Dictionnaire de l’espace politique. Géographie politique et géopolitique. Stéphane Rosière (dir.), Armand Colin

Par Pierre VERLUISE, le 12 septembre 2009  Imprimer l'article  lecture optimisée  Télécharger l'article au format PDF

Docteur en Géopolitique de l’Université Paris-Sorbonne, Directeur du site géopolitique diploweb.com, Chercheur à l’IRIS

Comment définir la géopolitique ? Quels usages de ce Dictionnaire de l’espace politique peuvent s’envisager ? Pourquoi n’a-t-il pas d’équivalent à ce jour en langue française ?

Présentation d’un ouvrage dirigé par Stéphane Rosière : Dictionnaire de l’espace politique. Géographie politique et géopolitique, Paris : Armand Colin, 2008, 320 p.

VOICI une somme de référence pour qui veut découvrir et comprendre de manière assurée les concepts de la géographie politique et de la géopolitique. Avec la collaboration de Michel Bussy, Gérard Dussouy et André-Louis Sanguin, Stéphane Rosière entend donner à ces disciplines un corpus scientifique étayé et justifié.

Comment ces auteurs définissent-ils la géopolitique ? Quels usages de ce Dictionnaire de l’espace politique peuvent s’envisager ? Pourquoi n’a-t-il pas d’équivalent à ce jour en langue française ?

Une définition

Les auteurs définissent ainsi la géopolitique dans l’article qui lui est consacré : « Peu de termes et de disciplines ont autant suscité le débat, voire la polémique, mais aussi l’engouement que la géopolitique. On peut dire que ce néologisme créé par le Suédois Rudolf Kjellén (1864-1922) que, depuis sa formulation, il épouse les crises et les tensions du monde. » (p. 131). La suite évoque nombre d’écrivains majeurs. Les auteurs du dictionnaire s’accordent pour définir la géopolitique comme « la réflexion sur l’ordonnancement de l’espace mondial, avec ses perceptions différentes selon les acteurs et, à partir de là, la description des stratégies qu’ils y développent. » (p. 132). La suite de l’article présente la géopolitique comme pratique, la géopolitique comme méthode (avec notamment une mention de l’analyse multiscalaire), la géopolitique comme représentation. À la faveur de cet approfondissement, les auteurs précisent que « la géopolitique n’entend pas découvrir et édicter des lois ». Pour eux, « quelle que soit l’échelle d’analyse, la clef réside dans les rapports de pouvoir (au plan interne) ou de puissance (au plan externe), mobilisés selon des modalités tantôt inégalitaires ou arbitraires, tantôt équitables ou démocratiques, et résolus de façon conflictuelle ou consensuelle (gouvernance). » (p. 134) Cet article, comme les autres, s’achève par une bibliographie et des renvois à d’autres articles connexes.

Quels usages ?

Quels usages de ce Dictionnaire de l’espace politique peuvent s’envisager ? Il peut bien sûr se lire de plusieurs manières, en voici deux.
La première consiste à en faire une lecture suivie, de Aborigène à Zones urbaines sensibles. Pour ce « tour du monde des concepts géopolitiques », il faut disposer d’une bonne semaine de vacances. Il en résulte une lecture très enrichissante parce qu’elle ouvre bien des perspectives par un jeu dynamique entre découvertes, redécouvertes et interactions avec ses centres d’intérêts. Ce qui ouvre toujours des pistes fécondes.

La deuxième façon de lire ce dictionnaire est opérationnelle : au cours d’une lecture ou d’une recherche, voire d’un processus d’écriture, chacun peut vérifier en un tour de main le sens exact d’un concept, le situer dans son épaisseur historique et parfois découvrir des significations auxquelles il n’avait pas initialement pensé.

Quels points forts ?

Il est vrai que cet ouvrage n’a pas d’équivalent en langue française puisqu’il est le premier à se consacrer non pas aux États, régions et territoires mais aux concepts opératoires ou nécessaires pour mener à bien des analyses.
Il intègre cinq grands types de termes :
. des concepts communs à toutes les sciences sociales (ex. paradigme) ;
. des termes descriptifs du cadre politique (ex. frontière) ;
. des termes géopolitiques liés aux théories des grands auteurs (ex. Heartland)
. des termes liés aux acteurs et à la territorialité (ex. représentation de l’espace) ;
. certains termes de la géographie classique (ex. fleuve).

Sans prétendre à l’exhaustivité, voici quelques concepts dont la lecture semble particulièrement éclairante : balkanisation, camp, centre / périphérie, configuration, confins, échelle, enclave, État échoué, État satellite, finlandisation, frontière, géographie politique, géopolitique, gradient, guérilla, mur, nominalisme, théorie de la puissance maritime, stratégie, zone économique exclusive.

Chaque lecteur sera surpris par des « inattendus ». Il faut notamment signaler un article remarquable sur « barbelés ». Il y a, enfin, des « découvertes » réjouissantes, comme « effet de percolation ».

Voici pourquoi ce Dictionnaire de l’espace politique aura toute sa place dans la bibliothèque des passionnés de géographie politique et de géopolitique.

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