Manuel de géopolitique

23 – Le messianisme

Par Patrice GOURDIN, le 10 mai 2016  Imprimer l'article  lecture optimisée  Télécharger l'article au format PDF

Docteur en histoire, professeur agrégé de l’Université, Patrice Gourdin enseigne à l’École de l’Air. Il intervient également à l’Institut d’Études Politiques d’Aix-en-Provence. Membre du Conseil scientifique du Centre géopolitique, l’association à laquelle le Diploweb.com est adossé.

Le 1er site géopolitique francophone publie un ouvrage de référence : Patrice Gourdin, "Manuel de géopolitique", éd. Diploweb.com. ISBN : 979-10-92676-04-4. Voici le chapitre 23 : Le messianisme

Tout mouvement, religieux ou politique, qui annonce un avenir meilleur fondé sur la libération de l’homme, est qualifié de “messianique”. À l’origine, le terme se rapportait au message d’espérance délivré par le Christ au nom de Dieu. La qualification fut d’abord appliquée à des courants d’inspiration chrétienne et circonscrits à la civilisation chrétienne. Mais cette aspiration se retrouve dans le monde entier et les sciences humaines appliquent désormais ce terme en dehors de l’aire culturelle chrétienne : à propos du courant communiste, on parle de “messianisme révolutionnaire“, par exemple. Il s’agit, par là, de montrer l’analogie des espérances : la libération et le bonheur des hommes sont annoncés, que ce soit par un nouveau Messie, au nom de Dieu ou par un chef charismatique, au nom d’un autre principe, ce qui permet de mobiliser les individus et de leur faire accepter les sacrifices exigés (éventuellement celui de leur vie). De fait, le messianisme constitue une représentation géopolitique particulièrement élaborée, qui mêle et/ou récupère des éléments religieux, sociaux et politiques. Religieux ou athée, le mouvement de type messianique conteste un ordre “injuste“. En conséquence, il met en avant les “victimes“ de ce dernier, tous les déshérités, parle en leur nom et prend appui sur eux. Il peut revêtir une dimension militaire car l’attente de la libération des hommes, comme celle du règne de la paix et de la justice, ou “millénarisme“, ne demeure pas toujours passive. Les chefs des mouvements messianiques de type millénariste éprouvent souvent la tentation de hâter l’avènement de la nouvelle société promise, ou se retrouvent contraints de le faire. Fréquemment, la violence apparaît comme un geste purificateur, préalable indispensable à la venue des temps nouveaux. Ces derniers peuvent, éventuellement, précéder la fin du monde et de l’humanité, la résurrection et le jugement dernier, perspectives tracées par l’eschatologie.

23 – Le messianisme
Patrice Gourdin, Manuel de géopolitique
Edition Diploweb.com

Le messianisme ne constitue pas une donnée objective, mais un mode de croyance commandant l’action. Son efficacité dépend donc de l’intensité de la foi qu’il inspire – spontanément ou sous la contrainte – à une part plus ou moins importante d’une population. Le système fonctionne d’autant mieux s’il s’appuie sur un terrain propice, la plupart du temps : la misère physique et/ou le désarroi moral. Il prospère particulièrement en temps de crise : guerre, défaite, occupation, traité de paix léonin, effondrement économique, pauvreté de masse, épidémie, famine, catastrophe naturelle de grande ampleur, par exemple. Ces malheurs sont alors interprétés comme des signes précurseurs (au même titre que le passage d’une comète, la chute de météores ou les “pluies de sang“ – en fait de sable ou d’argile), révélant la présence de l’Antéchrist, ou de toute autre entité mauvaise, dont la manifestation est censée précéder les temps heureux annoncés. De même, les “prophètes“ marxistes annonçaient-ils la crise ultime du système capitaliste, révélatrice de ses contradictions, exacerbant son iniquité et précédant sa chute finale, prémisse de la société communiste.

La nécessité d’agir conformément au souhait de telle ou telle entité divine peut déboucher sur des actes violents, individuels ou collectifs, à l’initiative d’un individu, d’une organisation ou d’un État.

Les “Croisades” des Chrétiens du Moyen-Âge comportèrent une composante messianique [1], qu’il s’agît de la “croisade des pauvres“ (1095-1096) sous la direction de prédicateurs enflammés tels Pierre l’Ermite ou Gautier-sans-Avoir, ou de la “croisade des enfants“ (1212) menée par Étienne de Cloyes et Nicolas de Cologne, ou encore de la révolte des Pastoureaux (1250) qui vit des pauvres, sous la direction de Jacques de Hongrie, s’en prendre aux nobles, aux églises, aux clercs et aux Juifs, qu’ils rendaient responsables de l’échec de Saint-Louis à Damiette. On voit bien par ce dernier exemple le caractère subversif de nombre de mouvements de ce type. Ils connurent des prolongements jusqu’à la fin du Moyen-Âge, avec un centre particulièrement actif : l’Italie, où proliférèrent les sectes influencées par les écrits eschatologiques de Joachim de Flore (circa 1132-circa 1202). Laïc guéri “miraculeusement“, il devint moine cistercien. À l’intérieur de l’ordre, il soutint Bernard de Clairvaux, qui défendait la stricte observance de la règle monastique. En 1191, il choisit de vivre en Calabre, dans la solitude. Il fonda le monastère de Saint-Jean de la Fleur et créa un ordre nouveau agréé par le pape Célestin III en 1196. Il suscita involontairement une remise en cause de l’Église institutionnelle, jugée trop engagée dans la vie politique et trop riche. Citons les Apostoliques de Gherardo Segarelli (1260-1300), auxquels succédèrent les Frères et Sœurs Apôtres de Fra Dolcino (1300-1307), évoqué par Umberto Eco dans son roman, Le nom de la rose. Ce dernier mouvement cumule tous les aspects du millénarisme : la dimension religieuse, avec le prophétisme (la disparition du clergé indigne est prévue pour 1305) et l’affirmation que la secte constitue la seule authentique Église de Dieu ; la revendication sociale, avec l’incitation au respect de la pauvreté absolue, la dénonciation de l’Église officielle entrée en décadence sous le pontificat de Sylvestre Ier (314-335, accusé d’avoir renoncé à la pauvreté) ou la contestation du régime féodal ; l’implication politique, par le soutien apporté à l’empereur Frédéric II Hohenstaufen contre le pape Clément V, dans le cadre de la lutte entre le Sacerdoce et l’Empire ; l’action militaire, puisqu’une croisade fut déclenchée contre le mouvement et qu’il fallut trois ans pour le vaincre.

Plusieurs révoltes populaires médiévales revêtirent un caractère millénariste : influence de Wycliff (1320-1384) et de ses “pauvres prêtres“ sur les Travailleurs anglais en 1381 puis sur le courant des Lollards (1382-1530), de Jean Hus (1369-1415) sur une partie des insurgés de Bohême (1419-1485). Parmi ces derniers, en abolissant les hiérarchies et en renonçant aux richesses, les Taborites entendaient retrouver une sorte de paradis originel. Mais pour survivre, ils pillaient les villages voisins. Ils furent écrasés à Lipany en 1434 et perdirent leur dernière place forte, Sion, en 1437. Plus globalement, il semble exister un lien entre une religiosité exacerbée (assortie d’une assez grande ignorance des Écritures Saintes), une hostilité marquée aux changements économiques et sociaux intervenus au XIIIe siècle (urbanisation, développement du commerce et de l’artisanat) et l’affermissement de l’État (fiscalité plus contraignante). Les adeptes ne revendiquaient pas une société nouvelle, mais le retour à des temps antérieurs, voire originels, réputés heureux.

L’abbé calabrais Joachim de Flore annonçait la venue de l’Antéchrist pour 1260, après de complexes calculs. Cette arrivée était le préalable à l’avènement du règne de l’Esprit, âge adulte de l’humanité car il procèderait à la fois du Père et du Fils et assurerait leur totale unité. Caractérisé par la pratique généralisée de la charité, il précéderait la fin du monde. Pour advenir, il s’appuierait sur l’autorité royale et impériale, considérée comme l’instrument de l’Esprit. De tels raisonnements se prêtaient particulièrement bien à une utilisation politique. Ainsi, un instrument politique nouveau s’épanouit au XIVe siècle : la prophétie politique. Elle permettait, notamment, de dénigrer ou de valoriser tel ou tel prince en le présentant soit comme l’Antéchrist, soit comme le souverain qui accompagnerait l’instaurateur du règne de la paix et du bonheur. Cette pratique perdura jusqu’à nos jours. Elle fournit un des arguments développés par les tenants du régicide durant les Guerres de religion (1562-1598) en France, par exemple.

L’action militaire pour constituer la communauté unique des Croyants (Oumma) menée par les Arabes musulmans de l’Hégire puis par certains pays ou mouvements après la mort de Mahomet pour la reconstituer, participent de cette catégorie de conflits. En effet, l’Oumma opère comme une sorte de mythe originel auprès des musulmans, une situation idéale d’unité à créer, puis, après son éclatement, à retrouver. La grandeur de l’Islam y est étroitement associée et la restauration du Califat est assimilée à un retour à l’Âge d’or, bien au-delà de quelques cercles islamistes radicaux et dans une toute autre perspective. En outre, il existe dans l’islam une abondante littérature consacrée à la “fin des temps“, et ceci dès la rédaction du Coran et des recueils de traditions relatives aux actes et aux paroles de Mahomet (les hadith). Elle nourrit une tradition apocalyptique grandement influencée par les guerres – civiles et étrangères – des premiers siècles et entretenue depuis. Ibn Khaldoun décrit ainsi la croyance largement répandue :
« Il est notoirement connu depuis toujours, chez les Musulmans, qu’à la fin des temps un homme de la famille du Prophète doit venir pour renforcer la religion et faire triompher la justice. Les Musulmans le suivront et il soumettra à son autorité toutes les terres de l’Islam. On l’appellera le Mahdi. Après lui apparaîtra l’Antéchrist, ainsi que tous les signes de l’Heure, comme cela est établi dans le Sahîh [recueil de hadith le plus respecté, N.D.A.]. Ensuite, Jésus descendra sur la terre et tuera l’Antéchrist. Ou bien, Jésus descendra avec le Mahdi, aidera celui-ci à tuer l’Antéchrist et le prendra comme imam dans ses prières [2] ».

Les conflits israélo-arabe et israélo-palestinien, la dénonciation du communisme et de l’Occident, les interventions en Afghanistan et en Irak, fournirent aux prophètes musulmans de l’Apocalypse, depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, de nombreux “arguments“. Toutefois, le millénarisme demeure très marginal chez les sunnites, même si le terrorisme islamiste, notamment celui de la nébuleuse Al Qaeda ou du Hamas, découle en partie de la conviction selon laquelle il faut éradiquer les « ennemis » de l’islam (parfois explicitement assimilés à l’Antéchrist) pour satisfaire les souhaits d’Allah. Dans cette perspective, les attentats-suicides seraient un moyen de faire triompher l’islam et de complaire à Allah.

En revanche, le millénarisme jouit d’une audience beaucoup plus étendue chez les shiites, qui croient en l’occultation de l’un des descendants d’Ali (le septième, Ismaïl, pour les uns, le douzième, Mohamed al-Mahdi, pour les autres). Ils attendent le retour du Mahdi (le “bien guidé”) qui mettra fin au règne de l’injustice, ce dont joua fort habilement l’ayatollah Khomeiny pour renverser Mohamed Reza Pahlavi et instituer la république islamique d’Iran en 1979. Subtilement, il laissa une partie de la population croire qu’il était le Mahdi, tout en se gardant de faire à ce sujet la moindre déclaration publique.

Le Vieux de la Montagne, chef des ismaéliens nizarites, Hasan al-Sabbâh, ainsi que ses successeurs, installés dans le nid d’aigle d’Alamût de 1090 à 1256, s’appuyaient sur les espérances religieuses pour envoyer leurs hashîschi perpétrer des attentats politiques, tant contre les dirigeants chrétiens que contre les responsables musulmans [3].

Les sunnites connurent également des tendances messianiques [4]. Le plus connu fut le mahdisme, croyance largement répandue, qui voulait qu’un homme issu de la descendance de Mahomet apparût peu avant la fin du monde afin de ramener les musulmans à la religion et d’instaurer la justice. Les Anglais éprouvèrent d’énormes difficultés à réduire la guerre sainte déclenchée, au Soudan, par Muhammad Ahmad Abdallah qui se proclama Mahdi en mars 1881 et mit en échec le général Gordon. Kitchener ne vainquit le mouvement qu’en 1898. Pour éviter toute résurgence, les Britanniques détruisirent le tombeau de Muhammad Ahmad Abdallah, mort en 1885, et jetèrent ses restes dans le Nil. Notons au passage que le pays le plus moderne et le plus puissant du monde d’alors recourait à un rituel des plus archaïques. Pourtant, Londres n’en avait pas fini avec cette forme particulière de conflit. En effet, en Somalie, Mohammed Abdallah Hassan entama en 1899 la lutte armée connue sous le nom de Guerre des Derviches et se présenta à son tour comme le Mahdi. En dépit d’une brève accalmie entre 1905 et 1907, les combats durèrent jusqu’à la mort de celui que les Britanniques surnommèrent “Mad Mullah“, en 1920. Très meurtrière et très destructrice, cette guerre impliqua également les Éthiopiens et les Italiens. Aujourd’hui, les Somaliens considèrent Hassan comme un héros de la lutte pour l’indépendance de leur pays et ils lui érigèrent une statue à Mogadiscio.

Aux marges du bouddhisme apparurent des groupes millénaristes, comme, au Japon, la secte Aum Shinri Kyo (Vérité suprême d’Aum), tristement célèbre pour l’attentat au gaz sarin qui tua 12 personnes et en blessa des milliers d’autres dans le métro de Tokyo en 1995. La Chine médiévale connut des millénaristes bouddhistes, comme les Turbans rouges qui se révoltèrent entre 1351 et 1366, parallèlement (1348-1368) aux partisans de Zhu Yuanzhang, le fondateur de la dynastie des Ming. Dès le XVIIIe siècle, la Thaïlande fut le théâtre de nombreux épisodes millénaristes. Au XIXe siècle, le Vietnam vit naître, face à la colonisation française, les sectes Cao Dai et Hoa Hoa. Cette dernière fomenta les révoltes de 1875 et de 1913 en Cochinchine.

Les mouvements d’essence taoïste abondèrent dans l’histoire de la Chine. Le plus ancien que l’on connaisse remonte à l’extrême fin du Ier siècle avant notre ère (- 3 av. J.C.) : celui de la Xiwangmu (la Mère, reine de l’Occident). La révolte des Turbans jaunes (184-200) ou celle des Boxeurs (1897-1900) s’y rattachaient.

Au XIXe siècle, des mouvements messianiques surgirent en Amérique, en Afrique [5], en Océanie et en Asie [6]. Nés dans le contexte de la colonisation et de l’évangélisation (catholique ou protestante) qui l’accompagna, ils tentaient d’apporter une réponse aux malheurs des populations dominées et à leur désarroi face à la perte des repères familiers de leurs cultures traditionnelles. Il ne s’agit pas ici d’en dresser l’inventaire exhaustif, mais d’en citer quelques exemples significatifs : Ghost Dance chez les Sioux d’Amérique du Nord en voie d’élimination entre les années 1870 et 1890 [7] ; Taiping en Chine (1850-1864) ; cultes du cargo en Mélanésie [8] ; kimbanguisme (fondé en 1921) au Congo [9]. Au sujet de l’Afrique, Georges Balandier écrivait :
« Un des phénomènes les plus caractéristiques des changements socio-culturels survenus au cours de la période coloniale, au niveau de nombreuses sociétés appartenant à l’Afrique Noire christianisée, est l’apparition de mouvements messianiques donnant naissance à des églises nègres plus ou moins éphémères. Réaction essentiellement religieuse en apparence, ces mouvements développent rapidement un aspect politique ; ils sont à l’origine de nationalismes encore grossiers mais dont l’expression n’est pas équivoque [...] l’élément central est une personnalité prophétique ayant élaboré un enseignement qui annonce la fin de toutes les aliénations subies par le Noir Africain [10] ».

Cette analyse vaut pour les autres régions colonisées, seul le système de croyances religieuses peut varier.

Les Hmong d’Asie du Sud-Est, adeptes du chamanisme, se soulevèrent à plusieurs reprises durant la période de domination française. Plusieurs de ces révoltes étaient de type messianique. Leur étude approfondie a récemment mis en évidence leur nature composite : religieuse, certes, mais également sociale, politique et militaire [11].

Nombre de mouvements paysans d’Amérique latine comportaient une dimension messianique. Les participants à la révolte du sel, à Huanta, au Pérou, en 1896, espéraient le retour à la “société parfaite“ du Tawantin Suyu (l’Empire) inca. La modernisation forcée qu’imposèrent, notamment dans le Nordeste, les dirigeants brésiliens à partir des années 1870, ne profita pas aux plus pauvres. Elle s’accompagna de brutalités telle l’expulsion de terres, de logements et de lieux de culte. Cela provoqua des révoltes, parfois dirigées par des prédicateurs promettant une vie meilleure. Le plus célèbre fut Antonio Maciel, chef des Canudos, qui résistèrent de 1889 à 1898 et dont l’écrivain Mario Vargas Llosa nous conte l’histoire dans son roman La guerre de la fin du monde (1983). Le prophétisme imprégnait le courant révolutionnaire mexicain conduit par Emiliano Zapata entre 1911 et 1919. Une dimension millénariste caractérisait la Christiade qui ravagea le Mexique entre 1926 et 1929.
Les idéologies totalitaires se fondent, elles aussi, sur la promesse d’un avenir “meilleur”, voire “radieux”. Elles comportent une phase préalable d’extrême violence, afin de “faire du passé table rase” et de mettre en œuvre une “solution finale” contre les sources du malheur (la classe, d’autres pays, la race). François Furet souligne qu’elles mirent en place « des systèmes d’explication du monde à travers lesquels l’action politique des hommes a[vait] un caractère providentiel, à l’exclusion de toute divinité [12] ». Il s’agit, en quelque sorte, de millénarismes “laïcs“, ce qui contribue à expliquer leur défiance vis-à-vis des religions (le fascisme), voire le rejet (nazisme) ou les tentatives d’éradication de celles-ci (communisme). Tout comme les messianismes précédents, les totalitarismes s’inscrivirent dans un contexte de mutations profondes :
« On peut remarquer qu’à des degrés divers, les cinq sociétés ayant accouché de régimes totalitaires archétypiques (italienne, allemande, russe, chinoise et cambodgienne), ont été affectées par deux phénomènes susceptibles d’avoir alimenté un désir de fusion dans un grand Tout : une intégration imparfaite et une brutalisation intense largement induite par les effets directs et indirects de la guerre [13] ».

Les principaux facteurs explicatifs résident dans la fragilité de la cohésion nationale, la déstabilisation sociale et psychologique générée par la modernisation économique ainsi que la banalisation de la violence par les guerres.

Le fascisme rejetait uniment la faiblesse de l’Italie sur la scène internationale, l’oligarchie au pouvoir et le communisme. Il mobilisa les classes populaires et moyennes, exclues de l’exercice du pouvoir, autour du nationalisme et du refus d’une démocratie parlementaire qui ne les représentait guère. Le recours à la violence pour prendre, puis conserver le pouvoir s’imposa de lui-même, avec d’autant plus de facilité que nombre d’hommes venaient de la pratiquer pendant trois ans.

Le nazisme “expliquait“ l’histoire par la lutte des races. La race germanique recelait toutes les qualités, ce qui la rendait supérieure à toutes les autres, mais suscitait jalousie et haine de la part de ces dernières. Hitler voyait dans les Juifs les responsables des malheurs de l’Allemagne, le mal absolu qu’il convenait d’éliminer pour assurer le bonheur du peuple allemand et asseoir sa domination. La guerre mondiale et le “massacre des Juifs d’Europe“ résultèrent de cette conception du monde. Son audience croissante dans la seconde moitié des années 1920 et jusqu’en 1933 ne se comprend pas si l’on omet de reconstituer le contexte : défaite et traité de paix humiliant, crises économiques, instabilité politique, absence de tradition démocratique, chômage, recours à la violence banalisé par la Grande Guerre.

Le marxisme-léninisme voyait dans les “ennemis de classe” l’obstacle qui s’interposait entre les “travailleurs” et la société idéale communiste (sans classes sociales et dirigée par les ouvriers) ; il était donc “juste“ et “nécessaire“ de s’en débarrasser. Cette vision de l’histoire conduisit à des révolutions violentes, des guérillas, des guerres civiles, aux systèmes concentrationnaires communistes et aux tueries de masse qui demeurent associées aux noms de Lénine, de Staline, de Mao Zedong ou de Pol Pot, entre autres. Mais, pour ses croyants, la « foi du siècle [14] » occultait ou justifiait ce bain de sang [15]. Lors du congrès fondateur de l’Internationale communiste (Komintern), en 1920, Trotski déclara :
« Dans toute son activité, le communiste demeure toujours fidèle à lui-même, membre discipliné de son parti, ennemi implacable de la société capitaliste, de son régime économique, de son État, de ses mensonges démocratiques, de sa religion et de sa morale. Il est un soldat dévoué de la révolution prolétarienne et l’annonciateur infatigable de la société nouvelle ».

Espérance et violence marchaient donc de pair. Le communisme présentait dès ses origines la physionomie d’un messianisme millénariste : l’annonce d’une société meilleure inversant l’état des choses au profit des déshérités, précédée par une période de violence extrême, connaissant un début de réalisation en Russie et vouée à se répandre sur l’ensemble de la terre, par le recours à la force.

Dans l’ère post-Guerre froide, les mouvements de type messianique se rétractèrent. Certains figurent dans la rubrique “faits divers“, pour leurs actions meurtrières, comme les Davidiens à Waco (Texas) en 1993, les adeptes de l’Ordre du temple solaire en France, en Suisse et en Belgique en 1994-1995 ou les membres de la secte japonaise (déjà citée) Aum Shinrikyo, également en 1994-1995.

Rares sont aujourd’hui les organisations qui jouent un rôle politique majeur. L’une des plus connues sévit en Ouganda. Il s’agit de l’Armée de résistance du Seigneur (Lord’s Resistance Army-LRA). « Microcosme fascinant, riche et complexe, où se résument beaucoup des contradictions du continent [africain] [16] », l’ancienne colonie britannique, indépendante depuis 1962, connut ses premières violences politiques dès 1966. En 1986, la victoire des forces de Yoweri Museveni (National Resistance Army) consacra le retour des Bantou (environ les deux tiers de la population totale) au pouvoir et la fin de la domination des Acholi, ce qu’une partie de ces derniers refusa. Dans le contexte d’extrême violence qui ravagea alors le nord du pays, une guérisseuse, Alice Auma, abandonna ses activités et affirma que l’esprit qui l’habitait, Lakwena (Le Messager), lui avait demandé de mener la guerre contre le Mal, qui avait envahi le pays acholi. Ainsi naquirent le Mouvement du Saint-Esprit (Holy Spirit Movement) et les Forces mobiles du Saint-Esprit (Holy Spirit Mobile Forces). Ces dernières affrontèrent plusieurs mois durant les forces gouvernementales, avant d’être anéanties, en octobre 1987, non loin de Kampala. Alice Auma s’enfuit au Kenya, mais un homme se présentant comme son neveu, Joseph Kony, reprit le combat. Il récupéra les débris des Forces mobiles du Saint-Esprit et s’allia avec ce qui restait des combattants recrutés par des officiers acholi pour tenter de renverser Yoweri Museveni. Ainsi, l’Armée de résistance du Seigneur repose-t-elle sur un amalgame complexe : un vague programme politique de restauration du pouvoir acholi, un discours religieux mêlant le respect de la morale biblique et les croyances surnaturelles de la religion traditionnelle, l’utilisation de tactiques militaires classiques, le recours à la coercition et la pratique de la terreur de masse à l’encontre des… Acholi [17]. Le bilan de son action est effroyable, ce qui explique que, depuis 2001, les États-Unis l’ont inscrite sur la liste des organisations terroristes. Son chef et ses principaux lieutenants ont été inculpés par la Cour pénale internationale en 2005. Le 26 août 2006, un accord de cessation des hostilités avait été signé, mais la LRA reprit ses activités militaires en avril 2008 dans le Sud-Soudan, en République démocratique du Congo et, semble-t-il, en République centrafricaine [18]. Le 28 novembre 2008, Joseph Kony refusa de signer l’Accord final de paix négocié depuis deux ans [19] et les violences se multiplièrent, notamment à Noël 2008, en représailles contre l’offensive lancée conjointement par les armées de l’Ouganda, de la République démocratique du Congo et du Sud-Soudan, avec le soutien des États-Unis [20]. L’opération s’enlisa et, à partir de sa base principale, dans le parc national de la Garamba (République démocratique du Congo), le mouvement tenterait de se réorganiser dans le nord de l’Ouganda [21].

Dans le foisonnement des milices africaines des années 1990, les Mungiki du Kenya retinrent particulièrement l’attention des chercheurs. Interdit depuis 2002, qualifié de secte [22], le mouvement apparaît comme une organisation complexe. Il s’agit tout à la fois d’un groupe armé très violent, d’une organisation d’autodéfense, d’une expression du conflit intergénérationnel au sein de la société kikuyu, d’une entreprise économico-mafieuse et d’un mouvement religieux. Ce dernier aspect rattache les Mungiki au messianisme. Lorsque Kamunya Njoroge wa Muiruri fonda le mouvement, il enentendait protéger les colons kikuyu qui occupaient illégalement des terres dans la Rift Valley. Tout à la fois, ils souffraient des irrégularités climatiques de la région, subissaient des vols de bétail systématiques et étaient victimes d’un véritable nettoyage ethnique de la part des Kalenjin. Les deux communautés s’affrontaient également à Nairobi. À l’origine, le mouvement consolait les Kikuyu en annonçant la venue de temps meilleurs. Il bâtit une représentation géopolitique reliant cette espérance à la culture religieuse kikuyu et à la guerre menée par la secte (kikuyu) des Mau Mau contre les forces britanniques (1952-1956). En 2002, il affirma que les élections générales accompliraient la prophétie annonçant l’avènement de l’âge d’or [23].

Un autre messianisme préoccupe la communauté internationale : celui d’une frange de l’islam [24]. Comme dans les autres religions, cette forme d’extrémisme y fut et y demeure marginale. Il n’empêche.

Confronté à l’échec de son programme d’instauration d’une société meilleure, le régime islamique shiite d’Iran, durant les années 1990, réorienta son discours vers les thèses apocalyptiques, qui nourrissent d’espoir les plus déshérités et re-légitiment le gouvernement en tant que défenseur de la religion et de la morale. La participation aux pèlerinages et autres manifestations du culte s’est accrue, ainsi que le nombre et l’audience de ‘prophètes‘ affirmant être le Mahdi ou parler en son nom. De plus, le Guide Suprême, Ali Khamenei, reçut sa formation religieuse à Mashhad, centre des enseignements ésotériques les moins rationalistes et de diffusion des croyances en l’Imam caché et en l’Apocalypse. Les spécialistes soulignent les antécédents préislamiques de ces croyances, présentes dans le zoroastrisme, dès l’Antiquité perse. Cela explique leur résonance particulière en Iran. Le président Ahmadinejad, quant à lui, appartiendrait à une société secrète (Hojjatieh Mahdavieh) qui croit en l’imminence du retour de l’Imam caché. Le président iranien le souhaita publiquement lors de son premier discours devant l’Assemblée générale des Nations unies, le 14 septembre 2005 et réitéra son vœu à plusieurs reprises [25]. Ce courant n’accorde que peu de crédit au clergé en place. Ce dernier n’a, en effet, guère intérêt à ce que l’Imam caché revienne, puisqu’il affirme parler et agir en son nom jusqu’à l’avènement de son règne. Comme le président Ahmadinejad, les milices du régime, Gardiens de la révolution islamique et Bassidjis, seraient très influencées par les croyances qui font de l’Apocalypse la condition préalable au retour attendu [26]. Lorsque l’on rapproche ces convictions du fait que Téhéran cherche à se doter de l’arme nucléaire, on comprend l’inquiétude d’une partie de la communauté internationale.

L’Occident lui-même ne se trouve pas totalement à l’abri des prolongements politiques du messianisme. Si l’on en croit l’universitaire suisse Thomas Römer, la Maison Blanche ne serait pas toujours le lieu de la plus rigoureuse des rationalités. Ainsi, quelques semaines avant le déclenchement de la guerre d’Irak, en 2003, Georges Bush, le président des États-Unis, aurait expliqué à son homologue français, Jacques Chirac, que les conflits du Proche-Orient résultaient des agissements de… Gog, roi de Magog, et que « les prophéties bibliques étaient en train de s’accomplir [27] » ! En effet, si l’on suit le Livre d’Ezéchiel (38), Dieu suscitera une coalition de tous les ennemis d’Israël, afin de les éliminer avant l’avènement d’une ère nouvelle. Cette prophétie avait d’ailleurs déjà été utilisée durant la Guerre froide par Ronald Reagan et, à l’époque, Gog n’était pas l’Irak, mais l’URSS. Dans ces deux épisodes, se retrouve l’influence de certaines thèses des chrétiens évangéliques américains.

Donner l’espérance aux êtres humains, en particulier à ceux qui souffrent, ne constitue pas, en soi, une démarche répréhensible. Mais ce registre ouvre des perspectives infinies à la manipulation et peut déboucher sur des troubles, des violences, voire des guerres. Ajoutons que, si le raisonnement irrationnel engendre des comportements irrationnels, le messianisme paraît, quant à lui, du moins dans la démarche de ses chefs, très rationnel. Il s’inscrit systématiquement dans une logique de mobilisation pour la (re)conquête et l’exercice du pouvoir. Il semble possible de généraliser à l’ensemble des mouvements messianiques l’analyse d’Ibn Khaldûn (1332-1406) relative aux Arabes :
« Quand un prophète ou un saint apparaît parmi eux et les appelle à observer les commandements divins, les débarrasse de leurs défauts et leur inculque les vertus – leur permettant ainsi de rassembler toutes leurs forces pour le triomphe de la vérité –, ils deviennent unis et obtiennent la domination et le pouvoir [28] ».
Aussi l’analyse géopolitique doit se montrer extrêmement attentive à toute représentation messianique et chercher à en comprendre le fonctionnement.

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PROBLÉMATIQUE LIÉE AU MESSIANISME

Quelle est la part des espérances en un avenir meilleurdans la crise ou le conflit ?

CHAMPS DE RECHERCHE

Outils pour étudier les espérances en un avenir meilleur animant les/des habitants du territoire sur lequel se déroule la crise ou le conflit :

. les ouvrages consacrés à l’histoire, à l’ethnologie, à l’anthropologie, à la sociologie, aux sciences religieuses et à la science politique.

Les informations recueillies servent à mesurer l’influence du messianisme sur les différentes factions de la population impliquées dans les événements. Le plus souvent un ou plusieurs des éléments suivants :

. les messianismes religieux,

. les messianismes politiques,

. les messianismes contemporains.

La liste n’est pas exhaustive, mais elle recense les facteurs qui apparaissent le plus fréquemment.

Une information est pertinente lorsqu’elle contribue à éclairer la crise ou le conflit que l’on étudie.

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[1. Cohn Norman, The Pursuit of the Millenium, Londres, 1957, Palatin ; traduction française : Les fanatiques de l’Apocalypse. Millénaristes révolutionnaires et anarchistes mythiques au Moyen-Âge, Paris, Payot, 1983.

[2. Ibn Khaldûn, Le Livre des exemples, traduction par Abdesselam Cheddadi, Paris, 2002, Gallimard, p. 652.

[3. Lewis Bernard, The Assassins. A Radical Sect in Islam, London, 1967, Weidenfeld & Nicholson ; traduction française : Les Assassins. Terrorisme et politique dans l’Islam médiéval, Paris, 1982, Berger-Levrault ; Jambet Christian, La grande résurrection d’Alamût. Les formes de la liberté dans le shî’isme ismaélien, Paris, 1990, Verdier.

[4. Cook David (entretien avec), « L’apocalyptisme musulman contemporain », Religioscope, 21 avril 2002 ; Cook David, Contemporary Muslim Apocalyptic Literature (Religion and Politics), Syracuse, 2008, Syracuse University Press, 272 p.

[5. Balandier Georges, « Messianismes et nationalismes en Afrique noire », Cahiers internationaux de sociologie, 1953, volume 14, pp. 41-65 ; Dozon Jean-Pierre, La cause des prophètes : politique et religion en Afrique contemporaine, Paris, 1995, Le Seuil ; Wauthier Claude, Sectes et prophètes d’Afrique noire, Paris, 2007, Le Seuil ; Dozon Jean-Pierre, L’Afrique à Dieu et à Diable. États, ethnies et religions, Paris, 2008, Ellipses.

[6. Lanternari Vittorio, Movimenti religiosi di libertá e di salvezza dei popopli oppressi, Milan, 1960, Feltrinelli ; traduction française : Les mouvements religieux de liberté et de salut des peuples opprimés, Paris, 1962, Maspero.

[7. Mooney James, « The Ghost Dance Religion and Wounded Knee », Part Two of Bureau of American Ethnology Report XIV, 1896 ; Aberle David F., « The Prophet Dance and Reactions to White Contact », Southwestern Journal of Anthropology, 1959, 15 (1), pp. 74-88.

[8. Worsley Peter, The Trumpet Shall Sound. A Study of “Cargo“ Cults in Melanesia, London, 1957, Mac Gibbon and Kee ; Lawrence Peter, Road Belong Cargo. A Study of the Cargo Movement in the Southern Madang district, New Guinea, Manchester, 1964, Manchester University Press ; traduction française : Le culte du cargo. Étude du mouvement cargoïste dans le sud du Madang méridional (Nouvelle-Guinée), Paris, 1974, Fayard, 346 p.

[9. Balandier Georges, « Messianismes … », op. cit. ; Mokoko-Gampiot Aurélien, Kimbanguisme et identité noire, Paris, 2004, L’Harmattan.

[10. Balandier Georges, « Messianismes … », op. cit.

[11. Culas Christian, Le messianisme hmong aux xixe et xxe siècles. La dynamique religieuse comme instrument politique, CNRS Éditions- Éditions de la Maison des Sciences de l’Homme, 2005.

[12. Furet François, Le passé d’une illusion. Essai sur l’idée communiste au xxe siècle, Paris, 1995, Laffont/Calmann-Lévy, p. 18.

[13. Bruneteau Bernard, Les totalitarismes, Paris, 1999, A. Colin, pp. 95-96.

[14. Pour reprendre le titre d’un documentaire (France, 1999, 3 h) et d’un livre de Patrick Rotman et Patrick Barbéris, Paris, 1999, co-édition Arte-Le Félin, 187 p.

[15. Courtois Stéphane (dir.), Le livre noir..., op.cit.

[16. Prunier Gérard, « L’espace ougandais : esquisse d’écologie politique », Hérodote, n° 46, 1987, pp. 68-82.

[17. International Crisis Group, Northern Uganda : Understanding and Solving the Conflict, April 14, 2004.

[18. Gettleman Jeffrey & Okeowo Alexis, « Warlord’s Absence Derails Peace Efforts in Uganda », The New York Times, April 12, 2008 ; Gerson Michael, « Africa’s Messiah of Horror », The Washington Post, June 6, 2008.

[19. Rémy Jean-Philippe, « En Ouganda, la rébellion du nord menace de reprendre les combats », Le Monde, 3 mars 2007, mis à jour le 29 décembre 2008 ; International Crisis Group, Northern Uganda : The Road to Peace, with or Without Kony, December 10, 2008.

[20. Sanders Edmund, « Uganda’s Conflict Spreads to Congo, where LRA Rebels Massacre Villagers », Los Angeles Times, January 11, 2009.

[21. Oketch Billy, « LRA Revival Fears », Institute for War and Peace Reporting, June 5, 2009.

[22. « Au Kenya, 24 morts dans des affrontements avec la secte Mungiki », LeMonde.fr, 21 avril 2009.

[23. Maupeu Hervé, « Mungiki et les élections. Les mutations politiques d’un prophétisme kikuyu », Politique africaine, n° 87, octobre 2002, pp. 117-137.

[24. « Mahdisme et millénarisme en Islam », Revue des mondes musulmans et de la Méditerranée, juillet 2000, n° 91-92-93-94 ; Filiu Jean-Pierre, L’Apocalypse dans l’Islam, Paris, 2008, Fayard.

[25. Peterson Scott, « What Drives Ahmadinejad’s Combative Rhetoric », The Chrisitian Science Monitor, September 23, 2008 ; Ahdiyyih Mohebat, « Ahmadinejad and the Mahdi », Middle East Quarterly, Fall 2008.

[26. Khalaji Mehdi, « Apocalyptic Politics : On the Rationality of Iranian Policy », Policy Focus 79, The Washington Institute for Near East Policy, January 2008.

[27. Rochat Jocelyn, « George W. Bush et le Code Ezéchiel », Allez savoir !, n° 39, septembre 2007
(www2.unil.ch/unicom/allez_savoir/as39/pages/pdf/4_Gog_Magog.pdf).

[28. Ibn Khaldûn, op. cit., p. 413


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