"L’histoire immédiate, Historiographie, sources et méthodes", J.-F. Soulet, éd. A. Colin

Par Laurent JALABERT, le 20 mai 2009  Imprimer l'article  lecture optimisée  Télécharger l'article au format PDF

MCF, HDR en histoire contemporaine, Université de Nantes

Présentation du livre de Jean-François SOULET, L’histoire immédiate, Historiographie, sources et méthodes, Paris, A. Colin, collection U., 2009.

Un véritable "guide de recherche" pour les historiens du temps proche.

CE MANUEL de Jean-François Soulet sur les méthodes de la recherche universitaire en histoire immédiate vient combler un manque.

Outil méthodologique

En effet, la période terminale de l’histoire, si prisée par les étudiants depuis plusieurs années, ne disposait pas d’outil méthodologique permettant de mieux cadrer la démarche du chercheur. La lacune est comblée par cet ouvrage qui se place dans la continuité d’une réflexion menée par l’auteur depuis plusieurs années sur la difficulté à appréhender en historien, le temps le plus proche. Comme le rappelle avec raison Jean-François Soulet, l’histoire immédiate n’est pas un effet de mode circonstanciel, elle s’inscrit dans une longue tradition (chapitre 1), qui trouve ses origines chez Hérodote, Thucydide et bien d’autres auteurs anciens. Ceux-ci ont même laissé aux historiens d’aujourd’hui de véritables méthodologies, à commencer par l’utilisation de l’histoire orale. Pour autant, cette histoire a été délaissée au vingtième siècle par la recherche universitaire, notamment par l’école des Annales. Elle a cependant resurgi autour de René Rémond, à qui l’ouvrage est dédié, et qui n’a cessé de plaider pour ce temps proche, celui-ci confiant même lors d’un colloque consacré au sujet en 2006 à Toulouse : « nous avons gagné la partie ». La partie ne fut pas simple pour autant, et l’auteur du manuel n’hésite pas à rappeler quelles furent les difficultés qu’ont rencontrées les historiens à envisager ce temps présent. L’ouvrage stipule que l’objet de cette histoire s’appuie sur les méthodes de la discipline, mais qu’elle a aussi ses spécificités (chapitre 2) : un autre rapport au temps, un regard différent sur les documents, et un lien certainement plus fort avec des champs disciplinaires voisins. Ce bilan historiographique, clair, concis, agrémenté d’extraits d’ouvrages, vient compléter les réflexions déjà nombreuses de l’auteur [1].

Guide de recherche

La suite de l’ouvrage est alors consacrée aux questions méthodologiques et intéressera tous les chercheurs qui envisagent cet espace chronologique. En historien classique, Jean-François Soulet aborde en priorité le champ des sources et confirme que la gestion de l’abondance est souvent le plus lourd problème du chercheur. Les sources écrites, les archives publiques ou privées, malgré les délais de consultations parfois contraignants, sont très nombreuses. C’est un vrai tour d’horizon qu’offre Jean-François Soulet au lecteur, mesurant bien les archives immédiatement consultables, de celles soumises à des dérogations. Il pose aussi la question des archives privées, notamment dans le domaine politique, devenues de plus en plus abondantes. On regrettera ici cependant certaines omissions, ou centres brièvement cités et qui méritaient peut-être plus de mentions, notamment l’OURS (qui fête ses quarante années d’efforts pour la conservation des archives socialistes), ou encore le Centre d’histoire du travail à Nantes. Si les archives sont au cœur du métier d’historien, le chercheur en histoire immédiate ne s’en tient pas à ce simple volet. La presse, les sources littéraires, les sources orales, l’iconographie et les sources audiovisuelles, l’Internet et les sources numériques sont successivement abordés dans des chapitres autonomes très denses qui font de l’ouvrage un véritable « guide de recherche » pour les historiens du temps proche. De cet ensemble qui permettra enfin aux chercheurs de disposer d’un outil méthodologique, on retiendra aussi la démarche critique de l’auteur par rapport aux sources qu’il présente. Systématiquement, il présente « les limites » des panels disponibles, rappelle que la démarche de l’historien ne se suffit jamais de la source unique mais cherche à croiser ses approches et surtout, qu’il doit faire preuve de prudence dans ses interprétations, comme tout chercheur.

Le manuel de Jean-François Soulet est donc un précieux instrument pour les historiens et tous ceux qui s’intéressent à l’histoire immédiate.

[1Notamment son Précis d’histoire Immédiate, A. Colin U., 1989, rédigé avec Sylvaine Guinle-Lorinet ; et sa synthèse, L’histoire immédiate, PUF, Que sais-je ?, 1993


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