Afrique - Conflits au Darfour

Par Josselin GAUNY, le 24 mai 2009  Imprimer l'article  lecture optimisée  Télécharger l'article au format PDF

Chercheur associé au Centre d’Etudes Transatlantiques (Paris).

CES quelques lignes se nourrissent principalement de mon expérience à Nertiti, une petite ville située au pied du Jebel Marra (Ouest Darfour) dans laquelle j’ai travaillé un an au sein de l’ONG Solidarités.

Le début historique du conflit en 2003 a provoqué le déplacement d’au moins 2,2 millions de personnes au Darfour [1], essentiellement originaires de tribus non-arabes. Les raids des milices nomades, les bombardements gouvernementaux, les escarmouches rebelles et plus généralement une nette détérioration des relations intertribales ont accéléré un phénomène déjà commencé en 1987 lors du premier affrontement entre tribus Fur (sédentaires) et Rizeigat (nomades).

Afrique - Conflits au Darfour

Darfour - Copyright J. Gauny. Un village détruit vu de l’hélicoptère, dans la région de Kass. Dans la région de Nertiti comme dans la majeure partie des zones sinistrées du Darfour, les déplacements de population se sont surtout produits en 2003 et 2004. Menacée de raids ‘Janjawids’, la communauté villageoise part groupée et abandonne tout. Les villages sont souvent brûlés, les cultures saccagées et les puits comblés par les miliciens nomades, pour annihiler tout espoir de retour des sédentaires.

L’exacerbation des rivalités entre agriculteurs et éleveurs n’est pas nouvelle. Depuis la fin des années 1970 les changements climatiques et la désertification ont fragilisé certains clans nomades et ont modifié les parcours de transhumance, en particulier chameliers. La compétition pour la terre, majoritairement détenue par les sédentaires, et l’eau s’est accrue, la stratégie de prédation des nomades provoquant le départ des campagnes de nombreuses familles sédentaires.

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Darfour - Copyright J. Gauny. Il y a 30 ans, il n’y avait pas de campement nomade sur cette terre fertile réputée pour ses plants de tabac cultivés par des fermiers Fur. Aujourd’hui, plus aucune trace de cultures ni des villages paysans, tous détruits depuis 20 ans.

Nous avons à présent un espace extrêmement polarisé. La population s’est déplacée prioritairement aux abords des principales agglomérations, Nyala, El Geneina, Zalingei, El Daein, El Fasher, où ils ont formé de vastes camps.

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Darfour - Copyright J. Gauny. Huttes de fortune aux abords de Zalingei

A un niveau inférieur, les bourgades rurales ont vu également affluer la population des environs. Nertiti est passée de 10 000 habitants avant la guerre à près de 50 000 aujourd’hui, en accueillant l’essentiel des populations Fur qui vivaient à 50 kilomètres à la ronde. Les déplacés se diluent plus ou moins dans le paysage urbain et ont davantage la capacité de s’intégrer. Si le dynamisme de ces petits centres ruraux s’en est trouvé renforcé, ils n’en restent pas moins vulnérables. La situation sécuritaire y est davantage volatile si bien que la population est sujette à se déplacer une deuxième ou une troisième fois vers de plus gros camps. Ainsi, la majeure partie de la population de Muhajeriya (Sud Darfour), déplacée depuis les villages environnants depuis 2004, a une nouvelle fois dû fuir la zone pour rallier Nyala ou El Fasher, après les bombardements de janvier 2009.

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Darfour - Copyright J. Gauny. A Nertiti, le camp Nord est un appendice de la ville constitué au début de 2004. Les Fur des villages voisins ont été accueillis à bras ouverts par la population Fur originelle.

Les campagnes sont désormais quasiment vidées de leur population villageoise, à l’exception notable de certaines zones sous contrôle rebelle. Dans les villages encore habités, des accords, sous forme de rétribution financière, ont été passés entre les sédentaires et les nomades armés.

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Darfour - Copyright J. Gauny. Les pentes du Jebel Marra, sous contrôle du SLA Abdul-Wahid ont conservé d’importantes densités, jouant à merveille le rôle de montagne-refuge pour les Fur.

Les nomades occupent l’espace de manière diffuse. Plusieurs tendances se dessinent :

. des périodes pastorales allongées dans les régions centrales dotées en pluies (Jebel Marra, Mukjar), véritables foyers originels des populations non-arabes.

. un abandon de plus en plus généralisé de la migration, l’essence même du nomadisme, les animaux vaquant désormais sur des terres impropres à la culture mais aussi sur les anciennes terres paysannes, dans un rayon n’excédant pas 30 kilomètres.

. un intérêt accrû des nomades pour l’agriculture, ce phénomène caractérisant essentiellement les Baggara, les bouviers affaiblis par le bouleversement des transhumances, les vols de bétail et l’effondrement des marchés.

. et en définitive, une sédentarisation progressive, nourrie par une volonté de concentration démographique qui renforcerait la politique du fait accompli. Depuis quelques années des nomades se regroupent, tentent de constituer des « villages », construisent des écoles et parfois même des habitations en dur. Certains financements sont étatiques.

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Darfour - Copyright J. Gauny. Femmes nomades et troupeaux autour d’un puits traditionnel, aux abords d’un village Fur à moitié déserté.

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[1chiffre estimé à la date de fin 2008


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