïarsk ont alors vu la confrontation de deux groupes. Kloponine était soutenu par Interros à qui appartient Norilsk Nickel . Le candidat local, Hus, était soutenu par Ruskii Aluminii.

Deux politiques s’opposaient, Interros paierait une partie de ses impôts. Alors que Ruski Alumini serait proche de groupes mafieux violents, évitant de contribuer au budget du Kremlin.

Fin septembre 2002, Kloponine gagne de plus de 800 voix, mais la commission locale invalide son élection. Hus étant un apparatchik du système local, Ruskii Aluminii s’est peut-être allié à Hus pour faire pression sur la commission locale.

Entrée en scène de V. Poutine

Le Kremlin se mêle alors de cette affaire. Le comité fédéral des élections statue en faveur de Kloponine. A cette procédure institutionnelle s’ajoute la convocation des deux candidats au Kremlin. V. Poutine confirme alors Kloponine comme gouverneur élu. Ce qui peut aussi être interprété comme un soutien au groupe Interros et la politique qu’il espère voir mise en œuvre par Kloponine.

Le Kremlin continue donc d’être attentif à la vie politique.

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