"La corruption en Russie", par Gilles Favarel-Garrigues

Par Pierre VERLUISE, le 1er septembre 2000  Imprimer l'article  lecture optimisée  Télécharger l'article au format PDF

Ed. La documentation Française, PPS n° 833, 21 janvier 2000, série Russie, 80 pages.

Chargé de recherche à l’Institut des hautes études de la sécurité intérieure (IHESI), Gilles Favarel-Garrigues rassemble dans ce court ouvrage la traduction en français de vingt textes de référence. La plupart de ces documents ont été publiés à Moscou entre 1996 et 1999.

QUEL peut-être leur intérêt pour un citoyen, un étudiant ou un enseignant ? Ces travaux peuvent fournir d’intéressants matériaux pour nourrir la réflexion à propos d’une question centrale aujourd’hui : en Russie, quelle est la part de l’héritage soviétique et des nouveautés post-soviétiques ? Autrement dit, comment comprendre pour ce pays la problématique ruptures / continuités ? Alors que les générations occidentales devenues adultes après 1991 appréhendent difficilement ce que fut le monde soviétique, ce dossier permet de faire le lien. En effet, les auteurs cités marquent le poids de l’héritage soviétique tout en développant les spécificités post-soviétiques de la corruption en Russie.

Etonnantes "réformes"

A ce sujet, Gilles Favarel-Garrigues écrit dans son avant-propos : "S’il existe une spécificité russe en matière de corruption, elle est sans doute liée à une conjoncture particulière. Les opportunités considérables d’enrichissement apparues dès la fin des années 1980 dans le sillage des réformes économiques - notamment par les mesures de privatisation de l’activité commerciale - s’appuient sur les pratiques et les réseaux observés durant la période brejnévienne. Disposer de relations privilégiées avec les fonctionnaires occupant des postes clés (par exemple, dans les services douaniers, fiscaux ou dans les organismes en charge des privatisations ) constitue l’une des ressources indispensables pour profiter des réformes". Ce qui apporte un singulier éclairage à propos des "réformes" dont Michel Heller avait pourtant démontré dès les années Gorbatchev - dans "Le 7 e Secrétaire" (éd. Orban) - la fonction éminemment stratégique.

Vers une réponse répressive ?

Devant le bilan dérisoire de l’action des pouvoirs publics russes, Gilles Favarel-Garrigues met en garde à propos de l’utilisation politicienne de ce thème : "L’évolution de la lutte contre la corruption constitue en définitive un indicateur pertinent des avancées démocratiques en Russie. Tant que ses dirigeants, dans la continuité de la tradition soviétique, se borneront à instrumentaliser cet enjeu pour discréditer leurs adversaires ou consolider leur légitimité, tant qu’ils entretiendront l’illusion que la meilleure réponse à ce phénomène est strictement répressive, aucun progrès significatif n’est à attendre". Après plus d’une décennie d’aveuglement, les pays démocratiques sauront-ils en tirer toutes les conséquences ?

En l’attente d’une réponse, la lecture de ce dossier donne des éléments pour comprendre la situation présente. Voici les thèmes retenus : origines et ampleur d’un phénomène, l’action des pouvoirs publics, acteurs et enjeux de la lutte contre la corruption. Au nombre des articles particulièrement éclairants, chacun pourra lire l’analyse systémique de Kiva Maïdannik :"La corruption, la criminalisation et la cleptocratie" (p. 18).

Ceux qui s’attellent à mettre en perspective les réalités contemporaines de ce pays - continent trouveront donc ici matière à réflexion.


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