A. Blin, "Les batailles qui ont changé l’histoire", éd. Perrin

Par Gérard CHALIAND , le 11 décembre 2014  Imprimer l'article  lecture optimisée  Télécharger l'article au format PDF

Géopolitologue, spécialiste des conflits armés et poète. Il a publié de nombreux ouvrages, dont récemment "Le Temps des héros", Paris, Bouquins (2014). Membre du Conseil scientifique du Centre géopolitique auquel est adossé le Diploweb.com.

Arnaud Blin traite avec clarté et intelligence, non seulement des batailles décisives, mais du sens et de la portée qu’elles eurent dans l’histoire mouvementée et cruelle de l’espèce humaine.

Gérard Chaliand présente le nouveau livre d’Arnaud Blin, Les batailles qui ont changé l’histoire, Perrin, 2014

DEPUIS plus d’un siècle et demi, les écrivains militaires ont écrit des histoires concernant les grandes batailles, presque toujours liées à une vision européo-centrée ou soucieuse de qualifier celles-ci de décisives.

Arnaud Blin, dont on connait divers ouvrages consacrés à la bataille, comme Iéna (Perrin), dans sa remarquable introduction, définit, le champ de l’histoire-bataille et de ses caractéristiques. Il élargit l’aire de celle-ci aux dimensions du monde et s’interroge sur ce qu’est une bataille dite décisive. S’agit-il d’une bataille décidant d’un conflit ? D’une victoire particulièrement remarquable sur le plan tactique ? Est-ce une victoire qui change le cours de l’histoire ?

Dans cette dernière catégorie, parmi les batailles qu’il a choisi de traiter, Arnaud Blin en analyse trois, souvent mentionnées, mais peu étudiées parce qu’elles ont longtemps paru exotiques ou menées avec une poignée d’hommes et non par une armée comme les victoires classiques. Pourtant, la chute de l’empire aztèque, à Mexico, en quelque dix-huit mois, provoquée par Cortez et ses quelques centaines d’hommes, est un événement d’importance qui augure, à l’échelle du continent, la prise de possession de ce qu’on appelle l’Amérique latine par le christianisme et par deux langues issues de la péninsule ibérique.

Une bataille, souvent évoquée, mais rarement analysée est celle d’Ain Jalut où, pour la première fois, au milieu du XIIIe siècle, les Mongols essuient une défaite en Syrie, infligée par les Mameluks.

Yarmouk et Qadisiya (636/637), connues par les orientalistes, sont des batailles décisives dont Arnaud Blin décline les conséquences, la conquête par l’Islam, à peine inscrit de Arabie au Levant, qui, jusque-là, avait été christianisée par l’Empire romain d’Orient et cela, de façon définitive (à l’exception tardive de la création tardive de l’Etat d’Israël en 1948/49). Après Yarmouk, Qadisiya entame la chute de l’empire sassanide et l’islamisation pérenne de l’Iran –même si le persan, comme langue de culture, réapparait dès le Xe siècle et règne sur une partie considérable du centre du continent asiatique jusqu’à l’arrivée des Britanniques.

Par ailleurs, une autre bataille, souvent évoquée, mais rarement analysée est celle d’Ain Jalut où, pour la première fois, au milieu du XIIIe siècle, les Mongols essuient une défaite en Syrie, infligée par les Mameluks, eux-mêmes guerriers professionnels issus de la même culture stratégique que les nomades de Haute Asie.

D’autres batailles, plus familières, comme Gaugamèles, la plus éclatante des victoires d’Alexandre le Grand, Zama, qui met fin à Carthage où les Champs Catalauniques, le coup d’arrêt romain porté aux forces nomades d’Attila, ou encore la victoire de Saladin, dans la contre-offensive, qui se solda, pour les Croisés, par la perte de Jérusalem (1187).

On est frappé par le fait que dans cette bataille entre adversaires d’égales forces, aucun n’a de doute sur la supériorité de la foi qui l’anime.

Le prototype de la bataille asymétrique

La bataille de Tenochtitlan/Mexico, par contre, est le prototype de la bataille asymétrique, à tous égards. L’un des adversaires étant psychologiquement désavantagé par sa non connaissance de l’Autre et par la crainte que ce dernier n’ait des pouvoirs magiques redoutables. Ici les dieux des vaincus s’effacent.

Des rencontres célèbres et célébrées, comme la bataille navale de Lépante (1571) qui symbolise, pour la dernière fois, une coalition chrétienne, réunit en effet l’Espagne, la Papauté et Venise : les grandes puissances catholiques de l’époque. Il n’en reste pas moins que l’année suivante, la flotte ottomane est reconstituée et reste redoutable jusqu’à la fin du XVIe siècle et au-delà.

Enfin, il est des batailles plus proches de nous, comme celle de Lützen, remportée par Gustave Adolphe (1632) au cours des guerres de religion, la Moscowa (1812) ou Stalingrad (1942-43).

Arnaud Blin traite avec clarté et intelligence, non seulement de ces batailles, mais du sens et de la portée qu’elles eurent dans l’histoire mouvementée et cruelle de l’espèce humaine.

Copyright Décembre 2014-Chaliand/Diploweb.com


Arnaud Blin, Les batailles qui ont changé l’histoire, éd. Perrin 2014, 418 pages, ISBN : 9782262037581

A. Blin, "Les batailles qui ont changé l'histoire", éd. Perrin

4e de couverture

A travers 11 récits d’affrontements épiques, de l’antiquité au XXe siècle et de la Perse au Mexique, une formidable histoire des batailles décisives, de celles qui ont changé le monde.

La relation des « grandes batailles » a longtemps représenté un genre très prisé chez les historiens, qui s’intéressaient surtout aux capitaines de légende, Alexandre le Grand, Frédéric II ou Napoléon. La démarche d’Arnaud Blin est tout à fait novatrice. Il propose une lecture totale de la bataille, du rôle de l’homme de base à celui du général, de la question des armes à celle du moral, sans omettre de présenter le contexte politique, religieux et social.
Ce faisant, l’auteur privilégie ce qui est au coeur de la guerre à l’échelle mondiale : le caractère foncièrement hétérogène des grandes confrontations militaires ; en d’autres termes, le choc entre des cultures, des pays, des peuples ou des armées radicalement différents, comme le conflit entre nomades (Mongols) et sédentaires (Arabes) au VIIe siècle.
La bataille de Zama (202 av. J.-C.) présente quant à elle un choc entre Rome et Carthage pour le contrôle de la Méditerranée. A Hattîn (1187), ce sont croisés et musulmans qui combattent, dans le cadre des croisades. A Tenochtitlán (1519), Cortés scelle le destin de la civilisation aztèque. Les batailles de Gaugamèles (331 av. J.-C.), des champs Catalauniques (451), d’Ayn Jalut (1260), de Lépante (1571), de Lützen (1632), de Borodino (1812) et de Stalingrad (1942) sont de même nature : elles ont façonné le monde, de l’Antiquité au XXe siècle.

Ainsi, à travers onze récits d’affrontements épiques se dessine une histoire de la guerre par ses batailles mémorables.

Sur le site des éditions Perrin

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